" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


jeudi 21 août 2014

L'Arianisme et le Symbole de Nicée : les exigences de la foi (2/2)

Le Symbole de Nicée est une profession solennelle de la foi. Il condamne clairement l’erreur d’Arius et tous ceux qui ne croient pas en la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cependant, il n’est pas suffisant pour faire taire les hérétiques. Au contraire, il semble désormais être le point de départ d’une nouvelle crise au sein de l'Église. Le Concile de Constantinople (381) mettra définitivement fin à ces divisions en proclamant un nouveau symbole plus précis. Ce fait historique pourrait alors nous faire croire en un progrès possible du dogme. Les adversaires du christianisme mettent aussi en exergue cet exemple pour montrer la stupidité et la puérilité des chrétiens qui se battent dans de vaines disputes [14]. Il peut alors s’avérer comme un redoutable argument contre l’Église et notre foi. Mais resituée dans son contexte et hors de tout parti pris, cette histoire est un bon exemple de ce qu’est le développement d’un dogme. C’est pourquoi il est utile de la connaître afin d'approfondir notre connaissance et de faire taire toutes les fables …
L’arianisme


Saint Athanase (298-373)
Evêque d'Alexandrie
Père de l'Eglise
Adversaire de l'arianisme
Arius défend fermement l’idée que Notre Seigneur Jésus-Christ est une créature de Dieu, certes éminente mais créée par Dieu. Il est convaincu qu’Il est Fils de Dieu de manière adoptive et non de manière naturelle. Il serait ainsi le produit de la volonté extérieure de Dieu. Arius confond en fait les termes de « créé » et de « engendré ». Or un être engendré diffère essentiellement d’un être créé du fait qu’il reçoit intégralement la substance de celui qui lui a donné la vie, sans division et changement, sans altération et sans diminution, tout en étant distincts. Ainsi le Fils et le Père ont même substance. Si le Père est Dieu, le Fils l'est aussi.
Pour s’opposer à l’erreur d’Arius, les Pères du Concile de Nicée insistent particulièrement sur sa génération naturelle. Il est « né du Père », « Dieu de Dieu », « vrai Dieu de vrai Dieu », « n’a pas été fait, mais engendré ». Dans l’appendice du symbole, ils condamnent ceux qui déclarent que le Fils de Dieu est d’une autre substance ou essence de Dieu le Père. Ainsi le Fils de Dieu est Dieu comme Dieu le Père.

Le terme de « homoousio », source de malentendus
Pour bien marquer cette vérité de foi, les Pères du Concile de Nicée utilisent le mot grec « homoousio ». Il est tiré de « homo »  et d’« ousia », c’est-à-dire de même essence. Selon Tixeront[1], il viendrait du latin « consubstantialis », de même substance, en usage à Rome. Le Fils de Dieu est consubstantiel au Père…

Saint Hilaire (300-368)
Évêque de Poitiers

Père de l'Eglise
autre adversaire de l'arianisme
Or à cette époque, ce terme pose difficulté pour trois principales raisons. D'abord, il n’appartient pas à la terminologie biblique, contrairement à tous les autres termes importants du Symbole. Parmi les adversaires du terme « homoousio », certains s’opposent en effet uniquement à l’emploi du terme et non à la vérité qu’ils expriment. Ils leur semblent scandaleux d’utiliser un terme non biblique pour exprimer une vérité de foi.
Le terme se ramène à la notion d'hypostase qui est à cette époque imprécise et équivoque, donc source d’incompréhensions et de malentendus. Au III et IVe siècle, il n’est pas en effet parfaitement défini dans toutes les communautés chrétiennes. Certaines usent du mot « hypostase » pour désigner l’essence quand d’autres lui donnent le sens de personne. Ainsi quand certains disent que le Fils est de même « hypostase » que le Père pour indiquer une identité d’essence, d’autres le comprennent comme une négation de la distinction des Personnes divines. C’est pourquoi certains défendent l’expression « trois hypostases en Dieu » quand d’autres y voient une hérésie. Il met en jeu deux vérités de foi : l'Unité de Dieu et la Sainte Trinité, pouvant accentuer l'une au détriment de l'autre. Cette incertitude terminologique est clairement perçue dans la lettre synodale d’Alexandrie, appelée Tome aux Antochiens (362)
Enfin, pour certaines communautés, il est lié à un contexte inquiétant et donc défavorable. Les gnostiques du IIe siècle et Paul de Samosate l’ont utilisé pour répandre leurs erreurs, même si le sens qu’ils lui ont donné est différent de celui du Symbole de foi. Paul de Samosate l’emploie soit dans le sens de « personne » dans le but de renier la distinction des Personnes divines dans la Sainte Trinité, soit dans un sens matériel pour montrer que le Père et le Fils proviennent d’une même substance préexistante. En 268, le Concile d’Antioche a fini par condamner son usage. Cette inquiétude est très vive surtout lorsque des défenseurs de la foi finissent à ne plus distinguer les Personnes divines.
L’emploi de « homoousio » inquiète donc les communautés orientales qui craignent un retour d’une ancienne hérésie, le sabellianisme. Elles craignent qu’en insistant davantage sur l’unité de l’essence, on en vient à supprimer la distinction des Personnes divines. Finalement, l’emploi du terme « homoousio » est source de rejet de la part de nombreux chrétiens parfaitement orthodoxes. Sa réception s’avère donc difficile.
Pourtant, « homoousio » est  bien approprié
Les adversaires de l’emploi d’« homoousio » proposent alors d’autres termes très proches dont «  homoiousios »[2] ou « homoios ».
Saint Basile (329-379)
Évêque de Césarée

Père de l'Eglise
Adversaire de l'arianisme
« Homoiousios » est employé de manière courante pour désigner des choses qui se ressemblent ou plus exactement ont une forme identique (couleur, taille, poids, etc.), ce qui revient à dire que le Père et le Fils se ressemblent en essence sans bien préciser ce que cette ressemblance signifie. Il est employé pour distinguer les Personnes divines. « Homoios » est encore plus vague. Il signifie « semblable », sans bien préciser en quoi ils sont semblables. Ces termes ne contentent guère toutes les parties.
A l’origine, les Pères de Nicée voulaient définir que « le Verbe est de Dieu, la vertu vraie de Dieu, l’image du Père, parfaitement semblable au Père, immuable et toujours sans division dans le Père »[3]. Mais ils s’aperçurent que les ariens trouvaient moyen de ramener ces expressions à leur sentiment. D'où le choix des termes du symbole « comme ne donnant lieu à aucune ambiguïté »[4]. Le terme d’« homoousia » a été pris comme étant la meilleure et la plus opportune expression de la foi contre les ariens.
L’Église rejette donc les termes d'«  homoiousios » et d'« homoios ». Ils sont bien insuffisants pour définir la vérité de foi qu’elle veut défendre : le Père et le Fils sont deux Personnes divines distinctes tout en étant de même substance divine. Ce point est fondamental dans le christianisme. Dieu est un et trine...

Saint Grégoire de Nazianze
(329-390)
Évêque de Constantinople

Père de l'Eglise
Adversaire de l'arianisme
Sans ce dogme, que devient notre foi ? La distinction des Personnes divine et l’indivisibilité de leur substance, telles sont les vérités que l’Église veut en effet enseigner, vérité de foi sans laquelle il n’est pas possible de professer la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ et donc proclamer le salut de l’homme. Notre salut aurait été impossible si Notre Rédempteur avait été une créature même la plus héroïque et vertueuse. Entre la divinité et l’humanité, il y a un abîme que rien ne peut combler. « L’homme, rattaché à une créature, n’aurait pas été divinisé, si le Fils n’avait pas été Dieu véritable… Voilà pourquoi une telle union est advenue : pour unir celui qui est homme à celui qui appartient par nature à la divinité, pour que son salut et sa divinisation soient assurés […] De même l’homme n’aurait point été divinisé si ce n’était pas le Verbe né du Père par nature, véritable et propre au père, qui était devenu chair »[5]. Notre Seigneur ne pourrait donc sauver l’homme s’Il n’était pas de nature divine afin de combler l’abîme qui sépare Dieu et sa créature, comme Il ne pourrait ramener l’homme vers son Créateur s’Il n’était pas non plus de nature humaine. Derrière le terme d'« homoousio » (ou de « consubstantiel ») se trouve donc la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ, Personne divine en deux natures, l'une divine, l'autre humaine, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation comme le définira le Concile de Chalcédoine (451). 
Saint Grégoire (335-394)
Évêque de Nysse, 
Père de l'Eglise
Adversaire de l'arianisme

L’opposition aux termes proposés (« Homoiousios », « Homoios ») est donc parfaitement légitime et inévitable pour les chrétiens soucieux de défendre les vérités de foi et de préserver l’intégrité du dépôt sacré. Il ne s’agit pas d’une vaine dispute entre des savants enfermés dans leur savoir. Ce combat engage le fondement même de la foi. De simples chrétiens s'en sont rapidement aperçus. Ce sont eux qui ont appelé l'attention de leur évêque et souligné les dangers des discours que prononçait Arius. Croire que Notre Seigneur Jésus-Christ n’est qu’un homme même suréminent ou héroïque vide la foi de son véritable contenu. Au sens qu’a défini le Concile de Nicée, le terme d'« homoousio » (ou de « consubstantiel ») est assez précis pour exprimer que le Fils de Dieu est Dieu comme le Père tout en étant distinct. La génération du Fils est naturelle.

Un mot non biblique mais de sens biblique
Pour définir sa profession de foi, l’Église use d’un mot non biblique, ce qui provoque un scandale dans certaines communautés chrétiennes. Il correspond cependant à une réalité que nous retrouvons dans les Saintes Écritures. Les défenseurs de la foi vont donc montrer que si le mot n’est pas biblique, la vérité qu’il signifie est bien révélée dans la Sainte Bible. « Si quelqu'un fait une étude attentive, il reconnaîtra que, même si ces mots ne sont pas ainsi dans les Écritures, du moins la doctrine qu’ils expriment s’y trouve réellement »[6]. Une formulation dogmatique a pour but de définir la vérité avec des mots appropriés et justes. Il faut donc vérifier et démontrer qu’elle corresponde fidèlement à ce que la Saint Écriture exprime avec d’autres mots sans rien ajouter ni diminuer. L'Eglise justifie donc l'emploi de termes non bibliques pour définir une vérité de foi tant qu'ils signifient ce que veut signifier la Sainte Ecriture.
Saint Ambroise (337-397)
Évêque de Milan

Père de l'Eglise
Adversaire de l'arianisme
Une profession de foi intégrale
Le terme de « homoousio » est caractéristique. Sa définition a évolué dans le temps et n’est pas défini de la même façon dans toutes les communautés chrétiennes. Autrefois employé pour exprimer une erreur, il est désormais utilisé dans un sens orthodoxe. Comment reconnaître alors le véritable sens qu’il exprime ? 
Isolé du texte dans lequel il s’inscrit, il peut encore vouloir énoncer une erreur, d’où une certaine réticence et finalement son rejet. Mais inséré dans la profession de foi, bien encadré par les affirmations du Symbole, il devient clair et précis. Il n'est plus source de malentendus. Car c’est ce texte en son entier qu'il faut accepter et non le mot seul. Ainsi est-il défini comme il doit l’être. La formulation dogmatique n’est compréhensible que dans sa totalité. Elle doit être interprétée et comprise selon le sens qu'a défini l'Eglise.

Réactions face à la formulation de foi
La profession de foi provoque en fait quatre types de réactions :
  • certains adhèrent sans problème au mot « homoousio » car ils perçoivent ce que les Pères du Concile veulent signifier. A travers le mot, ils défendent la vérité de foi. Ils cherchent donc à en montrer la conformité avec la Sainte Écriture ;
  • d’autres refusent ce terme car ils y voient une erreur. Ce sont les ariens ou anoméens [8]. Ils isolent le terme de son contexte et profitent des difficultés de compréhension pour élever et accentuer les oppositions ;
  • d’autres le rejettent de crainte d’user un mot illégitime tout en adhérant à la vérité de foi qu'il renferme. Ils sont en outre sensibles aux erreurs qu’il énonçait autrefois, notamment le sabellianisme ;
  • enfin, certains tentent d’apaiser les difficultés en remplaçant ce mot par un autre afin de complaire toutes les « sensibilités », mais toutes les tentatives, nombreuses, aboutissent à des échecs car les mots trouvés ne parviennent pas à exprimer la vérité de foi. Ils ne correspondent pas finalement à la profession de foi des Pères de Nicée.

Le terme de « consubstantiel » ou d’« homousious » n’est peut-être pas à l’origine de ces nombreuses divisions. Il les éclaire et les oblige à sortir de l'ombre. Il a rendu impossibles les doctrines ou les pensées incompatibles avec la foi. Bien avant le Concile de Nicée et l’arianisme, quelques hésitations épisodiques et des déviations doctrinales étaient déjà perceptibles. L’Église a choisi un mot d’origine philosophique, un mot décisif, précis, qui garantit désormais l’orthodoxie de la foi et évite tout échappatoire sur les relations entre Dieu le Père et le Dieu le Fils. Il n'y a plus d'hésitation et de doute mais certitude et sérénité.
Néanmoins, il unifie tous les opposants au Concile de Nicée. Un grand parti composé d’éléments hétérogènes s’est formé. Il les unit par cette opposition même. Les adversaires du Concile de Nicée élaborent alors de nombreuses professions de foi. Aucune ne donne satisfaction. Elles n'ont pas les qualités qu'exige la foi. « On pourrait les qualifier plus exactement de tendancieuses et d’anti-nicéennes, et encore davantage par ce qu’elles omettent que par ce qu’elles affirment. »[7]


Icône de la Sainte Trinité
Saint André l'Iconographe
Trois anges apparus à Abraham
aux chênes de Mambré,
que Saint André considère comme la
figure du mystère de la Sainte Trinité
Le Combat de la foi
Il serait bien long et difficile d’évoquer les années de combats qu’ont du mener les défenseurs du Concile de Nicée contre les ariens et les semi-ariens. Des noms évocateurs surgissent de cette longue période de lutte. Lutteurs infatigables que sont Saint Athanase et Saint Hilaire de Poitiers sans oublier Saint Basile de Césarée, Saint Grégoire de Nazianze et Saint Grégoire de Nysse, etc. L’Église a connu de nouveaux martyrs, de nouvelles persécutions mais cette fois de la part de chrétiens.
L’empereur avec toute son autorité et sa force est intervenu pour plier les consciences, commettant persécution et dommage. Funeste et désastreuse alliance quand le Roi de la Terre se prend pour le Roi des Cieux. Cette période est triste de compromission, d’opportunisme, de clientélisme, de querelles de personnes mais elle est aussi riche de sacrifices, de courages et de profonds traités théologiques. Une histoire bien humaine avec ses taches et ses gloires. Une histoire qui a aussi failli mal tourné. Le monde a failli être arien comme le disait Saint Jérôme… Malgré quelques défaillances, la foi a tenu bon.

Le Concile de Constantinople (381)
Au Concile de Constantinople, l’Église adopte un nouveau symbole tout en proclamant sa fidélité au Symbole de Nicée. Les Pères conciliaires précisent en effet de manière unanime,  « on ne doit pas abroger la foi des trois cent dix-huit Pères réunis à Nicée de Bithynie, mais elle doit demeurer en vigueur »[9].  Il élabore une profession de foi qui inclut celle de Nicée. Il reprend encore le terme d’ « homousious ». Si l’expression «  c’est-à-dire de la substance du Père » est retiré, c’est pour la simple raison que l’« homousious », désormais compris, l’implique nécessairement. Et le 1er canon logiquement dénonce les hérésies qui s’opposent à la foi de Nicée. Le Concile de Constantinople met ainsi un point final à l’arianisme. Ce dernier n’a survécu que dans les peuples ostrogoths et wisigoths. Le même canon condamne les erreurs qui confondent les Personnes divines comme le sabellianisme et d’autres doctrines très proches.

1er Concile de Constantinople
Peint sur un mur
de l'église de Stavropoleos
Bucarest (Roumanie)
Mais ce symbole est aussi nouveau. Il s’étend davantage sur la Troisième Personne divine dont la divinité a été aussi l’objet d’attaque de la part des ariens et certains adversaires du Concile de Nicée. Car en refusant la consubstantialité du Père et du Fils, ils ont rejeté celle des Trois Personnes divines que sont le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dans les discussions, certains ariens et semi-ariens finissent par affirmer que le Saint Esprit est une créature au même titre que le Fils de Dieu. D'autres ont admis la divinité du Fils tout en refusant celle du Saint Esprit. Telle sont les hérésies macédonienne et pneumatomaque. Les questions qu’avaient soulevées Arius ont naturellement rebondi sur la définition de la Troisième Personne, qui, auparavant n’avait pas donné lieu à des traités ou à des études particulières. De nouvelles hérésies sont donc à l’origine d’une explicitation de la profession de foi. 
Conclusion
L’arianisme et les autres hérésies ont ainsi obligé l’Église à mieux préciser sa profession de foi, n’hésitant pas à user d’un vocabulaire particulier tout en demeurant fidèle au dépôt sacré. Il y a un développement du dogme pour gagner en précision et en fermeté dans l’expression de la foi. Le but de la profession de foi est bien d’encadrer les esprits afin de préserver et de renforcer la communion de foi. 
Le travail des défenseurs de la vérité est de rappeler les vérités de foi en soulignant notamment les enjeux qu’elles soulèvent et de montrer la légitimité des formulations utilisées sans chercher le moindre consensus qui pourrait porter atteinte aux vérités. Leur objectif n’est pas de contenter tout le monde pour réduire les difficultés, notamment en effaçant les points durs, mais au contraire d’expliquer, d’enseigner, de combattre les malentendus et de dénoncer les erreurs. Un effort d’explication et d’enseignement a donc été nécessaire pour expliquer le véritable sens du mot d’« homoousio » et de le faire accepter tel qu’il a été compris par les Pères de Nicée. Ce mot est finalement le plus propre à exprimer le mystère de la Sainte Trinité. Sans cet effort, peut-il encore être compris et entendu comme l’Église l’a toujours enseigné ? Ne cherchons-nous pas souvent la facilité des mots consensuels pour éviter un combat nécessaire ?
Si le Concile de Nicée a défini les termes d'« homoousio » ou de « consubstantiel » pour exprimer notre foi et condamner les erreurs et si tant de Pères de l’Église se sont tant battus pour les garder, c’est pour la simple raison que ce sont les mots les plus adaptés pour définir notre foi. Les Pères de l’Église ont ainsi refusé tout terme de compromis, tout mot incomplet ou imprécis. « Pour refuser un iota, on a su en ce temps-là souffrir la persécution et la mort. »[10] Si ces termes ne sont plus aujourd'hui compris, il est alors le devoir des évêques et des prêtres d’instruire les fidèles au lieu de les faire disparaître des catéchismes et de la liturgie par des mots plus communs mais plus propres à l'erreur, au doute. Un tel remplacement entraîne inéluctablement à un appauvrissement de la foi, à des confusions et à des déviations doctrinales, sans parler de mépris à l’égard des fidèles de Dieu… Car l'enseignement de la foi exige de la clarté, de l’honnêteté et de la fermeté. « Le peuple n’est jamais vulgaire ; il déteste plutôt qu’on affecte la vulgarité dans l’espoir de lui faire plaisir. »[11]
C’est donc pour défendre les vérités de foi et éclairer les fidèles que l’Église a formulé de manière solennelle sa profession de foi. L’hérésie est un des moteurs qui l’obligent à exprimer de manière plus précise et approfondie ce qu'elle veut enseigner. Et ce n’est pas l’expérience ou l’intelligence de la foi qui l’obligent à de tels efforts… Ce n’est pas non plus le « sens de la foi du peuple chrétien » qui permet ce développement.
« L’Église […] formule ainsi par écrit les articles de foi, avec des mots auxquels tout chrétien doit adhérer tout comme à ceux de l’Écriture. » [12] Elle enseigne les vérités révélées « en les scellant par un jugement définitif et universel auquel la foi la plus totale lui est due. » [13]






Références

[1] Tixeront, Histoire des Dogmes, Tome II, Chap.I, 2, librairieV. Lecoffre, 1909. 
[2] Un seul « i » (« iota ») les différencie d’où l’expression bien connue. 
[3] Tixeront, Histoire des Dogmes, Tome II, Chap.I, 2. Voir Histoire ecclésiastique de Socrate et de Théodoret
[4] Voir Saint Athanase, De decretis et Epist. ad Afros, selon Tixeront, Histoire des Dogmes
[5] Saint Athanase, Traités contre les Ariens, II, 70. 
[6] Saint Athanase, Lettre sur les décrets de Nicée, n°21.
[7] Ignacio Ortiz de Urbina, Nicée et Constantinople, Histoire des Conciles Œcuméniques, Chapitre VI, Fayard, 1963. 
[8] « Anomoios » signifie inégal car les ariens faisaient le Fils inégal au Père. Les semi-ariens sont partagés entre les « homéousiens » et les « homéens » selon le terme qu’ils utilisent pour comparer le Père et le Fils. 
[9] 1er canon du Concile de Constantinople cité dans Nicée et Constantinople, Histoire des Conciles Œcuméniques, Constantinople, chap. IV. 
[10] Jacques Maritain, Œuvres complètes, vol. XVI, Fribourg, Paris, 2000, Mémorandum adressé à Paul VI, suite au remplacement du mot « consubstantiel » dans le Credo utilisé en France dans la liturgie par « de même nature ». Comme d’autres écrivains et philosophes chrétiens, il y a une perte de sens profond dans ce remplacement. Ce changement a été décidé dans les années 60 sous prétexte que le terme de « consubstantiel » était incompris par les fidèles. Sans être hérétique, il est dangereux dans ce qu’il omet de dire. Car deux êtres peuvent être de deux natures et êtres distincts. L’unicité de la Trinité peut donc être remise en cause. Nous avons appris qu’aux États-Unis, les missels avaient repris le terme de « consubstantiel » en 2013. Moins scrupuleux, les anglais n’ont pas changé de formule.
[11] Etienne Gilson, La société de masse et sa culture, Paris, 1967. 
[12] Ignacio Ortiz de Urbina, Nicée et Constantinople, Histoire des Conciles Œcuméniques, Nicée, Chapitre VI.
[13] Ignacio Ortiz de Urbina, Nicée et ConstantinopleHistoire des Conciles ŒcuméniquesNicée, Chapitre VI.
[14] C’est à cette occasion que les chrétiens se sont battus en apparence pour un "iota", c'est-à-dire pour une différence de lettre (la lettre i grec appelé "iota") comme nous le verrons dans cet article.

2 commentaires:

  1. Je vous remercie pour cet article de très grande qualité qui m'a passablement éclairé. Mes plus amicales salutations.

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    1. Pouvez-vous davantage expliquer en quoi cet article vous "a passablement éclairé" afin de l'améliorer si nécessaire ? Je vous en remercie.

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