" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


N. B. Aucun article n'est généré par de l'IA. Aucun texte généré par de l'IA n'est étudié...
Affichage des articles dont le libellé est Sainte Vierge. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sainte Vierge. Afficher tous les articles

samedi 4 février 2023

L'Assomption de Sainte Marie et l'incohérence des protestants ...

Le 15 août, jour de la fête de l’Assomption, dans de nombreux villes et villages de France, les fidèles se rejoignent et se rassemblent devant l’église. Les livrets de prière et de chant leur sont distribués. Certains d’entre eux prennent des étendards quand d’autres se désignent pour porter la Sainte Vierge. Quand l’heure est enfin sonnée, tous se mettent en place, la statue en tête, suivie du prêtre et des enfants de chœur, puis des fidèles. Puis, plus ou moins discipliné, l’ensemble se mettent en marche doucement. Le premier chant retentit. Et ainsi comme chaque année, depuis le XVIIe siècle, la procession s’élance…

En reconnaissance de la naissance d’un héritier et conformément à un vœu, Louis XIII (1601-1643) consacre son royaume à Sainte Marie et demande de commémorer cet événement tous les ans le 15 août. Cet acte éminemment religieux et politique souligne l’importance de la fête de l’Assomption dans la dévotion mariale. Si cette fête est très ancienne, le dogme qui lui est associé est néanmoins très récent. Il a fallu en effet attendre le 1er novembre 1950 pour que le pape Pie XII définit et proclame le dogme de l’Assomption de Saint Marie : « nous affirmons, déclarons et définissons comme un dogme divinement révélé que : l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »[1] C’est encore un exemple où la croyance précède la proclamation d’un dogme. Avant même qu’elle ne soit enseignée par l’Eglise comme vérité révélée, la croyance en l’Assomption de Sainte Marie a été rejetée par l’ensemble des protestants et par les orthodoxes, la considérant comme une invention des catholiques.

Sous prétexte de l’œcuménisme moderne, il serait peu honnête et dangereux de ne point traiter ce qui nous sépare des protestants et des orthodoxes. De peur de froisser ceux qui se sont séparés de nous ou bien de faire face à leurs contradictions, certains catholiques préfèrent ne point proclamer ce que l’Eglise demande de croire au risque d’affaiblir la foi, y compris parmi les fidèles. Au lieu de nous perdre dans une sorte de silence hypocrite où se mêlent naïveté, lâcheté et duperie, nous allons plutôt essayer de comprendre l’origine du dogme de l’Assomption pour mieux le défendre et l’exposer, à partir d’études sérieuses[2]. Mais écoutons d’abord ceux qui le rejettent…

Les protestants unanimes contre l’Assomption

Les protestants récusent le dogme de l’Assomption. Ils n’y voient aucun fondement biblique sérieux. Ils le considèrent comme une preuve supplémentaire de la « mariolâtrie » des catholiques ou encore « des projections de nos désirs humains »[3]. Tous désiraient en effet avoir une maman au ciel, pure et parfaite, qui veille sur nous. N’est-elle pas proclamée Mère de Dieu depuis le concile d’Ephèse ? Ou est-ce une réminiscence du paganisme, des vieux cultes où les peuples adoraient Aphrodite, Cybèle ou encore Vénus ? Toujours selon leurs critiques, l’Eglise aurait accepté le culte de Sainte Marie pour éviter de les braquer et faciliter leur conversion[4]. C’est pourquoi « les protestants regardent tout cela de manière plutôt détachée »[5]. Enfin, critiquant une piété jugée excessive, les protestants « s’élèvent avec force contre toute tentative d’exalter Marie, d’établir un parallélisme entre elle et le Christ »[6], et refusent détacher Marie de l’humanité.

Pourtant, Luther n’était pas à l’origine défavorable à la fête de l’Assomption. Il semble en fait ne pas s’en intéresser. Mais croyant qu’elle détournait les fidèles des fêtes de Notre Seigneur Jésus-Christ, en particulier celle de l’Ascension, il finit par la rejeter. Son refus est significatif. Les protestants refusent tout ce qui semble remettre en cause le lien direct entre Notre Seigneur Jésus-Christ et le fidèle. Sans-doute est-ce la raison qui les obligent peu à peu à refuser tout ce qui pourrait détacher Sainte Marie de notre pauvre humanité ? Or, pour le catholique, cette relation directe n’est pas exclusive. Il croit aussi que par Sainte Marie, le fidèle peut être davantage lié à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Les protestants ne croient donc ni à l’Immaculée Conception ni à son Assomption ni à sa participation à l’œuvre du salut. S’ils sont unanimes dans leur rejet, ils se divisent sur d’autres vérités, notamment sur la maternité divine ou sa virginité perpétuelle comme si finalement, ils ne s’identifient que par leur opposition au culte marial des catholiques.

La Dormition chez les orthodoxes

La fête de la Dormition célèbre la mort de Sainte Marie, une mort douce, naturelle qu’évoque le terme de « dormition ». Elle célèbre aussi sa résurrection et sa glorification au ciel. Un des hymnes chante que ni la tombe ni la mort n’a pu la saisir. Cette fête insiste donc plus sur la fin de vie de la Sainte Vierge alors que le dogme de l’Assomption insiste davantage sur l’après, et plus encore sur une action passive : l’enlèvement de la Sainte Vierge dans son corps et son âme à la gloire céleste. La différence de croyance est donc très faible entre les orthodoxes et les catholiques. Notons néanmoins que la Dormition n’est pas considérée comme un dogme chez les orthodoxes.

Pourtant, la définition de l’Assomption ne parle pas de la mort de Sainte Marie. Celle-ci est une question bien distincte de celle de l’Assomption. Le rejet des orthodoxes peut s’expliquer par l’utilisation de l’expression « Immaculée Conception » dans la proclamation du dogme de l’Assomption. Les orthodoxes rejettent en effet le dogme de l’Immaculée Conception[7]. Mais comment peuvent-ils garder une certaine cohérence dans leur doctrine mariale ?

L’incorruptibilité du corps de Sainte Marie

Nous allons d’abord évoquer Saint Hippolyte, mort en 258. Certes, il ne traite pas de la fin de Sainte Marie, mais son enseignement mérite d’être entendu. Il porte sur l’incorruptibilité de son corps qu’il compare à du « bois imputrescible », un bois qui n’est exposé à aucune corruption. Il nous dit en effet que Notre Seigneur Jésus-Christ est « constitué, quant à son humanité, de bois imputrescibles, c’est-à-dire de la Vierge et de l’Esprit-Saint, recouvert à l’intérieur et à l’extérieur comme par l’or très pur du Verbe de Dieu. »[8]

Saint Hippolyte fait ainsi entendre que le corps de Sainte Marie possède la même prérogative que le corps de son Fils : il ne saurait se corrompre. Notre Seigneur Jésus-Christ est comme « l’arche faite de bois imputrescibles ». « En effet, son corps » est « non exposé à se corrompre et à l’abri de toute souillure, qui ne poussa jamais la moindre putréfaction de péché ». Saint Hippolyte assimile le corps de Sainte Marie au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Comme ce dernier n’a pas connu la corruption du tombeau, de même, Sainte Marie ne saurait la subir. Et elle ne saurait non plus subir le règne de la mort. La mort elle-même s’est brisée sur elle, nous dit Saint Grégoire le Thaumaturge, mort vers 394, comme elle s’est brisée contre son Fils[9]. Des homélies byzantines du VIIIe siècle reviendront vers le lien qui existe entre Sainte Marie et son Fils pour souligner l’incorruptibilité du corps de la Sainte Vierge. « Il n’est pas admissible que toi, le vase qui avait été le réceptacle de Dieu, tu te dissolves par décomposition dans la poussière d’un cadavre putréfié. »[10] Reprenant Saint Paul, Saint Jean Damascène parle d’un changement de condition pour Sainte Marie. Par sa mort, sa condition humaine s’est transformée de mortalité en condition d’immortalité, prélude nécessaire à sa gloire.

Un silence mystérieux sur la fin de Sainte Marie

Si le corps de Sainte Marie est incorruptible, qu’est-il devenu ? Est-elle-même morte ? La Sainte Ecriture nous donne aucune information sur la fin de la Sainte Vierge comme le rappelle Saint Epiphane (v. 310-403), moine et évêque de Salamine. Nous n’y trouvons « ni la mort de Marie, ni si elle est morte, ni si elle n’est pas morte ; ni si elle a été ensevelie, ni si elle n’a pas été ensevelie. » Tel est le constat de Saint Epiphane, dans son ouvrage intitulé Panarion, achevé en 377. « L’Ecriture a gardé un silence complet sur la fin de Marie », et il rajoute, « à cause de la grandeur du prodige, pour ne pas frapper d’un étonnement excessif l’esprit des hommes. »[11]

Saint Epiphane évoque ainsi un prodige sans rien préciser. « Je n’ose parler, je le garde en ma pensée. » Il demeure silencieux à son tour « par révérence pour cette Vierge incomparable. » Pourtant, il fait référence à l’Apocalypse de Saint Jean qui nous parle d’une femme qui s’envole sur les ailes d’un aigle, échappant ainsi à un dragon. Mais, gardant son secret, il ne veut rien affirmer sur la fin de Sainte Marie. Sa conclusion est alors étrange. « En fait », conclut-il, « personne ne sait quelle a été sa fin. »[12] Comme d’autres commentateurs, nous pourrions croire qu’il ne veut rien affirmer de peur de témoigner en faveur d’un groupe de femmes hérétiques, les collyridiennes, qui, croyant en son immortalité, vouent à la Sainte Vierge un véritable culte d’adoration.

Mais, quelle que soit la fin de Sainte Marie, Saint Epiphane se demande comment elle est parvenue à la gloire parfaite. Car il en est convaincu. Elle est déjà dans le Royaume de son Fils en son corps et en son âme. « Ce que [Notre Seigneur Jésus-Christ] a voulu, c’est qu’elle soit un tabernacle saint, et qu’elle soit en possession de son royaume », une possession qui ne soit pas qu’à moitié.

La croyance en un enlèvement de Sainte Marie au IVe siècle ?

Plusieurs apocryphes de la fin du Ve siècle décrivent des prodiges qui ont accompagné la fin de vie de Sainte Marie. Certains d’entre eux affirment clairement que le corps de la Sainte Vierge n’a pas subi de corruption et qu’il a été enlevé vers le ciel. Si ces apocryphes peuvent répondre à la curiosité populaire et nourrir la piété, ils s’appuient généralement sur une croyance déjà acquise donc plus ancienne, et sur un enseignement qu’ils enrichissent et agrémentent de nombreuses fantaisies.

Cependant, à la fin du IVe siècle, bien avant ces apocryphes, il a été trouvé sur plusieurs manuscrits des annotations attribuées à Eudoxe, évêque arien, mort en 370. Il reprend le Magnificat en y ajoutant cette phrase mystérieuse : « Et voici que maintenant je passe de la terre aux cieux, et que je suis tirée pour la réalisation d’un mystère ineffable. » Cet ajout s’appliquerait-il à la maternité divine de Sainte Marie ? Cet ajout nous renvoie à une représentation d’un sarcophage daté du début du IVe siècle, où une main venant du ciel saisit le poignet d’une femme qui va ainsi être tirée au ciel. La scorie pourrait donc évoquer l’enlèvement de la Sainte Vierge tirée vers le ciel par son Fils bien avant la diffusion d’apocryphes.

Le témoignage de Saint Ephrem au IVe siècle

Saint Ephrem (né vers 306-373) enseigne explicitement la glorification de Sainte Marie, en son âme et en son corps en raison de sa maternité divine. Notre Seigneur Jésus-Christ « a revêtu sa Mère d’un nouveau vêtement : il s’est revêtu de sa chair, et elle, à son tour, a revêtu sa gloire, sa puissance et sa dignité. »[13] Il décrit alors la voie par laquelle elle a été glorifiée. « Entre tous les descendants de David, tu as choisi une humble vierge, fille de la terre, et tu l’as introduite au ciel, toi qui viens des cieux. »[14] Puis, faisant allusion à l’Apocalypse de Saint Jean (XII, 14), Saint Ephrem laisse encore Sainte Marie parler : « Le Fils que je portais m’a enlevée. Il a incliné ses ailes, et il m’a prise entre ses ailes, et il a volé dans l’air »[15].

Le témoignage de Saint Ephrem nous montre qu’à la fin du IVe siècle, l’Assomption de la Sainte Vierge était déjà enseignée en Orient. Elle conduit à la glorification de Sainte Marie, conséquence de sa maternité divine. Ainsi, son corps a échappé au sort commun à toute chair. Sévérien, évêque de Gabala, mort après 408, proclame même que Sainte Marie est la Mère des vivants, qu’elle est dans « un lieu lumineux, dans la région des vivants ». Du ciel, elle entend nos louanges à travers les siècles. Soulignons que cet enseignement date d’avant le concile d’Ephèse (431). Il n’est donc pas la conséquence du développement du culte marial qui se produit après la proclamation du titre de « Theotokos » attribuée à Sainte Marie[16].

La fête de la Dormition

Selon la plupart des commentateurs, la fête aurait pour origine une fête dédiée à Sainte Marie, le 15 août, entre Bethléem et Jérusalem, dans un lieu de pèlerinage le plus important de la Palestine, un rocher sur lequel, selon la tradition, Sainte Marie s’est reposée sur le chemin de Bethléem. Plusieurs sources attestent cette fête au Ve siècle : un document liturgique arménien de Jérusalem datée entre les années 419 et 439, un discours d’un moine et prêtre, probablement prononcé le 15 août 431, la vie de Saint Théodose le Cénobiarque écrite en 530. Un tropologion géorgien de Jérusalem, c’est-à-dire un recueil d’hymnes, daté de 600, reflète la pratique liturgique de Jérusalem vers 560 environ. Il indique que le 15 août est dédié au souvenir de Sainte Marie. Les hymnes chantent même la Dormition de Sainte Marie.

La fête la plus ancienne en l’honneur de la Dormition est attestée en Syrie au Ve siècle. Il s‘agit d’un discours poétique de Jacques de Saroug, mort en 521, probablement prononcé en 489 dans la ville de Nisibe. L’auteur mentionne notamment l’inhumation du corps de la Sainte Vierge au Mont des Oliviers mais souligne que son tombeau demeure inconnu jusqu’à son époque.

Selon l’Histoire ecclésiastique de Nicéphore Calliste Xanthopoulos, l’empereur byzantin Maurice institue la fête de la Dormition de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, à la fin du VIe siècle. Les homélies écrites à cette occasion affirment la mort de Sainte Marie et son élévation au ciel avec son corps. « De même que le sein de celle qui a enfanté n’a pas été corrompue, de même la chair de celle qui est morte n’a pas été détruite. »[17] Reprenant Saint Hippolyte et Saint Grégoire le Thaumaturge, ils lient les corps de Sainte Marie et de son Fils. « De même que le sein de celle qui a enfanté n’a pas été corrompue, de même la chair de celle qui est morte n’a pas été détruite. »[18]

À Rome, un décret du pape Sergius I (687-701) introduit solennellement la fête de la Dormition. Cependant, le Pape Théodore I (642-649) aurait apporté une contribution importante à une fête la célébrant. Saint Grégoire de Tours évoque aussi une fête à la fin du VIe siècle. La fête prend ensuite le nom de l’Assomption.

À partir du IXe siècle, des textes sont défavorables ou favorables à l’assomption corporelle de Sainte Marie. Les grands scolastiques comme Saint Albert le Grand et Saint Bonaventure l’enseignent sans difficulté. Saint Thomas d’Aquin estime que leur argumentation est raisonnable. Les théologiens qui les succèdent sont unanimes à la doctrine de l’Assomption.

Conclusions

Par le dogme de l’Immaculée Conception de Sainte Marie, l’Eglise nous enseigne que Saine Marie a été préservée de tout péché dès sa conception. Par celui de l’Assomption, elle nous dit aussi qu’elle a été préservée de la corruption corporelle. Il y a donc une cohérence entre ces deux dogmes puisque la corruption est la conséquence du péché. De même, Celui qui l’a préservé de tout péché à son origine l’a aussi maintenue dans sa virginité comme Il lui a aussi épargné la corruption du tombeau. Tout cela est tiré de sa maternité divine par laquelle son corps ne peut plus être séparé de celui de son Fils. Parce qu’elle est Mère de Dieu qu’elle est l’Immaculée Conception et qu’elle a été enlevée en son corps et son âme dans la gloire céleste. Il n’y a point de témoins qui affirment l’enlèvement de Sainte Marie dans la Sainte Ecriture. Comme l’Immaculée Conception, l’Assomption est « un mystère de foi, discernés comme la conséquence de l’état de droit qui unit la Mère de Dieu à son Fils. »[19]

Depuis le IIIe siècle, l’Eglise a enseigné l’Assomption de Sainte Marie au travers des Pères de l’Eglise et de la liturgie avant même le concile d’Ephèse qui proclame la maternité divine de Sainte Marie. La doctrine s’est ensuite développée puis affermie par les grands scolastiques sans connaître de divisions ou d’obstacles. Il est sans-doute un des dogmes qui emportent sans difficulté l’adhésion des théologiens au sein de l’Eglise au cours de son histoire. Il est alors difficile de recourir à l’imagination ou à la psychologie pour expliquer le dogme de l’Assomption. En outre, comme l’ont si bien compris l’Eglise dès les premiers siècles, il est aussi difficile de parler du terme de la vie de Sainte Marie sans l’associer à son Fils. Ceux qui parlent aussi de « mariolâtrie » devraient donc davantage méditer sur la maternité divine de la Sainte Vierge. Mais y croient-ils encore ? Quand on est Mère de Dieu, on n’est plus une femme ordinaire…

Enfin la formulation du dogme de l’Assomption ne prend pas position sur la mort naturelle de Sainte Marie. Elle utilise l’expression « après avoir achevé le cours de sa vie terrestre ». Comme l’ont aussi enseigné les homélies byzantines, elle affirme qu’elle « a été enlevée en corps et âme dans la gloire céleste. » Les orthodoxes ne peuvent donc s’y opposer. Mais ce serait alors accepter par cohérence l’Immaculée Conception et finalement l’autorité du pape…

 


Notes et références

[1] Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950, Denziger n°3901.

[2] Nous nous appuyons surtout sur les études menées par le Révérend Père Martin Jugie (1878-1954) sur l’Assomption. Voir La mort et l’Assomption de Marie, Rome, 1944. C’est un ouvrage de référence.

[3] Article L’assomption de la sainte vierge : qu’en disent les protestants, 15 août 2022, Site WEB reforme.net.

[4] Voir article Cette étrange Assomption, Anne-Marie Balenbais, 15 août 2021, regardprotestants.com.

[5] Anne-Marie Balenbais, article Comprendre l’Assomption, 15 août 2021, region-ouest.epudf.org, site WEB du Protestant de l’Ouest ;

[6] Pasteur André Thomas, article Marie : points de vue catholique et protestants, 11/07/2003, modifié le 12/08/2019, La Croix.

[7] Voir Émeraudedécembre 2022, articles "L'Immaculée Conception".

[8] Saint Hippolyte, sermon Dominus regit me, cité par Théorodet, Eranistès, I, P., G., t. LXXXIII, col. 85-88, dans La mort et l’Assomption de la Sainte Vierge dans la tradition des cinq premiers siècles, Martin Jugie, dans Echos d’Orient, tome 25, n°141, 1926, persee.fr.

[9] Voir De Virginitate, Saint Grégoire le Thaumaturge.

[10] Germain, patriarche de Constantinople, Homélie 1 sur la Dormition, dans Histoire des dogmes sous la direction de B. Sesboüé, Les Signes du Salut, 3ème partie, La Vierge Marie, H. Sesboüé, chapitre XVIII, L’Immaculée Conception et l’Assomption de Marie, II, Déclée, 1995.

[11] Saint Epiphane de Salamine, Contra haereses, LXXVIII, 10-11 La mort et l’Assomption de la Sainte Vierge dans la tradition des cinq premiers siècles (suite), Martin Jugie, dans Echos d’Orient, tome 25, n°142, 1926, persee.fr.

[12] Saint Epiphane de Salamine, Contra haereses, LXXVIII, 24.

[13] Saint Ephrem, In Natalem Domini, sermo XI dans La mort et l’Assomption de la Sainte Vierge dans la tradition des cinq premiers siècles, Martin Jugie.

[14] Saint Ephrem, In Natalem Domini, sermo IV.

[15] Saint Ephrem, In Natalem Domini, sermo XII.

[16] Voir Emeraude, octobre 2022, articles "Sainte Marie, Mère de Dieu, Theotokos".

[17] André de Crète (env. 660-740), Homélie 2 sur la Dormition, dans Histoire des dogmes sous la direction de B. Sesboüé, Les Signes du Salut, 3ème partie, La Vierge Marie, H. Sesboüé, chapitre XVIII, L’Immaculée Conception et l’Assomption de Marie, II, Déclée, 1995.

[18] André de Crète (env. 660-740), Homélie 2 sur la Dormition, dans Histoire des dogmes sous la direction de B. Sesboüé, Les Signes du Salut, 3ème partie, La Vierge Marie, H. Sesboüé, chapitre XVIII, L’immaculée Conception et l’Assomption de Marie, II, Déclée, 1995.

[19] Sesboüé, Les Signes du Salut, 3ème partie, La Vierge Marie, H. Sesboüé, chapitre XVIII, L’immaculée Conception et l’Assomption de Marie, II.

samedi 21 janvier 2023

Sainte Marie, la nouvelle Ève, "cause de notre salut", selon les Pères de l'Église

« Tu es belle, ô Marie, Ève nouvelle »[1]. Tel est le début d’un hymne que chantent aujourd’hui les cisterciennes. Sainte Marie, une nouvelle Ève… Nombreux sont les chants liturgiques modernes qui reprennent cette expression depuis qu’elle ait été utilisée par le concile de Vatican II[2], expression qu’emploie aussi Pie XII dans la constitution[3] qui proclame le dogme de l’Assomption en 1950. Lorsque nous contemplons la vie de Sainte Marie et méditons sur son rôle dans l’œuvre de la Rédemption, il est en effet bien difficile de ne pas songer à Ève, notre première parente. Comme la beauté d’une pierre précieuse est mise davantage en valeur lorsqu’elle est placée à côté d’une pierre quelconque, le rapprochement entre ces deux femmes produit une plus grande lumière sur les vertus de la Sainte Vierge. Ce parallèle éclaire aussi leurs rôles dans le plan de Dieu et sur l’œuvre de la Rédemption. Il fait briller un mystère qui nous dépasse. Il donne sens à notre histoire

La mise en parallèle d’Ève et de Marie n’est pas une nouveauté. Elle ne date pas de notre temps moderne. Dès les premiers siècles du christianisme, ces deux femmes ont été rapprochées, donnant alors lieu à de belles pages de vérité qui ont enrichi l’enseignement de l’Eglise. Par ce rapprochement, Saint Justin, Saint Irène et bien d’autres Pères de l’Eglise nous aident à mieux percevoir l’œuvre de la Rédemption. Ainsi, invitons ceux qui doutent encore du rôle de Sainte Marie dans notre salut et de ses privilèges à les rejoindre et à les écouter librement …

Saint Justin (v.100-v.165) : Ève, la mort, Sainte Marie, la vie

Dans son dialogue avec le philosophe juif Tryphon, destiné à répondre aux critiques à l’égard des chrétiens et à faire connaître leur croyance, Saint Justin évoque la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ : « nous comprenons encore que si, d’un côté, il est fils de Dieu, de l’autre, il est homme, fils d’une vierge, afin que le péché, introduit par le serpent, fût détruit par les moyens qui l’avaient fait naître. Ève, encore vierge et sans tache, écoute le démon : elle enfante le péché et la mort ; Marie, également vierge, écoute l’ange qui lui parle ; elle croit à sa parole, elle en ressent de la joie lorsqu’il lui annonce l’heureuse nouvelle […] ; elle lui répond : Qu’il soit fait selon votre parole ! C’est alors que naquit d’elle le salut du monde »[4] Ève, la mort, Sainte Marie, la vie…

Dans ce court passage, Saint Justin met en opposition les dispositions d’Ève et de Sainte Marie, toutes deux vierges, Ève se soumettant au démon et désobéissant à Dieu, Sainte Marie acquiesçant à l’ange et faisant la volonté divine, dispositions aux conséquences contraires, Ève conduisant Adam au péché et donc tout le genre humain à la mort, Sainte Marie ouvrant la porte au Sauveur et donc à la vie. Saint Justin met ainsi en parallèle leur responsabilité, négative d’Ève et positive de Sainte Marie.

Sainte Irénée (v.140-v.202) : Sainte Marie, « cause de salut » et Mère des vivants

Avant de mettre en parallèle Ève et Marie, Saint Irène commence toujours par rapprocher Adam et Notre Seigneur Jésus-Christ. Par son obéissance jusqu’à la Croix, Notre Sauveur a libéré les hommes qui avaient été enfermés dans la mort par la désobéissance d’Adam. Il est ainsi le Nouvel Adam, celui qui « a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétré par le bois. »[5]

Saint Iréné rapproche ensuite Ève et Marie, toutes deux vierges, toutes deux sujettes à un discours qui les posent devant un choix à l’égard de Dieu. Sont alors mises en parallèle deux scènes, celle de la tentation du serpent qui séduit Ève et celle de l’Annonciation où l’ange annonce la bonne nouvelle à la Sainte Vierge. « De même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout leur genre humain, de même, […], devint en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain. »[6] Ainsi, « de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même, celle-ci se laissa persuader d’obéir à Dieu, […] de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une vierge »[7].

Comme Adam est récapitulé en Notre Seigneur Jésus-Christ, Ève l’est aussi en Sainte Marie. Comme le Christ et Adam sont liés, la Sainte Vierge et la première femme doit l’être aussi. Puisque le péché est entré dans le monde par une femme vierge, le Sauveur naît d’une vierge également afin d’obéir au commandement de Dieu, « en naissant d’une femme, en réduisant à néant notre adversaire et en parfaisant l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu. »[8] Il en conclut alors deux conséquences : Sainte Marie peut porter Dieu et devenir l’avocate de la première femme

En raison de son incrédulité en la parole divine, Ève transgresse le commandement de Dieu et à son tour, elle pousse Adam à la faute. Parce qu’elle a cru en l’ange, Sainte Marie obéit par sa foi. « L’obéissance de Sainte Marie contrebalance, détruit, abolit la désobéissance d’Ève ; elle dénoue ou délie le nœud de la désobéissance d’Ève. La misérable séduction est ainsi dissipée par la magnifique annonce de la bonne nouvelle de vérité. » Ainsi, non seulement Sainte Marie peut plaider en faveur d’Ève, mais elle est surtout « cause de salut » selon l’expression forte qu’emploie Saint Irène. Et parce qu’elle a obéi qu’elle devient Mère de Dieu. Elle met au monde Notre Seigneur, c’est-à-dire la Vie. « C’est par le fait que la Vierge qui a obéi à la parole de Dieu que l’homme ranimé a, par la Vie, reçu la Vie. »[9] Saint Irène fait alors le rapprochement entre Adam modelé à partir de la terre vierge et Notre Seigneur Jésus-Christ, né de la Vierge, entre la postérité d’Adam et celle de Notre Sauveur. Alors que tous les enfants issus d’Ève sont enfantés pour la mort, Ève étant ainsi frappée dans sa maternité, Sainte Marie est véritablement Mère des vivants.

Sainte Marie opère ainsi un retournement de situation ou encore, selon l’enseignement actuel, une « recirculation » : « Ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud, en sorte que les premières boucles soient défaites grâce à des secondes et qu’inversement les secondes libèrent les premières : il se trouve de la sorte qu’un premier lien est dénoué par un second et que le second tient de dénouement à l’égard du premier. […] Ainsi également le nœud de la désobéissance d’Ève a été dénoué par l’obéissance de Marie, car ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l’a délié par sa foi. »[10] Le plan de la Rédemption correspond ainsi mais de manière inverse à l’histoire de la chute. Dans ce plan, Sainte Marie est l’antitype d’Ève.

Saint Irène insiste sur le rôle de la Sainte Vierge dans l’œuvre de la Rédemption. Il montre que Sainte Marie coopère à l’œuvre du salut entreprise par Notre Seigneur Jésus-Christ, le nouvel Adam.

Tertullien (v.160-v.220) : reprise des responsabilités d’Ève et de Sainte Marie

Pour répondre aux critiques des hérétiques, Tertullien veut expliquer les raisons qui expliquent la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ d’une vierge. Comme Adam a été formé de terre, le nouvel Adam devait aussi formé « d’une chair toute pure et dont l’intégrité n’avait point été offensée »[11] En outre, reprenant sans-doute l’idée de Saint Irénée, Dieu a voulu mener « une opération contraire à celle du démon […] Ève étant encore vierge, une parole était entrée dans son âme, qui y avait élevé l’édifice de mort ; il fallait donc que le Verbe de Dieu entrât une vierge pour y rétablir l’édifice de vie. » Ainsi, « le crime que l’une avait commis en croyant, l’autre aussi en croyant l’a effacé. » En raison de sa faute, Ève a enfanté dans la douleur Caïn qui a tué son frère. En raison de sa soumission, Sainte Marie a conçu Notre Seigneur Jésus-Christ, Notre Sauveur.

Comme Saint Justin et Saint Irène, Tertullien oppose « la crédulité mauvaise d’Ève et la foi de la Sainte Vierge, le caractère néfaste de la responsabilité qui lie et rend esclave et le caractère libérateur d’une coopération ordonnée au salut. »[12]

Nous pouvons encore citer d’autres Pères de l’Eglise qui opposent Ève et Sainte Marie dans leur responsabilité à l’égard des hommes. Pour, Origène, Ève a été source de souffrance et Sainte Marie source de bénédiction et de joie[13]. Pour Saint Jérôme, « la malédiction a été brisée. La mort par Ève, la vie par Marie »[14]. Pour Jean Chrysostome, une « vierge nous a chassés du paradis, par une vierge, nous avons trouvé la vie éternelle. »[15]

Ainsi, comme Ève est associée à Adam dans le péché originel et dans ses conséquences, le rendant auteur de mort, et donc associée à la corruption de la nature humaine et à la ruine du genre humain, Sainte Marie est associée à Notre Seigneur Jésus-Christ dont l’œuvre n’aurait pas pu avoir lieu sans la coopération de la Sainte Vierge. Le rapprochement entre ces deux femmes souligne ainsi le rôle actif de Sainte Marie dans notre Salut. Comme l’écrit encore Saint Ephrem dans une de ses hymnes, au IVe siècle, « Ève ouvre les portes fermées de la mort ainsi que les portes fermées de l’enfer ; elle ouvre une voie inconnue, celle de la tombe. […] L’origine de notre salut ; l’origine de notre mort, c’est Ève »[16]. Enfin, pour Saint Augustin, « Voyez encore cet admirable mystère : le grand mystère : la mort nous était venue par la femme, c’est par la femme que la vie devait nous être rendue »[17]

Conclusions

Dès le IIe siècle, d’Orient et d’Occident, les Pères de l’Eglise ont bien perçu la place active et privilégiée de Sainte Marie dans l’œuvre de Notre Rédemption. Saint Pierre Damien en conclut que nous sommes redevables à la bienheureuse Mère de Dieu et que nous lui devons d’immenses actions de grâces. Leur enseignement, nous le retrouvons naturellement dans l’expression de la foi au travers des prières et des chants religieux ainsi que des nombreuses œuvres d’art que le christianisme a enfantées. C’est donc avec confiance que les chrétiens tournent leurs regards vers Sainte Marie. Si elle est cause de notre salut, réparant la faute d’Ève, comment pourrait-elle ne pas entendre nos peines et nos larmes, ou nous laisser dans nos péchés ? Comment son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, ne pourrait-Il pas entendre sa Mère ?

En comparant Ève et Sainte Marie, la scène de la séduction de la première femme et celle de l'Annonciation, nous pouvons entendre la Sainte Écriture qui nous fait ainsi saisir l'œuvre de la Rédemption au travers de deux épisodes clés de notre histoire. Les Pères de l'Eglise puisent en effet leur enseignement dans la Génèse, l'Évangile selon Saint Luc et les Épitres de Saint Paul. C'est ainsi que par la Sainte Écriture et la Tradition, l'Église nous transmet les vérités que nous devons connaître.

Après avoir entendu les Pères de l’Eglise, unanime dans leur enseignement, il nous est bien difficile de comprendre la position des protestants qui refusent de croire au rôle privilégié de Sainte Marie dans l’œuvre de la Rédemption. Luther lui-même n’a pas osé clairement la remettre en question. Comme se fait-il alors que comparant Ève et Sainte Marie, ils ne puissent pas arriver à la même conclusion ? Et encore récemment, une théologienne qui se disait catholique s'offusquait de la place qu'occupe Sainte Marie dans l'Église ! Pourtant, ce que nous croyons, nous ne l’inventons pas, nous le recevons. « Cause de salut » pour Saint Irénée, « trésor de notre félicité » pour Saint Ephrem, « unique espérance des pécheurs », pour Saint Augustin. La vérité est dite. Nous préférons suivre la Sainte Tradition qu’accepter la voie de l’orgueilleuse et insolente nouveauté ! Nouveauté qui passe ...

 « Salut, étoile de la mer, ô très sainte mère de Dieu, toi qui est vierge à tout jamais, ô bienheureuse porte du ciel, toi qui accueille cet Ave de la bouche de Gabriel, affermis nos cœurs dans la paix : tu as inversé le nom d’Ève.»[18]


Notes et références

[1] Hymne moderne reprenant les paroles d’un hymne ancien Tota pluchra est.

[2] Constitution sur l'Église, Lumen Gentium, n°63, Vatican 2, 21 novembre 1964.

[3] Pie XII, Munificentissumus Deus, constitution  apostolique, 1er novembre 1950.

[4] Saint Justin, Dialogue avec le Juif Tryphon, C, 4-6, trad. M. de Genoude, 1848.

[5] Saint Irénée, Contre les Hérésies, V, 19, 1.

[6] Saint Irène, Contre les hérésies, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, III, 22, 4, trad. Adelin Rousseau, les éditions du Cerf, 2001.

[7] Saint Irénée, Contre les Hérésies, V, 19, 1.

[8] Saint Irénée, Contre les Hérésies, V, 19, 1.

[9] Saint Irénée, Démonstration de la prédication apostolique, 33.

[10] Saint Irénée, Contre les Hérésies, III, 22, 4.

[11] Tertullien, Traité de la chair de Jésus-Christ, Chapitre XVII, 1844.

[12] B. Sesboué, Les Signes du Salut, Troisième partie, Chapitre XVII, I, 3, Desclée, 1995.

[13] Voir In Lucam, Origène, fragment 12, SC 87, In Mattheum, homélie, 1, 5.

[14] Saint Jérôme, Epître XXII.

[15] Saint Jean Chrysostome, In Psalmis, 44, 7.

[16] Saint Ephrem, Semon exegeticus, 2 dans La Sainte Vierge d’après les Pères, l’Abbé Barbier, tome III, chap. CL, 1867.

[17] Saint Augustin, Le Combat chrétien, chap. XXII, 1024, 24, trad. de M. Thénard, dans Œuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, 1869, Tome XII.

[18] Hymne Ave, maris stella.