" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


jeudi 21 mars 2013

Le "chrétien moyen" selon Teilhard

Teilhard oppose souvent deux types de chrétiens : le chrétien moderne et le chrétien du passé, appelé également « chrétien moyen ». L'avenir et le monde appartiendraient au premier, par son réalisme et ses connaissances, contrairement aux seconds qui n'ont aucune espérance tant ils restent attachés à un enseignement obsolète et inadapté au temps présent. Il nous a alors semblé intéressant de vous décrire comment notre « philosophe » perçoit le « chrétien moyen » et les doctrines chrétiennes les plus fondamentales qu'il juge périmées. En nous appuyant sur ses principaux écrits, nous allons effectivement comprendre ce qu'il rejette et ce qu'il veut changer dans le christianisme. Nous pourrons ainsi dégager plus clairement sa pensée et ses sentiments... 

Précisons que dans notre article, le « chrétien moyen » désigne celui qui demeure fidèle à l’enseignement traditionnel de l’Église au temps de Teilhard. Nous nous considérons donc comme « chrétiens moyens »… 

Le chrétien moyen mépriserait le monde et en particulier le travail… 

Notre « philosophe » souligne d'abord le mépris qu'aurait le chrétien à l'égard du monde [1], sans évidemment préciser ce qu’il entend exactement par « monde ». Teilhard lui demande au contraire de se détacher du monde, non pas par le mépris, mais en le traversant et en le sublimant. 

Un exemple ? Voyons comment il décrit notre conception du monde du travail. « Je ne pense pas exagérer en affirmant que, pour les neuf dixièmes des chrétiens pratiquants, le travail humain reste à l'état d'encombrement spirituel. Malgré la pratique de l'intention droite et de la journée quotidiennement offerte à Dieu, la masse des fidèles garde obscurément l'idée que le temps passé au bureau, au studio, aux champs et à l'usine, est quelque chose de distrait, à l'adoration ». Il propose alors une vision plus élevée. Pour Teilhard, rien n'est profane, tout est sacré. Par conséquent, le travail est un véritable moyen de sanctification. L’un des dangers est cependant qu’il nous détourne de notre sanctification... 


Sa proposition est-elle une nouveauté ? Dans sa doctrine sociale, l’Église a souvent rappelé la sanctification par le travail. Elle a surtout été précisée depuis le XIXème siècle quand l'industrialisation a montré les dangers d'un travail devenu esclavage. Rien d'innovant en apparence. Toute forme de mépris du travail serait plutôt une infidélité à l’égard de l’enseignement de l’Église. 

Le problème n'est pas vraiment dans une incompréhension du sens du travail, mais dans une réalité que nous percevons tous chaque jour sur nos lieux de travail : la difficulté pratique de concilier travail et vie chrétienne. 
La difficulté du « chrétien moyen » est peut-être plus « d'afficher prudemment sa foi », « de faire de l'apostolat », « de ne pas craindre d'être mal vu pour ses convictions religieuses », « de concilier les devoirs d’état et ceux du chrétien », « de lier intérêt de l’âme et intérêt professionnel »... Quel milieu professionnel ignore encore ces contradictions de plus en plus fortes, surtout dans le « public » ?... 

Le problème est tout-à-fait différent. Ce n'est pas une question d'inadaptation du chrétien au monde ou d’erreur de conception, de mépris, mais de l'opposition de plus en plus claire entre un monde de travail qui se déchristianise et une foi chrétienne sincère et authentique qui veut s’épanouir là où elle est. Méconnaître cette réalité, c'est finalement méconnaître la vie contemporaine du chrétien dans son environnement quotidien. Mais, comment Teilhard peut-il percevoir cette réalité quand dans ses principes, il considère le monde comme authentiquement conciliable avec la foi ? 

Le chrétien moderne est un mystique de l’action… 

En lisant les différents écrits de Teilhard, nous découvrons derrière cette idée de valorisation du travail une autre idée plus profonde et véritablement inquiétante. Le travail n'apparaît pas en effet comme une œuvre de sanctification mais plus précisément comme œuvre sanctifiante. Il étend cette capacité à toute action humaine. Dans un précédent article, nous avions déjà perçu cette « force de passion collective », capable de faire atteindre à l'homme un état supérieur de perfectionnement. Nous sommes en fait devant une idée maîtresse de notre « philosophe » : l'effort sanctifie l'homme dans le sens où les actions humaines, donc d’ordre naturel, peuvent sauver l'homme. Certaines allusions peuvent montrer qu’il rejette le pélagianisme, même si sa position reste fortement ambiguë et équivoque. L'homme semble être capable d’être « divinisé » par ses seules activités humaines. La proposition de Teilhard est donc radicalement différente de la doctrine de l’Église… 

Fausse interprétation de la résignation… 

S’il souligne fortement la valeur de l’action, Teilhard n’oublie pas celle du saint abandon. Il en profite pour s'attaquer à une autre erreur du « chrétien moyen » : sa résignation, qui ressemble plus au défaitisme et à la fatalité. Il insiste plutôt sur un Dieu attentif à épargner les blessures du monde et à panser ses plaies mais « conformément au rythme général du progrès » [2]. Devons-nous entendre que Dieu est dépendant du processus de l’Évolution selon lequel Il semble agir ? En outre, nos chutes individuelles n’affectent pas Dieu qui en est toujours vainqueur. La résignation résulte aussi d'un effort naturel. « Si […] mon effort est courageux, persévérant, je rejoins Dieu à travers le Mal, plus profond que le Mal ; je me serre contre lui ; et à ce moment l'optimum de ma « communion de résignation » se trouve coïncider nécessairement (par construction) avec le maximum de ma fidélité au devoir commun ». Encore l'idée de l'effort, y compris dans l’abandon... 

Sur ce sujet comme sur tant d’autres, Teilhard présente une attitude possible, erronée et négative de certains chrétiens, donc légitimement répréhensible, tout en la généralisant à l’ensemble des « chrétiens moyens » et en l’incluant dans la vision du christianisme « traditionnel », en opposition à une conception plus valorisante, la sienne. Il nourrit et développe ainsi une fausse image du christianisme pour exposer la sienne… Dans son argumentation, il est frappant de ne voir aucune référence de l’enseignement de l’Église. Ce n’est qu’une série d’affirmations et de clichés... 

Un enseignement traditionnel inopérant 

Selon toujours Teilhard, l’enseignement traditionnel est en outre inadapté aux nouveaux besoins de l'homme que font naître sa nouvelle perception du Monde et sa prise de conscience de l’Évolution. Il nous donne deux exemples : l'Incarnation et la souffrance. Plusieurs questions restent à son avis encore sans réponse valable. Comment se réalise physiquement, biologiquement l'Incarnation ? Il refuse toute fausse réponse de type : « par la puissance divine ». « Mais ceci n'est pas plus une réponse que lorsque le nègre explique l'avion en disant : affaire de Blancs » [3]. Pour répondre au problème du mal, « les docteurs nous expliquent que le Seigneur, volontairement, se cache, afin d'éprouver notre amour » [3]. Il rejette cette explication qu'il qualifie de « haïssable » !… 

Ses jugements sont particulièrement durs : « il faut être incurablement perdu dans les jeux de l'esprit, il faut n'avoir jamais rencontré en soi et chez les autres la souffrance du doute, pour ne pas sentir ce que cette solution a de haïssable » [3]. Mais quels sont ces docteurs ? Nous l'ignorons. D’où tire-t-il cette solution ? Nous l’ignorons. Nous avons en effet souvent constaté dans son argumentation l’absence de références précises d’où il tire ses affirmations. Ce n’est que pure déclaration. Et pour celui qui joue si habilement de syllogisme et de logique, nous sommes bien surpris de l’entendre accuser les docteurs d'être « perdus dans les jeux de l'esprit ». Nous verrons que sa solution est encore plus repoussante. 

L’individualisme du chrétien moyen, source du mépris du monde et du refus du progrès 

Nous avons déjà vu que Teilhard opposait deux esprits : « l'Esprit d’Évolution » et « l'Esprit d’Égoïsme ». Il exalte le premier qui se révèle dans l'homme du progrès quand il dénonce le second dans lequel il voit l'homme du passé, notamment le « chrétien moyen ». Ses accusations ne portent pas simplement sur le fait qu'il appartient au passé, mais aussi sur sa conception de l'homme, peu favorable à l'homme de progrès. Selon toujours Teilhard, en ce concentrant davantage sur des relations personnelles par individualisme, le « chrétien moyen » « a fini par rapetisser à la mesure de « l'homme juridique » le Créateur et la Créature » [3]. Deux critiques nous sont reprochées. 

Nous retrouvons la critique d'une individualisation de la foi, ce qui aurait conduit à l'exaltation de la réussite individuelle au mépris du monde. « Il en est venu à regarder l'âme comme un hôte de passage dans le Cosmos et une prisonnière de la Matière » [3]. Le « chrétien moyen » aurait délaissé l'Univers et oublié le sens de la Terre. Finalement, trop centré sur « ces relations personnelles », « le christianisme ne paraît pas croire au Progrès humain » [3]. Il oublie que beaucoup de chrétiens authentiques ont fait progresser de manière conséquente le progrès scientifique… Il aurait plutôt précisé que le christianisme s’oppose à l’évolutionnisme et n’y voit, dans cette idéologie, aucune source de progrès humain… 

Un christianisme juridique loin du réalisme physique 

Un autre reproche nous est adressé. Qu'est-ce que « la mesure de l'homme juridique » ? Selon Teilhard, le christianisme a développé son enseignement sous la seule vision juridique. Les relations entre Dieu et l’homme ou l'Incarnation par exemple auraient été décrites uniquement en termes juridiques. A cette formulation particulière, Teilhard oppose une autre, celle du réalisme physique. Il propose en effet de « transcrire en termes de réalités physiques les expressions juridiques où l’Église a déposé la foi » [3]. Il propose de reformuler l’enseignement de l’Église sous un autre aspect qui aurait été négligé. 

Teilhard va plus loin encore. A qui compare-t-il les théologiens de l’Église, aussi appelés « théoriciens du christianisme » [4] ? Aux docteurs d'Israël ! Il nous renvoie au pharisaïsme. Certes, dans le christianisme, nous ne pouvons pas ignorer la tentation de substituer à la vie chrétienne une codification du comportement et de la pensée au point qu’elle asphyxie la vie elle-même. Le pharisaïsme est une tentation bien réelle. Le jésuitisme en est un exemple et il fut condamné en son temps. L'erreur casuistique est aussi à déplorer. La scolastique fut décriée pour son développement outrancier de la théologie. Mais est-ce cela le christianisme alors que l’Église a lutté contre ces déviations ? 

La Nativité  (Fra Angelico)
Teilhard n’hésite donc pas à attaquer le développement de la doctrine catholique. Il fait allusion aux origines du christianisme et à la formulation du dogme. En Occident, certains Pères de l’Église, dont certains étaient juristes, ont en effet employé des termes juridiques pour exprimer la foi. Tertullien en est un parfait exemple. Les Pères apologétiques ont auparavant utilisé les méthodes employées par les défenseurs dans les tribunaux pour se défendre contre l'injustice des lois dont les chrétiens étaient victimes. Le terme même d'apologétique s'apparente à un style juridique. Teilhard suggère donc que cette tendance a détourné le christianisme de la pleine vérité. Il propose donc de retranscrire nos dogmes et notre foi selon une autre vision, plus conforme à la réalité et à la vérité, une vision plus physique. Voilà notre sauveur à la rescousse de l’Église !

Changer les priorités pour un christianisme plus positif 

Teilhard cherche donc à reformuler les dogmes, notamment celui de la Rédemption. Elle serait « trop centrée sur le rachat » [3] et sur « l'idée de réparation expiatrice », termes proprement juridiques. Il ne réfute pas ce dogme mais il le trouve trop excessif, pessimiste, négatif. Que propose-t-il ? De changer simplement de regard, de priorités : une « Christologie renouvelée où la Réparation (si intégralement maintenue soit-elle) passerait cependant au second plan […] dans l'opération salvifique du Verbe » [3]. Il ne s'agit plus d'abord d'expier et de restaurer, mais de créer. C’est la théorie de création continue… 

Ce changement de perception ou de priorité, est-ce sans véritable conséquence ? Avec cette nouvelle vision de la Rédemption, que deviennent par exemple nos sacrements ? Le Baptême devient « le geste divin de soulever le monde » ; la Croix, « la montée de la Création à travers l'effort » [3] ; la pénitence, « l'idée de Consommation et de Conquête », etc. Au delà de sa transcription, qu'il présente comme anodine, notre religion évolue de manière radicale. C'est une métamorphose... 




Teilhard s'oppose ensuite directement à la notion traditionnelle du péché originel. Il comprend bien que l'idée du péché originel enseignée par l’Église s'oppose à l'Évolution. L'idée de tout rachat est inconciliable avec le salut par le devenir. Il veut « re-poser le problème irritant, mais inévitable, des rapports existants entre Péché originel et Évolution » [3]. Il rejette toute idée de fait historique, d'« événement particulier ». « Pour satisfaire à la fois les données de l'expérience et les exigences de la Foi, la Chute originelle n'est pas localisable à un moment, ni en un lieu déterminé ». Sa solution paraît peu compréhensible. La chute « qualifie le milieu même au sein duquel se développe la totalité de nos expérience » [3]. Elle se présente « comme une face ou une modalité globale de l’Évolution » [3]. Dans un document [5] où Teilhard développe le sujet du péché originel, la chute de nos premiers parents est vue comme un symbole. « Le drame de l'Éden dans cette conception, ce serait le drame même de toute l'histoire humaine ramassée en un symbole profondément expressif de la réalité. Adam et Ève, ce sont les images de l'humanité en marche vers Dieu ». La chute est perçue comme « si vieilles et plus faciles d'imaginations ». 

Dans sa solution - peu originale il faut l’avouer, puisqu’elle a déjà été proposée par Pélage et ses disciples - il y voit un avantage : « cette manière de comprendre le péché originel supprime évidemment toute difficulté d'ordre scientifique (la faute se confond avec l’Évolution du monde) ». Mais il en n'ignore pas les inconvénients : le renoncement à la conception d'un péché d'origine et du péché originel et donc l'obligation de « confondre, par suite, dans la durée, les deux phases de Chute et de Relèvement, qui ne sont pas plus deux époques distinctes, mais deux composantes constamment unies dans chaque Homme et dans l'Humanité ». La Création, la Chute et la Rédemption se déroulent simultanément dans chaque homme… 

La Création continue contre la doctrine chrétienne de la Création et de la Rédemption 

Teilhars est convaincu que sa conception demeure fidèle à « l'attitude traditionnelle des âmes chrétiennes en face de Dieu ». « Elle y trouve même, semble-t-il, son plein épanouissement intellectuel et mystique » ! « Création, Chute, Incarnation, Rédemption, ces grands évènements universelles cessent de nous apparaître comme des accidents instantanés disséminés au cours du temps ». 

Retour du fils prodigue
(Rembrandt)
Or, cette vision simpliste est erronée. Peut-être, montre-t-elle une certaine ignorance dans l’exégèse, ce qui nous étonnerait, compte tenu de sa formation intellectuelle. L’Église a toujours mis en parallèle les événements bibliques selon plusieurs points de vue. Dans le cas de la Chute, elle y voit non seulement un fait historique à l'origine du péché originel, mais aussi une représentation de ce qui se produit en nous quand nous péchons individuellement. Le même processus se déroule dans notre vie quotidienne selon les mêmes principes. Chacun d'entre nous vit donc la chute et peut se relever. L’Histoire est aussi une Chute de l'Homme puis son relèvement. L'enseignement de l’Église est donc beaucoup plus complexe, précise et enrichissante que semble prétendre Teilhard. 

Mais, contrairement à ce qu’il énonce, il est difficilement pensable de penser à des mystères simultanés quand ils sont successifs dans le temps. Il est difficilement envisageable de renaître si on ne meurt pas et auparavant, si on ne naît pas…

Ensuite, autre point surprenant, Teilhard présente ces évènements comme « des accidents instantanés disséminés au cours du temps ». Ils seraient incompréhensibles, incohérents, irrationnels. Cela peut en effet choquer un homme de science mais non un homme de foi. Car derrière ces mots, se cache une réalité profonde, celle de la liberté de l'homme qui pose des actes dans l'histoire et en assume les conséquences. Mais comment concilier la liberté et l'idée de l’Évolution ? Comment concilier deux sens de l'Histoire opposée, l'une sous la lumière de la Chute et l'autre sous la direction de l’Évolution ? 

L’Église enseigne que la Création, la Chute et la Rédemption sont des faits historiques qui se sont produits dans le temps et donc successifs. Or, en même temps, elle enseigne qu’en Dieu, il n'y a pas de durée, de succession, de morcellement. Donc en Dieu, la Création, la Chute et la Rédemption sont un tout. Nous avons l'impression, peut-être à tort, que Teilhard semble confondre deux points de vue, humaine et divine. « Ils deviennent, tous les quatre, co-extensifs à la durée et à la totalité du monde ; ils sont, en quelque façon, les faces, […], d'une même opération divine » [6]. A quel niveau se situe-il ? Au niveau de Dieu ou de l'homme ou encore du monde ? Ou peut-être le monde est-il déifié au point que pour lui, tout est en un ? 

Nous revenons en fait à une même difficulté. Teilhard ne peut concevoir Dieu intervenant continuellement dans l'histoire des hommes comme si ces interventions manifestent une impuissance de Dieu. L'enseignement de l’Église lui apparaît ainsi comme « une perspective enfantine, qui est un perpétuel scandale pour notre expérience et notre raison ». Mais, en quoi est-elle contraire à notre expérience et à notre raison ? L’Église est-elle demeurée puérile pendant deux mille ans jusqu'au jour où le nouvel Apôtre Teilhard est apparu ? C'est méconnaître toute la richesse et la profondeur intellectuelles de ces hommes qui ont consacré leur vie à l'approfondissement de la foi et de la charité sous la lumière de Dieu ! Ill est vrai que l'intelligence humaine ne cesse de progresser, alors comment se fier au passé, source d'infantilisme aux yeux de Teilhard ! 

Ce serait une nécessité biologique de faire évoluer le christianisme… 

« Si divine et immortelle que soit l'Église, elle ne saurait échapper entièrement à la nécessité universelle où se trouve les organismes, quels qu'ils soient, de se rajeunir perpétuellement » [3]. Teilhard applique à l’Église sa loi de conscience et de complexité. Le refus d'Évolution expliquerait alors le « ralentissement dont se plaignent les Encycliques » [3]. « C'est que le Christianisme a déjà deux mille ans d'existence, et que, par suite, le moment est venu pour lui (comme pour n'importe quelle autre réalité physique) d'un rajeunissement ». Tout se ramène dans la réalité physique… 

Comment le rajeunir ? « Par infusion d'éléments nouveaux », ce qu'il propose évidement de faire. Nous en sommes un peu surpris par tant de contradictions. Car il défend aussi d'être un innovateur…. 

Où trouver des éléments nouveaux ? Dans la Sainte Écriture, la Tradition, dans la Révélation ou dans l'enseignement de l’Église ? Non, « aux sources brûlantes, toutes justes ouvertes, de l'Humanisation » [3]! Teilhard précise ce qu’il entend par infusion. Il innove « non par addition ou soustraction à son contenu, mais par accentuation et atténuation relatives de ses traits » [3]. 

Teilhard explique pourquoi les « théoriciens du christianisme » se sont trompés. Si le christianisme ne peut pas répondre aujourd’hui aux besoins de l'homme, c'est pour la seule raison qu'ils se sont concentrés sur un seul aspect de sa doctrine. Il veut donc le recentrer sur un autre de ses aspects. Il légitime ainsi sa proposition de « changer les priorités ». Mais l'histoire de l’Église ne montre-elle pas au contraire son attachement à garder le juste équilibre tout en demeurant fidèle à la Parole révélée ? N'a-t-elle pas lutté contre le pélagianisme qui exaltait les forces humaines au détriment de la grâce, et contre le protestantisme ou le jansénisme qui, au contraire, désavantageaient les mérites dues aux œuvres au profit d'une grâce mal comprise ? Ne s'est-elle pas opposée non plus à la dévotion moderne et au rationalisme ? Or, que constatons-nous, depuis que nous étudions la pensée de Teilhard ? Une exaltation incroyable de l'homme, une foi absolue en la science, un optimisme exacerbé ! Que d’extrême dans ses positions ! Le déséquilibre n'est pas du côté de l’Église... 

Références
[1] Voir sur le blog, l'article "Le Monde, second ennemi spirituel", février 2013.
[2] Teilhard, Le Monde divin
[3] Teilhard, L'Avenir de l'Homme.
[4] Teilhard, Le Christ évoluteur
[5] Teilhard, Note sur le péché originel.
[6] Teilhard, Comment je crois.

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