" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 6 mai 2017

Les doctrines de la prédestination

Les mouvements protestants ne sont guère unis au niveau doctrinal. Certes, la doctrine de la justification par la foi seule semble être le fondement du protestantisme mais rapidement, elle l'a séparé en plusieurs églises. Luther l'a développée, enrichie, défendue avec rage et vigueur. Elle est au cœur de sa pensée. Plus calme et intelligent, Melanchthon l'a corrigée de manière considérable pour la rendre plus humaine, plus cohérente. Rigoureux dans son raisonnement, Calvin la défend aussi mais comme conséquence d’une doctrine encore plus sévère, celle de la prédestination, doctrine qui sera encore radicalisée par ses disciples face aux contestations internes. La doctrine de prédestination est au cœur de la doctrine de Calvin, contrairement au luthéranisme. Cette doctrine s’oppose aussi à la prédestination telle qu’elle est enseignée par l’Église catholique. La prédestination est donc un des points qui séparent nettement les Chrétiens. Il est donc important de connaître les différentes doctrines ...

Conséquence de la justification par la foi seule selon Luther

La doctrine de la justification par la foi seule est au centre de la doctrine de Luther comme de tous les premiers  « réformateurs ». L’homme ne dispose d’aucune liberté dans l’œuvre du salut. « Celui qui sait que son salut est dans les mains de Dieu, renonce à ses propres forces, ne choisit plus ses moyens, mais attend l’action de Dieu en lui »[1]. Luther a défini sa doctrine à partir de son expérience personnelle et d’une interprétation des textes sacrés. Mais si l’homme n’a aucune liberté dans l’œuvre de son salut, tout dépend finalement et absolument de Dieu. Luther en arrive donc à l’idée de la prédestination. Néanmoins, il n’y insiste pas tant cette idée l’horrifie. Effrayé par les conséquences de sa doctrine et plus sage, Melanchthon atténue la doctrine de son maître au point d’affirmer une certaine coopération humaine dans sa justification.

Une doctrine finalement remise en cause par les luthériens

Luther refuse de s’attarder trop longtemps sur l’idée de la prédestination, pourtant elle est une conclusion évidente, inéluctable de son système. Elle est donc peu clairement enseignée par les premiers luthériens. Ils n'y insistent guère. En outre, dans la foi luthérienne, la doctrine de la justification par la foi seule est suffisamment modifiée pour écarter toute idée de prédestination.

Après avoir suivi fidèlement son maître, Melanchthon reprend sa doctrine de la justification. Comme d’autres luthériens, il se rend compte des conséquences fâcheuses pour la vie morale. Il finit par enseigner la nécessité de la coopération de l’homme avec la grâce dans l’œuvre de la conversion. C’est la thèse du synergisme. Il modifie en conséquence les ouvrages de référence du luthéranisme. Cependant, jusqu’à la mort de Luther, il demeure prudent. Mais d’autres n’ont pas cette même loyauté. En 1555, Jean Pfeffinger, professeur de Leipzig, enseigne ouvertement la coopération de la volonté avec la grâce. Les luthériens Amsdorf, Illyricus et d’autres s’insurgent, le couvrant de toutes les injures possibles, radicalisant même l'idée de la prédestination. Dieu est même présenté comme l'auteur du mal. Des professeurs de Wittenberg, d’Iéna et de Leipzig apportent leur appui auprès de Pfeffinger. Mais, à la demande du duc Jean Frédéric de Saxe, des théologiens réfutent le synergisme. En 1558, il est même déclaré d'opinion impie.

En 1576, le synergisme est de nouveau au centre des discussions entre les protestants. À Torgau, des théologiens sont réunis pour parvenir à une formule de concorde sur les points de divergence. Le Livre de Torgau a ainsi été écrit dans un sens très « melanchthonien ». Il professe la nécessité du concours de la volonté humaine avec la grâce tout en admettant que la grâce a le pouvoir de changer la volonté. Après avoir été diffusé dans tous les États de l’Empire, il a été modifié et a donné lieu à une nouvelle formule de concorde en 1577. Mais, les passages favorables au synergisme ont été omis ou amendés. En 1580, il est devenu le symbole de foi de l’Église protestante par la majorité des États de l’Empire. Néanmoins, dans certains États, comme dans la Saxe électorale, il a encore été modifié dans un sens synergiste. 

La souveraineté absolue de Dieu selon Calvin

Calvin arrive aussi à la même conclusion que Luther mais par une démarche différente. C’est l’idée de la souveraineté absolue de Dieu qui conduit le « réformateur » de Genève à affirmer la doctrine de la prédestination. En effet, si le salut dépendait de l’homme, la décision divine dépendrait également de lui, ce qui est inconcevable si Dieu est vraiment Dieu. Si l’homme avait une part de responsabilité dans sa justification, celle-ci ne serait plus en outre un don gratuit. Calvin définit alors la double prédestination : de toute éternité, Dieu élit les uns pour être sauvés, les autres pour être damnés. Sa miséricorde s’exerce sur les uns, sa justice sur les autres.

La doctrine de Calvin comprend plusieurs idées fortes. D’abord, Dieu a élu des hommes sans égard à un quelconque mérite. Puis, toute élection entraîne un choix et donc une séparation. Enfin, la sélection ne provient pas de la prescience de Dieu. Tout dépend du « bon plaisir de Dieu », c’est-à-dire de sa volonté. « Dieu n’a rien considéré hors de soi-même à quoi il ait eu égard en faisant cette délibération. »[2] Sa décision ne dépend d’aucune circonstance ou condition. « Dieu fait miséricorde à qui bon lui semble et endurcit qui bon lui semble. Nous voyons comme il remet l’un et l’autre sur le bon plaisir de Dieu. Si nous ne pouvons pas donc assigner autre raison pourquoi c’est que Dieu accepte les élus, sinon pour ce qu’il lui plaît, nous n’aurions aussi nulle raison pourquoi il rejette les autres sinon sa volonté. »[3]

Calvin parvient donc à sa doctrine par la logique. Il la justifie aussi par la Sainte Écriture, et plus précisément par Saint Paul. « C’est en lui que Dieu nous a élus dés avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant, dans son amour, prédestinés à être ses fils d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Épître aux Éphésiens, I, 4-5). Pour défendre sa doctrine, Calvin en appelle aussi à Saint Augustin comme Luther. Il utilise de nombreuses expressions de ses ouvrages. 

Une force et non un motif de découragement pour Calvin

Au contraire de Luther, Calvin voit dans sa doctrine non pas du découragement mais une force sur laquelle peuvent s’appuyer les fidèles. Si Dieu sauve par un décret qui ne dépend pas de l’homme, il suffit de faire partie des élus pour être certain de son salut. Remarquons que la cause profonde de la révolte de Luther a commencé par la crainte de la damnation, c’est-à-dire par l’absence de certitude de son devenir. La doctrine de la prédestination rend caduque toute crainte puisque tout est fixé selon le bon plaisir de Dieu sans tenir compte des œuvres de l’homme. Certes, on supprime la crainte qui tourmente Luther mais à quel prix !

Cependant la prédestination soulève une question cruciale, aussi douloureuse, voire plus effrayante, que la crainte de ne pas savoir : comment le fidèle peut-il savoir s’il fait partie des élus ou des damnés ? Tout revient finalement à cette question.

La foi, signe d’élection
Dans la doctrine calviniste,
que devient le fils prodigue ?

Calvin ne semble pas avoir apporté de réponse précise à cette question pourtant légitime. Les avis des calvinistes divergent sur ce point. Pour certains, Calvin demande de se contenter de savoir que Dieu en a décidé ainsi et de persévérer dans la confiance en Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire dans la foi selon le sens donné par les protestants. « Quand ils enquièrent de la prédestination, [les hommes] entrent au sanctuaire de la sagesse divine, auquel si quelqu’un se fourre et ingère en trop grand confiance et hardiesse, il n’atteindre jamais là de pouvoir rassasier sa curiosité, et entrera en un labyrinthe où il ne trouvera nulle issue. »[4]

Cependant, pour d’autres, Calvin précise que des signes de salut ne manquent pas. Car « Dieu par sa vocation rend suffisant témoignage de son conseil secret ». Si le fidèle éprouve de la foi et réalise des bonnes œuvres, c’est qu’il fait parti des élus. « Pour celui qui se sait racheter, elle lui permet d’appuyer sa fragilité sur le roc, la volonté incompréhensible de Dieu. »[5] La persévérance dans la foi est « l’attestation ultime et décisive de la grâce prédestinée »[6].

La prédestination au cœur des polémiques chez les calvinistes

Comme la justification est objet de querelles entre les luthériens, les calvinistes se divisent sur la prédestination. Elle a donné lieu aux Pays-Bas à leur séparation entre les supralapsaires et les infralapsaires. Les premiers enseignent que Dieu a prédestiné les élus au ciel et les damnés à l’enfer, conformément aux doctrines de Calvin, et cela avant que le monde fût. Le décret de prédestination serait donc antérieur à la chute d’Adam. Il n’en dépend pas. C’est la prédestination absolue. Les infralapsaires soutiennent au contraire que la prédestination est liée à la chute du premier homme ou aux mieux à sa prévision, ainsi au bon ou au mauvais usage que la volonté libre de l’homme fait de la grâce. C’est une prédestination dite conditionnelle.

Au XVIIème siècle, en étudiant la doctrine des infralapsaires dans le but de les réfuter, Jacques Arminius finit par y adhérer et par la défendre. La prédestination absolue est, dit-il, contraire à la sainteté de Dieu. Car si Dieu prédestine certains hommes à la damnation, Il devient l’auteur du péché, ce qui est inconciliable avec sa sainteté. Le calviniste Gomar attaque alors Arminius, démontrant sans difficulté l’incompatibilité de sa doctrine avec celle de Calvin. Le conflit finit par s’étendre dans tout le pays, au-delà même des protagonistes. En 1610, les successeurs d’Arminius finissent par attaquer aux dogmes calvinistes. Finalement, suite à l’intervention du stadhouder Maurice de Nasau, partisan des gomarismes notamment par intérêt politique, les Arminiens sont déclarés hérétiques au synode de Dordrecht en 1619. Le même synode déclare notamment que Notre Seigneur Jésus-Christ n’est mort que pour les élus ou encore que les élus ne peuvent pas perdre la grâce, vu le décret éternel de Dieu, ou bien que l’élection dépend du bon plaisir de Dieu sans égard aux actions des hommes. On en vient finalement à remettre en cause la doctrine du salut universel. Notre Seigneur Jésus-Christ ne serait pas mort pour tous les hommes. Telle est la conséquence logique de la double prédestination.

La prescience de Dieu
La divine comédie, Gustave Doré

Par rapport à Dieu, la prédestination n’a pas de sens. Dieu est hors du temps [8]. Le passé, le présent et le futur n’ont en fait de sens que pour ses créatures et donc pour nous. Dieu connaît en outre toute chose, y compris ce qui est le plus insondable. « L’Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu » (1ère épître aux Corinthiens, II, 10) Dieu sait, d’une manière parfaite, tout ce qui, de quelque manière, peut être l’objet de connaissance. Il est dit omniscient. La science de Dieu comprend les actions passées et présentes et s’étend aux actions libres futures. Hors du temps, Dieu voit en quelques sortes du haut de sa montagne ce que les hommes ont fait, font et feront.

La « prescience » est la connaissance certaine que Dieu a de l’avenir, même des actes libres. Remarquons que les choses ne se produisent pas parce que Dieu les connaît avant qu’elles ne se produisent. Dieu sait d’avance nos actions libres parce qu’elles se passeront dans le futur. La prescience n’est pas une causalité. La prescience et la prédestination n’ont donc aucun rapport.

La prédestination selon la doctrine catholique

La prédestination n’a donc de sens que d’après notre manière de penser. Elle se rapporte à la volonté de Dieu relativement au salut des hommes. Au sens étymologique, la prédestination signifie « destination antérieure ». Au sens théologique et catholique, elle désigne la volonté ou le dessein que Dieu a formé, de toute éternité, de conduire par sa grâce des hommes au salut éternel, de manière à les y faire arriver infailliblement.

Notons déjà qu’elle est différente de la volonté divine de salut par laquelle Dieu a résolu de racheter et de sauver tous les hommes. La prédestination concerne au sens strict les hommes en particulier. L’Église enseigne en effet l’universalité du salut, qui donne à chaque homme le droit de se compter au nombre des élus, et donc de croire que Dieu veut sa béatitude. Cependant, personne n’a une certitude surnaturelle de son état de grâce ni de sa prédestination.

Toujours selon la doctrine catholique, Notre Seigneur Jésus-Christ est mort pour tous les hommes. Cela ne signifie pas que tous les hommes sont ou seront sauvés. L’homme peut résister à sa grâce. Dieu veut notre salut mais de manière conditionnelle. Il accorde à tous les hommes, en vertu des mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ, les moyens ou les secours nécessaires pour arriver au salut, même si ces moyens sont différents selon les hommes. Dieu demeure maître de ses dons. Cependant, l’homme peut résister à ses grâces. Il peut en usant mal de son libre-arbitre rejeter le secours que Dieu lui offre pour son salut. Il y a véritablement une coopération entre la grâce divine et le libre arbitre [9].

Comme nous l'apprend Notre Seigneur Jésus-Christ par la parabole des talents [10], tous les hommes ne reçoivent pas les mêmes grâces, même si la grâce est donnée à tous, sans exception. Dieu accorde à certains plus de grâces qu’à d’autres. C’est ainsi qu’un certain nombre d’hommes sont prédestinés. Et ceux qui y sont prédestinés seront infailliblement sauvés.

La prédestination, un acte libre et gratuit de Dieu

La prédestination est une grâce ou plutôt une série de grâces donc un don totalement gratuit de Dieu. Les élus n’ont donc aucun mérite. Certains théologiens catholiques affirment qu'elle est absolue et antérieure, suivant notre manière de penser, à la prévision des mérites de l’homme aidé par la grâce, et d’autres la voient comme conditionnelle ou postérieure à la prévision de ses mérites. Selon la première thèse, l’homme correspond à la grâce parce qu’il est prédestiné. Dieu accorde aux prédestinés les grâces efficaces qui, sans nuire à son libre arbitre, doivent le faire arriver infailliblement au salut éternel. Selon la seconde thèse, Dieu prévoie que parmi ceux qui recevront les grâces, certains en useront bien et Dieu les prédestinent à la gloire. Comme les mérites dépendent de la grâce divine, le décret reste gratuit puisqu’il ne suppose que des mérites acquis par la grâce. Dans les deux cas, les hommes sont rejetés par refus des grâces que Dieu a accordées.

La prédestination est surtout un mystère qui dépasse notre entendement, un mystère qui se fonde sur le secret de la volonté divine du salut pendant notre pèlerinage terrestre, sur la liberté complète avec laquelle Dieu accomplit la prédestination et enfin sur la gratuité absolue de la prédestination.

La doctrine catholique de la réprobation

Il n’est pas possible de traiter de la prédestination sans parler de la réprobation. La réprobation est un acte, un décret par lequel Dieu exclut du royaume des cieux et condamne aux supplices de l’enfer les pécheurs qui demeurent dans l’impénitence finale. Un certain nombre d’hommes est donc non seulement rejeté du bonheur éternel mais subit des peines éternelles. Ils ne sont pas réprouvés par la volonté divine - contrairement à la doctrine de Calvin  - mais parce qu’ils persévèrent volontairement et librement dans leurs péchés jusqu’à la fin. Ils sont donc prédestinés non pas par rapport aux péchés mais par rapport aux châtiments. Les réprouvés demeurent responsables de leur perdition. Ou dit autrement, les méchants ne périssent pas parce qu’ils n’ont pas pu être bons mais parce qu’ils n’ont pas voulu être bons. Selon la doctrine catholique, personne n’est donc prédestiné au mal par la puissance divine.

Ainsi, dans le choix de ceux qui seront sauvés, la miséricorde de Dieu précède leur mérite, tandis que dans la condamnation de ceux qui périront, leur démérite précède le juste jugement de Dieu.

Les fausses conceptions

Deux voies opposées à la conception catholique de la prédestination sont possibles : le pélagianisme et le calvinisme. 

Il y a ceux qui voient le salut uniquement dans les œuvres humaines et donc réside essentiellement dans la nature humaine. Ce sont les pélagiens. Il n’y a aucune place à la prédestination puisque tout dépend de l’homme et de sa liberté entière. Les pélagiens n’admettent naturellement que la prescience. 

Il y a ceux qui admettent la prédestination non seulement pour la vie mais encore pour le péché et la damnation. Ce sont les calvinistes. C’est la double prédestination. « Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu’il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l’éternelle damnation. Ainsi selon la fin pour laquelle est créé l’homme, nous disons qu’il est prédestiné à la mort ou à la vie. »[7]

La voie de l’équilibre

La doctrine chrétienne se trouve entre les deux voix. Elle enseigne la prédestination des élus à la vie et la réprobation des pécheurs destinés au châtiment mérité. Dieu a, par sa grâce, prédestiné à la vie ceux qu’Il avait connus d’avance, et pour lequel Il avait préparé d’avance la vie éternelle. Pour les autres, le destin n’est pas déterminé. Pour ceux qui se perdent par leurs fautes, Il les avait aussi connus d’avance et les avait prédestinés non pas à la perte, mais à l’éternel châtiment. Et là réside la différence entre la prédestination enseignée par l’Église catholique et la double prédestination de Calvin. L’Église catholique refuse la prédestination divine au mal. Sur les pécheurs impénitents, Dieu a prononcé le rejet. Il ne les rend pas impénitents.

Conclusion



La prédestination est une conséquence de la doctrine de la justification. Si l’homme mérite seul son salut par sa volonté et son action, la prédestination n’a pas de sens. Cependant, le salut n’est plus une grâce, c’est-à-dire le don gratuit de Dieu, libre et puissant souverain. Que deviennent finalement les mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ ?

Si au contraire, on pense que l’homme n’a aucune part dans le salut, faute de libre-arbitre, on ne peut qu’affirmer que Dieu prédestine les uns à la vie éternelle et les autres au mal. On préserve certes la toute puissance de Dieu et sa libéralité mais l’homme n’est plus qu’un pantin, irresponsable de son destin surnaturel. Cela va à l’encontre de la volonté divine de sauver tous les hommes.

Mais si le libre-arbitre de l’homme est préservé dans sa justification tout en laissant à la libéralité souveraine de Dieu la cause totale, mais non unique, de son salut, on arrive à la doctrine catholique, qui préserve le dogme fondamental du salut universel. Dans la conception catholique, c’est Dieu qui a l’initiative mais l’homme répond librement. Le don gratuit et la libre coopération de l’homme sont donc inséparables dans son salut. L’Église catholique rejette donc nécessairement toute doctrine qui nuirait l’un au profit de l’autre, ou accentuerait l’un au détriment de l’autre.

Toutefois, n’oublions pas que la justification et la prédestination demeurent pour l’homme des mystères qu’il ne faut pas vouloir creuser trop loin de peur de s’égarer dans de vaines subtilités spéculatives ou encore dans de dangereuses prétentions, celles de penser comme Dieu…





Notes et références
[1] Luther, Du serf arbitre, traduction et notes par Georges Laguarrigues, Folio, essais, 2001.
[2] Calvin, Institution,  III, 22, 3 dans Élection et prédestination, Christian Link, Calvin et le calvinisme : cinq siècles d’influence sur l’église et la société, éd. Martin Ernst Hirzel et Martin Sallmann, Fédération des Églises protestantes de Suisse, Labor et Fides, 2008.
[3] Calvin, Institution, III, 22, 11 dans Calvin et le calvinisme : cinq siècles d’influence sur l’église et la société. 
[4] Calvin, dans Calvin, Bernard Cottret, édition Lattès, 1995.
[5] Jean-Luc Mouton, Calvin, éditions Gallimard, 2009 dans https://levigilant.com.
[6] Heinz Otten, Calvins theologische Anschauung von der Prädestination, Munich, 1938.
[7] Calvin, Institution dans La Prédestination et la liberté humaine, peuvent-elles faire bon ménage ?, Egbert Brink.
[8] Voir Émeraude, article "Dieu et le temps", mars 2015.
[9] Voir Émeraude, article "Les différentes doctrines de justification", avril 2017.
[10] Voir Émeraude, article "L'oeuvre du salut : enseignement par les paraboles", mars 2017.

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