" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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samedi 9 juillet 2016

L'heureuse Providence dans la diffusion du christianisme aux premiers siècles

Lorsque nous songeons au premier temps du christianisme, à ces trois premiers siècles de douleurs et de souffrances, nous ne pouvons que nous étonner de sa rapide diffusion tant dans l’Empire romain et au-delà que dans la société antique. Nous ne pouvons pas croire que Dieu n’en soit pas la cause tant le monde s’est acharné à le combattre. C’est pourquoi comme les apologistes, nous voyons dans sa rapide propagation un solide argument en faveur de son origine divine. 

Cependant, aucune graine ne peut germer et grandir sans une terre et un environnement propices. Des apologistes ont aussi insisté sur les circonstances qui ont favorisé la diffusion du christianisme et de l’admirable enchaînement des événements qui lui ont permis de grandir si rapidement. Mais certains adversaires de la foi ont vu dans ces conditions les véritables et seules causes de son expansion, réfutant par conséquent toute intervention divine et niant toute force à l’argument. Ainsi la question se pose. La diffusion rapide du christianisme dans les trois premiers siècles est-elle un miracle ou le résultat de circonstances toute naturelles ? Si nous répondons par l’affirmative, elle peut être alors évoquée comme un argument en faveur de son origine divine.

Le judaïsme hellénique

Les Actes des Apôtres racontent qu’au jour de la Pentecôte, quand les Apôtres « furent remplis du Saint Esprit et se mirent parler diverses langues […] « il y avait à Jérusalem des juifs pieux qui y résidaient, de toutes les nations qui sont sous le ciel. » (Act. Ap., I, 4-5). Nous apprenons qu’ils sont « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte, des contrées de la Lybie voisine de Cyrène, Romains de passage ici » (Act. Ap., I, 10). Ils précisent qu’ils sont « soit Juifs, soit prosélytes » (Act. Ap., I, 11). Les uns sont juifs de naissance, d’autres, encore appelés les « craignant-Dieu », sont des païens proches de la religion juive sans cependant y adhérer pleinement.



Parmi les Juifs, nous distinguons deux catégories selon leur origine : ceux qui sont nés et vivent en Palestine et ceux de la Diaspora. Lors des grandes fêtes juives, ils se retrouvent à Jérusalem. Saint Pierre s’adresse donc aux Juifs palestiniens comme à ceux qui séjournent à la cité sainte. Certains seront « transpercés par le discours » (Act. Ap., I, 37) de l’Apôtre et seront baptisés. De retour dans leur ville d’origine, les Juifs de la Diaspora colportent les événements qui ont marqué la ville sainte et témoignent de ce qu’ils ont vu et entendu. Les Juifs de toutes les nations apprennent ainsi ce qu’il s’est passé et reçoivent donc indirectement l’enseignement des Apôtres. La diffusion du christianisme dans le monde entier est ainsi facilitée par la présence des communautés juives dispersées dans toutes les nations.

Rappelons ce que sont les Juifs de la Diaspora. Depuis l’exil de Babylone, c’est-à-dire la fin des royaumes juifs et la destruction du premier Temple de Jérusalem par les Perses, des communautés juives se sont essaimées dans le monde gréco-romain et au-delà. Elles sont présentes dans toutes les grandes cités comme Antioche, Damas, Athènes, Rome et surtout Alexandrie. La cité égyptienne contient probablement la communauté juive la plus importante. Sa population est estimée au Ier siècle après J.C. à 180 000, soit le tiers de la population de la ville[1]. Les Juifs se sont aussi étendus hors de l’empire. Lorsque les Juifs ont pu revenir en terre sainte, certains d’entre eux ont préféré rester en pays étrangers. Les communautés juives de la Diaspora sont ainsi restées nombreuses.

Chaque communauté de la Diaspora dispose d’une synagogue et mène une vie religieuse fortement attachée à Jérusalem, aux institutions, aux cultes et aux espérances juives. Elle préserve son identité et sa religion, évitant notamment tout contact avec les païens dans le domaine religieux. La structure juive très répandue dans l’empire permettra ainsi aux Apôtres de s’adresser aisément aux Juifs. Les synagogues seront les lieux où ils pourront enseigner en toute liberté. Ce sont aussi ces Juifs qui les accueilleront au cours de leurs voyages apostoliques.

Philon (25 av. J.C. - 50 ap. J.C. )
Des Juifs plus ouverts

Vivant plus au contact des païens et de cultures différentes, les Juifs de la Diaspora sont moins enfermés dans le messianisme patriotique ou national comme leurs homologues palestiniens. Ils sont plutôt ouverts à la culture et à l’enseignement intellectuel des païens tout en se préservant du paganisme. Ils parlent la langue grecque, connaissent et enseignent la philosophie grecque. Dans les synagogues d’Alexandrie, la lecture des textes sacrés se fait en grecque. La Sainte Écriture utilisée est la version grecque de la Septante. Rappelons que la Sainte Bible a été traduite en grecque car les Juifs d’Alexandrie ne connaissaient probablement plus l’hébreu. Le juif Philon (vers 20, 40) est un des grands philosophes du premier siècle. Par son exégèse, il tente de montrer la compatibilité de la Sainte Bible avec la philosophie grecque. Il influencera certains Pères de l’Église.

Les Juifs de la Diaspora exercent une forte influence auprès des païens en quête de Dieu par l’élévation de leur doctrine et de leur piété. Dans les Saintes Écritures, nous voyons des « craignant-Dieu » qui, désabusés par les religions païennes, semblent reconnaître le vrai Dieu mais hésitent à adhérer pleinement à la religion juive et à se faire juifs tant les prescriptions mosaïques semblent les rebuter. Leur abandon dans le christianisme facilitera leur conversion pleine et entière.

Des Juifs en guerre

Néanmoins, cette ouverture à la culture grecque connaît des limites. À partir du Ier siècle de l’ère chrétienne, la coexistence entre les Juifs de la Diaspora, notamment ceux d’Alexandrie, et les païens est de plus en plus difficile. Le paganisme se heurte à la religion juive, parfois dans la violence. En l’an 38, une émeute éclate à Alexandrie. L’empereur Caligula veut installer une statue le représentant en Jupiter dans tous les temples et dans les Synagogues. Les Juifs s’y opposent catégoriquement. « C’était une guerre terrible, sans merci, qui se déchaînait contre notre nation. »[2]

Les Juifs doivent de plus en plus défendre leurs croyances, leur identité et leur mode de vie face aux différentes autorités qui veulent imposer l’hellénisme et la culture gréco-romaine. Le particularisme juif est ainsi de plus en plus combattu. De véritables guerres entre les communautés juives et les Romains finissent par éclater… 

Siège de Jérusalem par
Titus Incendie du temple

Sous Néron, Jérusalem se révolte. En 66, les Juifs se soulèvent aussi à Alexandrie. Tibère les écrase sans pitié. Jérusalem finit par être détruite. Les affrontements se poursuivront jusqu’au IIème siècle, entre 115 et 117, aboutissant à l’anéantissement de la communauté juive d’Alexandrie. Ces révoltes juives contre l’autorité romaine portent le nom de guerre de Kitos de Quietus, ou encore révolte des exilés dans la littérature juive. Dans la guerre menée contre les Parthes, les armées romaines se heurtent à la résistance juive, ce qui provoque une véritable insurrection juive en Égypte et à Chypre. C’est au cours de ces émeutes que se sont développées des sectes judéo-chrétiennes comme celles des Elkasaïtes[3]. La répression sur la population juive est de nouveau terrible. Elle conduit à la fin du judaïsme hellénique. Seuls subsisteront les judéo-chrétiens.

La pax romana

En dépit des émeutes sporadiques qui ont éclaté dans certaines villes ou aux frontières, l’Empire romain a connu globalement une ère de paix et de prospérité aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Le christianisme se répand au cours de la fameuse et célèbre « Pax romana », la paix romaine. Certes, les armées romaines se battent encore sur les frontières contre les empires adverses ou contre les tribus barbares mais pendant trois siècles, dans les terres intérieures, ni ennemi ni soldat ne vient troubler la paix. L’Empire connaît encore des crises, mais limitées et brèves, sans la perturber profondément. Les Romains finiront par croire que Rome est éternelle… « Les Romains chassés […] que verrait-on sur terre, sinon la guerre universelle ? Huit cent ans d’intention réfléchie et de chance ont élevé cet immense édifice. Qui l’ébranlerait serait écrasé par sa chute. »[4] Cette période extraordinaire d’ordre et de paix garantit une stabilité favorable à la diffusion et à la pénétration de toute religion ou doctrine.

Un État de droit

Comme dans toute société ordonnée, marquée par la discipline, l’Empire romain garantit à tous ses citoyens la protection de la loi. Le fait de posséder le titre de citoyen romain assure des droits sur lesquels veille la discipline romaine. Saint Paul en usera avec intelligence. Le proconsul d’Achaïe refusera d’entendre les plaintes des Juifs puisque Saint Paul n’a commis ni délit ni infraction[5]. N’oublions pas que Ponce Pilate a innocenté Notre Seigneur Jésus-Christ. Des fonctionnaires de César, soucieux de leur rôle, n’hésiteront pas à protéger des chrétiens contre des Juifs zélés et à les contraindre au calme afin que la justice romaine se fasse dans les règles de la loi romaine. Le christianisme se développe ainsi dans un état qui garantit la légalité et la sécurité.

Une liberté de voyager

Ce temps de la tranquillité et de prospérité est très favorable aux échanges et aux déplacements. L’Empire romain dispose d’un système de moyens de communication extraordinaires. Bien entretenu, le réseau routier maille le territoire et dessert les cités. Selon le dicton, tous les chemins mènent à Rome. Œuvre grandiose qui du Danube à l’extrême pointe de l’Armorique, en passant par Byzance et les colonnes d’Hercule ! Les voies romaines étendent un filet indéchirable sur les terres que Rome contrôle tant en Europe qu’en Afrique et en Asie. La Mer Méditerranée est aussi sans danger depuis que Rome la contrôle et l’a expurgée de ses pirates. Nombreux sont les compagnies de navigation qui font partir des ports des navires de commerce. Il existe même des navires de tourisme. Les grands ports sont effectivement en pleine prospérité : Alexandrie, Smyrne, Éphèse, Séleucie d’Antioche, Ostie, Rome, Syracuse, Cyrène, Carthage, Corinthe, Thessalonique, etc. Les Apôtres profiteront des voies romaines et maritimes pour répandre la bonne parole. Dans les Actes des Apôtres, nous les voyons parcourir l’Empire romain sans grande difficulté.

La « pax romana » avec la légalité romaine et la forte infrastructure des moyens de communication favorise donc les voyages et les échanges entre les populations. Tout en développant les échanges économiques et politiques, elle permet aux voyageurs de répandre les doctrines, les histoires, les rumeurs. L’Occident entend ce qu’il se passe en Orient. N’oublions pas non plus le rôle des esclaves qui exercent une influence certaine et profonde sur leurs maîtres. Et aussi facilement que les décrets impériaux, les lettres peuvent circuler dans tout l’Empire.




Un Empire propice à l’unification

Enfin, l’Empire romain se caractérise par la constitution d’une unité tant monétaire que linguistique. Nous sommes bien loin de l’Union européenne. Le grec fait office de langue internationale. Le latin, langue des armées et des administrations, dominera progressivement pour s’imposer au IIIe siècle. Les Chrétiens écriront et se comprendront en grec, quelle que soit leur origine. L’Empire romain tend à l’unification et à l’universalisme. Dans un tel cadre, il n’est pas étonnant que les communautés chrétiennes s’implantent dans les grandes cités impériales et que l’Église tend à modeler son organisation selon le modèle romain.

L’unité de l’Empire romain, la paix universelle, les facilités de communication offrent nombres d’avantages à la diffusion et à la pénétration du christianisme. Tout tend à l’universalisation. Cette situation exceptionnelle dans l’histoire est vue par les Pères de l’Église et leurs successeurs comme un temps providentiel pour le christianisme.

Le regard des premiers apologistes

Au IIe siècle, Saint Méliton de Sardes relève la coïncidence entre la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ et l’établissement de l’Empire romain. « Et c’est une très grande preuve de son excellence que notre doctrine ait fleuri en même temps que l’heureux commencement de l’empire et que rien de mauvais ne soit arrivé depuis le règne d’Auguste, mais qu’au contraire tout a été éclatant  et glorieux, selon la prière de tous. »[6] Il veut montrer que le christianisme est un bien favorable aux Romains sans chercher à expliquer la rapidité de la diffusion du christianisme. « Elle est devenue surtout pour ton empire un bien favorable, car depuis ce temps, la puissance des Romains s’est accrue de façon grande et éclatante. »[7] Selon Tertullien, les chrétiens contribuent à la longue durée de l’Empire romain par leurs prières[8]. Pour défendre le christianisme, les premiers apologistes cherchent en effet à prouver aux Romains qu'il ne s'oppose pas à l'ordre et à la justice.

Origène a une présentation différente de la situation. Le temps apparaît bien propice à la réception du christianisme. L’unité des peuples facilite le travail des Apôtres. « Dieu préparait les nations à recevoir son enseignement, en les soumettant toutes au seul empereur de Rome, et en empêchant que l’isolement des nations dû à la pluralité des royautés ne rendît plus difficile aux apôtres l’exécution de l’ordre du Christ. »[9] Le temps est aussi plus propice pour entendre la parole de paix. « Comment donc cet enseignement pacifique, qui ne permet pas de tirer vengeance même des ennemis, eût-il pu triompher, si la situation de la terre, à l’avènement de Jésus, n’eût été partout changée en un état plus paisible. » La pluralité des royautés est source de conflits et de guerres qui mobilisent de l’énergie et rendent les esprits peu aptes à entendre une doctrine si exigeante que celle du christianisme.

Au IV e siècle, Prudence revient sur cette théorie. « Dieu veut l’unité du genre humain, puisque la religion du Christ demande un fondement social de paix et d’amitié internationales. Jusqu’ici toute la terre a été déchirée, de l’Orient à l’Occident, par une lutte continuelle. Pour dompter cette folie, Dieu a enseigné aux nations à obéir aux mêmes lois et à devenir toutes romaines. Maintenant, nous voyons les hommes vivre comme le citoyen d’une seule cité et comme les membres d’une même famille. Ils viennent, à travers les mers, des pays éloignés, jusqu’à un forum qui leur est commun ; les nations sont unies par le commerce, la civilisation, les mariages ; du mélange des peuples une seule race est née. Voilà le sens des victoires, des triomphes de l’Empire ; la paix romaine a préparé la voie à la venue du Christ. »

La diffusion des religions orientales

D’après une mosaïque, Mithra, Ier siècle

Possible provenance d’Égypte, art Romain
Au moment de la diffusion du christianisme, nous voyons aussi se répandre dans l’empire romain les cultes orientaux, notamment le mithracisme. Les vieilles religions antiques de Rome semblent en pleine décadence, incapables de rivaliser avec celles d’Isis, de Cybèle ou de Mithra. Tous ces cultes tournent autour d’un besoin de salut. Ils sont aussi plus portés vers le spirituel.

Dans l’Empire romain, les différentes croyances et cultes semblent vivre en harmonie. Elles ne s’excluent pas. Elles peuvent être pratiquées toutes à la fois sans que cela inquiète ou dérange. Elles s’influencent mutuellement dans un syncrétisme surprenant. Les vieilles religions gréco-romaines s’épurent au contact des nouvelles religions.

Cependant, il ne faut pas se tromper. Le début de l’ère chrétienne est marqué par un temps où les hommes aspirent à plus d’authenticité et d’élévation religieuses. Les religions antiques occidentales s’avouent en fait incapables de répondre aux aspirations des Romains. C’est finalement un temps favorable à la quête de Dieu. Ce n’est pas un hasard si des païens sont attirés par la religion juive. Les hommes ont un besoin évident de spiritualité.

Un besoin d’amour ?

Lorsque nous lisons l’œuvre de Celse, nous sommes surpris par le peu de considération que l’élite porte aux gens pauvres et démunis. Le temps est particulièrement dur pour ceux qui vivent dans la misère, l’ignorance ou dans la maladie. « On chassait ceux qui commençaient à être malade ; on jetait dans les rues les gens à demi-morts ; on mettait au rebut des cadavres sans sépulture ; on se détournait de la transmission et du contact de la mort »[10].

L’attitude des Chrétiens fait alors l’admiration de certains païens. « Voyez, dit-on, comme ils s’aiment les uns les autres […] Voyez, dit-on, comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres »[11]. La charité, le dévouement, la fraternité universelle, le pardon des injures, etc. ne sont guère les principes d’une société plutôt portée vers l’infanticide, l’abandon, la violence, etc.

Un milieu dangereux et hostile

Au moment où Notre Seigneur demande à ses Apôtres de répandre son enseignement, la terre semble mûre pour recevoir la Parole de Dieu. Cependant, si effectivement les conditions semblent être favorables à la diffusion du christianisme, la situation est beaucoup plus complexe. Les obstacles sont en effet nombreux.

Si le christianisme est né du judaïsme et s’est d’abord diffusé naturellement dans les communautés juives, il ne faut pas oublier que rapidement, ces dernières ont manifesté une violente opposition contre les Chrétiens. Les Apôtres sont expulsés des synagogues. L’idée du messianisme que partagent la plupart des Juifs ne correspond guère à Notre Seigneur Jésus-Christ. L’idée même du salut est différente. Nous voyons aussi le christianisme menacé par le judéo-christianisme, plus attaché à l’ancienne Loi et aux pratiques mosaïques qu’à la Parole de Dieu. Enfin, les Juifs ne sont pas indifférents au progrès du christianisme. Ils s’efforcent de convertir les Chrétiens. Les Pères de l’Église interviennent souvent pour protéger les fidèles.

Le christianisme apparaît aussi difficilement conciliable avec la pensée païenne. Le discours de Saint Paul à l’Aréopage est plutôt un échec[12]. Les philosophes grecs ne peuvent comprendre la doctrine chrétienne. Celse souligne parfaitement l’abîme qui sépare le christianisme du paganisme. Non seulement, le christianisme s’oppose à la conception païenne de la divinité mais aussi aux institutions. Contrairement aux cultes orientaux, il fait l’objet de persécution. Ce n’est pas un hasard si les persécutions sont surtout menées par des « bons » empereurs. Ils ont pris conscience du danger que représentait le christianisme pour le paganisme et l’Empire romain. De même que le judaïsme menace le christianisme par la forte influence qu’il mène auprès des fidèles, le paganisme ne les laisse guère indifférents. Le progrès du gnosticisme dans les communautés chrétiennes en est une manifestation.

Conclusion

Nous ne pouvons pas ne pas méconnaître le contexte favorable à la rapide diffusion du christianisme. Des éléments ont en effet permis au christianisme d’être plus accessible et de toucher un nombre important de juifs et de païens. Les Apôtres ont ainsi bien profité des avantages que procurent la puissance et la stabilité de l’Empire romain pour répandre le christianisme et implanter des communautés chrétiennes. 

Cependant, il y a un véritable abîme qui sépare l’accès à l’enseignement des Apôtres et à son adhésion ! Ce n’est pas parce que les voies romaines sont nombreuses qu’elles ont permis la conversion des peuples. Elles ont favorisé le travail apostolique mais elles sont impuissantes à justifier la diffusion du christianisme. Aujourd’hui, au moyen des techniques modernes de l’information, l’enseignement de l’Église peut se diffuser sans difficulté dans le monde entier sans que ce dernier se convertisse…

Il ne faut pas non plus oublier le combat que mène le monde pour essayer de détruire le christianisme et les dangers que présente une société aux multiples tentations. La puissance de l’État, l’efficacité des voies de communication, l’attrait des religions orientales sont certainement plus favorables aux ennemis du christianisme, aux déviations doctrinales et aux divisions des chrétiens qu’aux succès de l’Église.

Le contexte dans le christianisme naît et grandit facilite donc sa propagation mais il ne faut pas en exagérer l’importance. Il est en effet impuissant à expliquer son succès tant les conditions favorables sont contrebalancées par la grandeur des obstacles et la petitesse des moyens employés. La rapide diffusion du christianisme peut ainsi être considérée comme « l’un des faits de l’histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[13]. C’est pourquoi nous pouvons parler d’ « admirable propagation »[14]. Elle fait partie de « tous ces faits » qui « font si fortement resplendir l’éclat de la sagesse et de la puissance divines, que l’esprit et la pensée de chacun peuvent facilement comprendre que la foi chrétienne est l’œuvre de Dieu. »[15]



Notes et références
[1] Joseph Mélèze-Modrzejewski, Un judaïsme d’expression grecque, dans Aux origines du christianisme, Gallimard, 2000.
[2] Philon d’Alexandrie, Légation à Caius, dans Wikipédia, article « Émeutes antijuives d’Alexandrie ».
[3] Voir Émeraude, article "Les Pères apologistes et le judaïsme", mai 2015.
[4] Tacite
[5]  Voir Actes des Apôtres, XVIII, 14, 15.
[6] Méliton de Sardes, Apologie à Antonin, 8, écrit en 172 dans Histoire ecclésiastique, IV, 26,7-11.
[7] Méliton de Sardes, Apologie à Antonin, 7, écrit en 172 dans Histoire ecclésiastique, IV, 26,7-11.
[8] Voir Tertullien, Ad Nationes, 32, 1, écrit en 197.
[9] Origène, Contre Celse, II, 3.
[10] Mari-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, Points, 2011.
[11]Tertullien, Apologétique, XXXIX.
[12] Voir Émeraude, article "Christianisme et paganisme : Saint Paul à Athènes", avril 2016.
[13] P. Allard, Dix leçons sur le martyr dans Manuel d’Apologétique, Abbé A. Boulenger, 1928, n°288.
[14] Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 1er Concile du Vatican, chap.3, 24 avril 1870, Denzinger 3013.
[15] Pie X, encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846, Denzinger n°2779.

samedi 2 juillet 2016

Le christianisme et l'Empire romain : l'ère des persécutions







Sur le chemin du Calvaire,  des femmes s’apitoient sur le sort de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elles « se frappent la poitrine et se lamentent sur Lui » (Luc, XXIII, 27). Elles compatissent à ses douleurs. Il se tourne alors vers elles. « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. » (Luc, XXIII, 27). Ses souffrances, Il les accepte. Il marche volontairement vers la mort. Il connaît aussi le dessein de Dieu. La vie triomphera bientôt de la mort. Il engage alors ces femmes qui pleurent sur lui à porter plutôt leurs regards sur les calamités qui les menacent et à pleurer sur elles-mêmes. « Heureuses les stériles » ! (Luc, XXIII, 29) « Si l’on traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du bois sec ? » (Luc, XXIII, 31) Que deviendront en effet ceux qui sont privés de la sève vivifiante et qui ne peuvent plus produire de bons fruits ? « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre, mais le glaive. » (Matthieu, X, 34)

Selon certains Pères de l’Église, Notre Seigneur Jésus-Christ prédit le siège et la ruine de Jérusalem, une guerre atroce au cours de laquelle le peuple juif subira la furie romaine. Dans ses paroles, nous ne pouvons pas non plus ne pas voir la prédiction des calamités qui s’abattront sur les chrétiens. À plusieurs reprises, Notre Sauveur annonce un temps de douleurs et de souffrances. Il ouvre notamment une ère de lutte avec les païens, un conflit qui va durer de 64 à 311. C’est cette histoire des persécutions que nous allons rapidement décrire. Ce résumé permettra de mieux apprécier le caractère miraculeux de la diffusion du christianisme. 

À la suite de Saint Augustin, nous fixons généralement à dix le nombre des persécutions, sans doute par analogie avec les dix plaies d’Égypte ou avec les dix cornes de la bête de l’Apocalypse. « Et je vis une femme assis sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, et qui avait sept têtes et dix cornes. Cette femme […] tenait à la main une coupe d’or, remplie d’abominations et des souillures de prostitution. […] Je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus » (Apocalypse, XVII, 3-6). Les dix persécutions[1] ne désignent que celles qui ont été ordonnées par les empereurs  et qui, à ce titre, tout au moins en principe, ont un caractère universel. Mais il ne faut pas oublier la violence des foules et les persécutions qu’ont menées des gouverneurs de leurs propres initiatives, généralement sous l’influence des passions populaires. Certains historiens[2] comptent cent vingt-neuf ans de persécution et cent vingt années de paix relative et très précaire sur les trois premiers siècles.

« Qu’il n’y ait plus de chrétiens. »

Il est classique de commencer l’ère des persécutions par Néron, empereur de 54 à 68. Mais un fait plus récent révèle déjà la situation des chrétiens dans l’Empire romain. Un sénatus-consulte de Claude réprime des chrétiens dans des heurts qui opposent des Juifs (cf. Act. Ap., XVIII, 2). Dans une lettre de l'empereur aux Alexandrins, écrite en l'an 41, le christianisme aurait été comparé à une maladie, à « un fléau commun à tout l'univers »[26]. Selon une autre interprétation, Claude parlerait de la guerre.



Revenons à Néron. En 64, un incendie ravage Rome pendant six jours. Dix quartiers sur quatorze sont consumés. Très vite, son caractère criminel s’avère évident. D’une ampleur inaccoutumée et éclatant de plusieurs points de la ville, le sinistre ne peut être accidentel. Pendant six jours et six nuits, Rome brûle. C’est un désastre. On ne compte plus les morts. D’immenses richesses sont perdues. L’opinion publique accuse l’empereur d’avoir mis le feu afin de construire une ville neuve à la place des vieux quartiers. Néron a déjà commis tant de crimes et de folies que cette rumeur ne peut guère surprendre. Selon une rumeur, que rapporte Suétone, on aurait vu l’empereur placé au sommet de la tour de Mécène, revêtu d’un costume de théâtre, une lyre à la main, chantant un poème dont il est l’auteur, sur la prise de Troie et le feu allumé par les guerriers d’Agamemnon. Apeuré, Néron rejette le crime sur les chrétiens. « Aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. »[3] L’ordre est en effet donné : « Qu’il n’y ait plus de chrétiens. »[4].

Pour notre sujet, il n’est guère important de savoir si l’empereur est véritablement responsable de l’incendie. Laissons cette question aux historiens. Retenons simplement que les chrétiens sont accusés d’un crime punissable de mort. Certes, la peur guide l’empereur. Il a pourtant œuvré pour secourir les victimes et entreprendre rapidement la construction de la ville. Mais dans l’opinion publique, il est désigné comme le véritable incendiaire. Les chrétiens lui fournissent une belle diversion. Car ne sont-ils pas accusés du crime « des hommes abhorrés pour leurs infamies et convaincus de nourrir la haine du genre humain », nous dit Tacite. Ce sont de belles victimes pour apaiser la populace. Le christianisme est considéré comme une « exécrable superstition ». On livre des proies à sa haine et à son goût démentiel des spectacles.

Selon encore Tacite, une multitude de chrétiens est en effet livrée à de terribles supplices. On les torture, décapite, crucifie. Dans les jardins du Vatican, on assiste à d’effroyables scènes. « Les uns furent cousus dans des peaux de bêtes et dévorés par des torches, d’autres furent attachés à des croix ; d’autres furent allumés comme des torches pour servir de lumière pendant la nuit. Néron avait prêté ses jardins à ce spectacle, se mêlant lui-même parmi le peuple en habit de cocher ou conduisant un char. »[5] Les cirques de Néron sont le lieu de scènes les plus barbares et de jeux les plus abominables. Scènes de mythologie, jeux cruels dans les cirques, corps livrés aux bêtes…  « Quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés. »[6] Parmi les victimes, citons Saint Pierre et Saint Paul.

La persécution ne se limite pas à la ville de Rome. Saint Pierre évoque en effet dans une de ses lettres diverses épreuves que connaissent les chrétiens du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie. La persécution cesse avec la mort de Néron.

Selon Tertullien, Néron aurait promulgué des lois contre les chrétiens mais nous ne les possédons pas. Les simples pouvoirs de police que possèdent les magistrats romains suffisent-ils pour châtier les chrétiens coupables d’avoir incendié Rome ? Ou est-ce par des manifestations populaires que des magistrats se trouvent dans l’obligation de les punir ? Ou est-ce « en vertu des vieilles lois ou, si l'on veut, du vieux droit coutumier de Rome en matière religieuse que les magistrats romains ont condamné les tenants de la nouvelle secte considérée comme une superstitio illicita »[7]. Retenons simplement qu’il n’est pas permis d’être chrétien. Tel est le principe juridique qui finalement s’imposera dans l’empire romain.

Lutte contre les impies

Sous Domitien (81-96), les chrétiens ne sont persécutés que durant les deux dernières années. La raison est leur refus de payer la didrachme. Depuis la destruction du Temple, les Juifs doivent payer un impôt à Rome pour l’entretien du temple de Jupiter. Or multipliant les dépenses, l’empereur a besoin d’argent. Le trésor impérial s’épuise. La taxe est donc étendue à tous ceux qui « vivent selon la vie judaïque »[8]. Mais les chrétiens ne veulent pas la payer pour ne pas être assimilés aux Juifs, considérant que cela reviendrait à une abjuration. Ils sont alors de ce fait accusés de novateurs et d’athéisme et donc condamnées à mort, ou au bannissement et à la confiscation des biens. Selon Hégésippe, Domitien craint « comme Hérode, la venue du Christ »[9]. Il a ainsi ordonné de rechercher tous les descendants de la race de David.

Parmi les chrétiens, Domitien découvre des hommes de haut rang, notamment son propre cousin qu’il destine à l’empire, Flavius Clemens, consul. Il est exécuté. Son épouse, Flavia Clemens est reléguée dans l’île Pandataria, sa nièce, Flavia Domitilla, dans l’île Pontia. Elles sont condamnées pour crime d’athéisme[10], c’est-à-dire pour ne pas honorer les dieux de l’Empire. « Domitien fit périr un grand nombre de sénateurs et mêmes quelques consulaires, parmi lesquels, comme coupables de nouveautés, Civius Cerealis, alors proconsul d’Asie, Savidienus Orfitus, Acilius Glbrio, déjà exilés »[11]. Saint Jean est exilé à Patmos dans une des îles de la mer d’Égée. L’Apocalypse évoque quelques tribulations que les chrétiens ont subies. La mort de Domitien, en 96, fait cesser la persécution.

Le rescrit de Trajan

À Bithynie, sous l’empereur Trajan (98-117), des païens, jaloux que leurs fêtes ne soient plus suivies, dénoncent des chrétiens au gouverneur Pline le Jeune. Les communautés chrétiennes se multiplient, faisant reculer le paganisme. Les temples sont désertés. Le commerce des animaux destinés aux sacrifices subit une crise. Les chrétiens de la ville ont alors le choix entre l’abjuration de leur foi et la mort. La plupart préfère la mort. Vers l’automne de l’année 111 ou 112, ému, le gouverneur écrit à l’empereur pour lui demander une ligne de conduite. « Je ne sais sur quoi tombe l'information que l'on fait contre eux, ni jusqu'où l'on doit porter leur punition. »[12] Effectivement, il nous rappelle que pour sanctionner, il faut des lois. Il faut légitimer la persécution contre les Chrétiens.

Trajan répond qu’il n’est pas nécessaire de rechercher les chrétiens et que tous ceux dénoncés et convaincus doivent être punis. Ils peuvent néanmoins être pardonnés s’ils prouvent le contraire, par exemple, par des supplications aux dieux. Il lui demande aussi de ne pas prendre en compte des dénonciations anonymes. En principe, la législation laisse les Chrétiens à la discrétion des gouverneurs de provinces et aux autorités de chaque ville. Cela explique le caractère local des persécutions.

Ainsi Trajan maintient l’interdiction du christianisme par respect pour la loi prohibitive portée par Néron mais les chrétiens ne sont pas assimilés à des criminels puisque le nom seul est répréhensible. En reniant la secte, le délit disparaît. Telle est la situation juridique des chrétiens que définit le rescrit de Trajan. La profession du christianisme est le crime des Chrétiens. Il est considéré comme religion illicite. Nous revoilà de nouveau à l’accusation de Néron. Le rescrit révèle une certaine habilité : « gracier les apostats, n’était-ce pas le bon moyen de combattre le christianisme, et en refusant créance aux accusations anonymes n’assurait-on pas la tranquillité publique ? »[13] Le rescrit est néanmoins contradictoire. « Trajan défend de rechercher les chrétiens comme innocents, et il ordonne de les punir comme coupables ! »[14]

Sous son règne, la situation des Chrétiens s’aggrave. Les assemblées et les associations nocturnes sont interdites. Cette loi vise essentiellement les chrétiens qui tenaient leurs réunions la nuit.

Parmi les victimes de Trajan, nous pouvons citer le Pape Saint Clément, Saint Ignace, évêque d’Antioche, Saint Siméon, évêque de Jérusalem. Dans la Passion de Saint Clément, nous apprenons que deux mille chrétiens sont condamnés aux travaux de l’extraction du marbre, dans la Chersonèse, en Crimée, ce qui ne leur empêche de construire une église et de convertir des païens.

Stricte application du rescrit de Trajan

Saint Polycarpe
Sous Hadrien (117-138), un proconsul d’Asie, Lucinius Granianus, se plaint auprès de l’empereur des abus de l’application du rescrit de Trajan. Il constate que la fureur populaire amène souvent des magistrats à condamner à mort des hommes parce que leur crime est dans le nom qu’ils portent et la secte religieuse à laquelle ils appartiennent. Hadrien interdit alors les pétitions et les clameurs tumultueuses de la foule mais « qu’on punisse les personnes accusées, ordonnez même des supplices si quelqu’un prouve qu’elles ont commis quelques infractions aux lois. »[15] Les chrétiens sont encore condamnés à mort sous son règne.

Une certaine détente semble néanmoins avoir existé sous les empereurs Hadrien et Antonin le Pieux (138-161). Leur sort dépend en fait du bon plaisir des empereurs et du tumulte populaire. Saint Polycarpe est une des victimes du règne d’Antonin le Pieux. Il est accompagné de quatorze autres chrétiens.

Sous le règne d'un philosophe

Sous Marc-Aurèle (161-180), la situation des Chrétiens s’aggrave. La persécution reprend avec vigueur vers la fin de son règne sous la pression de la population qui rend les chrétiens responsables de différentes calamités comme la famine, la guerre, le débordement du Tibre.

L’empereur déteste les Chrétiens. Philosophe, il la reconnaît comme le plus redoutable ennemi de la religion romaine qu’il tente de relever en la dotant d’une philosophie élevée. La législation est donc rigoureusement appliquée. Cependant, la persécution est limitée à Rome, en Afrique et en Gaule. Sainte Félicité est sacrifiée en 162, Saint Justin l’année suivante. Sainte Cécile, épouse du patricien Valérien, est aussi condamnée quelques années plus tard. Lyon est une des villes où la persécution est une des plus sanglantes. Marc-Aurèle y intervient directement. Parmi les martyrs lyonnais, nous pouvons citer Saint Pothin, l’évêque de Lyon, Sainte Blandine. Saint Justin et Sainte Cécile meurent martyrs sous le règne de Marc-Aurèle.


Les Chrétiens connaissent ensuite une ère de paix relative à partir du règne de Commode. Son épouse Marcia est chrétienne. Elle intervient pour adoucir le sort des Chrétiens. Cependant, les lois contre le christianisme ne sont pas abrogées mais suspendues ou négligées. Mais des chrétiens meurent martyrs comme le Pape Éleuthère ou le sénateur Apollonius.

Le IIIème siècle, une nouvelle phase dans les persécutions

Au début du IIIe siècle, les mesures répressives reprennent sous Septime Sévère (193-211). Cependant, la persécution change de nature. « Il interdit, sous peine grave, de faire des juifs et des chrétiens. »[16] Constatant leur nombre croissant, il voit en effet dans le christianisme un péril pour l’Empire. Il tente donc de s’opposer à son expansion. Il est désormais interdit de convertir ou de se convertir. La conversion est donc devenue un crime. Il s’attaque au principe même du christianisme : « on ne naît pas chrétien, on le devient. »[17]. C’est pourquoi les martyrs de son règne sont surtout des catéchumènes. Nous pouvons citer Sainte Félicité et Sainte Perpétue. En Gaule, la persécution est assez rude. Les convertisseurs, ceux qui « font des chrétiens » sont frappés. Le fait de propager la bonne nouvelle est punissable. L’empereur s’attaque à l’expansion du christianisme.

Sainte Félicité
Des mesures sont alors appliquées de manière obligatoire, méthodique et organisée. Jusqu’alors, les chrétiens n’étaient traduits en justice que s’ils étaient dénoncés. Désormais, les serviteurs de l’État  reçoivent ordre d’agir sans atteindre les dénonciations ou le caprice des foules. « C’est une nouvelle ère qui commence, celle des terribles violences, des rafles de fidèles, des amphithéâtres bondés de martyrs aux quatre coins du monde romain : temps terrible, mais relativement brefs, qu’interrompent de longues pauses où le pouvoir somnole, où l’Église reprend haleine, jusqu’à l’heure où quelque décision d’un prince rallume à nouveau les bûchers où déchaîne les bêtes sur des lots de victimes fraîches. »[18]

Les persécutions dépendront en effet encore fortement de l’empereur et du tempérament des magistrats. À un persécuteur acharné peut succéder un empereur tolérant ou bienveillant. La mort de Septime Sévère arrête la persécution et ses successeurs ne manifestent aucune hostilité à l’égard des chrétiens. Élagabal (218-222) et Alexandre Sévère (222-235) sont plus intéressés à une nouvelle religion syncrétique qu’à poursuivre le christianisme.

Mais Alexandre Sévère casse la loi de Néron. Par conséquent, les Chrétiens ont désormais le droit d’association. Une citation d’Alexandre est significative. Dans un procès entre l’église de Rome et la corporation des cabaretiers, il aurait dit : « mieux vaut que Dieu soit adoré d’une manière quelconque en ce lieu que d’en faire dons aux cabaretiers. »[19] Il reconnaissait implicitement d’une part le droit de l’Église à ester en justice et d’autre part le droit d’adorer Dieu à sa manière. Selon certains historiens[20], l’empereur lui reconnaîtrait aussi probablement le droit de se doter de propriétés. Finalement, il prend acte de la réalité communautaire du christianisme.

Mais la fureur populaire contre les Chrétiens ne s’éteint guère. Le Pape Calliste est défenestré et lapidé lors d’une émeute à Rome en 222.

Une politique réactionnaire

De nouveau, sous Maximin (235-238), les persécutions reprennent. Selon Eusèbe, l’empereur persécute les chrétiens « par haine de l’entourage d’Alexandre-Sévère »[21] car son prédécesseur, Alexandre Sévère, les a favorisés. La terreur remplace la tolérance…

La persécution s’avère beaucoup plus habile et efficace que celles de ses prédécesseurs. Il « ordonne de mettre à mort seulement les chefs de l’Église comme responsables de l’enseignement de l’Église. »[22] Il poursuit donc les autorités de l’Église et les docteurs, tentant par là à désorganiser l’Église. Comprenant le fonctionnement de l’Église, il la frappe au cœur. Que deviendra-t-elle sans ses évêques, sans Pape ?

Mais à cette époque, l’Empire romain est dans un état d’anarchie, certaines régions ayant fait sécession. Son édit a-t-il vraiment été appliqué ? Le Pape Pontien est exilé avec son adversaire, le prêtre Hippolyte. Le Pape saint Anthère, successeur de Pontien, meurt martyr. En Orient, dans la Cappadoce et le Pont, la persécution est terrible.

De nouveau, en 288, la mort de l’empereur fait cesser la persécution étatique. Avec l’empereur Philippe (244-249), le « très doux empereur Philippe », comme l’appelle Saint Denys d’Alexandrie, le christianisme connaît certaines faveurs. L’Empire romain se réconcilie avec l’Église. Époux d’une chrétienne, il soulage les Chrétiens et les libère. Était-il lui-même chrétien ? Leur situation sociale s’améliore. Comme le constate Origène, « dans un monde qui les haïssait, les chrétiens vivent en paix. »[23]

Martyrs envoyés en mer 
sur un vaisseau plein de combustibles 
auxquels on a mis le feu.
Une volonté de détruire le christianisme

En arrivant au pouvoir, Dèce (249- 251) veut détruire le christianisme qu’il considère comme l’ennemi du paganisme. Il est en effet convaincu que la religion romaine est le soutien de l’Empire. Voulant être le gardien des traditions romaines, il applique donc méthodiquement une politique farouchement païenne et conservatrice au nom de l’État qu’il adore.

En 250, il publie un édit qui rallume la persécution. Cette fois-ci, elle est générale, systématique. Tous les chrétiens de l’empire sont tenus de se présenter à jour fixe pour offrir un sacrifice aux dieux de l’empire puis abjurer leur foi au Christ et enfin prendre part à un repas païen au cours duquel ils doivent manger de la viande de victimes immolées et boire du vin consacré aux idoles. Ceux qui consentent reçoivent un certificat sauveur. Ceux qui refusent sont jetés en prison. Ces derniers sont ensuite soumis à la torture et si les supplices ne les conduisent pas à l’abjuration, ils sont punis de l’exil ou de la mort. Leurs biens sont confisqués.

Il ne s’agit pas de tuer les Chrétiens mais de les faire apostasier pour en faire de vrais Romains. Implacable par sa précision et par la formidable pression appliquée, l’édit se montre particulièrement efficace bien qu’elle ne dure qu’un an. Nombreux sont en effet les apostats. L’ordre est formel et universel. Aucune initiative n’est laissée aux magistrats. La persécution doit sévir à la fois sur tous les points de l’empire romain. Effectivement, la procédure est menée partout avec soin. Tout est bon pour séduire les Chrétiens et réduire leur résistance. « Les juges s’affligent si les tourments sont supportés avec courage, mais leur allégresse est sans bornes lorsqu’ils peuvent triompher d’un chrétien. »[24] On vit des scènes odieuses et cruelles, dignes de Néron. Le Pape Saint Fabien est l’un des premiers martyrs. Il est noté que pendant plus d’un an, Dèce empêche la réélection de son successeur. Les apostats sont nombreux, les martyrs également. Notons que c’est en fuyant la persécution qu’un certain Paul invente le monachisme…

Mais de nouveau, la politique romaine change encore avec l’arrivée d’un nouvel empereur. Valérien se montre tolérant à l’égard du christianisme. Le palais impérial est même ouvert aux fidèles. Saint Denys d’Alexandrie s’enthousiasme de le voir ressembler à une église. Mais après trois ans de règne, volte-face terrible. Valérien se change en véritable persécuteur. Il reprend brutalement la persécution, sans-doute sous l’influence de son entourage, d’un de ses conseillers fanatiques. On le persuade que la situation catastrophique que connaît l’Empire est de la faute des Chrétiens. Puis la crise financière qui s’abat sur Rome pourrait être résolue en confisquant la richesse supposée de l’Église. Mais il est conscient qu’il ne peut pas détruire le christianisme en faisant apostasier tous ses membres. Il s’attaque alors aux assises de la société chrétienne.

Valérien publie un premier édit en 257. Il n’est pas directement dirigé contre les Chrétiens pris individuellement mais contre la société chrétienne. Le premier édit demande aux chefs de l’Église d’adhérer officiellement aux dieux de l’État tout en conservant, s’ils le veulent, le culte qu’ils rendent au Christ. Il ne demande aucune abjuration. Les chefs qui refusent d’adhérer aux cultes nationaux sont bannis hors de l’empire romain. Finalement, on éloigne les évêques et les prêtres des fidèles. En outre, l’édit rend illicite l’Église en tant qu’association. Remarquons que pour la première fois, l’Église est reconnue implicitement comme société. Elle acquière une visibilité juridique. Cette interdiction revient à interdire les lieux de culte et la fréquentation des cimetières. Selon le droit romain, toute tentative de fondation ou de reconstitution d’association illicite est comparable à un crime, punissable de mort. Un chrétien fréquentant un cimetière ou tenant une assemblée religieuse est soit condamné à mort, soit punissable de travaux forcés. En clair, sans déchaîner la foule, Valérien vise à diluer tous les liens entre les chefs de l’Église et les fidèles, et la forme sociale de l’Église. Sans s’attaquer directement aux chrétiens, il les atteint donc mortellement. Parmi les exilés de cet édit, on peut citer Saint Cyprien de Carthage, Saint Denys d’Alexandrie et le Pape Saint Etienne qui y trouve la mort.

L’édit est peu efficace. Les évêques parviennent à garder contact avec les fidèles. En outre, des nobles et des riches accordent protection aux fidèles. En 258, un deuxième édit, aggravant le premier, est alors promulgué. L’exil est remplacé par la mort, qui peut être infligée sur le champ, sans aucune forme de procès. Les nobles, chevaliers, sénateurs, qui continuent de professer le christianisme sont déchus de leur dignité, dépouillés de leurs biens et décapités. Les femmes de même rang sont exilées. Les chrétiens de la maison de César deviennent des esclaves. Les biens des victimes sont confisqués par l’État. Toutes les parties de l’Empire appliquent l’édit. Les violences populaires se déchaînent de nouveau. Le Pape Saint Sixte II, le diacre Saint Laurent, Saint Cyprien en sont des victimes. Cent cinquante-trois chrétiens sont jetés dans la chaux vive. Ils sont surnommés « massa candida ». La persécution est terrible…

Un prélude à la paix de Constantin ?

Gallien, fils et successeur de Valérien, met fin à la persécution ; il fait encore plus, il rend aux évêques la liberté du ministère, leur remet les lieux de culte et les cimetières, fait restituer les biens qui ont été confisqués aux Chrétiens. En outre, il se met en relation avec les autorités de l’Église pour régler ces questions. En clair, il reconnaît officiellement l’autorité hiérarchique des évêques. Sans doute furieux d’une telle politique si favorable aux Chrétiens, Julien l’Apostat rayera le nom de Galien sur la liste des Princes dignes de Rome. L’empereur Aurélien (270-275) demandera même à des chrétiens d’Antioche qui se divisaient pour des questions de propriétés de restituer les biens à ceux qui sont en communion avec l’évêque de Rome. Malheureusement, l’autorité des empereurs est réduite par l’anarchie qui sape l’Empire romain.

Pendant le règne de Gallien et d’Aurélien, des persécutions se déclenchent dans des régions, notamment en Égypte. Elles sont courtes et localisées. L’ancien conseiller de Valérien, Macrien, poursuit implacablement la persécution en Égypte et en Palestine. Mais généralement, les empereurs tentent plutôt d’ignorer l’Église de peur de rompre la tranquillité de l’État et la leur. Ainsi le christianisme a pu vivre plus de trente ans de paix et se répandre au détriment du paganisme. Sa position sociale s’est renforcée.

L’ultime persécution



Dès son avènement, le nouvel empereur Dioclétien (284-305) est avant tout préoccupé de réagir contre l’anarchie. Il divise l’Empire en deux parties, chacune sous la direction d’un auguste, qui sera ensuite associé à un César. C’est le système de la tétrarchie. Dioclétien s’associe à Maximien. Le premier prend Galère comme César alors que Maximin choisit Constance Chlore. Alors que ce dernier, père de Constantin, est proche des chrétiens, Galère est un furieux adversaire du christianisme. Dioclétien se dote aussi d’une administration centralisée et d’une armée renforcée. Enfin, de leur vivant, les empereurs font l’objet d’un véritable culte. C’est le temps de l’absolutisme impérial…

Pendant dix ans, Dioclétien ne semble pas se préoccuper des Chrétiens. Mais sans-doute influencé par Galère, il finit par déclencher une des plus violentes persécutions qu’a connues le christianisme. D’abord, Dioclétien ne veut pas verser de sang. Un édit ordonne la destruction des églises et des livres sacrés, la cessation des assemblées chrétiennes et l’abjuration de tous les chrétiens occupant une fonction publique. Les nobles sont dégradés de leurs dignités, les humbles réduits en esclavage. Les esclaves ne pourront plus être affranchis.

Mais l’entourage de l’empereur accuse les Chrétiens de conspirer contre l’État. Des incidents semblent le prouver. Un incendie est allumé aux abords du palais impérial. On accuse les chrétiens. Finalement, affolé, Dioclétien décide de réunir contre les Chrétiens toutes les forces de l’Empire. Il ordonne d’emprisonner tous les membres du clergé et de les punir de mort s’ils n’abjurent pas. En 304, un dernier édit ordonne à tous les chrétiens d’offrir un sacrifice public aux divinités de l’empire. Les territoires occidentaux que dirige Constance Chlore sont peu frappés. Le sang coule surtout en Orient. La persécution y est tellement sanglante que l’Église d’Égypte fait commencer l’ère chrétienne au règne de Dioclétien. « En Arabie, on tua à coup de hache. En Cappadoce, on coupait les jambes. En Mésopotamie, certains furent pendus les pieds en haut, la tête en bas et l’on allumait en dessous d’eux un feu dont la fumée les étouffait. Quelquefois on coupait le nez, les oreilles ou la langue. Dans le Pont, on enfonçait des pointes de roseau sous les ongles ou, à d’autres, on versait du plomb fondu dans les parties les plus sensibles. »[25]

En 305, Galère et Constance Chlore succèdent à Dioclétien et Maximien. Maître de l’Occident, Constance Chlore est tolérant à l’égard des chrétiens. Le César auquel il s’est adjoint se montre aussi conciliant. La persécution s’arrête en Occident. Mais en Orient, la situation s’empire. Le nouveau César Maximin Daïa se montre encore plus enragé et brutal que Galère. Certaines régions connaissent de véritables massacres comme dans cette ville de Phrygie où tous les habitants sont brûlés dans une église car ils ont tous embrassé le christianisme. Cependant, si dans certaines régions orientales, selon la bienveillance des magistrats, elle ne fait guère de victimes, le chrétien a perdu tout droit. Il est livré à l’arbitraire de la magistrature.

Atteint d’une maladie affreuse, l’empereur Galère publie en 311 un édit qui, après avoir insulté les Chrétiens et reproché leur mauvaise conduite, leur demande de prier leur Dieu pour lui, leur promettant « son extrême clémence ». Il leur donne le droit d’exister et rétablit leurs assemblées sous condition qu’ils ne perturbent pas l’ordre public. Dénonçant leurs assemblées nocturnes comme causes de désordre et ranimant les vieilles calomnies, Maximin Daïa en appelle à cette clause pour reprendre la persécution. Souvent, il se fait inviter par les villes à sévir contre le christianisme. Mais le temps a changé. La lassitude gagne l’Empire. Tant de sang versé !…

Conclusion

De manière classique, nous distinguons ainsi deux périodes dans l’ère des persécutions. D’abord, les Chrétiens sont attaqués individuellement en tant qu’individu du fait du caractère illicite de la religion. La haine est la cause des premières violences. Excités par la populace et poussés par de vils intérêts, le pouvoir a condamné à mort des Chrétiens sans véritablement les poursuivre. Puis à partir de Septime-Sévère, l’Église est l’objet des persécutions. Conscients du développement du christianisme et de sa nature, de son incompatibilité avec le paganisme et l’Empire romain, les empereurs ont alors réagi contre l’Église, la reconnaissant de fait. Avec tous ses moyens et sa force, l’État l’a poursuivie dans ses chefs et dans son organisation, cherchant plus à enrayer sa progression qu’à tuer des hommes.

La persécution n’est pas permanente. Elle varie beaucoup dans le temps et l’espace. L’anarchie que connaît l’Empire relativise tant la paix que la violence selon le bon vouloir des autorités locales. Un empereur bienveillant ou tolérant succède souvent un persécuteur. La tranquillité sous un règne permet à l’Église de se développer avant qu’elle ne soit de nouveau frappée. Et dans un temps de tolérance, la violence populaire peut aussi s’abattre sur des chrétiens ou sur des communautés. L’ère des persécutions est aussi un temps d’instabilité, de précarité, de crainte.

Et pourtant, comme nous le constatons, dans ce milieu hostile, le christianisme a poursuivi son développement et sa progression, gagnant peu à peu la société. Les empereurs ont finalement  échoué. Une force bien supérieure à celles des hommes et des armes ont vaincu l’Empire…


Notes et références


[1] 10 persécutions : Néron, Domitien, Trajan, Marc Aurèle, Septime-Sévère, Maximin le Thrace, Dèce, Valérien, Aurélien, Dioclétien.
[2] Pierre Allard dans Dix leçons sur le martyre.
[3] Tacite, Annale, XV, 3 dans Œuvres complètes de Tacite, J. L. Burnouf, Paris, 1859, avec correction de Philippe Remacle sur Bibliotheca Classica Selecta.
[4] Phrase attribuée à Néron par Tertullien dans Apologie, V.
[5] Tacite, Annales, IX, 44 dans Histoire de l’Église, abbé Boulenger, n°34,
[6] Tacite, Annale, XV, 5 dans Œuvres complètes de Tacite, J. L. Burnouf.
[7] E. Griffe, Les persécutions contre les chrétiens, Paris, Letouzey et Ané, 1967 dans Néron et la persécution des Chrétiens d'après Tacite, Annales, XV, 44, II. Commentaire historique, Ludovic Wankenne, Professeur à l'Université de Louvain.
[8] Suétone, Domitien, 12 dans Les Origines chrétiennes, Fernand Mourret, Bloud and Gay, 1919.
[9] Eusèbe, Histoire ecclésiastique, 1, III, chap. XX.
[10] Voir l’historien Dion Cassius et Domitien de Suétone.
[11] Suétone, Domitien, 2 dans Les Origines chrétiennes, Fernand Mourret.
[12] Pline le Jeune, Lettres 97 et 98 sur les Chrétiens, Livre X dans Conférence 1000-322 : “Les persécutions des chrétiens dans lʼantiquité”, Éric Lowen, 22 novembre 2012.
[13] Dom Ch. Poulet, Histoire de l’Église, Tome I, 2ème époque, I, chap. I, Beauchesne, 1935.
[14] Tertullien, Apologie, 2.
[15] Saint Justin, 1 Apologie, 68.
[16] Spatien, historien de Septime Sévère, Sévère, XVII, dans Les Origines chrétiennes, Fernand Mourret.
[17] Tertullien, Apologie, XVIII.
[18] Daniel-Rops, L’Église des Apôtres et des Martyrs, VIII, Fayard, 1943.
[19] Alexandre Sévère dans Daniel-Rops, L’Église des Apôtres et des Martyrs.
[20] Mgr Batiffol, Mgr Duschêne.
[21] Eusèbe dans Daniel-Rops, L’Église des Apôtres et des Martyrs.
[22] Eusèbe, Histoire ecclésiastique, I, VI, ch. XXVIII Les Origines chrétiennes, Fernand Mourret.
[23] Origène dans Daniel-Rops, L’Église des Apôtres et des Martyrs.
[24] Origène, Contre Celse, VIII.
[25] Eusèbe dans L’Église des Apôtres et des Martyrs, Daniel-Rops.
[26] Interprétation fournie par S. Reinach dans Cf. La première allusion au christianisme dans l'histoire,  Revue de l'Histoire des Religions, LXXXIX, 1924, p. 108 sq. Voir l'article L'Empereur Claude et les Chrétiens, Mr Willam Seston, 1980,  In: Scripta varia. Mélanges d'histoire romaine, de droit, d'épigraphie et d'histoire du christianisme. Rome : École Française de Rome, 1980. pp. 569-598. (Publications de l'École française de Rome, 43); http://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1980_ant_43_1_1331.