" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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lundi 15 juin 2015

L'affirmation de la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ

Selon une thèse très classique, souvent érigée en vérité, Notre Seigneur Jésus-Christ ne serait pas présenté comme le Messie tant attendu du peuple juif[1]. Ce seraient ses disciples qui, de bonne foi, auraient  cru à sa messianité. « Après la mort de Jésus, les disciples, tous juifs, font l'expérience d'une "résurrection" de Jésus qu'ils expriment par des récits d'apparitions. »[2] Voyant en Notre Seigneur Jésus-Christ de nombreux caractères messianiques, ils se seraient finalement persuadés qu’il était le véritable Messie. Leur rêve se serait devenue réalité[3]. Selon une thèse encore plus radicale, nous ne pourrions connaître le Jésus de l’histoire et par conséquence la conscience messianique que Jésus aurait eue nous serait inconnue[4].

Contre ces erreurs, l’Église s’est vivement prononcée. Elle a condamné l’idée que « Jésus, lorsqu'il exerçait son ministère, ne parlait pas dans l’intention d’enseigner qu’il était le Messie, et ses miracles ne visaient pas à prouver qu’il l’était. »[5]

Si Notre Seigneur Jésus-Christ ne s’était pas manifesté par ses paroles et par œuvres comme le Messie attendu, le christianisme ne serait alors qu’un mensonge ou une erreur. Or il est devenu impossible d’attaquer la sincérité des évangélistes et des premiers chrétiens. La messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ ne serait donc qu’une erreur ou un malentendu. Ce serait les disciples qui auraient fini par croire ce qu’il voulait croire. Le christianisme résulterait alors de leur « bonne foi » mais d’une foi erronée. L’attaque est donc subtile. Il ne s’agit plus de dénoncer le mensonge du christianisme mais de le décrire comme le résultat d’une « expérience » authentique, supprimant ainsi son origine divine et sa légitimité.

Or si la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ était une invention de ses disciples, le christianisme perdrait toute valeur. S’il n’était pas le Messie attendu, la continuité avec l’Ancien Testament serait brisée. Les cieux resteraient encore fermés. Il n’aurait pas inauguré un temps nouveau donc point besoin d’esprit nouveau. En un mot, il n’aurait enseigné qu’une réforme de la religion juive de son temps avant que s’affirme le judaïsme orthodoxe. Telle est une des théories que défendent des rabbins juifs.

L’opposition du judaïsme ancien et actuel repose sur le refus de la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Croire ou ne pas croire en Lui comme le Messie est le point à partir duquel les âmes se séparent. 

Or comme nous l’enseigne clairement l’Église, Notre Seigneur Jésus-Christ s’est bien affirmé par ses paroles et ses œuvres comme étant le Messie promis. Les Apôtres et les Pères de l’Église n’ont pas aussi cessé de défendre sa messianité.

Deux visions du Messie, un point d’affrontement




Comme nous l’avons déjà évoqué[6], les Juifs attendent avec ferveur la venue d’un Messie comme le montrent les Évangiles, les écrits apocryphes juifs et les ouvrages profanes. Leur représentation du Messie est différente selon la « secte » religieuse à laquelle ils sont plus ou moins rattachés. Mais de manière générale, le « Messie » est imaginé comme le sauveur du peuple d’Israël qui manifestera la puissance et la gloire de Dieu, un roi glorieux, vainqueur des impies et restaurateur de la gloire d’Israël, l’annonciateur du règne de Dieu…

L’attente du Messie n’est pas l’œuvre de l’imagination juive. Elle n’est pas non plus un palliatif aux douleurs et au désespoir d‘un peuple humilié. Elle résulte d’une lecture de la Sainte Écriture. Les Juifs attendent en effet en lui la réalisation de promesses divines qui ont été données aux Patriarches et aux Prophètes, prophéties que nous retrouvons continuellement dans l’Ancien Testament.

Or à première vue, selon les récits évangéliques, Notre Seigneur Jésus-Christ n’apparaît guère comme un roi glorieux qui domine toutes les nations. Il apparaît plutôt comme un innocent mis au rang des malfaiteurs, condamné à mort et mourant sur la croix après de multiples humiliations et souffrances. Certes, il a accompli des prodiges et son enseignement est d’une grande profondeur. Ses leçons égalent celles des plus grands prophètes. Mais sa fin ruine toutes les espérances qu’il pouvait susciter. La vision juive du Messie et les événements racontées par les évangélistes s’opposent donc radicalement. Le spectre royal du serviteur de Dieu contraste avec la Croix humiliante du condamné.

Nous pouvons donc en conclure que soit la lecture juive de la Sainte Écriture et son interprétation sont erronées, soit Notre Seigneur Jésus-Christ n’est pas le Messie. Les Juifs et les Chrétiens ne peuvent prétendre détenir ensemble la vérité. Jésus est le Messie ou non. Les uns se trompent, les autres disent vrais. S’il est le véritable Messie, le christianisme demeure fidèle à Dieu qui l’a annoncé et a réalisé ses promesses et le judaïsme n’est qu’un refus de Dieu. S’il ne l’est pas, le christianisme n’est qu’une imposture. Dans les deux cas, ils ne forment pas deux mouvements issus d’une même origine. Car la source fondamentale d'où ils puisent leur existence est la croyance ou non en la messianité de Notre Seigneur Jésus.

Pour répondre à cette question, la solution la plus simple serait de scruter les prophéties qui annoncent le Messie puis de comparer notre lecture avec la vision juive et le récit des Évangiles. Or, des érudits chrétiens ont montré que Notre Seigneur Jésus-Christ réalisait les prophéties bibliques et que par conséquent, il était bien le Messie promis. Convaincus de cette conformité, des Juifs se sont naturellement convertis au christianisme. Mais convaincus de leur propre version, des Juifs ont aussi rejeté avec force leur argumentation. Ils ont refusé soit l’interprétation chrétienne des prophéties, soit le caractère messianique de certains versets bibliques. Le débat s’est donc concentré sur l’interprétation de la Sainte Bible. Long et interminable débat peut-être, diront des sceptiques et des agnostiques, travail d’expert probablement…

Mais revenons à la thèse initiale. Elle prétend non pas que Notre Seigneur Jésus-Christ n’est pas le Messie mais qu’il ne s’est jamais affirmé ou manifesté comme étant le Messie. Dans ce cas, le débat entre les Juifs et les Chrétiens n’aurait plus de sens. Il serait inutile de vouloir écouter l’apologétique chrétienne puisque leur maître lui-même aurait refusé de porter ce titre. Il est donc important de rappeler que le premier à enseigner et à défendre la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est Lui-même

L’affirmation messianique des Apôtres

Saint Mathieu montre dans son évangile que Notre Seigneur Jésus-Christ est le Messie annoncé par les Sainte Écriture. Il répète des formules qui ne trompent pas : « conformément aux Écritures », « pour que soit accompli ce qui avait été prédit par les prophètes », etc. Saint Jean use aussi de ces formules. Ils sont bien conscients que les événements dont ils sont témoins réalisent ce qui a été annoncé dans les Saintes Écritures.

L’affirmation de la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ est explicite dans leurs écrits. Saint Matthieu définit son ouvrage comme le « livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham, etc. » (Matth., I, 1). Saint Jean est aussi très clair en précisant le but de son œuvre : il écrit « afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jean, XX, 31). Porteur de la prédication de Saint Pierre, Saint Marc présente aussi de manière indéniable Notre Seigneur Jésus-Christ comme le véritable Messie. Saint Paul, l’ancien Pharisien, connaissant parfaitement les Saintes Écritures, ne cesse de qualifier de « Christ » Notre Seigneur Jésus-Christ.

Saint Matthieu et Saint Jean montrent que les événements qu’ils décrivent réalisent les prophéties. Destiné aux Juifs, l’Évangile selon Saint Matthieu est construit pour cela. La messianité de Jésus est en effet l’argument apologétique efficace pour toucher et convertir les Juifs.

Saint Luc est moins préoccupé de montrer la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ puisqu'ils s’adressent surtout à des païens, moins sensibles à cet argument apologétique. Cependant, il l’affirme à quelques reprises. Il relate la confession de Saint Pierre qui affirme que Jésus est « le Christ de Dieu » (Luc, IX, 20). Dans les Actes des Apôtres, Saint Luc est encore plus clair.

Les Apôtres attribuent donc de manière unanime la dignité du Messie à Notre Seigneur Jésus-Christ. S’il y a erreur, elle se trouve alors dès l’enseignement apostolique, ce qui interdit par conséquent toute idée d’évolution dans l'idée de la messianité de Jésus. Une « expérience » qui se concrétise en croyance nécessite en effet un certain délai. L’argumentation des Apôtres réfute aussi ceux qui voient la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ comme l’œuvre d’une exégèse chrétienne « accumulées au cours des siècles »[7]. Sa messianité est reconnue dès le temps apostolique. En outre, dans leur prédication, les Apôtres renvoient les événements dont ils sont témoins aux prophéties de la Sainte Écriture. Ils le reconnaissent comme Messie au sens de l’Ancien Testament. Saint André dit à son frère Simon : « nous avons trouvé le Messie » (Jean, I, 41).

L’affirmation de Jésus lui-même

A deux reprises, Notre Seigneur Jésus-Christ s’affirme explicitement et publiquement comme étant le Messie


Jésus-Christ guérit l'aveugle

El Greco


Dans une ville appelée Naïm, Notre Seigneur Jésus-Christ ressuscite le fils d’une veuve. La nouvelle de ce miracle se répand dans toute la Judée. L’apprenant, Saint Jean Baptiste envoie deux de ses disciples vers Jésus pour lui demander s’il est vraiment le Messie. « Étant donc venu vers lui, ces hommes lui dirent : « Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous pour vous demander : est-ce vous qui devez venir, ou est-ce un autre que nous attendons ? » (Luc, VII, 20). Notre Seigneur Jésus-Christ leur demande d’annoncer ce qu’ils voient et entendent : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez entendu et vu : que des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux sont purifiés, des sourds entendent, des morts ressuscitent, des pauvres sont évangélisés » (Luc, VII, 22). Il les envoie à une prophétie, celle d’Isaïe (Is., XXXVI, 5-7), et à son accomplissement. Les signes messianiques dont ils sont témoins apportent une réponse à leur question. Il réalise ce qui a été prédit et il l'annonce clairement, montrant par là qu'Il est bien « celui qui doit venir ».

Notre Seigneur Jésus-Christ montre aussi que Saint Jean Baptiste accomplit aussi une des prophéties, celle de Malachie (III, 1). « Qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? C’est celui dont il est écrit : voici que j’envoie mon ange devant votre face, pour préparer votre voie devant vous. » (Luc, VII, 26-27). Il est le précurseur annoncé. « Et aussitôt viendra dans son temple le dominateur que vous cherchez, et l’ange de l’alliance que vous désirez » (Malachie, III, 1). Il leur annonce que le temps du Messie est arrivé.

Arrêté au jardin des Oliviers, Notre Seigneur Jésus-Christ comparaît devant Caïphe. « Le prince du peuple lui dit : Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu ? Jésus lui répondit : Tu l’as dit » (Matth., XXV, 63-64).

Jésus et les titres messianiques

Notre Seigneur Jésus-Christ s’attribue des titres messianiques. Le titre qu’il emploie le plus souvent est celui de « Fils de l’homme », le titre messianique par excellence. Parlant de Lui, il dit à un scribe voulant le suivre partout : « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » (Matth., VIII, 20). Après son agonie, il dit à ses disciples : « Voici que l’heure approche, et le Fils de l’homme sera livré aux mains des pécheurs. Levez-vous donc, allons ; voici qu’approche celui qui me livrera. » (Matth., XXVI, 45-46). 

La foule ne se trompe pas sur le sens messianique de l’expression. « Nous avons appris par la loi que le Christ demeure éternellement ; et comment dis-tu, toi ; il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce fils de l’homme ? » (Jean, XII, 34). Caïphe ne se trompe pas non plus quand Jésus annonce qu’il verra « le Fils de l’homme, assis à la droite de la majesté de Dieu » (Matth., XXVI, 64).

Le témoignage de la Sainte Écriture

Notre Seigneur Jésus-Christ se réfère explicitement aux Saintes Écritures. Après avoir lu dans la synagogue un texte d’Isaïe (Is., LXI, 1), il le commente comme veut la coutume. « Il commença à leur dire : c’est aujourd'hui que cette Écriture que vous venez d’entendre est accomplie. » (Luc, IV, 20) Il renvoie en effet ses paroles et ses actes aux Patriarches et aux Prophètes. « Si vous croyiez à Moïse, vous croiriez sans doute à moi aussi, parce que c’est de moi qu’il a écrit. » (Jean, V, 46). Il rappelle aussi les prophéties pour éclairer ses disciples sur les événements qui vont se produire. « Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié. » (Matth., XXVI, 2). Il rappelle aussi la prophétie de Zacharie (Zach., XXVI, 31) qui a annoncé que le pasteur sera frappé et les brebis dispersées (voir Matth., XXVI, 31). Tout se déroule comme l’avaient prévu la Sainte Bible. « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : la pierre rejetée par ceux qui bâtissent, est devenue un sommet d’angle. Ceci est l’œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux. » (Matth., XXI, 42) Il reprend en effet le psaume CXVII (22-23).

Des Juifs contemporains le reconnaissent aussi comme le Messie. A Jérusalem, ils l’acclament comme le Christ et agissent comme tel. Notre Seigneur Jésus-Christ accepte aussi qu’on lui attribue ce titre. La profession de Saint Pierre est sans-doute celle qui apparaît la plus claire et solennelle. « Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant » (Matth., XVI, 16). Notre Seigneur demande alors à ses disciples de ne pas dire qu’Il est lui-même le Christ. La Samaritaine le confesse aussi. Il ne dit rien quand Nathanaël l’appelle « Fils de Dieu », « roi d’Israël » (Jean, I, 49) ou quand des aveugles l’appellent « Fils de David » (Matth., IX, 27).

Cependant, s’il semble parfois protester contre cette reconnaissance, il cherche surtout à combattre les idées fausses en corrigeant les conceptions vulgaires, rabbiniques ou eschatologiques. Lorsque la foule voit que « celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde » (Jean, VI, 14), Notre Seigneur Jésus-Christ s’enfuit sur la montagne de peur d’être enlevé et d’être nommé roi. Il n’est pas venu pour fonder un royaume ici-bas comme le croient les Juifs. Il s’oppose en particulier à une conception humaine et terrestre du royaume de Dieu. Il démontre notamment que les Prophètes ont aussi annoncé un Messie souffrant. « Comme le Fils de l’homme n’est point venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d’un grand nombre. » (Matth., XX, 28).


Les adversaires de Notre Seigneur Jésus-Christ sont aussi bien conscients de la portée de ses paroles et de ses gestes. Les prêtres ne se trompent pas quand ils demandent à Ponce Pilate de changer l’inscription de la Croix. Dans le Talmud, il est aussi présenté comme un imposteur qui s’est arrogé le titre de Messie. La tradition juive nous confirme qu’il s’est bien affirmé comme tel.


Manifestation des signes messianiques

Notre Seigneur Jésus-Christ ne s’est pas seulement affirmé qu’Il était le Messie. Il a également manifesté sa messianité par des signes évidents – des miracles accomplissant les prophéties - et par son enseignement. Lorsque des Pharisiens Lui demandent de faire un grand miracle, il leur répond qu’à leur génération, « il ne sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas. Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » (Matth., XII, 39-40). Il prophétise sa résurrection. Il leur annonce que les Ninivites et la reine de Saba condamneront cette génération car ils ne reconnaissent pas ce qui lui a été annoncé.

« Vous ne savez pas reconnaître les signes du temps ? » (Matth., XVI, 4) Notre Seigneur Jésus-Christ nous montre aussi l’accomplissement de certains événements qui ont été prédits. L’obstination des Juifs, le témoignage des enfants, l’abomination dans les lieux saints, le fleuve coulant de la poitrine, le culte seulement extérieur, la haine gratuite… Tant d’éléments prophétisés qui révèlent l’arrivée des temps promis. Ils montrent clairement ces signes afin que les Juifs le reconnaissent comme le Messie promis. Il y a bien une volonté de se faire reconnaître comme le Messie

En rappelant les faits bibliques comme figures de ce qui arrive et en renvoyant le temps présent aux prophéties messianiques, Notre Seigneur Jésus-Christ éclaire l’Ancien Testament qui témoigne de lui… « Et vous qui dites-vous que je suis ? » (Matth., XVI, 15).

De nombreux exemples montrent incontestablement que non seulement Notre Seigneur Jésus-Christ s’est affirmé comme étant le Messie attendu mais qu’il a aussi souligné l’accomplissement des signes messianiques. Il ne cesse de se référer à l’Écriture comme témoin de sa messianité. « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures ? » Ce n’est pas uniquement par des paroles que Jésus s’affirme clairement comme étant le Messie attendu. Ces faits et gestes, les événements de son temps, ses souffrances et sa mort, sa résurrection ont aussi été prédits, parfois dans les détails. Et Notre Seigneur les renvoie clairement aux prophéties de l’Ancien Testament. Tout doit être accompli. Il est parfaitement conscient de sa messianité. Sa messianité est en outre clairement affirmée par ses disciples directs, ce qui permet de rejeter toute idée d'évolutionnisme religieux. Cette double affirmation de la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ, à l’origine de notre foi, provoque la persécution juive. Il est accusé d'être un imposteur, c'est-à-dire de se faire passer pour le Messie.

Tout cela rend bien vaine de nombreuses théories qui remettent en cause l’affirmation de la messianité par Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle n’est pas une pensée qui a progressivement évolué et affermi dans les communautés chrétiennes. Elle n’a pas été construite par une exégèse au cours du temps. Dès le début, elle s’affirme nettement. La remettre en cause revient à remettre en question les Évangiles eux-mêmes. Par conséquent, sur quel fondement ces théories peuvent-elle se justifier ?




Notes et références
[1] Strauss, Bauer, Volkmar de l’école critique de Tübingen ont nié l’affirmation messianique de Notre Seigneur Jésus-Christ en niant simplement la valeur historique des Évangiles. Voir Émeraude, janvier 2015.
[2] CICAD, Coordination Intercommunautaire contre l'Antisémitisme et la Diffamation, article « La séparation du christianisme et du judaïsme », www.cicad.ch
[3] Cette thèse viendrait de W. Wrede. Elle est suivie par K.Wellhausen, A. Merx et bien d‘autres encore. Certains modernistes l’ont aussi adoptée.
[4] Thèse de R. Bultmann.
[5] Saint Pie X, décret du Saint Office Lamentabili, 3 juillet 1907, Denzinger 3428.
[6] Voir Émeraude, avril 2015, article « L’idée du Messie au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ ».
[7] Mireille Hadas-Lebel, Depuis quand existe-t-il un messianisme juif ?, dans Bulletin du centre de recherche de Jérusalem, 2006, mis en ligne le 15 novembre 2007, bcrfj.revues.org.

vendredi 12 juin 2015

Les prophéties messianiques


Psautier de Paris : prière d'Isaïe
(Xe siècle, peinture sur parchemin)
Au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le peuple juif est dans l’attente. Le souvenir des promesses divines est au fond de son cœur. Il attend depuis des siècles « celui qui doit venir » (Gen., XLIX, 26). Les « îles sont dans l’attente » (Is., CLII, 4). Le Messie est « le désir des collines éternelles » (Gen., XLIX, 10), « le désir des nations » (Aggée, II, 7-8). Que Jérusalem tressaille donc d’une grande joie en dépit de sa détresse ! « Pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton Roi vient à toi » (Zach., IX, 9) Qu’elle ne perde pas courage !

Mais des faux Messies peuvent conduire le peuple de Dieu à de terribles désillusions. L’attente peut être si grande qu’il est tentant de le voir dans des aventuriers ou des hommes providentiels. Les Apôtres eux-mêmes auraient pu attribuer à tort le titre de Messie à Notre Seigneur Jésus-Christ. Bar Kokhba ne prétendait-il pas être lui-même l’Envoyé de Dieu ?

Pour éviter ces erreurs et reconnaître le véritable Messie, la Sainte Écriture décrit avec précision ses actions et dessine ses principaux traits, parfois avec de nombreux détails. Elle nous donne donc des signes qui nous permettent de désigner le « Désiré des nations ». C’est à partir de ce témoignage fixé définitivement dans les prophéties qu’il est alors possible de discerner le vrai Messie.

Les titres messianiques, signes de Celui qui doit être envoyé de Dieu

Selon la Sainte Écriture, le Messie sera un Roi triomphateur qui au service de Dieu écrasera ses ennemis. Fils de David, rejeton de la racine de Jessé, le Messie rétablira la maison de David et étendra son royaume sur toute la terre.

Prophète, il portera la Parole de Dieu, que tous devront écouter. « Je raconterai votre nom à mes frères ; je vous louerai au milieu de l’assemblée. »(Ps., XXI, 23). Sa mission comporte donc un rôle d’enseignement. « Venez, et montons à la montagne du Seigneur, et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers ; parce que de Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur de Jérusalem. » (Is., II, 2). Sa prédication sera une réussite. « Il convaincra beaucoup de peuples » (Is., II, 4).

Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, un ordre supérieur à celui des Lévites, il offrira un culte digne de Dieu. 

Les titres messianiques nous donnent déjà des informations sur ce que sera le Messie. Les noms portent un sens qui dépasse la simple désignation. La Sainte Écriture apporte des informations plus précises qui nous permettent de bien reconnaître Celui qui doit être envoyé…

Le Messie Dominateur

Le Messie est annoncé comme un dominateur. « Demandez-moi, et je vous donnerai les nations en héritage, et en possession les extrémités de la terre. Vous les gouvernerez avec une verge de fer, et vous les briserez comme un vase de potier. » (I. Ps., II, 8-9). Il dominera au profit du peuple de Dieu. Par lui, Jérusalem régnera en effet sur toutes les nations. « Et il arrivera dans les derniers jours que la montagne préparée pour la demeure du Seigneur sera établie sur le sommet des montagnes, et elle sera élevée au-dessus des collines, et tous les peuples y afflueront. » (Is., II, 1-2).

Sa domination instaure un temps nouveau, le règne de la paix, une paix éternelle. Maître des peuples, « il publiera la paix aux nations, et sa puissance s’étendra depuis une mer jusqu'à une autre mer, et depuis les fleuves jusqu'aux confins de la terre. » (Zach., IX, 10). Ainsi comme le désigne Isaïe, il est le « Prince de la paix » (Is., IX, 6).

Le Messie établira donc son peuple dans la gloire, la justice et la paix. « Il parlera paix pour son peuple, et pour ses saints, et pour ceux qui se tournent vers leur cœur. Assurément près de ceux qui le craignent est son salut, afin que la gloire habite dans notre terre. La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont donné un baiser. » (III. Ps., LXXXIV, 9-10)

Ce temps de gloire est aussi celui de l’unité. Tout le peuple de Dieu sera en effet réuni sous un même roi. « Il paîtra son troupeau dans la force du Seigneur, dans la sublimité du nom du Seigneur son Dieu ; et ils se convertiront, parce qu’alors il sera glorifié jusqu'aux extrémités de la terre. » (Michée, V, 3-4)

Dieu s’engage donc à fournir à son peuple triomphe et félicité. Il garantit un royaume qui perdura dans le temps. La venue du Messie est donc associée à la joie. « Jubile, fille de Jérusalem ; voici que ton roi viendra à toi, juste et sauveur » (Zach., IX, 9).

Le Messie inaugurera donc un temps nouveau, une terre renouvelée qui ne cessera point. « Le loup habitera avec l’agneau, et le léopard se couchera près du chevreau » (Is., XI, 6). C’est un temps de paix, d’équité et de justice.

Le Messie, Sauveur du Monde

Le Messie a un rôle qui dépasse cependant le seul peuple juif. Sa mission touche toutes les nations, c’est-à-dire tous les peuples. Dès les premiers pages de la Sainte Écriture, Dieu annonce en effet au monde entier la venue d’un libérateur. Le Protévangile est la première prophétie de la venue du Sauveur. « Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira à la tête, et tu meurtriras au talon. » (Gen., III, 15). Le diable sera écrasé.  

Ce salut n’est donc pas réservé à un peuple mais à tout le genre humain. Dieu annonce bien à Abram qu’en lui, « seront bénies toutes les nations de la terre » (Gen., XII, 3). La bénédiction divine touche ainsi tous les peuples sans exception. Cette promesse est renouvelée à Isaac. « Je multiplierai ta postérité comme les étoile du ciel, et je donnerai à ta postérité toutes ces contrées, et en ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre» (Gen., XXVI, 4). Jacob reçoit à son tour la confirmation de la venue du Messie, source du salut universel. « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. » (Gen., XXVIII, 35).

Dieu a posé le Messie en « lumière des nations » afin qu’il soit « mon salut jusqu'à l’extrémité de la terre. » (Is., XLIX, 6) Il pourra alors dire « à ceux qui étaient dans les fers : Sortez ; à eux qui étaient dans les ténèbres : Venez à la lumière. Sur les chemins, ils trouveront à paître, et dans toutes les plaines seront leurs pâturages. Ils n’auront pas faim ni soif ; la chaleur ne les atteindra pas, ni le soleil : parce que celui qui a pitié d’eux les conduira, et à des sources d’eaux il les fera boire. […] Voici que ceux-ci viendront de loin, et voici que ceux-là viendront de l’aquilon et de la mer, et ceux-ci de la terre du midi. » (Is., XLIX, 9-12).

Une nouvelle Jérusalem

Toutes les nations adoreront le véritable Dieu. « En ce temps-là on appellera Jérusalem, le trône du Seigneur, et toutes les nations s’y rassembleront au nom du Seigneur, dans Jérusalem, et elles ne courront après la perversité de leur cœur très mauvais. » (Jér., III, 17). Cette ville nouvelle annonce une nouvelle alliance. « Voilà que des jours viendront, dit le Seigneur, et je ferai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda. Non pas selon l’alliance que j’ai formée avec leurs pères […] alliance qu’ils ont rendue vaine. » (Jér., XXXI, 31). Ce verset signifie clairement la fin de l’ancienne alliance et donc de la Loi.

Toujours par la voie de Jérémie, Dieu précise la nouvelle alliance : « Voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël après ces jours-là : je mettrai ma loi dans leurs entrailles, et je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple. […] Tous me connaîtront, depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au plus grand, dit le Seigneur ; parce que je pardonnerai leur iniquité, et que de leur péché je ne me souviendrai plus. » (Jér., XXXI, 33-34). Et cette alliance n’aura pas de fin.

Même les pires dépravations seront effacées. « Ta sœur Sodome et ses filles retourneront à leur ancien état ; Samarie et ses filles retourneront à leur ancien état. » (Ézéchiel, XVI, 55-56). Jérusalem qui est tombé dans les crimes trouvera aussi les moyens de se rétablir.

Un enfant nous est donné, une Vierge enfantera

Cependant, le Messie viendra d’un peuple particulier, celui de l’alliance établie entre Dieu et Abraham. « En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix. » (Gen., XXII, 18). Au cours du temps, le choix se précise. Nous apprendrons qu’il viendra de la tribu du Juda par la voie de Jacob, de la souche de Jessé par Isaïe.

Pour identifier le Messie, Dieu nous a donné un signe particulier. « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voilà que la vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera appelé Emmanuel. » (Is., VII, 14). Il naîtra précisément à Bethléem. « Et toi, Bethléem Ephrata, tu es très petit entre les mille de Judas : de toi sortira celui qui doit être le dominateur en Israël » (Michée, V, 2).

Le Précurseur du Messie

En outre, le Messie sera annoncé. Sa venue sera précédée d’une préparation. « Voici la voie de quelqu'un qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur » (Is., XL, 3). Un homme parlera pour préparer sa venue et les cœurs. « Dis aux cités de Juda : voici votre Dieu. Voici que le Seigneur viendra dans sa puissance. Et que son bras dominera ; voici que sa récompense est avec lui, et que son œuvre est devant lui. Comme un pasteur, il paîtra son troupeau, et avec son bras, il rassemblera les agneaux. » (Is., XL, 9-11).

Malachie, le dernier des prophètes, rappelle encore plus clairement l’avènement d'un précurseur et sa mission : « Voici que moi j’envoie mon ange, et il préparera la voie devant ma face. Et aussitôt viendra dans son temps le dominateur que vous cherchez, et l’ange de l’alliance que vous désirerez » (Mal., III, 1). Il nous donne en outre deux indications sur ce précurseur du Messie. « Il sera comme un feu qui fond les métaux, et comme une herbe de foulons. Et il sera assis fondant et épurant l’argent ; et il purifiera les fils de Lévi, et il les coulera comme l’or et l’argent. » (Mal., III, 2-3) Il a pour rôle de purifier les fils d’Israël. Dans une autre prophétie, il l’appelle Elie. « Voici que moi je vous envoie Elie, le prophète, avant que vienne le jour grand et terrible du Seigneur. Et il ramènera le cœur des pères aux fils et le cœur des fils à leur père, de peur que je vienne et que je ne frappe la terre d’anathème. » (Mal., IV, 5-6).

Le temps du Messie

Dieu nous a donné aussi des signes qui nous permettent d’identifier le temps de la venue du Messie. Le peuple de Dieu connaîtra la prospérité. « Il fera descendre sur vous la pluie du matin, et la pluie du soir comme au commencement. Vos aires seront pleines de blés, et vos pressoirs regorgeront de vin et d’huile. […] Et vous mangerez abondamment, et vous serez rassasiés. » (Joël, II, 23-26). Le peuple de Dieu ne sera plus confondu. « Vous saurez que c’est moi qui suis au milieu d’Israël, moi qui suis le Seigneur votre Dieu » (Joël, II, 27).

C’est aussi un temps où les dons de prophétie se répandront : « je répandrai mon esprit sur toute la chair ; vos fils prophétiseront ainsi que vos filles ; vos vieillards songeront des songes et vos jeunes hommes verront des visions. Mais aussi sur mes serviteurs et servantes en ces jours-là je répandrai mon esprit. » (Joël, II, 28-29). L'Esprit de Dieu se répandra.

Les miracles seront nombreux. « Prenez courage, et ne craignez point ; car voici que votre Dieu amènera la vengeance de rétribution ; Dieu lui-même viendra, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée ; parce que des eaux se sont répandues dans le désert, et des torrents dans la solitude. Et la terre qui était aride sera comme un étang, et celle qui avait soif, comme des fontaines d’eaux. » (Is., XXXVI, 5-7)

Dans ses dernières paroles, Jacob annonce la fin du pouvoir de Juda qui se maintiendra jusqu'à la venue de Messie . « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et lui-même sera l’attente des nations » (Gen., XLIX, 10).


Le Messie l'agneau de Dieu, souffrant, abandonné, docile et libre

Deux psaumes (XXI, LXVIII) annoncent que le Messie sera tourmenté. « Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » (Ps. XXI, 1). Nous découvrons les souffrances qu’il devra subir tant dans sa chair que son esprit. « Ils ont percé mes mains et pieds. Ils ont compté tous mes os. » (Ps. XXI, 17-18) Sa solitude est grande. « J’ai attendu avec constance quelqu'un qui prit part à ma tristesse, et nul ne l’a fait ; et quelqu'un qui me consolât, et je n’ai trouvé personne. » (Ps. LXVIII, 21).La description est assez précise. « Ils se sont partagé mes vêtements et sur ma robe, ils ont jeté le sort. » (Ps. XXI, 19) « Ils m’ont donné pour nourriture du fiel, et dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre » (Ps. LXVIII, 22).

Le prophète Isaïe décrit aussi un Messie tourmenté qui s’abandonne dans les insultes et les coups. Il se montre en effet docile à ceux qui le frappent « J’ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui arrachaient ma barbe ; je n’ai pas détourné ma face de ceux qui me réprimandaient et qui crachaient sur moi. » (Isaïe, L, 6). Cette image du Messie s’offrant est encore plus flagrante dans les prophéties suivantes. Il porte les souffrances pour le peuple de Dieu alors qu’il est innocent des crimes qui lui sont imputés. Il est une victime offerte pour le salut du peuple de Dieu. « Il a vraiment lui-même pris nos langueurs sur lui, et il a lui-même porté nos douleurs […] lui-même il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été brisé à cause de nos crimes : le châtiment, prix de notre paix, est tombé sur lui ; et par nos meurtrissures nous avons été guéris. Nous tous, comme des brebis, nous avons erré ; chacun s’est détourné vers sa voie : et le Seigneur a mis sur lui l’iniquité de nous tous. » (Isaïe, LIII, 6)

Le Messie est bien innocent. Certes, il est accusé mais aucun accusateur ne parviendra à le confondre. « Le Seigneur Dieu est mon aide : c’est pour cela que je n’ai pas été confondu ; c’est pour cela que j’ai présenté ma face comme une pierre très dure, et je sais que je ne serai pas confondu. Près de moi est celui qui me justifie, qui me contredira ? » (Is., L, 7-8).

Dans les versets prophétiques d’Isaïe (Isaïe, LIII, 1-4), la souffrance et l’abandon du Messie sont terribles. Il est l’« homme de douleur », abandonné par tous et défiguré. Il est « comme un rejeton d’une terre altérée », « comme un lépreux », « méprisé, et le dernier des hommes ». « Nous l’avons compté pour rien ». « Il n’a ni éclat ni beauté ». Sa solitude est extrême. « Le Seigneur m’a abandonné, et le Seigneur m’a oublié » (Is., XLIX, 14).


Pourtant, toutes ces souffrances sont volontaires. « Il a été offert parce que lui-même l’a voulu et il n’a pas ouvert sa bouche ; comme une brebis, il sera conduit à la tuerie, et comme un agneau devant celui qui le tond, il sera muet, et il n’ouvrira pas sa bouche. » (Isaïe, LIII, 7) Finalement, « il a été retranché de la terre des vivants, à cause du crime de mon peuple, je l’ai frappé » (Isaïe, LIII, 8)



Son sacrifice, la victoire du Messie

Mais parce qu’il a livré son âme à la mort, « qu’il a été compté parmi les scélérats ; parce qu’il a porté les péchés d’un grand nombre, et qu’il a prié pour les transgresseurs » (Isaïe, LIII, 12), il sera récompensé. Le Messie triomphera. « Mais le Seigneur a voulu le briser dans son infirmité ; s’il donne, pour le péché de son âme, il verra une race de longue durée, et la volonté du Seigneur, par sa main, sera dirigée. De ce que son âme a souffert, il verra le fruit, et il sera rassasié ; par sa science mon serviteur justifiera lui-même un grand nombre d’hommes, et leurs iniquités, lui-même les portera. » (Isaïe, LIII, 10-11) Par ses humiliations et ses souffrances, le Messie vaincra. « Voici que mon serviteur aura l’intelligence, il sera exalté, élevé et glorifié. Comme beaucoup ont été frappés de stupeur à ton sujet, ainsi sera sans gloire son aspect parmi les hommes et sa forme parmi les fils des hommes. C’est lui qui aspergera beaucoup de nations ; devant lui, les rois fermeront leur bouche » (Is., LII, 13-15). Il a porté les péchés alors qu’« il n’a pas commis d’iniquité, et que la tromperie n’a pas été dans sa bouche. » (Is., LIII, 9).

Le rejet de son peuple

Mais le Messie sera méprisé par les siens. « Il ne sera pas son peuple, le peuple qui doit le renier » (Dan., IX, 26). Il sera détesté par les nations. « Israël ne sera pas rassemblé » (Is., XLIX, 5). Son peuple ne le comprendra pas. « Écoutant, écoutez, et ne comprenez pas ; et voyez la vision, et ne la discernez pas ; aveugle le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles sourdes, et ferme ses yeux ; de peur qu’il ne voie de ses yeux, et qu’il n’entende de ses oreilles, et que de son cœur, il ne comprenne, et qu’il ne se convertisse et que je ne le guérisse. »(Is., VI, 9-10).

Cependant, le peuple de Dieu pleurera sur la victime qu’il a accusée et tuée. « Ils regarderont vers moi, qu’ils ont percé ; et ils pleureront amèrement celui qu’ils ont percé, comme ils pleureront leur fils unique, et ils s’affligeront à son sujet, comme on a coutume de s’affliger à la mort du premier-né. » (Zacharie, XII, 10).

Une venue datée

Selon le songe de Nabuchodonosor, interprétée par le prophète Daniel, le royaume messianique viendra après la succession de quatre grands empires terrestres, symbolisés par quatre métaux (or, argent, airain, fer). « Dans les jours de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui jamais ne sera détruit, et son royaume ne sera pas donné à un autre peuple […] Il subsistera éternellement. » (Dan., II, 44).Une petite pierre se détachera de la montagne et les renversera pour devenir un royaume qui ne se finira jamais. « Selon que vous avez vu qu’une pierre détachée de la montagne sans les mains d’aucun homme, et qu’elle mit en pièces l’argile et le fer, et l’airain et l’argent, et l’or, le grand Dieu a montré au roi les choses qui doivent arriver dans la suite » (Dan., II, 45).

Dieu sera encore plus précis pour déterminer le temps messianique. Il révèle en effet à Daniel les années qui le sépare de la délivrance. « Soixante-dix semaines ont été abrégées pour ton peuple et pour ta ville sainte, afin que soit abolie la prévarication, et prenne fin le péché, et que soit effacée l’iniquité, et que vienne la justice éternelle, et que soit accomplie la vision et la prophétie, et soit oint le saint des saints. Sache donc, et remarque bien : Depuis que sortira la parole pour de que de nouveau soit bâtie Jérusalem, jusqu'au Christ Chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines, et de nouveau sera bâtie la place publique et les murailles dans les temps difficiles. Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort ; et il ne sera pas son peuple, le peuple qui doit le renier. Et un peuple, avec un chef qui doit venir, détruira la cité et le sanctuaire ; et sa fin sera la dévastation, et après la fin de la guerre la désolation décrétée. Mais il confirmera son alliance avec un grand nombre dans une semaine ; et au milieu de la semaine cesseront l’oblation et le sacrifice ; et l’abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation continuera jusqu'à la consommation et à la fin. » (Dan., IX, 24-27).

La prophétie de Daniel est précieuse. Le Messie apparaîtra 70 semaines d’années (490 ans) après la publication de l’édit autorisant la reconstruction de Jérusalem. Cette période est divisée en trois périodes. Après cet édit, il faudra en effet 7 semaines (49 ans) pour que les murs de la ville sainte soient achevés, puis 62 semaines (434 ans) pour que le Christ apparaisse et au milieu de la dernière semaine (7ans), il sera mis à mort. Daniel rappelle la prophétie d’Isaïe mais annonce aussi la désolation à Jérusalem et dans le Temple.

Finalement, en résumé, selon les prophéties de l’Ancien Testament, le Messie devra naître d’une vierge dans la ville de Bethléem, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Juda, de la famille de David. Il doit apparaître quand Juda aura perdu le sceptre de l’autorité, 70 semaines après la publication de la construction de Jérusalem. Sa venue sera préparée par un précurseur. L'Esprit de Dieu se répandra, les miracles foisonneront, une nouvelle terre et une nouvelle alliance seront inaugurées. Il relèvera le peuple de Dieu et rétablira un nouvelle Jérusalem et apportera le salut à toutes les nations. Mais libre, il s’offrira volontairement en sacrifice pour le salut d’un grand nombre. Humilié et détesté, défiguré par les souffrances, il sera mis à mort et finalement transpercé. Et les siens ne le recevront pas. Mais contre toute apparence, ce sacrifice apportera la victoire et le triomphe de Dieu par le Messie, sauveur des hommes…


« Cieux, versez rosée d’en haut, et que les nuées pleuvent un juste : que la terre s’ouvre, qu’elle germe un sauveur, et que la justice naisse en même temps ; moi, le Seigneur, je l’ai créé. » (Is., XLV, 8).

mardi 9 juin 2015

Le Messie, l'Oint de Dieu : les titres messianiques



Le christianisme n’est ni le fruit d’une spéculation philosophique ni le résultat d’une imagination fertile. Il repose sur des faits historiques, notamment sur : la reconnaissance du Messie en Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire l’accomplissement en Lui de la Sainte Écriture. Ce fait achève l’attente du peuple de Dieu et inaugure un temps nouveau, un esprit nouveau. Le judaïsme actuel refuse cette reconnaissance. Il attend encore le Messie. C’est une différence fondamentale entre les Chrétiens et les Juifs. Si ces derniers ne veulent pas croire à la réalisation des prophéties en Notre Seigneur Jésus-Christ, ils ne peuvent pas en effet L'entendre et suivre son enseignement. Tout dialogue véritable et sincère entre les Chrétiens et les Juifs débouche nécessairement sur l’idée du Messie et sur les prophéties.

L’incroyant ne croit pas non plus en la venue du Messie. L’agnostique ne se prononce pas. Peuvent-ils même comprendre sa signification ? Pourtant, ce fait historique a une valeur apologétique indéniable. Il est non seulement l’accomplissement de prophéties mais surtout la manifestation du plan de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde. Comment peuvent-ils alors comprendre notre foi, notre culte, notre espérance s’ils ignorent ce que Notre Seigneur Jésus-Christ a accompli ? Beaucoup de choses importantes leur demeurent alors voilées et incompréhensibles.

En outre, ce sujet n’est pas oublié par les adversaires du christianisme. Depuis plus d’un siècle, des critiques remettent en cause cette vérité historique. Selon la thèse la plus commune, Notre Seigneur Jésus-Christ n’aurait pas affirmée sa messianité mais ce sont les Apôtres et leurs disciples qui auraient fini par se persuader qu’il est le véritable Messie.

Ainsi, il n’est guère envisageable dans un essai apologétique de ne pas étudier le messianisme et la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans un article récent, nous avons décrit l’image que les Juifs faisaient du Messie au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous allons désormais chercher à décrire le Messie à partir de la Sainte Écriture et plus précisément à partir des titres qu'elle lui attribue.

Les « Oints d’Yahvé »

« Messias » est la forme grécisée du mot araméen « meshiha ‘ », de l’hébreu « mashia’h » de la racine « MSH ». En grec, il a donné « o Christos » et en latin « unctus », c’est-à-dire « oint ». La latin biblique a transcrit le mot grec, d’où « Christus » et en français « Christ ».


Le baptême du Christ

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Le terme hébreu signifie « onction d’un homme dans de l’huile d’olive »[1]. C’est une coutume en usage pour instituer des prêtres, des rois et des prophètes comme nous le voyons dans la Sainte Écriture. « L’oint » se trouve revêtu dun caractère sacré et doté d’un mandat divin.

Dans l’Exode et le Lévitique, l’onction marque la consécration d’Aaron et de ses fils. Frère aîné de Moïse, Aaron est désigné par le Très Haut pour exercer le sacerdoce. Consacré comme prêtre, il reçoit une consécration spéciale avec l’onction solennelle d’huile sainte. « Tu répandras sur sa tête l’huile de l’onction » (Ex., XXIX, 7). Dans le Lévitique, « Versant l’huile sur la tête d’Aaron, il l’oignit et le consacra. » (Lév., VIII, 12). Aaron est le premier grand prêtre dont ses successeurs devront appartenir à sa descendance. L’onction est aussi étendue à la consécration de tous les prêtres. « C’est là l’onction d’Aaron et de ses fils dans les cérémonies du Seigneur, au jour que Moïse les présenta pour exercer les fonctions de sacerdoce ; et c’est ce que le Seigneur a commandé de donner aux enfants d’Israël, comme culte perpétuel dans leurs générations. » (Lev., VII, 37).

Le roi tient aussi son pouvoir de Dieu. Il est son oint. L’onction est le rite essentiel au couronnement des rois. Cette consécration n’est pas spécifique au peuple d’Israël. Les païens le font aussi. Parmi les rois juifs, David est l’oint de Dieu par excellence. Il est l’envoyé de Dieu, celui que Samuel a consacré. « J’enverrai vers toi un homme de la terre de Benjamin, et tu l’oindras chef sur mon peuple d’Israël » (I. Roi, IX, 16). David se désigne lui-même comme étant le « christ du Seigneur » (II. Roi, I, 14). Ses successeurs seront aussi consacrés. Le couronnement du roi Joas est en particulier décrit dans IV. Roi, XI et dans II Paralipomène, XXIII.

Les Prophètes sont également présentés comme les « oints de Yahvé ». A la demande de Dieu, Elie oint le prophète Élisée (III. Rois, XIX, 16). Isaïe se présente comme l’oint de Dieu mais dans ce verset il fait aussi parler le Serviteur du Seigneur, le Messie. « L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a oint » (Isaïe, LXI, 1).

Mais l’oint de Dieu peut enfin désigner des païens comme Cyrus le Grand. Ce roi est son oint à cause de la mission divine que Dieu lui a confié à son insu. Dieu l’a « pris à sa droite, afin d’assujettir devant sa face les nations, de faire tourner le dos aux rois, et d’ouvrir devant lui les portes des maisons, et les portes des villes ne seront pas fermées. » (Is., XLV, 1). Il a été choisi pour être le sauveur et le libérateur du peuple de Dieu. Il est son instrument.  « C’est moi qui j’ai suscité pour la justice, et toutes ces voies, je les dirigerai ; lui-même bâtira ma cité, il renverra mes captifs sans rançon ni présent, dit le Seigneur Dieu des armées. » (Is., XLV, 13). L’oint désigne donc l’homme mandaté par Dieu pour accomplir sa volonté.




La Sainte Écriture attribue donc à certaines personnes choisies par Dieu le titre d’« oint d’Yahvé » soit parce qu’elles accomplissent des fonctions spécifiques qui nécessitent une consécration de Dieu, soit parce qu’elles doivent réaliser une mission divine. Mais les livres sacrés parlent aussi d’un personnage particulier qu’ils reconnaissent comme étant roi, prophète et prêtre et comme le libérateur du peuple de Dieu. Réunissant toutes ces fonctions, il porte de manière éminente l’onction divine. Dans les derniers siècles avant Jésus-Christ, le titre en devient son nom propre. Il est le Messie, le Christ.

Au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le titre de Messie désigne de manière unanime le Sauveur que Dieu promet à son peuple. Il est l’envoyé de Dieu qui accomplira l’œuvre de délivrance. Il est le chef qui viendra le libérer du joug des impies. Il se présentera comme roi, prophète et prêtre.

Le Roi

Le premier caractère du Messie, unanimement reconnu, est sa royauté éternelle. « Pour moi, j’ai été établi roi par lui sur Sion, sa montagne sainte, annonçant ses préceptes. » (I. Ps., II, 6). Dans son action de grâce, Anne, mère du prophète Samuel, annonce que Dieu « donnera l’empire à son roi, et il élèvera la puissance de son Christ. » (I. Rois, II, 10). Il n’est pas un roi comme un autre. Il est le plus grand. « Dieu, votre Dieu, vous a plus excellemment oint d’une huile de joie que ceux qui participent à l’onction avec vous. » » (I. Ps., XLIV, 8) Son trône subsistera d’âge en âge. Ce roi régnera éternellement. Remarquons qu’il s’agit du premier passage biblique où apparaît le mot « Messie ».

Les prophéties le décrivent comme un roi dont la puissance est hors du commun, un roi victorieux qui abat ses ennemis, c’est-à-dire les adversaires de Dieu, les impies. « Il a brisé des rois au jour de sa colère. Il exercera ses jugements parmi les nations » (V. Ps., CIX, 5-6). Le psaume XLIV est sans-doute l’un des psaumes messianiques les plus clairs. Le Messie est en effet célébré comme un roi triomphateur des ennemis de Dieu. « Vos flèches sont acérées, des peuples tomberont à vos pieds ; elles pénétreront dans les cœurs des ennemis du roi. » (I. Ps., XLIV, 6)

Son royaume s’étend à partir de Jérusalem. Telle est une interprétation classique du Psaume CIX. « La verge de votre puissance le Seigneur la fera sortir de Sion [2] » (V. Ps., CIX, 2). D'autres commentateurs voient plutôt sa puissance émergée à partir de Jérusalem. Le royaume de Dieu qu’inaugure le Messie s’étendra ensuite sur toute la terre. « Demandez-moi, et je vous donnerai les nations en héritage, et en possession les extrémités de la terre. » (I. Ps., II, 8)

Roi puissant, le Messie se manifestera aussi par sa sagesse et ses jugements. « Voilà que des jours viennent dit le Seigneur ; et je susciterai à David un germe juste ; un roi régnera, il sera sage, et il rendra le jugement et la justice sur la terre. En ces jours-là Juda sera sauvé, et Israël habitera en assurance ; et voici le nom dont ils l’appelleront : le Seigneur notre juste. » (Jérémie, XXIII, 5-6).

Roi d‘Israël

Les Juifs attribuent au Messie un titre royal plus précis. Il est nommé « roi d’Israël ». « Et toi Bethléem Ephrata, tu es très petit entre les mille de Juda ; de toi sortira pour moi celui qui doit être le dominateur en Israël » (Miché, V, 2). Cette prophétie rappelle deux autres, beaucoup plus anciennes, celle de Jacob et celle de Balaam. Jacob, nommé aussi Israël, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham, est le troisième grand Patriarche. Avant de mourir, il réunit ses douze fils à son chevet afin de leur donner sa bénédiction. A travers eux, il dessine le destin de tout Israël, des douze tribus. « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et lui-même sera l’attente des nations. » (Deut., XLIX, 10). Devin de grande réputation, Balaam est appelé par le roi de Moab pour arrêter l’invasion des Hébreux. Il est chargé de maudire le peuple d’Israël. Mais malgré lui, porte-parole de Dieu, il annonce sa prospérité et son installation dans la Terre promise. Il annonce également le Messie. « Il s’élèvera une étoile de Jacob, et il s’élèvera une verge d’Israël ; et elle frappera les chefs de Moab, et ruinera tous les enfants de Seth […] de Jacob sortira celui qui doit dominer et perdre les restes de la cité. » (Nbre, XXIV, 17-19)

Fils de David

Selon la prophétie de Jérémie, le Messie appartiendra à la descendance de David. Il est ainsi naturellement appelé « Fils de David ». Dans une prophétie d’Isaïe, il est « un rejeton de la racine de Jessé ». Habitant de Bethléem, Jessé est le père de David. 

Par la voix de Nathan, Dieu annonce à David que le Messie proviendra de sa descendance. « Et lorsque tes jours seront accomplis, et que tu dormiras avec tes pères, je te susciterai un fils après toi, lequel sortira de tes entrailles, et j’affirmerai son règne ; c’est lui qui bâtira une maison à mon nom, et j’établirai fermement le trône de son royaume pour toujours. » (II. Roi, VII, 12-13). Si cette prophétie se rapporte en premier lieu à Salomon, elle s’adresse plus spécialement au Messie.

« Ta maison et ta royauté seront pour toujours assurées devant toi ; ton trône sera affermi pour toujours. » (II. Rois, VII, 16) La mort de Salomon et la fin du royaume de David montrent toute la portée de cet oracle. La prophétie de Nathan est ainsi rappelée très souvent dans l’Ancien Testament. Isaïe la rappellera notamment. « Sur le trône de David et sur son royaume il s’assiéra pour l’affermir et le fortifier dans le jugement et la justice, dès maintenant et à tout jamais. » (Isaïe, IX, 7). Le Messie viendra donc rétablir la maison de David et restaurer « le tabernacle de David, qui est tombé » (Amos, IX, 11). Ainsi le Messie est solennellement désigné comme le « Fils de David » par excellence.

Le Prophète

Depuis Moïse, nous savons que le Messie est un prophète. « Le Seigneur ton Dieu te suscitera un Prophète de ta nation et d’entre tes frères, comme moi : c’est lui que tu écouteras […] je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi, et je mettrai mes paroles en sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui aurai ordonné. » (Deut., XVIII, 15-18).

Selon quelques commentateurs, ce prophète représenterait tous les prophètes d’Israël. Cet oracle instituerait alors le prophétisme après avoir institué les juges, les rois et les prêtres. Cependant les Pères de l’Église sont unanimes pour voir en cette prophétie l’annonce du Messie comme prophète. En effet, au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le peuple juif désigne le Messie comme le Prophète avec l’article « le » pour le distinguer de tous les autres prophètes. « Parmi donc cette multitude qui avait entendu ces paroles, les uns disaient : Celui-ci est vraiment le prophète. » (Jean, VII, 40). La Samaritaine rappelle à Jésus que le Messie « nous apprendra toutes choses » (Jean, IV, 25). Il « m’a dit tout ce que j’ai fait, n’est-ce pas le Christ ? » (Jean, IV, 29).

Le Messie est donc désigné comme « point culminant de tous les prophètes envoyés par Dieu »[3]. Il est décrit comme le Médiateur entre Dieu et les hommes pour annoncer la parole divine.

Le Prêtre selon l’ordre de Melchisédech

« Vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech. » (V. Ps., CIX, 5). Melchisédech apparaît une fois dans la Sainte Écriture. Il est « roi de Salem » et « prêtre du Dieu très haut » (Gen., XIV, 18). Le nom de Melchisédech, tiré de l’hébreu « Malki-Sèdèq », signifierait « mon roi est juste ». Saint Paul le traduit par « roi de justice ». Salem est l’un des noms archaïques de Jérusalem. Il est donc « roi-prêtre ».

Melchisédech bénit Abram, le futur Abraham, lui offre du pain et du vin et reçoit de lui la dîme de tout. Si cette offrande pouvait paraître insolite et étrange, les Juifs ne pouvaient pas ne pas comprendre la prophétie de ce « roi-prêtre ».

Remarquons enfin que le Messie n’est pas prêtre selon l’ordre d’Aaron, le père du sacerdoce issu de Moïse, mais selon un ordre beaucoup plus ancien. Soulignons aussi que Melchisédech apparaît rapidement dans le récit biblique sans que nous sachions ses origines et son destin. Il n’a ni commencement ni fin. Il évoque l’éternité. Melchisédech est « sans père sans mère, sans généalogie ; n’ayant ni commencement de jours, ni fin de vie, ressemblant ainsi au Fils de Dieu, demeure prêtre à perpétuité. » (Hébr., VII, 3). En outre, il reçoit la dîme d’Abram. « Sans aucun doute, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur. » (Hébr., VII, 7). Il est donc au-dessus du Grand Patriarche. Il est plus grand que les fils d’Aaron. Son sacerdoce est nettement supérieur à celui des Lévites. Le Messie est « prêtre pour l’éternité » quand les fils d’Aaron sont prêtres pour un temps donné.

« Fils de l’homme »

Le titre « fils de l’homme » revient souvent pour désigner le Messie. Dans un verset messianique, il désigne le Messie : « Je regardais donc dans la vision de nuit, et voici comme le fils d’un homme qui venait avec les nuées du ciel ; et il s’avança jusqu'au vieillard, et ils le présentèrent devant lui. Et il lui donna la puissance, et l’honneur, et le royaume ; et tous les peuples, tribus et langues le serviront ; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas enlevée ; et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit. » (Dan., VII, 13-14). Les versions grecques et chaldéennes utilisent l’expression « fils d’homme »[4].

La Sainte Bible use aussi la même dénomination « fils d’un homme ». Dieu l’utilise en effet souvent[5] pour interpeller le prophète Ézéchiel. « Fils d’un homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. » (Ez., II, 1). L’ange Gabriel interpelle aussi le prophète Daniel par la même dénomination. « Comprends, fils d’un homme, parce qu’au temps de la fin s’accomplira la vision. » (Dan., VIII, 17). Par cette dénomination, Dieu leur rappelle son humble condition humaine, sa faiblesse et son impuissance naturelle en regard de l’infinie majesté et de la toute-puissance de Dieu.

Le titre « fils de l’homme » n’a pas la même signification que la dénomination qu’utilise Dieu pour interpeller Ézéchiel ou Job. Il désigne en effet un homme bien précis. L’expression correspond en araméen à « bar –’enasha’ », « ’enasha’ » désignant un homme déterminé et non pas le genre humain avec ses faiblesses et son impuissance.

« Fils de Dieu »

Dans la Sainte Écriture, le titre de « Fils de Dieu » est donné aux anges, aux justes, à Israël et aux rois. « Les cieux publieront vos merveilles, Seigneur, comme aussi vote vérité dans l’assemblée des saints. Car qui, dans les nuées, sera égal au Seigneur, et qui semblable à Dieu parmi les fils de Dieu. » (III. Ps., LXXXVIII, 6-7). Dans une belle prière, Salomon s’adresse à Dieu et lui rappelle qu’il a été choisi pour roi de son peuple et pour juge de ses fils et de ses filles (voir Sag., IX, 7). Les enfants d’Israël sont entendus comme les enfants de Dieu. « Voici ce que dit le Seigneur : Mon fils premier-né est Israël » (Ex., IV, 22). Par Moïse, Dieu demande en effet au Pharaon de laisser son fils quitter l’Égypte pour le servir. Salomon, roi si sage, est aussi nommé fils de Dieu (voir II. Rois, VII, 14).

Le verset qui attribue la dignité de « fils de Dieu » à Salomon est aussi vu comme une annonce du Messie. « Moi je serai son père, et lui sera mon fils » (II. Rois, VII, 14) Nous retrouvons la filiation du Messie dans un psaume que des Pères de l’Église considèrent aussi comme messianique : « Lui-même m’invoquera, disant : vous êtes mon père, mon Dieu, et le garant de mon salut. Et moi, je l’établirai mon premier-né, le plus élevé des rois de la terre. » (III. Ps., LXXXVIII, 17). Le Messie est le fils par excellence. « Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils, c’est moi qui aujourd'hui vous ai engendré. » (I. Ps., II, 7).

« Emmanuel »

Par la voix d’Isaïe, Dieu a attribué plusieurs qualificatifs au Messie, qui sont devenus des noms. « Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; et sa principauté est sur son épaule, et son nom sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, père du siècle à venir, Prince de la paix. » (Is., IX, 6). Dans sa prophétie, un nom lui est donné : « Son nom sera appelé Emmanuel » (Is., VII, 14), nom qui signifie « Dieu avec vous ». Cet enfant est le signe fourni par le ciel. Il garantit la protection divine dont il sera le vivant témoignage. Il est le nouveau tabernacle dans lequel il aimera se reposer, la lumière qui guidera son peuple.

Le Messie est en effet doté en plénitude de l’esprit de Dieu. Dans une autre prophétie, Isaïe décrira en effet les dons messianiques qu’il manifestera. « Une fleur s’élèvera de sa racine, et l’esprit du seigneur reposera sur lui ; l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété, et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira. » (Is., XI, 1-3).

Dans la Sainte Écriture, depuis la Genèse jusqu'au dernier prophète, Dieu annonce à plusieurs reprises l’arrivée du Messie, le Christ. Il est appelé Roi d’Israël, Fils de David, Fils de Dieu, Fils de l’homme. Il est le Prophète et le Prêtre par excellence. Son nom est Emmanuel. Au-delà des titres le désignant, Dieu annonce son rôle et ses caractères. Le nom porte en effet un sens qui dépasse la simple désignation. Le Messie doit assumer à la fois le sacerdoce et la royauté, portant la Parole de Dieu. Disposant de l’amitié et de la puissance de Dieu, dominateur et souverain, il doit manifester la gloire divine. Le Messie est donc « celui qui doit venir » (Gen., XLIX, 26), « le désir des collines éternelles » (Gen., XLIX, 10) ou encore « le désir des nations » (Aggée, II, 7-8). Ainsi les « îles sont dans l’attente » (Is., CLII, 4). Zacharie demande alors à Jérusalem de tressaillir d’une grande joie. « Pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton Roi vient à toi ; il est juste, lui, et protégé de Dieu ; il est humble, monté sur un âne, et sur un poulain, petit d’une ânesse. […] Il parlera de paix aux nations ; sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, du fleuve jusqu’aux extrémités de la terre. » (Zach., IX, 9-18). Mais comment le reconnaître Lui qui est si attendu ?...



Notes et références
[1] Wikipédia, article « Messie dans le judaïsme », 2 avril 2015.
[2] Sion est le nom primitif de la ville de Jérusalem. Elle est conquise par David. 
[3] Nicolau, Sacrae Theologia Summa, tome I, théologie fondamentale, Biblioteca de Autores Cristianos, dans Apologétique, Abbé Bernard Lucien, Tome 3, La crédibilité de la Révélation divine transmise aux hommes par Jésus-Christ, éditions Nuntiavit, 2011. 
[4] Voir note de la Sainte Bible selon la Vulgate, l’abbé J.-B. Glaire. 
[5] 87 fois du chapitre II au chapitre XLVII.