" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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samedi 3 septembre 2016

Qu'est-ce que l'Église selon la doctrine catholique traditionnelle ?

Après avoir professé sa foi en la Sainte Trinité, le catholique proclame aussitôt sa croyance en l’Église. « une, sainte, catholique et apostolique ». Mais quelle est cette Église ? Nombreuses sont les voix qui nous décrivent, avec plus ou moins d’assurance, ce qu’elle est. N’est-elle que spirituelle et invisible ? Est-elle en voie de construction ou une réalité attendue ? On la réduit aux élus de Dieu en y excluant les pécheurs. On s’interroge aussi sur son origine. Est-elle divine ou ne serait-elle qu’œuvre purement humaine ? Depuis plus d’un siècle, l'Église fait ainsi l’objet de diverses théories et de remises en cause. On se dispute ainsi inlassablement ; on se défie dans l’indifférence. Depuis quelques années, son image est même devenue encore plus floue tant la voix des autorités de l’Église catholique est devenue confuse, imperceptible, voire inaudible. Le second concile de Vatican a certainement contribué à cette situation en écrivant que l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique. Qu’est-ce que finalement l’Église ?

Mais pour mieux saisir ce qu’elle est, n’écoutons pas les pensées qui naissent un jour, sans aucune racine ni avenir, encore moins celles qui ne font que plaire aux consciences. Lorsque le vent emporte tout, lorsque la tempête se déchaîne, lorsque le ciel fulmine,  il est bon de s’attacher à un roc qui a résisté à tant d’autres orages. Dans ces temps où la vérité et le mensonge s’entremêlent, où le sentiment étouffe l’esprit, où la vanité des hommes est si grande quand leur mémoire est si éphémère, il est parfois bon d’entendre la voix profonde de l’Église qui traverse les siècles sans craindre le regard des hommes. Pour connaître ce qu’elle est, nous avons déjà écouté son fondateur et les Apôtres, les premiers pasteurs. La Sainte Écriture nous donne des éléments de réponse qui réfutent toutes les belles théories. Écoutons désormais ce qu’elle nous dit par la voix de ses chefs légitimes et des conciles qui ont parlé avant le dangereux vingtième siècle …

Avant les grandes encycliques des XIXe et XXe siècles, avant le second concile de Vatican II, rares sont en fait les textes qui parlent uniquement de l’Église. Elle est indirectement traitée dans certains de ses aspects qui ont fait l’objet d’attaques et de remises en cause, notamment par les protestants. Parmi ces sujets, nous pouvons citer la primauté du Pape, la hiérarchie ecclésiastique ou encore le sacerdoce. Elle est aussi traitée lorsque sa liberté a dû être défendue face aux autorités politiques. Ainsi nous ne trouvons pas de définition précise de l’Église jusqu’au XIXe siècle.

« Le peuple fidèle répandu dans tout l’univers »

Le Concile de Trente, qui a donné tant de beaux textes sur la doctrine catholique, remarquables par leur concision et leur précision, ne donne pas non plus de véritable définition sur l’Église. Certes, pour la désigner, il reprend un mot de Saint Augustin qui la décrit comme « le peuple fidèle répandu dans tout l’univers »[1]. L’Église est donc avant tout un peuple marqué par son universalité et sa fidélité à l'égard de Dieu.

Mais quels sont les membres de ce peuple ? Le catéchisme issu du Concile de Trente nous les présente : ce sont « ceux qui ont été appelés par la Foi à la lumière de la Vérité et à la connaissance de Dieu, qui ont dissipé les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur, qui adorent avec piété et sainteté le Dieu vivant et véritable, et qui Le servent de tout leur cœur. »[2] Elle regroupe les chrétiens qui demeurent dans la vraie foi et servent Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce sont ceux qui savent et adorent le vrai Dieu. Ce sont ceux qui L’aiment. Ce sont ceux qui peuvent demeurer avec Dieu. Or « ils ne peuvent pas demeurer avec Dieu, ceux qui n’ont pas voulu vivre de façon unanime dans l’Église de Dieu »[3]. Une telle définition nous semble peu précise.

Le catéchisme de Saint Pie X nous définit l’Église catholique par ses membres. Elle « est la réunion de tous ceux qui sont baptisés, croient et confessent la foi du Christ Notre Seigneur Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et reconnaissent pour Vicaire du Christ sur la terre le Souverain Pontife romain »[4]. Elle définit les critères d’appartenance à l’Église. Ils s’appuient sur l’unité de foi, de culte et de gouvernement.

Entrer et demeurer dans l’Église

Nous sommes admis à l’Église par le baptême. Pour devenir membre de l’Église, il faut donc être baptisé mais de manière valide, y compris si le baptême est donné par un hérétique de manière régulière. « Celui qui a reçu le baptême d’un hérétique de façon régulière, devient membre de l’Église catholique en vertu de celui-ci […] dès lors qu’il confère le sacrement selon la foi de l’Église, et qu’il se conforme à la discipline pour ce qui fait partie de la validité du baptême. »[5] Et comme nous le professons, il existe un seul baptême par lequel nous entrons dans l’Église.

Nous rappelons que dans les premiers siècles du christianisme, au temps où la majorité des chrétiens était baptisée à l’âge adulte, la réception du baptême nécessitait au préalable une préparation, sous le nom de catéchuménat en Orient ou auditorat en Occident. Les catéchumènes suivaient des cours sous le contrôle de l’autorité ecclésiastique afin d’assimiler les vérités de la foi chrétienne. Ils étaient initiés à l’Écriture et recevaient une instruction morale. En outre, par leur conduite, ils devaient montrer qu’ils étaient dignes d’être admis au sein des fidèles. Ils étaient alors présentés par les parrains à l’évêque qui examinait si leur vie pendant la période de préparation était conforme aux exigences chrétiennes. La réception du baptême était donc précédée d’une longue préparation intellectuelle, spirituelle et morale, qui pouvait durer trois ans et s’achevait au jour de Pâques au cours duquel ils recevaient le baptême. Nous retrouvons des vestiges de cette cérémonie dans l’office de la nuit pascale. L’entrée dans l’Église nécessitait donc une préparation…

Cependant, le baptême ne suffit pas pour demeurer dans l'Église. Si le baptisé d’un hérétique « adhère aux erreurs de celui qui l’a baptisé, il est rejeté de l’unité de l’Église et privé des biens dont jouissent ceux qui ont leur demeure dans l’Église »[6]. Pour y demeurer ensuite, il faut nécessairement adhérer à la foi qu’elle professe. Mais cela n’est pas encore suffisant.

En effet, comme nous le précise le XVIème concile de Tolède, tenu en 683 : « tous ceux qui maintenant ne se trouvent pas en elle ou qui ne s’y seront pas trouvé, qui en sont séparés ou s’en seront séparés, ou tous ceux qui, dans le mal du manque de foi, auront nié que les péchés y sont remis, ceux-là, s’ils ne reviennent pas à elle à l’aide de la pénitence et s‘ils ne croient pas d’une foi entachée d’aucun doute » que les conciles ont défini ou « encore de tous les saints pères qui ont vécu dans la foi juste, prescrivent de garder »[7] seront alors « châtiés par une sentence de damnation éternelle ». Ce concile régional affirme la nécessité d’appartenir à la Sainte Église catholique. Il traite surtout du sort de ceux qui n’y appartiennent pas. Il définit trois catégories de personnes exclues de l’Église. Le catéchisme de Trente les classe en quatre catégories : les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, enfin les excommuniés.

Une société de bons et de méchants

Contrairement aux idées répandues, l’Église ne comprend pas que des saints, c'est-à-dire les fidèles qui jouiront de la béatitude éternelle. Ce n’est pas un peuple de saints mais plutôt d’hommes et de femmes destinés à être saints. Il comprend donc aussi bien les bons que les méchants, les méchants différant des bons par leur conduite et leurs mœurs. Les bons, ce sont ceux qui non seulement professent la foi et participent aux sacrements mais ce sont aussi « ceux qui sont attachés les uns aux autres par l’esprit de grâce et le lien de la charité » [8]  Seront en effet sauvés ceux qui sont habités par la grâce et par la charité.

Selon la doctrine catholique, les bons et les méchants demeurant sur la terre forment l’Église militante. Les fidèles sauvés qui vivent de la béatitude éternelle constituent l’Église triomphante. Enfin, ceux qui souffrent dans le purgatoire sont l’Église souffrante. Pourtant, il ne faut pas croire qu’il existe plusieurs églises. L’Église est une et indivise. Si les bons et les méchants appartiennent donc à la même Église lorsqu’ils sont ici-bas, leur condition sera différente au moment du jugement. « Les méchants en effet ne sont dans l’Église que comme la paille confondue dans l’aire avec le bon grain, ou comme les membres morts sur un corps vivant. »[9] À l’heure de la mort, s’ils demeurent dans leur méchanceté, la béatitude éternelle leur sera définitivement fermée. Ainsi l’Église est plutôt constituée de saints en puissance.

Hors de l’Église point de salut

Le XVIème concile de Tolède nous dit qu’il faut appartenir à l’Église pour être sauvé. Elle a été instituée pour cela, pour être l’unique porte par laquelle il faut passer pour gagner le ciel. Ce n’est que le rappel de l’adage de Saint Cyprien : « hors de l’Église, point de salut »[10]. Contre les albigeois, le IVème concile de Latran, concile œcuménique, nous l’enseigne clairement : « il n’y a qu’une seule Église universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n’est sauvé »[11]. Au XIVème siècle, dans sa bulle Unam Sanctam, Boniface VIII nous le rappelle aussi que « la foi nous oblige instamment de croire et à tenir une seule et sainte Église catholique […], hors de laquelle il n’y a pas de salut ni de rémission de péché […] »[12].

Pour réintégrer les Coptes et les Éthiopiens dans l’Église, le Concile de Florence définit une profession de foi commune en 1442 :« elle croit fermement, professe et prêche qu’« aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens » mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront dans « le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges » (Matth., XXVI, 41), à moins qu’à la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés »[13]. Il poursuit que rien ne peut les sauver s’ils n’appartiennent pas à l’Église. Inutiles sont donc les aumônes, la piété et les prières, le martyre même, « s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique ». Sans la vie éternelle coulant dans notre âme, le ciel nous est fermé. Et l’Église est ce canal par lequel Dieu nous la donne sans compter.

Une société divine

L’Église forme donc une société extraordinaire, unique, une société « surnaturelle et spirituelle en raison de la fin qui lui y est assignée et des moyens par lesquels elle y tend »[14]. Elle est aussi exceptionnelle car Notre Seigneur Jésus-Christ l’a dotée de tout ce dont elle a besoin pour demeurer et se développer, c’est-à-dire pour mener sa mission jusqu’à la fin des temps. L’Église est en effet « une société parfaite en son genre et en son droit, puisque, de par la volonté et le bienfait de son fondateur, elle possède en elle-même et par elle-même toutes les ressources nécessaires à son existence et à son action. »[15]

L’Église a pour but de poursuivre l’œuvre rédemptrice de Notre Seigneur Jésus-Christ en donnant à ses membres ce dont ils ont besoin pour y parvenir. C’est par elle que le chrétien peut obtenir la vie éternelle. Dans une profession de foi en usage en Afrique lorsque Saint Augustin était évêque, nous pouvons lire qu’il faut croire « en l’Esprit saint, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle par la sainte Église. »[16]

La fin de l’Église, sa raison d’être, est bien de fournir à ses membres les moyens de sanctification dont ils ont besoin pour atteindre leur propre fin, c’est-à-dire la vie éternelle. « De même que Jésus est venu sur terre pour que les hommes « aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean, X, 10), de même l’Église se propose pour fin le salut éternel des âmes »[17]. Puis le catéchisme de Saint Pie X rappelle qu’elle a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ « pour que tous les hommes puissent toujours trouver en elle les moyens de faire leur salut éternel »[18]. Elle est donc l’Église du Christ destinée à perpétuer son œuvre rédemptrice comme nous le dit le premier Concile de Vatican. Il dit en effet que Notre Seigneur Jésus-Christ l’a fondé « pour perpétuer l’œuvre salutaire de la Rédemption perpétuellement durable. »[19]

L’Église a été instituée pour que l’homme puisse adhérer à la véritable religion. Le premier concile de Vatican nous enseigne en effet que « pour que nous puissions satisfaire au devoir d’embrasser la vraie foi et de persévérer constamment en elle, Dieu, par son Fils unique, a institué l’Église »[20]. L’Église est une institution divine. Notre Seigneur Jésus-Christ en est le fondateur.

L’Église, gardienne de la foi

Le premier concile de Vatican insiste aussi sur le rôle de l’Église comme gardienne de la foi. Elle est encore « le dépositaire et la maîtresse de la parole révélée »[21]. Elle est ainsi une voix qui juge en matière de foi, condamne et exclue. Dans les canons du premier concile œcuménique, celui de Nicée en 324, il est en effet écrit : «  l’Église catholique et apostolique anathématise » ceux qui professent des erreurs sur la nature du Fils de Dieu. Et tous les autres conciles, sauf celui de Vatican II, useront de ce pouvoir.

Au concile de Nicée, c’est la première fois que l’ensemble des évêques sont convoqués pour discuter de points doctrinaux et disciplinaires. Il est un « acte éminemment communautaire de l’Église et une manière extraordinaire pour sa hiérarchie d’exercer l’autorité. »[22] Avant cet « acte », les évêques avaient l’habitude de se réunir en diverses occasions pour régler notamment des désaccords, condamner des hérésies et terminer des schismes, et cela dès le IIe siècle. « Après avoir condamné l’hérésie, ils chassèrent de l’Église ses sectateurs et les retranchèrent de la communion. »[23] Lorsqu’une église locale prononçait une sentence d’excommunication contre un fauteur d’hérésie, elle envoyait aux autres églises une lettre les informant de leur décision et des circonstances. Elles devaient alors à leur tour exprimer leur adhésion formelle à leur décision et rejeter le condamné de la communion. Ainsi l’hérésiarque sera considéré excommunié par l’ensemble des évêques de partout.

Les évêques convoqués de partout lors des conciles dits œcuméniques déclarent ce qu’il faut croire et condamnent les erreurs. Au concile de Nicée, les Pères du concile ont nettement conscience qu’ils donnent à l’Église une définition valable pour tous. C’est une sentence définitive et universelle. Le symbole qui y est défini « doit être conservé fermement et constamment. Il est une gloire aussi bien pour nous que pour les Orientaux qui se reconnaissent comme catholiques, et pour les Occidentaux. »[24] C’est la mise en œuvre de l’unité de foi. Ceux qui n’y adhèrent pas «  se sépareront de notre communion et perdront le nom de fils. »[25]

Le concile de Nicée est l’exemple formel et incontesté du pouvoir de magistère de l’Église catholique. C’est elle qui enseigne ce qu’il faut croire et ne pas croire. Elle juge la vérité ou la fausseté d’une doctrine. Elle formule par écrit des articles de foi avec des mots auxquels tout chrétien doit adhérer. Dans le décret sur la justification, le Concile de Trente dit que l’Église catholique « sous l’inspiration de l’Esprit Saint, a toujours conservé »  ce que « les apôtres nous ont transmis ». Elle enseigne les vérités de la foi en les scellant par un jugement définitif et solennel auquel la foi est due. C’est aussi cela l’Église catholique. Et au IVème siècle, personne ne met en doute le droit de l’Église à définir sa propre loi.

Mais le Concile de Nicée ne dicte pas uniquement des formules dogmatiques. Il délibère aussi sur l’élaboration de la date de Pâques, sur les structures de l’Église, sur la dignité des prêtres, sur les conditions de la pénitence, sur des prescriptions liturgiques, etc. Elle est une société visible qui nécessite une organisation et des règles pratiques.

Nous voyons ainsi le rôle joué par l‘Église pour préserver l’unité de foi et de charité. Elle est bien le bercail de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui« a résolu de construire la Sainte Église dans laquelle, comme dans la Maison de Dieu vivant, tous les fidèles seraient réunis par lien d’une seule foi et d’une seule charité »[26].

Se manifeste ainsi le caractère visible de l’Église. Si elle est spirituelle par le but qu’elle poursuit et les causes qui opèrent la sainteté, elle est aussi « extérieure et nécessairement visible », « si on considère ceux dont elle est composée et les réalités qui conduisent aux dons spirituels »[27]. Elle est donc visible  comme « un corps vivant, actif et plein de sève ».

L'Église dans les professions de foi

Dans une liturgie du milieu du IVe siècle, nous pouvons lire une profession de foi, plus ancienne que cette liturgie, dans laquelle il est dit de « croire  en Dieu […] dans la sainte Église catholique »[28]. 

Dans la professions de foi d’Hippolyte de Rome (170-235), nous pouvons aussi lire qu’il faut croire « une seule divinité, une seule puissance, un seul règne, une seule foi, un seul baptême dans la sainte Église catholique et apostolique »[29] 

Dans une profession de foi attribuée à Quodvultdeus, évêque de Carthage (427-vers 453), il  dit qu’il faut croire « en vue de la vie éternelle par la sainte Église »[30].

Enfin, les symboles de foi, définissant qu’il faut croire en l’Église catholique, sont partagés par les Occidentaux et les Orientaux. Qu’il soit arménien, éthiopien ou romain, tous adhèrent à l’Église catholique. 

Ainsi l’Église catholique apparaît donc comme celle qui définit ce qu’il faut croire pour être sauvé. Elle seule définit la foi catholique dans les symboles. « Telle est la foi catholique : si quelqu’un ne croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra pas être sauvé. »[31]

S’affirmer face à l’hérésie et au schisme

Dès les premiers temps, les chrétiens se sont confrontés à des hérétiques et à des schismatiques qui prétendent aussi être l’Église. Leur préoccupation était de définir les traits qui permettaient de reconnaître la véritable Église. Ainsi ont-ils défini les quatre notes que nous connaissons aujourd’hui : l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité.  Ensuite, face aux erreurs et aux attaques, provenant des orientaux et des protestants, l’Église a réaffirmé les points suivants :  

  • l’institution divine de l’Église : « Notre Seigneur Jésus-Christ a lui-même fondé l’Église en tant que Messie envoyé de Dieu et Sauveur du Monde »[32] ; 
  • la nécessité d’appartenir à l’Église pour être sauvé: « il est nécessaire à tous les hommes d’appartenir à l’Église pour obtenir le salut »[33] ; 
  • le pouvoir d’enseignement infaillible de l’Église, c’est-à-dire le magistère, dans l’annonce de la vérité divine, pouvoir confié aux Apôtres puis transmis à l’ensemble des évêques en union avec le Pape [34] ; 
  • l’infaillibilité du Pape : « l’évêque de Rome possède, en tant que successeur de Saint Pierre, en sa qualité de chef suprême de l’Église, le magistère suprême infaillible »[35] ; 
  • l’existence du pouvoir de gouvernement établi par le Christ Lui-même, autrement dit une hiérarchie[36] ;  
  • la primauté du Pape : « le Christ Lui-même a conféré le pouvoir de gouvernement aux Apôtres de telle sorte que l’un d’entre eux, Pierre, reçut le premier rang ou la primauté »[37].

Puis au XIXe siècle, un effort a été entrepris pour mieux défendre le double caractère de l’Église. Elle n’est ni purement divine, ni purement humaine. Elle est à la fois divine et humaine.

Retour à l’essentiel

L’Église s’est ainsi affirmée en tant que société parfaite, à la fois divine et humaine, instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ pour poursuivre son œuvre rédemptrice, et dotée des moyens pour mener à bien sa mission. Elle est la demeure de Dieu dans laquelle il faut nécessairement demeurer pour espérer un jour vivre de la béatitude éternelle. Il est donc essentiel à ses yeux de définir les critères d’appartenance à l’Église. C’est pourquoi certainement et avec pertinence elle s’est définie par ses membres. Mais elle a aussi dû lutter contre toutes les erreurs qui affaiblissaient son rôle ou pouvaient détourner les fidèles de leur salut. Ainsi a-t-elle défini ses caractéristiques, notamment ses origines divines, sa visibilité, sa hiérarchie, etc., et les critères qui la font reconnaître comme tant la vraie Église. C’est surtout par nécessité qu’elle s'est définie progressivement.

Dans toutes les affirmations que nous avons pu lire, l’Église catholique ne se distingue pas de l’Église du Christ. Elle s'affirme comme étant l'Église du Christ. En outre, si elle définit la foi nécessaire au salut, c’est-à-dire la règle de foi - Saint Augustin nous dit qu'elle est la règle de foi -  si elle juge, « lie et délie », pouvons-nous dire alors que l’Église subsiste dans l’Église catholique au sens qu’elles ne sont pas exactement identiques ? Ce que Notre Seigneur a fondé, c’est bien l’Église catholique. Comme le précise la congrégation de la foi, dans sa note explicative de la constitution Lumen Gentium, les moyens qu’Il a dotés à l’Église demeure pleinement dans l’Église catholique.

Mais le second concile de Vatican ne voit pas l’Église de manière traditionnelle car elle ne cherche pas à justifier sa mission ou à défendre une de ses qualités. Il cherche avant tout à unir les chrétiens par le bien des communautés séparées. Il doit donc élaborer un discours unifiant qui évite toute discrimination. La vue de l’Église en tant que société n’est donc pas pertinente puisque cela conduit nécessairement à déterminer les critères d’appartenance et par conséquent de séparation. Ainsi change-t-il l’angle de vue au risque d’appauvrir le regard que nous devons porter sur l’Église et finalement de perdre l’essentiel. Il définit ainsi l’Église par les moyens dont elle dispose, moyens que nous retrouvons aussi chez les « frères séparés », moyens qui incontestablement peuvent être bons et même salutaires. Le baptême par un hérétique selon les conditions que nous avons rappelées reste par exemple efficace. Cependant, l’Église telle qu’elle est définie de manière traditionnelle demeure aussi vraie. Elle est une société parfaite, faite de bons et de méchants, une société visible et invisible, qui enseigne, définit, juge et condamne. Elle est enfin garante de l’unité de foi et de charité. Cette définition demeure essentielle même si elle ne semble pas être complète et adaptée aux objectifs du concile, aux « besoins du temps ».

Pourtant la définition traditionnelle de l'Église répond à la véritable question que nous devons nous poser : est-ce que nous appartenons à la véritable Église ? C’est aussi la question que les chrétiens se posaient au premier temps du christianisme où les hérésies et les schismes étaient nombreux. La situation n’a pas changé. Au contraire. Les confessions et communautés ne sont jamais autant multipliées. Le fidèle a besoin d’affermir sa foi que peut fragiliser la profusion religieuse comme l’incroyant a aussi besoin de déceler le vrai du faux dans ce véritable supermarché du religieux qu’est devenu le monde.

Certes, les communautés séparées ont quelques « trésors » que rappellent avec justice les Papes mais que sont-ils ces « trésors » s’ils sont vains pour notre salut ? Que sont-ils si « nos frères séparés » ne s’intègrent pas dans l’ensemble des trésors de l’Église ? C’est justement parce que parfois ils ont été mis en exergue au détriment du reste ou mal utilisés qu’ils se sont séparés de l’Église. Et à quoi servent ces « trésors » puisqu’ils ne les conduisent pas à l’Église ?! Ces trésors devraient plutôt nous faire rougir et nous inciter à les redécouvrir au sein de l’Église catholique puisqu’elle détient ces trésors de manière parfaite et équilibrée. Nous comprenons alors l’attitude méfiante voire hostile des incroyants sensés en écoutant les voix de l’Église qui la voient d’une façon si réductrice... Et les églises ont fini par se vider…

« Nous croyons que la Sainte Église catholique, rachetée au prix de son sang, régnera avec lui pour toujours. »[38]





Notes et références
[1] Saint Augustin, Enarr. In Ps. CXLIX dans Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1..
[2] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[3] Pélage II, pape de 579 à 590, lettre Dilectionis vestrae aux évêques schismatiques d’Istrie (585 ou 586), Denzinger 469.
[4] Le Catéchisme de Saint Pie X, chapitre V, 2000.
[5] Benoît XV, Bref Singulari nobis au Cardinal Henry, duc d’York, 9 février 1749, Denzinger 2567.
[6] Benoît XV, Bref Singulari nobis au Cardinal Henry, duc d’York, 9 février 1749, Denzinger 2567.
[7] Profession de foi, XVIème concile de Tolède, commencé le 2 mai 693, Denzinger 575.
[8] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[9] Catéchisme du Concile de Trente, chapitre X, §1.
[10] Le sujet sera traité dans le prochain article de l'Émeraude.
[11] 4ème concile de Latran, 11-30 novembre 1215, chapitre 1, Denzinger 800.
[12] Boniface VIII, bulle Unam Sanctam, 18 novembre 1302, Denzinger 870.
[13] Bulle sur l’union avec les Coptes et les Éthiopiens, Cantate Domino, 4 février 1442, Concile de Florence, Denzinger 1351.
[14] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[15] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[16] Saint Augustin, Sermon 215, Denzinger 22.
[17] Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[18] Le Catéchisme de Saint Pie X, chapitre V, 2000.
[19] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Pasto Aeternis sur l’Église du Christ, 18 juillet 1870, Denzinger 3050.
[20] Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, chap. 3, 3ème session, 24 avril 1870, premier concile de Vatican (1869-1870), Denzinger 3012.
[21] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 24 avril 1870, chap.III, Denzinger 3012.
[22] Ignacio Ortiz de Urba, Nicée et Constantinople, Histoire des conciles œcuménique, tome I, chap. I, Fayard, 1963.
[23] Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 15 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[24] Pape Damase dans Histoire ecclésiastique, Sozomène, VI, 23 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[25] Pape Damase dans Histoire ecclésiastique, Sozomène, VI, 23 dans Nicée et Constantinople, Ignacio Ortiz de Urba.
[26] Concile de Vatican, Constitution dogmatique Pasto Aeternis sur l’Église du Christ, 18 juillet 1870, Denzinger 3050.
[27] Léon XIII, encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896, Denzinger 3300.
[28] Papyrus liturgique de Dêr-Balyzeh, Fragment du VIème siècle découvert en Égypte, Denzinger 2.
[29] Constitution de l’Église égyptienne, vers 500, qui remonte à la Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome, composée vers 215 ou 217, version copte, Denzinger 3.
[30] Semons sur le symbole, Denzinger 22.
[31] Saint Athanase, symbole Quicumque, dit d’Athanase, sans-doute entre 400 et 500, n°42, Denzinger 75.
[32] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §138. Voir Concile de Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternis.
[33] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §139. Voir Latran IV et  Concile de Florence (Bulle Cantate Domino).
[34] Voir Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §140 à 142. Voir Concile de Vatican I, Concile de Trente.
[35] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §142. Concile de Vatican I.
[36] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §143. Concile de Trente.
[37] Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, Livre V, §144. Voir Concile de Vatican, Concile de Trente, constitution dogmatique Auctorem Fidei de Pie VI (1503).
[38] Profession de foi, n°63, IIème concile de Tolède (675), Denzinger 540.

samedi 27 août 2016

Ut Unum Sint : l'Unité des Chrétiens selon Jean-Paul II






Au XIXe siècle, de nombreuses initiatives se développent pour réunir les Chrétiens de confessions de foi différentes. Des catholiques et des anglicans cherchent notamment à se rapprocher. Ils espèrent parvenir à leur réintégration dans l’Église. Très préoccupé de l’unité des Chrétiens, Léon XIII expose dans l’encyclique Satis Cognitum la doctrine catholique sur l’Unité de l’Église dans le but d'encadrer et de guider les travaux œcuméniques catholiques. 

L’Église étant une par nature, toute recherche d’unité des Chrétiens doit passer par leur réintégration et leur maintien dans l’Église. Comme l’unité de l’Église se repose sur l’unité de foi, de gouvernement et de charité, les chrétiens séparés ne peuvent revenir dans l’Église que s’ils adhèrent à son enseignement et se soumettent à son autorité, notamment au Pape. En clair, ils doivent abandonner l’hérésie ou le schisme dans lesquels ils sont. Tel est l’enseignement catholique que rappelle clairement Léon XIII.
Les tentatives pour réintégrer les anglicans ou des chrétiens orientaux échouent au XIXe siècle. De nombreux efforts sont encore menés de la part des catholiques pour rapprocher et unir les Chrétiens. Après la seconde guerre mondiale, les protestants poursuivent leurs mouvements œcuméniques et créent des organisations internationales très structurées. Il est indéniable que ce désir d’unité est aussi fort dans l’Église catholique. Il marque la deuxième partie du XXe siècle.
Cependant, ce mouvement semble s’essouffler lorsqu’arrive le deuxième millénaire. Pour le réveiller, le Pape Jean-Paul II publie en 1995 une encyclique sur l’engagement œcuménique, intitulé Ut Unum sint. « Le Christ appelle tous ses disciples à l'unité. Le désir ardent qui m'anime est de renouveler aujourd'hui cette invitation et de la reprendre résolument. »(1)
Nous allons présenter cette encyclique selon un plan légèrement différent du document. Après avoir exposé les motifs qui exigent la recherche de l’unité des Chrétiens et qui expliquent les dissensions, nous allons décrire les moyens préconisés par Jean-Paul II pour obtenir cette unité puis les résultats obtenus depuis le Concile de Vatican II et enfin proposer les axes de travail pour poursuivre les progrès constatés. Nous exposerons ensuite les points plutôt doctrinaux de l’encyclique concernant l’unité de la foi et l’unité de gouvernement avant de terminer par la doctrine sur la communion …
Les exigences de l’unité des Chrétiens
L'unité des Chrétiens, selon le Pape Jean-Paul II, est « constituée par les liens de la profession de foi, des sacrements et de la communion hiérarchique. »(10). Elle n’est pas seulement physique, c’est-à-dire le rassemblement des fidèles, ajoutés les uns à côtés des autres. Les Chrétiens sont un car ils sont unis en Dieu, vivant de la vie éternelle.

Toujours, selon le Pape Jean-Paul II, tous les catholiques doivent travailler pour unir les Chrétiens car la division s’oppose à la volonté de Dieu. Notre Seigneur Jésus-Christ est venu unir ses enfants. Par conséquent, les catholiques doivent s’opposer à tout ce qui les divise et favoriser tout ce qui les rapproche. 
L’unité des Chrétiens est aussi présentée comme une exigence face aux nombreux mouvements antichrétiens. Toute division est source de faiblesse. Face à l’ennemi, il faut se présenter unis.
Elle est en outre une nécessité pour répandre la foi. Il faut « abattre les murs de division et de défiance », « surmonter les obstacles et les préjugés qui empêchent d'annoncer l'Évangile du Salut par la Croix de Jésus, unique Rédempteur de l'homme, de tout homme »(2).
Et de nos jours, nous demande Jean-Paul II, est-il encore possible de ne pas s’engager dans le mouvement œcuménique ? Car nous dit-il, « au Concile Vatican II, l'Église catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la recherche œcuménique, se mettant ainsi à l'écoute de l'Esprit du Seigneur qui apprend à lire attentivement les « signes des temps ». »(3) Notre époque serait encore propice pour l’unité des Chrétiens. Il faut donc ne pas hésiter à s’y lancer. C’est pourquoi le second Concile de Vatican « exhorte tous les fidèles catholiques à reconnaître les signes des temps et à prendre une part active à l'action œcuménique ».
Finalement, selon Jean-Paul II, « l'Église catholique considère dans l'espérance l'engagement œcuménique comme un impératif de la conscience chrétienne éclairée par la foi et guidée par la charité. »(8)
Les raisons des divisions
Le Pape Jean-Paul II n’ignore pas les divergences doctrinales qui séparent les Chrétiens. Il félicite par ailleurs les progrès entrepris dans la recherche de ces points de désunion. « Les dialogues théologiques interconfessionnels ont donné des fruits positifs et tangibles : cela nous encourage à aller de l'avant. »(2)
Cependant, il rappelle que les divisions des Chrétiens persistent à cause du « poids des atavismes et de l'incompréhension qu'ils ont hérités du passé, des malentendus et des préjugés des uns à l'égard des autres. » Toute recherche d’unité passe donc par un rapprochement et une connaissance mutuelle, par « une purification de la mémoire historique. »(2) Effectivement, dans l’histoire, des divisions se sont produites non pour des raisons doctrinales ou disciplinaires mais pour des causes proprement humaines. L’exemple le plus caractéristique est le schisme de l’Église orthodoxe. À l’origine, ce sont bien des raisons essentiellement politiques et culturelles qui provoquent la séparation des Occidentaux et des Orientaux sans oublier les querelles de personnes. Les différences doctrinales n’ont été que des prétextes...
Le Pape, meneur de l’œcuménisme
Jean-Paul II définit la mission particulière du Pape dans le mouvement œcuménique en tant que successeur de Saint Pierre. « En notre époque œcuménique, marquée par le Concile Vatican II, l'Évêque de Rome remplit en particulier la mission de rappeler l'exigence de la pleine communion des disciples du Christ. »(4) 

Nous pensons que ce message est probablement une des nouveautés du XXe siècle. Certes les Papes qui ont précédé Jean-Paul II ont toujours été soucieux de l’Unité des Chrétiens, développant et favorisant les rapprochements. Léon XIII en est un exemple mais il n’a pas été le premier. Le Concile de Latran II et le Concile de Florence ont établi des unions avec des Orthodoxes, des Arméniens et des Jacobites, établissant notamment les églises uniates. La recherche de l’unité des Chrétiens est un combat que mène l’Église depuis ses origines ! Croire qu’elle n'a commencé que par le Concile de Vatican II est une prétention insupportable…
Mais à partir du Pape Jean XXIII, les Papes s’engagent pleinement dans le mouvement œcuménique moderne [2]. Depuis le XIXe siècle, il est plutôt mené par des initiatives privées, individuelles, plus ou moins soutenues par Vatican. Et c’est bien le second concile de Vatican qui a entrepris officiellement ce « processus », cet « élan œcuménique ». Les Papes en prennent ouvertement la tête. Car selon Jean-Paul II, le mouvement œcuménique fait partie intégrante de l’Église. Il « doit par conséquent pénétrer tout cet ensemble et être comme le fruit d'un arbre qui, sain et luxuriant, grandit jusqu'à ce qu'il atteigne son plein développement. »(20) Il est même considéré comme le centre de l’œuvre de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Ainsi « les deux Codes de Droit canonique placent parmi les responsabilités de l'Évêque celle de promouvoir l'unité de tous les chrétiens, soutenant toute action ou initiative destinée à la promouvoir, conscient que l'Église y est tenue de par la volonté même du Christ. »(101) Cependant, la mission dévolue au Pape n’exclut pas les fidèles d’y participer. « Le souci de restaurer l'unité concerne toute l'Église, tant les fidèles que les pasteurs, et touche chacun selon ses capacités propres. »(101)
Conversion et prière dans l’œcuménicité

Reprenant encore les leçons du second concile de Vatican, Jean-Paul II rappelle l’exigence de la conversion intérieure dans la recherche de l’unité. Il y a une interdépendance entre la sanctification et le mouvement œcuménique. Toute avancée dans cette recherche manifeste un progrès dans la sanctification comme le fait de mieux vivre selon la foi et de faire pénitence conduit à rechercher l’unité des Chrétiens. « Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, en même temps que les prières privées et publiques pour l'unité des chrétiens, sont à regarder comme l'âme de tout le mouvement œcuménique et peuvent être à bon droit appelées œcuménisme spirituel »(21).
Jean-Paul II souligne l’importance de la prière commune. La prière doit être « l'« âme » du renouveau œcuménique et de l'aspiration à l'unité »(28). Elle peut être source d’unité comme elle peut exprimer et confirmer l’unité. « Sur la route œcuménique de l'unité, la priorité revient certainement à la prière commune, à l'union orante de ceux qui se rassemblent autour du Christ lui-même. Si, malgré leurs divisions, les chrétiens savent toujours plus s'unir dans une prière commune autour du Christ, alors se développera leur conscience des limites de ce qui les divise en comparaison de ce qui les unit. » (22) La prière œcuménique nous révèle davantage l’unité de l’Église. Elle nous permet de retrouver la « dimension fondamentale de la fraternité dans le Christ » (26).
Le dialogue œcuménique
Tout mouvement œcuménique passe aussi par le dialogue, défini comme « échange d’idées » et « échange de dons », qui engage l’individu, selon une conception existentielle.
Le dialogue est un des moyens pour rechercher mutuellement la vérité. Et dès qu’elle est trouvée, il est alors nécessaire d’y adhérer fermement. Il a aussi pour rôle de mieux faire connaître « une estime plus juste de la doctrine et de la vie de chacune des Communautés »(32). Enfin, troisième vertu du dialogue, elle permet d’examiner sa fidélité envers Notre Seigneur Jésus-Christ et donc de se réformer. Il développe l’esprit de conversion qui passe par une reconnaissance de notre état de pécheur. C’est pourquoi la prière « en devient le fruit, d'une manière toujours plus accomplie »(33). Ainsi le dialogue n’est pas simplement un dialogue horizontal entre individus ou communautés mais également vertical en faveur de notre réconciliation avec Notre Seigneur Jésus-Christ.
Critères du dialogue
Pour œuvrer en faveur de l’unité, il faut entamer le dialogue et éviter tout antagonisme, toute manifestation d’hostilité. « Il faut passer d'une position d'antagonisme et de conflit à une position où l'un et l'autre se reconnaissent mutuellement comme des partenaires. »(29) Le préalable de tout dialogue est la reconnaissance de la bonne foi chez l’autre. « Quand on commence à dialoguer, chacune des parties doit présupposer une volonté de réconciliation chez son interlocuteur, une volonté d'unité dans la vérité. »(29)
Le dialogue consiste aussi à rechercher les divergences entre les communautés dans l’amour de la vérité et dans l’humilité. « Sans cet amour, il serait impossible d'aborder les difficultés objectives d'ordre théologique, culturel, psychologique et social que l'on rencontre dans l'examen des divergences. »(36)  « L'esprit de charité et d'humilité doit être inséparablement associé à cette dimension intérieure et personnelle : charité envers l'interlocuteur, humilité devant la vérité que l'on découvre et qui pourrait demander la révision de certaines affirmations ou de certaines attitudes. »(36)

Cela nécessite d’exposer fidèlement la doctrine en s'adaptant à l’individu selon « les catégories mentales et de l'expérience historique concrète de l'autre ». Jean-Paul II parle de loyauté et de droiture. Par conséquent, il ne faut pas dissimuler ou atténuer les points doctrinaux qui divisent. La recherche de l’unité ne doit pas conduire à des solutions qui évitent l’étude des points sérieux de division. Elles conduiront à l’échec puisqu’ils réapparaîtront nécessairement « en d'autres temps, sous la même forme ou sous un autre visage. »(36) Jean-Paul II définit alors les références pour traiter les divergences : 

  • la Sainte Écriture ;
  • la « grande Tradition de l’Église »(39). 

Les catholiques sont en outre aidés par « le Magistère toujours vivant de l’Église »(39).
Enfin, le dialogue passe par des structures ecclésiales et des méthodes. Il est mené par des « experts convenablement informés » (30).
L’encyclique souligne encore l’efficacité de la prière. « Une prière plus profonde et plus lucide permet au dialogue de donner des fruits plus abondants.»(33)
Mais selon Jean-Paul II, l’œcuménisme « va bien au-delà d'un geste de courtoisie œcuménique et constitue une affirmation ecclésiologique fondamentale »(42), c’est-à-dire plus précisément dans la reconnaissance du baptême. 
Point de situation de l’œcuménicité

Jean-Paul II décrit les résultats obtenus par le mouvement œcuménique : 

  • un changement de mentalité, notamment par l’élaboration d’un nouveau vocabulaire ; 
  • des actions concrètes de fraternité, rendant plus efficace l’influence chrétienne dans la société, surtout lorsque cette dernière piétine les droits et les besoins de tous : prêt d’édifice de culte, bourses d’étude pour la formation des ministres, intervention auprès des autorités pour défendre des chrétiens, opposition aux calomnies, apaisement des conflits, etc. ;  
  • l’élaboration d’une bible œcuménique, dont les traductions « sont l'œuvre de spécialistes, fournissent généralement un fondement sûr pour la prière et pour l'activité pastorale de tous les disciples du Christ »(44) ; 
  • le renouveau liturgique et une meilleure compréhension de l’histoire et du sens de la liturgie ; 
  • la participation aux mêmes sacrements si les conditions requises sont réalisées. Jean-Paul II rappelle notamment que « les divergences dans la foi » ne permettent pas la concélébration liturgique et que les « autres chrétiens qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique, mais qui désirent ardemment les recevoir, qui les demandent librement et qui partagent la foi que l'Église catholique confesse dans ces sacrements »(46) ;  
  • la « réduction du contentieux traditionnel »(49) par la prise de conscience des points que partagent les chrétiens, de la valeur de leur témoignage et de leur fidélité à l’égard du Christ, « témoignage commun de sainteté, comme fidélité à l'unique Seigneur» (48).
Constats avec les autres communautés
Jean-Paul II évoque ensuite les progrès établis avec les Églises d’Orient, notamment avec le Patriarche de Constantinople. Il les définit comme étant des Églises sœurs, c’est-à-dire les « Églises particulières ou locales rassemblées autour de leur Évêque »(56). Il présente la « doctrine des Églises sœurs » comme solution pour parvenir à la pleine communion. En soulignant l’unité de foi, il ne précise pas exactement ce qui divise. Jean-Paul II semble évoquer un point d’achoppement : l’unité de gouvernement, c’est-à-dire la reconnaissance de la primauté du Pape.
Concernant le protestantisme et autres confessions issues de la Réforme, Jean-Paul II rappelle le constat plutôt amer du Concile de Vatican II, c’est-à-dire les échecs des mouvements œcuméniques. « Il faut reconnaître qu'entre ces Églises et Communautés, d'une part, et l'Église catholique, d'autre part, il existe des différences d'une grande importance non seulement d'ordre historique, sociologique, psychologique et culturel, mais surtout dans l'interprétation de la vérité révélée. »(64) Cependant, l’importance de ces divergences est relativisée. « Les « divergences » évoquées plus haut, malgré leur importance, n'excluent donc pas les influences réciproques ni la complémentarité. »(65) Jean-Paul II rappelle ensuite les événements qui marquent un progrès dans la recherche de l’unité. Un dialogue a été instauré et menée selon le programme établi par le Concile de Vatican II.
Le chemin encore à parcourir
Selon Jean-Paul II, « les progrès déjà accomplis dans notre connaissance mutuelle et les convergences doctrinales atteintes ont pour conséquence un approfondissement affectif et effectif de la communion »(77). Cela peut paraître cependant insatisfaisant pour les Chrétiens. Car « le but ultime du mouvement œcuménique est le rétablissement de la pleine unité visible de tous les baptisés. »(77) Cette communion n’est possible que dans l’adhésion à la vérité, c’est-à-dire « l'héritage transmis par les Apôtres ». Elle sera pleinement réalisée lorsque tous pourront communier. « De cette unité fondamentale, mais partielle, il faut maintenant passer à une unité visible, nécessaire et suffisante, qui s'inscrive dans la réalité concrète, afin que les Églises réalisent véritablement le signe de la pleine communion dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique qui s'exprimera dans la concélébration eucharistique. »(78)
Jean-Paul II définit les points à travailler : les relations entre « la Sainte Écriture, autorité suprême en matière de foi, et la sainte Tradition, interprétation indispensable de la Parole de Dieu et la foi »(79), l’Eucharistie, l’ordination, le Magistère de l’Église et la Vierge Marie.
Il définit aussi les erreurs à éviter : le faux irénisme, l’indifférence aux normes de l’Église, la tiédeur et le pessimisme. 

Il souligne l’exigence de la vérité, en rappelant de nouveau qu’il ne faut pas « s'accommoder de semblants de solutions qui n'aboutiraient à rien de stable ou de solide. »(79) 

Enfin, il rappelle que le jugement définitif n’appartient qu’à l’autorité enseignante.
La question de l’unité de foi
Jean-Paul II réaffirme avec fermeté que l’unité des Chrétiens repose sur l’unité de la foi. « L'unité voulue par Dieu ne peut se réaliser que dans l'adhésion commune à la totalité du contenu révélé de la foi. En matière de foi, le compromis est en contradiction avec Dieu qui est Vérité. » (18) Cependant les données de la foi doivent être traduites de manière à être entendues. La vérité est une mais diverses sont les formes dans laquelle elle s'exprime. « Et la rénovation des formes d'expression devient nécessaire pour transmettre à l'homme d'aujourd'hui le message évangélique dans son sens immuable. »(19) Ce travail d'adaptation est donc essentiel pour l’œcuménisme. À plusieurs reprises, il reviendra sur ce sujet.
Conformément au décret Unitatis redintegrati, Jean-Paul II rappelle que les formulations doctrinales sont réparties selon une hiérarchie qui les répartit selon le degré de « véracité » ou d’assentiment. Toutes n’ont pas la même valeur.
En outre, tout en étant différentes, les formulations peuvent avoir des contenus identiques. Jean-Paul II prend soin de rappeler que les formulations dogmatiques demeurent exactes et que leur contenu exprime la vérité de manière absolue, comme le définit la déclaration Mysterium Ecclesiæ : « Les vérités que l'Église entend réellement enseigner par ses formules dogmatiques sont sans doute distinctes des conceptions changeantes propres à une époque déterminée ; mais il n'est pas exclu qu'elles soient éventuellement formulées, même par le Magistère, en des termes qui portent des traces de telles conceptions. Tout considéré, on doit dire que les formules dogmatiques du Magistère ont été aptes dès le début à communiquer la vérité révélée et que, demeurant inchangées, elles la communiqueront toujours à ceux qui les interpréteront bien ». Il s’agit donc d’interpréter correctement les vérités exprimées en prenant en compte les conceptions de son interlocuteur sans s’arrêter sur une lecture partielle de la vérité.
La question de la primauté du Pape
L’encyclique se termine par la difficulté que représentent les « convictions » de l’Église catholique concernant la primauté du Pape. Il se félicite que ce sujet soit « devenu un objet d'études, en cours ou en projet […]  comme un thème essentiel non seulement dans les dialogues théologiques que l'Église catholique poursuit avec les autres Églises et Communautés ecclésiales, mais aussi plus généralement dans l'ensemble du mouvement œcuménique. »(89)
Après avoir évoqué tous les motifs justifiant la primauté du Pape, Jean-Paul II rappelle que « toutes les Églises sont en pleine et visible communion, parce que les Pasteurs sont en communion avec Pierre et sont ainsi dans l'unité du Christ. Par le pouvoir et l'autorité sans lesquels cette fonction serait illusoire, l'Évêque de Rome doit assurer la communion de toutes les Églises. »(94)
Il définit le périmètre de la primauté : « vigilance dans la transmission de la Parole […] sur la célébration sacramentelle et liturgique, sur la discipline, la vie chrétienne ». Il est gardien et témoin de la vérité. « Il revient au Successeur de Pierre de rappeler les exigences du bien commun de l'Église, au cas où quelqu'un serait tenté de le négliger au profit de ses propres intérêts. Il a le devoir d'avertir, de mettre en garde, de déclarer parfois inconciliable avec l'unité de la foi telle ou telle opinion qui se répand. »(94)
Mais face aux inquiétudes des autres confessions chrétiennes et aux difficultés que représente la doctrine relative à la primauté du Pape, de nombreuses requêtes demandent au Pape une nouvelle « forme d'exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l'essentiel de sa mission »(95). Jean-Paul II justifie alors de nouveau la primauté du Pape en montrant qu’elle est nécessaire pour l’unité des Chrétiens et par « le désir d'obéir vraiment à la volonté du Christ »(95). L’histoire du premier millénaire montre en effet que les chrétiens « étaient unis par la communion fraternelle dans la foi et la vie sacramentelle, le Siège romain intervenant d'un commun accord, si des différends au sujet de la foi ou de la discipline s'élevaient entre elles »(95).
Jean-Paul II revient finalement sur la condition nécessaire de la communion pleine et entière. « L'Église catholique, dans sa praxis comme dans ses textes officiels, soutient que la communion des Églises particulières avec l'Église de Rome, et de leurs Évêques avec l'Évêque de Rome, est une condition essentielle — selon le dessein de Dieu — de la communion pleine et visible. »(96)
« Communion réelle » des églises
Suivant l’enseignement du second concile de Vatican, Jean-Paul II reprend la théorie de la communion réelle :

  • « l'unique Église du Christ est présente [1] dans l'Église catholique »(86), selon la constitution Lumen Gentium et le décret Unitatis redintegratio ; 
  • la plénitude des moyens de salut est présente dans l’Église catholique selon le décret Unitatis redintegratio ; 
  • la pleine unité se réalisera lorsque tous participeront à la plénitude des moyens du salut que le Christ a confiés à son Église.
Jean-Paul II rappelle aussi que « parmi toutes les Églises et Communautés ecclésiales, l'Église catholique a conscience d'avoir conservé le ministère du successeur de l'Apôtre Pierre, l'Évêque de Rome, que Dieu a institué comme « le principe et le fondement permanents et visibles de l'unité » que l'Esprit assiste afin que tous les autres bénéficient de ce bien essentiel », qu’elle est convaincue de demeurer « fidèle à la tradition apostolique et à la foi des Pères », et de conserver « le signe visible et le garant de l'unité dans le ministère de l'Évêque de Rome »(88). Il présente ces convictions comme des difficultés pour la plupart des autres chrétiens.
L’Église du Christ serait-elle alors l’assemblage des différentes églises ? Non, répond Jean-Paul II. Elle est déjà donnée depuis la Pentecôte. « Les éléments de cette Église déjà donnée existent, unis dans toute leur plénitude, dans l'Église catholique et, sans cette plénitude, dans les autres Communautés où certains aspects du mystère chrétien ont parfois été mieux mis en lumière » (14)
Jean-Paul II définit donc le but de l’œcuménisme : « faire progresser la communion partielle existant entre les Chrétiens pour arriver à la pleine communion dans la vérité et la charité. » (14)
Hors de l’Église, point de salut ?
Mais si l’Église catholique détient seule tous les biens que son fondateur a donnés à l'Église, « les Églises et les Communautés séparées elles-mêmes, même si nous croyons qu'elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. En effet, l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude même de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique. »
Dans les communautés séparées, il existe, selon toujours Jean-Paul II, des éléments de sanctification et de vérité mais de manière imparfaite. Ils constitueraient même « la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement, entre elles et l'Église catholique. » (11) Le second Concile de Vatican parle de communion réelle car il y a  « présence active de l’unique Église du Christ en elles » (11) même si la communion est imparfaite. Ainsi pouvons-nous les appeler frères car « justifiés par la foi dans le Baptême, ils sont incorporés au Christ, ont à bon droit l'honneur de porter le nom de chrétiens ».
Ainsi par cette « communion réelle », les « frères séparés » peuvent se sauver. « Chez nos frères séparés s'accomplissent aussi de nombreuses actions sacrées de la religion chrétienne qui, de diverses manières selon les différentes conditions de chacune des Églises ou Communautés, peuvent sans nul doute produire effectivement la vie de grâce, et il faut dire qu'elles sont aptes à donner accès à la communion du salut ».
Finalement, il est possible de se sauver hors de l’Église catholique. « En dehors des limites de la communauté catholique, il n'y pas un vide ecclésial. De nombreux éléments de grande valeur qui, dans l'Église catholique, s'intègrent dans la plénitude des moyens de salut et des dons de grâce qui font l'Église, se trouvent aussi dans les autres Communautés chrétiennes. » (13)
Quelques points importants à relever
Contrairement à la constitution Lumen Gentium, l’encyclique de Jean-Paul II souligne l’unité de foi comme principe de l’unité des Chrétiens. Ses paroles sont suffisamment claires. Tout réductionnisme, concordisme ou compromission sont vivement condamnés. Cela nécessite donc de professer clairement les vérités de foi afin d’éviter tout malentendu.
Encore plus claire que le texte du Concile de Vatican II, l’encyclique rappelle que toute recherche de l’unité des Chrétiens doit nécessairement passer par l’étude des divergences et des divisions. Certes, il faut s’appuyer sur ce qui unit mais croire que le mouvement œcuménique peut se fonder uniquement sur ces rapprochements est voué à l’échec. Jean-Paul précise que l’un des points d’achoppement demeure la primauté du Pape.
Il rappelle que certaines divisions n’auraient pas dû entraîner une rupture d’unité, leurs causes étant purement historiques ou liées à des querelles de personnes. Ainsi faut-il dépasser ces questions, « purifier notre mémoire ». 

Jean-Paul II rappelle aussi que toutes « les vérités » n’ont pas toutes la même valeur comme l’a toujours enseigné l’Église. Il y a bien une hiérarchie de valeur. La division peut provenir d’une confusion de valeur, mettant tout au même plan. 

Enfin, il faut présenter le dogme de manière à ce qu’il soit compris selon l’enseignement de l’Église. Cependant, s’il faut effectivement distinguer le sens du dogme et sa formulation, il ne faut pas oublier que la formulation du dogme demeure toujours valable et efficace.
Dans le rappel des différentes causes de division, Jean-Paul II n’évoque guère les raisons religieuses ou les différentes conceptions religieuses qui ont conduit à la rupture, notamment les différentes conceptions de la foi et du salut, de l’Église. Il n’évoque que les causes purement humaines, historiques.
Puis, Jean-Paul II rappelle l’importance de la prière et de la conversion pour mener à bien la recherche de l’unité des Chrétiens. Cependant, la prière ne peut être utile que si elle est entendue de Dieu. La prière ne doit pas être réduite à un instrument d’unité mais être un appel fervent à Dieu. Car Lui-seul peut faire entendre ce que nous ne voulons point entendre.
Enfin, dernier point, Jean-Paul II revient longuement sur l’importance de la visibilité de l’unité des Chrétiens, c’est-à-dire sur la communion eucharistique. Mais cette communion nécessite une unité de foi, de gouvernement et de charité…
Mais…
Jean-Paul II rappelle aussi la doctrine rapidement affirmée dans la constitution Lumen Gentium tout en l’approfondissant. Il affirme clairement, selon nous, qu’hors de l’Église, dans les communautés chrétiennes séparées, il est possible de se sauver en raison même de ces communautés tout en précisant que l’Église catholique a les moyens de salut en plénitude. La théorie de la communion réelle n'est pas acceptable...

Ainsi tout en cherchant à encadrer le mouvement œcuménique dans un sens plus catholique, Jean-Paul II poursuit le chemin qu'a ouvert le second Concile de Vatican, chemin innovant dans l'Eglise, chemin qui mène, nous en doutons pas, à l'erreur et à l'échec.


Notes et références
[1] Rappelons que la constitution Lumen Gentium dit que « l’Église subsiste dans l’Église catholique ». Voir Émeraude, juillet article "Mouvement œcuménique : expression "subsistit in" dans Lumen Gentium".
[2] Voir Émeraude, mai 2016, article "L’œcuménisme".