" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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vendredi 22 janvier 2016

Datations des fêtes de la Nativité et de l'Annonciation

La fête de Noël est-elle d’origine païenne ? Certaines voix l’affirment sans le moindre doute. Pour se justifier, elles la comparent avec les célébrations païennes qui se déroulaient, notamment à Rome, le jour du 25 décembre comme les fêtes saturnales, le culte de Mithra et la fête du « sol invictus ». Mais comme nous l’avons vu dans le dernier article, ces comparaisons sont insuffisantes pour arriver à une telle conclusion. Le jour du solstice d’hiver est si riche en symboles que ces célébrations sont en fait bien différentes. Pourtant, en dépit de la superficialité de leur argumentation, la question demeure, le doute subsiste. Car si ce jour si symbolique a été choisi pour fêter la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, on pourrait en conclure que le récit lui-même est symbolique comme le sont les mythes de Saturne et de Mithra. Nous revenons donc à la question. Il faut donc lui apporter une réponse.

D’autres arguments en faveur d’un récit symbolique

Selon certains « érudits », les premiers Chrétiens n’ont jamais fêté Noël. Ils auraient été influencés par les païens. En outre, rien ne nous permet de croire que Notre Seigneur est né le 25 décembre. Selon une hypothèse parmi tant d’autres, les bergers ne pouvait envoyer leur bétail dans les champs en hiver mais plutôt vers le début du printemps jusqu’à la saison des pluies, c’est-à-dire en automne. Par conséquent, puisque des bergers qui paissent leur troupeau dans la nuit viennent L’adorer, la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ne pourrait pas avoir lieu en hiver. La date de la fête de Noël serait par conséquent symbolique. Certains commentateurs en viennent donc à considérer le récit de la Nativité comme étant lui-aussi symbolique.

Selon les explications les plus communes, les premiers récits évangéliques étant silencieux sur la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, des chrétiens auraient essayé de pallier ce silence par des histoires. Avides de merveilleux et influencés par les religions orientales, ils auraient imaginé les récits tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les écrits apocryphes souligneraient « l'extrême efflorescence dans la pensée chrétienne quant à l'origine de Jésus »[1]. Les Chrétiens auraient donc unifié toutes ces « traditions » par la canonisation des Évangiles.

Les récits sur la Naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ne seraient donc pas historiques. « Les récits des Évangiles de l'enfance relèvent surtout de théologoumènes », c’est-à-dire « des affirmations théologiques présentées dans les récits fictifs bibliques comme des faits historiques de la part des auteurs bibliques qui ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique. »[2] Il précise ensuite que « le récit de la crèche, l'annonce aux bergers, l'adoration des bergers et des mages ne doivent pas faire l'objet d'une lecture littéraliste mais appartient au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique ».

Ainsi ignorée des premiers chrétiens, la fête de Noël serait une fête d’origine païenne provenant des antiques religions ou des cultes orientaux. On en vient alors à remettre en doute ce qu’elle célèbre, c’est-à-dire la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Son véritable origine ne serait pas chrétienne mais païenne. Le récit évangélique ne serait qu’une copie des mythes connus à l’époque. Mais si nous fêtons notre anniversaire à une date différente de celle de notre naissance, devons-nous en conclure que notre naissance n’a jamais eu lieu ?

Mais comment ces « érudits » peuvent-ils affirmer de telles choses ? Effectivement, leurs hypothèses sont séduisantes à première vue mais leur argumentation est-elle bien solide, irréprochable comme on le prétend souvent ? Que savons-nous en effet des célébrations de Noël au temps des premières communautés chrétiennes selon les sources historiques ?

Les premières conclusions

Mosaïque, Rome, 705-707
Il est déjà bien naïf ou prétentieux de croire que nos connaissances historiques sont suffisantes pour affirmer de telles choses. Dans les premières années du christianisme, les Chrétiens avaient d’autres préoccupations que de nous laisser des souvenirs précis sur leurs célébrations. Leurs principales préoccupations étaient plutôt tournées vers le développement des communautés chrétiennes, vers l’organisation de l’Église, vers sa consolidation en un temps où les persécutions ne les laissaient guère en paix. Enfin, le temps fait ses ravages, ne laissant guère de documents intacts après des siècles d’histoire. Les sources historiques sont donc très réduites, voire quasi-inexistantes. Mais de ce silence nous ne devons pas conclure à une absence de célébration de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Acceptons simplement notre ignorance sur ce temps troublé.

Cependant, selon des sources historiques, nous savons que la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ était déjà célébrée au II siècle bien avant l’Édit de Milan, qui octroie au christianisme la liberté de culte. Nous savons aussi que jusqu’au IVe siècle, il existait plusieurs coutumes sur la date de célébration de la Nativité dont l’une, celle de Rome, a dominé et s’est lentement imposée dans toutes les communautés chrétiennes. Précisons maintenant les connaissances historiques dont nous disposons sur la fête de Noël…

La fête de Noël à Rome

Selon Dom Guéranger, se rapportant au Liber pontificalis, la messe de minuit de Noël a été instituée par le Pape et martyr Saint Télésphore (127-137). Il a aussi inséré le Gloria in excelsis au commencement du Saint Sacrifice de la Messe.

Comme nous le rappelle Benoît XVI[3], Hippolyte de Rome affirme que Notre Seigneur Jésus-Christ est né le 25 décembre dans son commentaire du livre du prophète Daniel, écrit vers l’an 204. Mais selon Mgr Duchesne[4], cela ne signifie pas que la fête de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ soit célébrée en ce jour à Rome. Cependant, cette date nous apparaît importante puisqu’elle est antérieure à la date du décret instituant la fête du « sol invictus » par Marc Aurèle (ou par Héliogabale). Cela confirme donc la volonté de Marc Aurèle d’englober dans son nouveau culte l’ensemble des religions de l’empire romain.

À Rome, en 350[5], le pape Jule Ier institue la date officielle le 25 décembre à partir de recherches sur le jour précis de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. La première mention de la fête de Noël dans un calendrier romain des martyrs, intitulé chronographe[6], est daté de 354. Cependant ce martyrologe est établi à partir du calendrier philocalien[7], dressé à Rome en l’an 336. Il fait certainement écho d’une habitude encore plus ancienne.

Enfin, dans un sermon, Saint Ambroise[8] nous décrit la prise de voile de sa sœur, Sainte Marcelline, lors d’une cérémonie organisée par le pape Libère la nuit de Noël 353. « On ne relève aucune allusion à la nouveauté de cette fête, mais, au contraire, toute le contexte donne l’impression qu’il s’agit d’une solennité de vieille date, à laquelle le peuple a coutume d’accourir en foule, en vertu d’une ancienne habitude. »[9]

Ces différents textes nous confirment l’usage antique de célébrer à Rome la fête de Noël le 25 décembre avant le IIIe siècle.

La fête de Noël dans la chrétienté

Dans les autres régions, la date de la fête de la Nativité varie au IIIe siècle. Certaines églises orientales la fêtent en avril ou en mai. En Orient, elle est parfois confondue avec la fête de l’Épiphanie célébrée le 6 janvier. Progressivement, les Chrétiens orientaux distingueront ces deux fêtes. La tradition romaine s’impose progressivement vers le Ve siècle. L’empereur Théodose II codifie en 425 les cérémonies de la fête de Noël.


À Antioche, aux environs de 385, la fête de la Présentation de Notre Seigneur Jésus-Christ est appelée la quarantaine de l’Épiphanie[10] à Jérusalem. Comme cette fête juive est fêtée quarante jours après sa naissance, nous en déduisons que la Nativité est encore célébrée le jour de l’Épiphanie. Cependant, d’autres faits plus précis semblent nous indiquer que ces deux fêtes étaient distinctes dix ans auparavant dans d’autres patriarcats. Saint Jean Chrysostome (vers 344-407), prêtre d’Antioche, a écrit des homélies sur la fête de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. « Celui qui siège sur le trône élevé et sublime est placé dans une mangeoire. […] O richesse sans mesure sous les dehors de la pauvreté ! »[11] Cette homélie daterait du 25 décembre 386, 387 ou 388. Il affirme aussi qu’il ne s’est pas tout à fait écoulé dix ans depuis que l’on a commencé la célébration de cette fête. Il nous assure aussi qu’elle provient des « habitants de Rome eux-mêmes, qui depuis longtemps et d’après une ancienne tradition commémorait ce jour »[12]. Par conséquent, la fête de Noël aurait été introduite le 25 décembre dans l’Église d’Antioche en 377, 378 ou 379.

Dans deux homélies, celle du 25 décembre 380 et du 6 janvier 381, Saint Grégoire de Nazianze (329-390) distingue les fêtes de Noël et de l’Épiphanie. Il semblerait même qu’il aurait introduit la fête de Noël à Constantinople en 380. Saint Grégoire de Nysse, mort en 394, distingue aussi les deux fêtes[13]. Après l’an 400, Saint Astérios, évêque d’Amasée, dans le diocèse du Pont, distingue deux fêtes de Noël, celle des Latins et celle des grecs, la première célébrant la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, la seconde son baptême. Ainsi à la fin du IVe siècle, l’usage romain s’est donc imposé à Constantinople, à Césarée de Cappadoce et dans le Pont.

Pour l’Égypte, il faut attendre encore quelques années, vers 430, pour voir la coutume romaine s’imposer. Nous avons ainsi la trace d’une homélie faite par Paul, évêque d’Émèse, sur la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, le 25 décembre 432, dans la grande église d’Alexandrie.

Revenons à Jérusalem. Entre 401 et 410, dans une homélie, Saint Jérôme défend fermement l’usage de Rome de fêter la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ le 25 décembre, une tradition qu’il présente plus vénérable que celle des Orientaux. « Nous soutenons, nous, que le Christ est né en ce jour et qu’il a été baptisé à l’Épiphanie. »[14] Entre 455 et 458, Basile de Séleucie[15] fait l’éloge de Juvénal, l’évêque de Jérusalem qui « a commencé à célébrer la naissance illustre et vivifiante et adorable du Seigneur »[16]. L’épiscopat de Juvénal a commencé vers 422 pour s’achever en 458. Dans une vie de Sainte Mélanie[17], nous apprenons que cette sainte a été à Bethléem avec sa nièce le 25 décembre 439 pour fêter la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Tout semble donc indiquer que Noël était célébré le 25 décembre avant 439 à Jérusalem. Selon les conclusions de B. Botte, l’introduction de la coutume romaine aurait lieu aux alentours de 430. Mais selon d’autres experts, elle serait postérieure à 451[18].

En Afrique, dans le sermon CLXXXIV, Saint Augustin parle de la fête de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. « C’est aujourd’hui que revient et que brille parmi nous la solennité anniversaire de la naissance de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. »[19] Quatorze sermons lui sont consacrés. De manière générale, les sermons sont datés de 391 à 420. Saint Augustin distingue clairement les fêtes de Noël et de l’Épiphanie aux dates dès lors traditionnelles. Un sermon plus ancien, d’Optat de Milève, évêque de Numidie, mort en 392, nous parle de la célébration de Noël, du « mystère de la nativité du Christ »[20]. Ce sermon serait daté de 360. Il est donc l’un des premiers témoignages de la célébration de cette fête en Afrique.

La fête de l’Annonciation dans l’histoire de l’Église

Icône de l’Annonciation
tempera sur bois.
Andreï Roublev, XV° siècle.
La fête de Noël est difficilement indépendante celle de l’Annonciation. Il est donc aussi intéressant de pouvoir dater cette dernière afin de préciser encore la date de célébration de Noël.

Selon l’historien Sixte Jules l’Africain, la fête de l’Annonciation est connue dès l’an 221[21]. En Afrique, à la fin du IVe siècle, une fête en l’honneur de l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ est fixée le 25 mars comme nous l’apprend Saint Augustin dans le traité De Trinitate, écrit entre 400 et 416.

Parfois, certains commentaires situent les premières traces de cette fête au VII siècle. Ils citent en effet le Xème concile de Tolède. En effet, en 656, les évêques d’Espagne se réunissent à Tolède non pas pour instituer la fête mais pour modifier sa date[22] car souvent, elle se retrouve en un temps où l’Église est surtout tournée vers la Passion, dans le jeûne du Carême. Ainsi les évêques le reportent au 18 décembre pour servir de préparation à la Nativité. Plus tard, l’Église d’Espagne reviendra néanmoins à la pratique de l’Église romaine. La fête de l’Expectation de la Sainte Vierge, toujours célébrée le 18 décembre, est un lointain souvenir de cette pratique.

En Orient, le concile « in Trullo » règle la discipline de l’Église sur la célébration liturgique de l’Annonciation lorsqu’elle tombe dans les jours de Carême. Dans un ouvrage de 630, intitulé Chronicon Paschale, il est dit explicitement que la fête de l’Annonciation est fixée au 25 mars selon la tradition des anciens Docteurs ecclésiastiques, dès l’année 624. Romanos, un poète oriental du temps de l’empereur Justinien, écrit une hymne pour la fête de l’Annonciation. Nous sommes alors au VIe siècle, vers 550. Une homélie de Saint Proclus a trait à l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ et au message de l’archange Saint Gabriel, ce qui nous renvoie à la fête de l’Annonciation. Selon le chroniqueur Saint Théophane, elle est dite en présence de Nestorius durant son patriarcat, c’est-à-dire entre 428 et 431. Finalement, au début du Ve siècle, la fête de l’Annonciation était déjà célébrée à Constantinople. Deux homélies, l’une du prêtre Hésychius et l’autre du prêtre Chrysippe de Jérusalem, qui date du Ve siècle, concernent aussi la fête de l’Annonciation. Le prêtre Chrysippe, mort en 479, a été ordonné prêtre en 453.

Basilique de l'Annonciation, Nazareth

À Nazareth, au IVe siècle, une basilique est consacrée à l’Annonciation selon le témoignage de pèlerin. Sa construction est attribuée à Sainte Hélène. La tradition fixe en effet l’origine de cette église au temps de Constantin. Eusèbe de Césarée et Saint Épiphane nous confirment qu’à cette époque, de nombreuses basiliques ont été construites en terre sainte entre 323 et 337. Des fouilles ont permis de trouver des vestiges de trois églises lors des travaux de construction de la nouvelle basilique. Une des églises a été datée de 356. Or en Palestine, à Jérusalem par exemple, chaque basilique est associée au souvenir d’une fête. « Une basilique de l’Annonciation à Nazareth entraînerait donc très vraisemblablement une fête de l’Annonciation »[23]. Nous pouvons donc en conclure que la fête de l’Annonciation était célébrée avant l’année 356, ce qui confirme que la célébration de Noël existait bien au temps des persécutions avant l’Édit de Milan.

Conclusions

Ainsi, selon de nombreuses sources historiques, nous pouvons conclure que la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ était célébrée bien avant le IIIe siècle, confirmant ainsi la Tradition de l’Église. L’usage romain de la célébrer le 25 décembre existerait déjà au IIe siècle. Il s’est étendu et a fini par dominer sur toutes les églises au début du Ve siècle. Auparavant, les autres communautés l’ont incluse dans la fête de l’Épiphanie fêtée le 6 janvier.

Or à cette époque, au II siècle, à Rome, la fête « sol invictus » n’a pas encore été instituée, le culte du mithracisme ne domine pas encore. Et c’est bien de Rome, prétextant une tradition très ancienne, que la date du 25 décembre s’est imposée dans tout l’Orient, là où les cultes orientaux sont prédominants.

Ces différentes informations tirées de nombreuses sources historiques peuvent remettre en cause l’argumentation de tous ceux qui affirment si nettement l’origine païenne de la fête de Noël, notamment de la fête « sol invictus » comme on le prétend si souvent. En outre, leurs argumentations ne suffisent pas puisque, comme nous l’avons déjà évoqué, il faut saisir la signification des célébrations pour pouvoir les comparer et parvenir à des conclusions plus satisfaisantes.



Notes et références

[1] Simon Mimouni, Les origines de Jésus dans la littérature chrétienne apocryphe, dans P. Geoltrain, Aux Origines du christianisme, Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 528-529 dans Wikipédia, article « Nativité », 10 décembre 2015.
[2] Wikipédia, article « Nativité », 10 décembre 2015.
[3] Benoît XVI, Audience générale du mercredi 23 décembre 2009, dans Noël à Rome, La crèche racontée par le Pape, 23 décembre 2009, chiesa.espresso.repubblica.it.
[4] Voir Origines du cule chrétien, Mgr Duchesne.
[5] Voir Dictionnaire de liturgie, abbé Migne, Paris 1863.
[6] Ample calendrier, sorte d’almanach antique, de Furius Dionysius Filocalus, copié à l’origine dans un manuscrit du IVe siècle, compilation composé au plus tôt en 336. Voir Wikipédia, article « Chronographe de 34 ».
[7] Première version du chronographe de Filocalus.
[8] Saint Ambsroise, De virginibus, III. Discours du pape Libère pour la prise de voile de Marceline à Saint Pierre de Rome.
[9] Cardinal Schuster, Liber sacramentorum, tome II, 1939.
[10] Elle est appelée ainsi dans la Peregrinatio ad loca sancta, dite de Sainte Sylvie.
[11] Saint Jean Chrysostome, Homélie II sur Noël, www.portdusalut.com.
[12] Siméon Vailhé, Introduction de la fête de Noël à Jérusalem, dans Échos d’Orient, tome 8, n°53, 1905, http://www.persee.fr, 19/10/2015.
[13] Voir Les fêtes de Noël et d‘Épiphanie d’après les sources littéraires cappadociennes du IVe siècle, Mossay, dans Revue des études byzantines, 1968, volume 26, n°1.
[14] Saint Jérôme, Homélie dans Revue d’histoire et de littérature religieuse, tome I, dans Introduction de la fête de Noël à Jérusalem, Siméon Vailhé.
[15] Mort après 458.
[16] Basile de Séleucie, cité dans Introduction de la fête de Noël à Jérusalem, Siméon Vailhé.
[17] Analecta Bollandiana, tome XXII, n°62. Cette biographie aurait été écrite par Géronce, prêtre et supérieur des monastères de Sainte Mélanie sur le Mont des Oliviers.
[18] Voir Dormition et Assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, Simon Claude Mimouni, Beauchesne,  1995.
[19] Saint Augustin, Sermon CLXXXIV, www.clerus.org.
[20] Saint Optat de Milève, sermon, dans Un Sermon de Saint Optat pour la fête de Noël,
[21] Sixte Jules l’Africain, (v.160/180 – v. 240), Chronographia.
[22] Voir L’année liturgique, Dom Guéranger, abbaye de Saint Benoît de Port-Valais, www.abbay-saint-benoît.ch, 2006.
[23] Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, tome I, dans Origine de la fête de l’Annonciation, Vailhé Siméon, dans Échos d’Orient, tome 9, n°58, 1906, http://www.persee.fr.

samedi 16 janvier 2016

Noël et les fêtes païennes


Les fêtes de l’Annonciation et de la Nativité célèbrent un des plus grands mystères de notre foi, le mystère de l’Incarnation. Notre Seigneur Jésus-Christ, « le Fils unique de Dieu, et né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, qui à cause de nous les hommes et à cause de notre salut est descendu des cieux, s’est incarné de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie et s’est fait homme. »[1] Le Verbe s’est fait chair le jour de l’Annonciation et Notre Seigneur Jésus-Christ est né de la Sainte Vierge Marie le jour de Noël.


Le mystère de l’Incarnation est inséparable de celui de la Rédemption. Il est associé à l’Annonciation et à la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce n’est donc pas étonnant s’ils font l’objet de vives attaques et de remises en question. De nos jours, on les présente comme des mythes ou des symboles afin de renier clairement leur historicité et par là remettre en question le mystère de l’Incarnation. Que deviennent alors notre foi et notre salut s’ils perdent leur réalité historique ? C’est pourquoi il est essentiel de réfuter ces erreurs et de défendre l’historicité de l’Annonciation et de la Nativité.

En réfutant la réalité historique de l’Annonciation et de la Nativité, on finit par les considérer comme des faits imaginaires, des inventions humaines, des récits symboliques. Par conséquent, plus ou moins implicitement, on accuse l’Église, qui les fête et les proclame chaque année, de se tromper et de tromper les fidèles, de les maintenir dans la superstition et dans l’erreur. Le christianisme qu’elle enseigne ne serait donc pas authentique. Il ne serait qu’un mensonge ou encore une superstition, un reste de paganisme.

Si les récits évangéliques qui décrivent sa conception et sa naissance ne sont pas vrais, que devient Notre Seigneur Jésus-Christ ? Que devient notre foi ? Pour les plus sérieux, on ne renie pas son existence, les témoignages historiques étant suffisamment clairs et indubitables. Mais on refuse de lui associer tout prodige. On lui refuse toute divinité. Il serait né comme tout homme. Il ne serait qu’un homme. Le Mystère de l’Incarnation ne serait qu’une erreur ou un malentendu. Et par conséquent, les dogmes relatifs à Notre Seigneur Jésus-Christ seraient faux et mensongers. On affirme alors que par ses dogmes, l’Église L’aurait déifié. Il serait devenu Dieu par les mains des hommes. Que deviendrait finalement notre foi ? Une coquille vide. Notre Seigneur Jésus-Christ ne serait plus qu’un prophète, un moraliste, un saint comme un autre. Il ne serait plus l’objet de notre adoration. Une figure mythique comme tant d’autres…


Un des arguments pour renier la réalité historique de la Nativité consiste à montrer que la fête de Noël est une fête d’origine païenne pour insinuer ensuite que le récit de la Nativité est en fait une invention humaine. Dans cet article, nous allons présenter les fêtes païennes qui étaient fêtées le 25 décembre, aux alentours du solstice d'hiver...

Le solstice d’hiver

Le solstice d’hiver est l’événement astronomique qui correspond à une durée de jour minimal, le solstice d’été étant la durée de jour maximal. Il correspond au dernier jour d’un long cycle où la nuit ne cesse de croître, où le Soleil décline.

Selon le calendrier Julien, institué en 46 avant Jésus-Christ sous Jules César, il tombe le 25 décembre. Depuis la réforme du calendrier par le Pape Grégoire XIII au XVIe siècle, il tombe désormais aux alentours du 21 décembre. C’est pourquoi aujourd’hui, Noël n’est plus fêté le jour du solstice d’hiver. mais la date a prévalu sur l’événement astronomique.

Compte tenu des caractéristiques de ce jour unique dans le calendrier – la fin du déclin du soleil et sa croissance au détriment de la nuit - nous pouvons facilement comprendre pourquoi il a été choisi pour des célébrations religieuses : symbole du soleil renaissant, promesse d’un avenir lumineux, etc.

On oppose classiquement la fête de Noël à trois célébrations religieuses païennes qui ont lieu le 25 décembre : les fêtes en l’honneur du dieu Saturne à Rome, le culte de Mithra et la fête du soleil invaincu, « sol invictis »

Les fêtes saturnales

Le 25 décembre, les romains célébraient la fête de Brumelia en l’honneur de Saturne. Le terme de « Brumelia » vient de « bruma » qui signifie « hiver » ou « solstice d’hiver ». Elle était précédée des fêtes saturnales, qui se déroulaient du 17 au 24 décembre, au cours de laquelle les païens célébraient Saturne en tant que dieu des semailles et protecteur des semences. Au jour du solstice d’hiver, les païens attendaient ainsi de leur dieu la chaleur nécessaire pour les semailles du printemps. Les cérémonies religieuses consistaient  en prières adressées à Saturne et en "actions de grâces".

Les fêtes saturnales étaient les plus joyeuses de l’année. Elles étaient l’occasion de ripailles, de somptueux repas, voire d’orgies. Au cours de ces journées, les divisions sociales entre les Romains et les esclaves étaient censées être oubliées. Les esclaves retrouvaient la liberté et pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Selon Macrobe[15], toute licence était aussi permise aux esclaves pendant ces jours de fêtes. Les maîtres devaient même les servir. Il est en effet d’usage « pendant les saturnales, d’accorder toute licence aux esclaves. »[2] Parmi les esclaves était choisi un roi éphémère. Les fêtes saturnales étaient aussi une fête en faveur des pères et des mères.

C’était enfin un temps de réconciliation. Les riches pouvaient régler les dettes de leurs amis. On faisait cesser les hostilités. Le sénat vaquait. Les tribunaux étaient fermés. Il était interdit d’exécuter les criminels. On purifiait aussi les maisons. 

A la fin de cette période, lors de la fête des sigillaires[3], les Romains avaient l’habitude d’offrir des cadeaux, notamment aux enfants. Lors de cette journée, ils offraient des figures de formes humaines en terre cuite sur l’autel de Saturne pour assurer sa protection en signe d’"expiation".

Les Saturnales, Mosaïque de Pompé
Selon la religion romaine, Saturne[4] fut chassé de l’Olympe par son fils Jupiter pour avoir enseigné aux hommes l’agriculture[5] et l’usage de la charrue. Accueilli par Janus[6], le dieu des portes, il s’installa à Rome au pied du Capitole, enseignant aux Latins outre l’agriculture, la taille de la vigne, les premières lois et l’utilisation de la monnaie pour faciliter les échanges. Les poètes célèbrent son règne comme un âge d’or. La déesse Lua puis plus tard la déesse Opi[7] est la femme de Saturne. Leur union assure la prospérité et le bien-être aux hommes. Les fêtes saturnales remémorent ce temps d’abondance et de liberté. Elles représentent donc un temps de prospérité et de liberté. Selon Philocore[16], la fête des saturnales a été institué afin que « les pères de famille goûtassent avec tous leurs gens ces récoltes et ces fruits qu’ils avaient fait venir, en se livrant tous ensemble aux travaux des champs ; maître et esclaves, tous se réjouissaient en commun. » Au pied du Capitole se trouvait le temple de Saturne, dans lequel reposait le trésor de Rome. Saturne a été associé au dieu grec Chronos.

D’où viennent les fêtes saturnales ? Il existe de nombreuses hypothèses. En règle générale, elles sont considérées comme très anciennes. Elles auraient eu lieu avant même la fondation de Rome[8]. D’abord réduites à une journée, nuit comprise, Auguste les a étendues à trois jours, auxquels Caligula en ajouta un quatrième. On y a associé ensuite la fête des sigillaires. Les fêtes saturnales finissent par compter sept jours sous Dioclétien.


Mithra et ses attributs

Le mithracisme

Mithra est un dieu d’origine indo-iranienne dont le culte s’est répandu dans l’empire romain. Dans le Veda[9] indien, il est le soleil qui se lève, le ciel pendant la journée, un dieu solaire ou luminaire. Il est connu sous la domination de Mitra, « celui qui fait payer leurs dettes aux hommes ». Son culte s’est rapidement décliné. Dans l’Avesta[10] perse, il est le dieu de lumière et de sagesse, le symbole de justice, devenu plus tard le dieu du Soleil. Il en est devenu la personnification. Il est aussi le Dieu des contrats. Son culte ne cesse de prendre de l’importance. Chez les Perses, Mithra est vénéré de manière officielle au VIème siècle après Jésus. On le retrouve dans le zoroastrisme (Ahura - Mazda) et dans le manichéisme.


Il est difficile de définir les mythes qui entourent Mithra car ils évoluent énormément selon les influences. Il s’est en effet mêlé à de nombreuses religions. Après avoir été un dieu majeur dans un panthéon de divinités, il est devenu un ange lumineux, un serviteur du dieu de lumière, qui intercède auprès du dieu suprême pour les hommes, puis il est redevenu un dieu mais cette fois-ci unique. D’une manière générale, Mithra est associé au Soleil. Son avènement est donc naturellement fêté le 25 décembre.

Le culte de Mithra finit par gagner l’empire romain. Les premières allusions de Mithra à Rome datent de 96 après Jésus-Christ. Selon Plutarque[16], le culte aurait été introduit en Occident en 67 avant Jésus-Christ par des pirates ciliciens capturés par Pompée. Vers 160, les légions romaines de Syrie vouent un culte à Mithra. Des temples lui sont dédiés du II au VIème siècle sur toute l’étendue de l’empire romain. Julien l’Apostat en est un disciple. On suppose que le culte de Mithra est une « orientalisation » du vieux culte romain en un temps où l’Orient attirait les regards.

Le mithracisme est le culte de Mithra accompagné d’une initiation et d’un enseignement ésotérique. Il est fortement associé à l’astronomie, à la cosmologie et au symbolisme. Il tend à s’approcher de ce que sera le gnosticisme. Est associée au culte une organisation secrète hiérarchisée à laquelle s’ajoute un serment qui lie les membres lors d’un rituel. Les disciples du mithracisme forment en effet un ordre initiatique de sept degrés où l’on peut seulement y accéder après une sélection rigoureuse et élitiste, chaque degré d’initiation gardant ses secrets inaccessibles aux membres des degrés inférieurs. On observe la loi du silence. Aujourd’hui encore, nous les ignorons.


Les cérémonies comportent toujours un sacrifice d’un taureau dont le sang devait garantir l’immortalité de l’initié dans une sorte de "baptême". Les adorateurs suivent des rites de purification, d’abstinence et de "communion".

Le « sol invictus »


Dans le but d’unifier l’empire dans une même religion, l’empereur Aurélien institue un nouveau culte centré sur un point commun : la divinisation du Soleil. En 274, il décrète qu’au jour du solstice d’hiver, on célèbre le soleil invincible, le « sol invictus ». C’est la fête de sa naissance, « natalis solis invicti », « la naissance du soleil invaincu ». Il fait bâtir un temple en son honneur, crée un collège de pontifes du Soleil, choisis parmi les citoyens de rang sénatorial[11], et organise un culte officiel. Par cette fête, l’empereur Aurélien veut donc unifier toutes les religions en une seule : le culte du soleil invaincu, un soleil qui se lève chaque matin, qui, chaque année, réimpose sa domination sur la nuit après le solstice d’hiver lorsque recommence à croître la durée du jour. La date du 25 décembre correspond donc à la renaissance du soleil invaincu, la victoire de l’astre lumineux sur la nuit.

Il n’est pas le premier empereur à vouloir instituer un culte au Soleil. En 218, l’empereur Héliogabale (218-222) aurait introduit à Rome le culte du dieu solaire El Gabal dont il était grand-prêtre, afin qu’il supplante toutes les autres divinités. Il est adoré à Éphèse en Syrie romaine. Son culte est attesté au II et IIIème siècle. Il aurait porté le nom de « sol invictus » comme le dieu Mithra. Est-ce pour cela qu’il est parfois confondu à Mithra[12] ? El Gabal est un des dieux dont le culte héliolâtrique est très recherché à Rome. 

Selon l’auteur d’une Histoire Auguste de la fin du IVe siècle, Héliogabale aurait voulu transférer dans le temple du Soleil « les religions des Juifs, des samaritains et les rites chrétiens, afin que le clergé d’Héliogabale détienne les mystères de tous les cultes »[13]. Tous les magistrats et tous les prêtres devaient invoquer en priorité El Gabal lors des sacrifices publics[14]. Mais sa tentative fut un échec. Héliogabale fut éliminé en 222.

Conclusion

Le jour du solstice d’hiver, célébré le 25 décembre depuis le calendrier Julien, est, par son symbolisme, un jour de célébration religieuse pour la fête antique des saturnales mais aussi pour le mithracisme et tous ces cultes orientaux centrés sur le Soleil. L’« héliolâtrisme » est une des caractéristiques des religions au II et IIIème siècle de notre ère au point qu’Aurèlien a cru unifier l’empire sous une même religion centrée sur le Soleil. Depuis deux siècles déjà, le christianisme s’est répandu dans l’empire romain et au-delà. L’empereur a voulu aussi y englober la religion nouvelle.

Pourtant, en dépit d’une date commune, ces célébrations religieuses n’ont aucun rapport. Dans les Saturnales, elle annonce l’abondance et la prospérité, la licence et la débauche populaire. Dans le mithracisme, dédié plus aux élites, elle traduit la lumière, la justice, la vérité. Enfin, dans la vaine tentative d’Aurèlien, vain effort de syncrétisme des religions en vigueur, on voit l’idée ingénieuse d’unifier un empire devenu fragile, de plus en plus influencé par un Orient qui s’impose au détriment des traditions antiques romaines. 

Les défenseurs de la religion romaine comme Celse s’opposeront aux influences des religions orientales et à leur culte solaire. La mort tragique d’Héliogabale montre encore l’incompatibilité de ces rites venus d’Orient avec l’âme païenne de la ville éternelle. Devons-nous alors croire que la religion païenne de Rome, le mithracisme et la religion d’El Gabal ont même origine du fait qu’ils ont choisi une même date pour leur célébration ? Si effectivement, ces cultes n’ont aucune relation, pourquoi devons-nous alors croire que la fête de Noël provient aussi de ces religions ?

Au-delà de la date, il est en fait plus pertinent d’approfondir la connaissance de ces religions et de connaître la signification de la célébration de ces différents cultes pour identifier une relation, une influence ou une filiation quelconque. Ces exemples montreraient seulement peut-être deux choses : la capacité de l’homme à découvrir au travers des phénomènes naturels des symboles riches de sens, capables d’illustrer des idées religieuses (abondance, renaissance, victoire, opposition lumière et ténèbres, etc.) et le besoin de l’homme d’associer aux cultes religieux des faits naturels. La date du 25 décembre nous renvoie donc vers une lecture de la Création au regard de sentiments religieux, ou plus exactement vers une conception de la nature et de Dieu. C’est donc au travers de cette conception qu’il est possible de comparer légitimement les religions et de percevoir leurs relations. Tout autre comparaison n’est que superficielle…




Notes et références
[1] Profession de foi de Constantinople, 1ère Concile de Constantinople, 381, denz. 150.
[2] Macrobe, Saturnales, livre premier. Macrobe, néoplatonicien du Ve siècle.
[3] Le terme de « sigilaire » vient du latin, « sigillum », qui signifie « sceaux », ou « cachet de cire », ou dérive de « signum » (statue).
[4] Le nom « saturne » viendrait de « satu », « semence » selon Varron, écrivain et savant romain, né vers 116 et mort vers 27 avant J.C. .
[5] Plutarque présente Saturne comme l’inventeur de l’agriculture et le dieu des richesses dans Religions de la Grèce, ou recherche sur l’origine, les attributs et le culte des principales divinités helléniques, Pierre-Nicolas Rolle, 1828.
[6] Selon Macrobe, Janus aurait été le roi d’une région d’Italie. Il aurait accueilli Saturne venu de la mer et lui aurait appris l’art de l’agriculture. Janus et Saturne battirent deux villes voisines. Après la disparition de son ami, Janus aurait institué une fête en son honneur. Voir Macrobe, Saturnales, livre premier.
[7] Nom tiré probablement d’« Ops », la Terre.
[8] Selon Festus, le Capitole était appelé « mons Saturnius » avant la fondation de Rome. Le culte de Saturne viendrait des Phéniciens. Voir Religions de la Grèce, ou recherche sur l’origine, les attributs et le culte des principales divinités helléniques, Pierre-Nicolas Rolle, 1828.
[9] Ensemble de textes dits de visions du védisme puis du brahmanisme et de l’hindouisme.
[10] Ensemble de textes sacrés de la religion perse puis plus tard du mazdéisme.
[11] Voir Contra christianos, La critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325), Xavier Levieils, édition Walter de Gruyter, 2007.
[12] Voir Jours de fêtes : histoire des célébrations chrétiennes, Robert féry, édition du Seuil, 2008.
[13] www.empereurs-romains.net.
[14] Voir Contra christianos, La critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325), Xavier Levieils.
[15] Macrobe, écrivain, philosophe latin, auteur notamment des Saturnales. Il est né vers 370 après J.C.
[16] Philocore, historien grec mort en 260 avant J.C.
[16] Plutarque, philosophe grec de la Rome antique, né vers 46 et mort vers 125.

samedi 2 janvier 2016

L'Annonciation et la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des faits historiques

Dans la nuit du 24 au 25 décembre, les Chrétiens se réunissent pour célébrer le jour de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. A minuit, le prêtre pose pieusement le nouveau-né dans la crèche pendant que les fidèles entonnent un des airs joyeux de Noël. Émouvante et chaleureuse nuit ancrée dans nos souvenirs. Nous revivons ce jour où, à Bethléem, dans un coin perdu de l’empire romain, l’Enfant promis naît d’une vierge, Sainte Marie. Un Enfant nous est né. La prophétie d’Isaïe [3] se réalise enfin lors d’une nuit étoilée. Cette naissance tant attendue et annoncée nous renvoie à un autre fait extraordinaire, encore plus mystérieux : la conception même de Notre Seigneur Jésus-Christ, neuf mois auparavant, le 25 mars, que l’Église célèbre en la fête de l’Annonciation…

La Nativité et l’Annonciation font l’objet de nombreuses controverses. Ce ne serait que des mythes qui auraient été élaborés sous l’influence des religions païennes, notamment orientales. Les adversaires du christianisme accusent alors l’Église d’avoir inventé ces prodiges et de maintenir les Chrétiens dans l’ignorance et l’infantilisme. 

Pour s'opposer à ces accusations et défendre leur foi, sûrs d’eux-mêmes et convaincus de leurs solutions, des chrétiens soulignent la valeur symbolique de ces deux événements pour en extraire la vérité qui se cache dans les récits évangéliques, une vérité qui n’est pas d’ordre historique, une vérité qui tourne l’homme vers le bien. En clair, comme leurs adversaires eux-mêmes, ils refusent leurs réalités historiques et reconnaissent à leur tour que ce sont bien des mythes. Refusant la lecture littérale de la Sainte Écriture, ils prétendent ainsi vider les accusations de leurs adversaires. Mais ils arrivent aux mêmes conclusions : l’Église se serait trompée pendant deux mille ans. Par conséquent, ils prônent un changement dans l’interprétation de la Sainte Écriture et dans l’enseignement de la doctrine chrétienne.

Dans les librairies, nous voyons souvent des ouvrages et des revues au titre fracassant et provoquant. Ils prétendent en effet démystifier ou démythologiser le christianisme et expliquer son origine et son développement par des raisons purement humaines. Les titres sont en effet évocateurs : De la naissance des dieux à la naissance du Christ ; Comment Jésus est devenu dieu ; le Jour où Jésus est devenu DieuComment Dieu a-t-il été inventé ?, etc. En lisant ces ouvrages, nous nous heurtons à des hypothèses fallacieuses et à des affirmations mensongères. Forts d’une prétendue science, présomptueuse et usurpatrice, leurs auteurs les présentent comme étant des vérités scientifiques alors qu’elles ne sont que des suppositions souvent peu solides et difficilement justifiables. Le plus souvent, ces ouvrages ne font que répéter ce que d’autres ont déjà affirmé, eux-mêmes n’étant que l’écho de critiques lointaines, certaines remontant aux premiers siècles du christianisme. Rares sont en fait les nouveautés dans ces ouvrages qui abusent finalement de la crédulité et de l’ignorance  de leurs lecteurs. Ce ne sont que de pâles copies de critiques bien connues mais oubliées, des critiques qui sont ressassées depuis bien des siècles, des critiques qui ont été réfutées à maintes reprises. Les premières attaques de ce genre datent du IIe siècle comme l’attestent Celse et Saint Julien. Pourtant, elles obtiennent encore du succès et font des ravages. L’exemple de Da Vinci Code demeure un bel exemple de ces impostures…

Revenons à l’Annonciation et à la Nativité, et d’abord aux récits évangéliques.

Le récit de l’Annonciation

A Nazareth, dans une petite ville de Galilée, Saint Marie reçoit la visite d’un ange. « Je vous salue Marie pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » (Luc, I, 28) Cette apparition la trouble. Que pouvait signifier cette salutation ? « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. » (Luc, I, 30) Après l'avoir apaisée, l’ange lui annonce qu’elle concevra un fils qui portera le nom de Jésus. Il lui révèle ensuite son avenir. « Il sera grand ; on l’appellera Fils du Très Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » (Luc, I, 32-33) Mais comment cette naissance sera-t-elle possible puisqu’elle ne connaît point d’homme. Saint Luc nous apprend en effet qu’elle est vierge et qu’elle est fiancée à Saint Joseph. L’ange répond à Sainte Marie : « L’Esprit saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé fils de Dieu. » (Luc, I, 35) Pour donner force et crédibilité à ses promesses, l’ange lui annonce aussi un autre prodige, Elizabeth, sa parente, a conçu un fils alors qu’elle est dite stérile. « Car rien n’est impossible à Dieu » (Luc, I, 37) Alors Saint Marie lui donne cette réponse admirable : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » (Luc, I, 38). Et l’ange se retire...

Seul Saint Luc nous raconte cet événement. La scène est sobre, sans fioriture. Saint Mathieu en parle rapidement, confirmant le mystère de l'Incarnation. Il présente surtout l’attitude de Saint Joseph. Saint Marie, « étant fiancée à Saint Joseph, il se trouva, qu’avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint Esprit » (Matth., I, 18). Constatant l’état de sa fiancée, Saint Joseph veut alors la répudier secrètement comme le demande la Loi. Mais dans un songe, un ange l’avertit que « ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit » (Matth., I, 20). Il lui demande aussi de lui donner le nom de Jésus « car il sauvera son peuple de ses péchés. » (Matth., I, 21). Attaché à démontrer la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Saint Matthieu rattache cette promesse à une prophétie messianique, celle d’Isaïe. Alors, Saint Joseph « prit avec lui Marie son épouse. » (Matth., I, 25). A son tour, il obéit à l’ange.

Le récit de la Nativité

Au temps où fut publié un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de la population, Saint Joseph et Sainte Marie durent se rendre à Bethléem, dans la ville de David, pour se faire recenser. « Or, pendant qu’ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s’accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Luc., I, 6-7)

Saint Luc et Saint Matthieu nous décrivent ensuite deux événements. Saint Luc nous raconte l’adoration des bergers, Saint Matthieu celle des mages. Des anges annoncèrent à des bergers la bonne nouvelle. « Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » (Luc., II, 11) Ils s'y rendirent alors à tout hâte, trouvèrent la Sainte Famille et « publièrent ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. » (Luc., II, 11) Plus tard, des mages arrivèrent d’Orient à Jérusalem pour adorer le roi des Juifs. L’apparition d’une étoile leur avait annoncé son avènement et depuis, ils la suivaient. Arrivés à Jérusalem, ils interrogèrent Hérode pour connaître le lieu de sa naissance. Troublé avec le peuple juif, Hérode demanda au Sanhédrin où devait naître le Christ selon les textes sacrés. Scrutant les Saintes Écritures, les princes et les scribes du peuple trouvèrent le lieu de sa naissance dans la prophétie de Michée (VI, 1) : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un Chef qui doit paître Israël, mon peuple » (Matth., II, 6) L’étoile guida encore les Mages vers la crèche et s’arrêta « au-dessus du lieu où était l’Enfant » (Matth., II, 9) « Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l’Enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils l’adorèrent; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. » (Matth., II, 10-11)

Le mystère de l’Incarnation



Que pouvons-nous retenir de ces récits ? La naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ est d’abord un miracle que Dieu a préparé et accompli. À la question que lui pose Sainte Marie, l’ange annonce que la conception de son fils est de l’ordre du divin. Elle est encore davantage. Les évangélistes prennent le soin de rapporter tous ces événements à des prophéties de la Sainte Écriture, insistant ainsi sur leur accomplissement. II est le « sauveur », « le Christ », « le roi d’Israël ». Les anges annoncent aux bergers une bonne nouvelle, la fin de l’attente du peuple élu. Dieu réalise ce qu’Il a annoncé par la bouche des prophètes. Le Messie est né. Les signes sont évidents[3]. Le temps messianique commence. Le « Sauveur » est né. Le roi d’Israël qui doit régner éternellement est arrivé. Mais cet « Enfant » est encore plus que cela... 

Car au-delà de sa mission, les récits évangéliques nous enseignent la nature de cet Enfant. Les bergers et les Mages viennent L’adorer. Il est le « Fils du Très Haut ». Il sera appelé le « Fils de Dieu ». Ainsi Notre Seigneur Jésus-Christ apparaît sous deux aspects. Né de Sainte Marie, Il est de nature humaine, doté d’une âme et d’un corps comme nous. Il est un Enfant né dans une crèche à Bethléem. Fils de Dieu, objet d’adoration et roi pour l’éternité, Il est de nature divine. Ainsi les récits évangéliques nous témoignent de la mission et de la nature de Notre Seigneur Jésus-Christ. Au travers de l’Annonciation et de la Nativité apparaît le mystère de l’Incarnation,« le Verbe s’est fait chair », et le mystère de la Rédemption. Il est le Sauveur...

En s’attaquant à la réalité historique de l’Annonciation et de la Nativité, les beaux penseurs remettent en fait en question le mystère de l’Incarnation et plus précisément la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ comme nous l’indiquent les titres de leurs ouvrages.

Le récit de l’Annonciation nous révèle aussi l’Immaculée Conception de Sainte Marie, sa virginité et sa maternité. Pleine de grâce, elle se soumet humblement aux paroles de l’ange. Son fiat ouvre le temps du salut.

Deux regards évangéliques différents

Saint Matthieu nous relate la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ en la reliant à l’Ancien Testament. Il atteste l’accomplissement des prophéties bibliques. C’est un Juif qui parle aux Juifs dans le but de leur démontrer que Notre Seigneur Jésus-Christ est bien Celui qu’ils attendent.

Tout en employant des termes bibliques, Saint Luc cherche plutôt à expliquer les prophéties. Ce qui était caché dans l’Ancien Testament devient visible dans une réalité historique. Il donne sens aux Paroles de la Sainte Écriture. « L’histoire ici racontée n’est pas simplement une illustration des paroles anciennes, mais la réalité que les paroles attendaient. Celle-ci, dans les seules paroles, n’était pas reconnaissable, mais les paroles atteignent leur pleine signification au moyen de l’événement dans lequel elles deviennent réalité. »[1]

Rappelons que Saint Luc écrit à partir de documentations et de témoignages. « J’ai voulu, après m’être exactement instruit de tout depuis l’origine, t’en donner par ordre le récit » (Luc, I, 3). Sainte Marie en est certainement une de ses sources. Elle « gardait toutes ces choses en son cœur » (Luc, II, 19). Elle-seule pouvait en effet nous raconter ce qu’il s’est passé le jour où Saint Gabriel est venu la trouver pour annoncer la bonne parole.

Saint Matthieu et Saint Luc n’ont pas pour objectif de nous raconter ce qu’il s’est passé exactement. Ils ne transmettent que ce qui est essentiel aux Chrétiens pour leur foi. Ainsi le récit est sobre et condensé.

L’annonce de l’accomplissement des prophéties

L’ange Saint Gabriel interpelle Sainte Marie par une formule particulière. Il ne reprend pas le salut juif habituel, le fameux « shalom », « la paix soit avec toi », mais le salut grec « chaïre », « salut » ou dit autrement « réjouis-toi ». L’ange est venu apporter une bonne nouvelle à Sainte Marie. La même joie est annoncée aux bergers. Les paroles de l’ange nous renvoient à la prophétie de Sophonie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion, une clameur d’allégresse, Israël ! […] Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi. » (Soph., III, 14-17) L’ange annonce l'arrivée d'Emmanuel. Comme l’indique le nom de l’Enfant, il est le Sauveur. L’ange est donc venu annoncer le temps du salut, c’est-à-dire l’accomplissement de la promesse divine. Les titres que donne l’ange à l’Enfant sont en effet caractéristiques du Messie tels qu’ils sont définis dans les textes sacrés. Le récit est donc en pleine continuité avec l’Ancien Testament.

Nous retrouvons aussi cette continuité dans le message qu’annonce l’ange à Saint Joseph. Dans un songe, il l’interpelle en tant que fils de David. Il lui rappelle la promesse messianique. Il est destiné à l’accomplir.

Un récit riche d’enseignement

Mais l’annonce apporte des nouveautés. Les paroles de l’ange ne reprennent pas en effet seulement les prophéties de l’Ancien Testament, elles nous instruisent aussi par une nette allusion à la Sainte Trinité. Dieu le Père y est présent comme Dieu le Fils et le Saint Esprit. La Sainte Trinité apparaît dans l’annonce de Saint Gabriel. L’événement annonce aussi la nature même de Notre Seigneur Jésus-Christ. D'une manière condensée et sobre, apparaissent les deux grandes vérités de foi sous des expressions très simples.

Saint Joseph apprend qu’il doit appeler l’Enfant par le nom de Jésus, qui signifie « sauveur ». Le messager de Dieu précise en quoi consiste ce salut : « il sauvera son peuple de ses péchés ». Or qui peut pardonner les péchés si ce n’est Dieu ? L’ange ne parle pas de restauration d’Israël, de victoire sur les impies, de gloire pour le peuple de Dieu. Le salut est ailleurs. Nous sommes loin de la conception du Messie telle qu’elle est partagée par les Juifs de ce temps.

« Je vous salue, Marie, pleine de grâce ». Après la salutation, l’ange annonce à Sainte Marie qu’elle est pleine de grâce. Il nous donne ainsi une autre cause de sa joie. Elle est en effet agréable à Dieu. Qu’elle soit donc joyeuse ! Sainte Marie est certes troublée par cette salutation mais son trouble ne lui empêche pas de vouloir comprendre. Elle ne doute pas. Sa question ne porte pas sur la conception elle-même mais sur ses modalités. Dieu intervient directement mais a « besoin » d'elle, de son libre-arbitre.

Saint Marie se soumet aux paroles de l’ange. Son « fiat » est significatif. Elle accepte que la volonté de Dieu se fasse. Cela signifie donc qu’elle pouvait refuser. Les Pères de l’Église traduisent son obéissance par une expression qui peut nous surprendre hors contexte : Saint Marie a conçu par l’oreille, c'est-à-dire au sens où son obéissance à l’annonce de l’ange a permis l’heureuse conception.

Dans un contexte juif

Sainte Marie est fiancée à Saint Joseph et selon la coutume juive, elle ne vit pas avec son fiancée même si Saint Joseph est véritablement son époux. Les fiançailles établissent des liens juridiques entre les fiancés selon la Loi juive. Elles ne correspondent pas à la conception moderne de nos fiançailles. Saint Marie est bien la femme de Saint Joseph. Cependant, ils ne vivent pas encore sous un même toit. Elle reste encore sous la responsabilité de ses parents. Un an après les fiançailles, on célébrait le mariage par une cérémonie qui se concrétisait par l’accueil de la fiancée à la maison du fiancé. Avant cette cérémonie, ils ne pouvaient y avoir de rapports conjugaux. C’est pourquoi en constatant son état, selon la Loi, Saint Joseph doit rompre les fiançailles et abandonner Sainte Marie. L’ange lui annonce alors que la conception de cet Enfant ne suivra pas le mode normal. « Rien n’est impossible à Dieu ». C’est bien un prodige tel qu’a été annoncé par Isaïe. Les récits sont solidement ancrés dans le contexte de l’époque. 

Des récits pleins de vérité

Les récits évangéliques nous apportent aussi une connaissance nouvelle qui annonce les grands dogmes du christianisme. Les grandes vérités de foi sont certes brièvement et simplement évoquées sans être affirmées comme des dogmes. Pourtant les mots ne nous trompent pas. Leur choix est évident. En écrivant sous l’inspiration du Saint Esprit, Saint Luc connaît les mystères qui se dessinent derrière le récit. Car il écrit en connaissance de cause. Il a reçu cette grâce de comprendre l’annonce de l’ange. Il peut ainsi saisir toute la valeur et la portée des événements. Il les décrit fidèlement aux témoignages qu’il a reçus tout en comprenant leur sens profond. Son récit, sobre et humble, est éclairé de cette lumière qu’il a reçue de Dieu. Ancrés dans une réalité historique, les faits ne sont donc pas « bruts » comme si Saint Luc transcrivait un récit au moment même où il se déroule. Son récit est fidèle mais éclairé de sa foi. Ainsi inspiré, il nous enseigne des vérités extraordinaires, d’une profondeur incroyable. 

Le contexte historique de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ

Église de la Nativité (Béthléem)
Saint Luc nous donne des précisions importantes sur le contexte historique dans lequel se déroulent les événements qu’il relate. Il évolue dans un environnement précis, bien identifié, bien concret. Il se déroule au moment du grand recensement qui a eu lieu au temps du grand roi Hérode. Nous savons aujourd’hui que le moine Dionysius Exiguus au VIe siècle s’est trompé dans ses calculs pour dater la naissance du Sauveur. Ce n’est guère aujourd’hui un « scoop » comme le prétendent des journalistes qui chaque jour semblent découvrir le monde. 

Saint Luc relate des faits qu’il a soigneusement étudiés dans un cadre historique. Notre Seigneur Jésus-Christ est donc né à une époque déterminée, ou du moins déterminable, et dans un lieu géographique précis, localisable. N’oublions pas que ces détails sont accessibles à ses lecteurs. Saint Luc enracine donc son récit dans une réalité historique concrète.

Avec le récit des rois mages, Saint Matthieu inscrit aussi les événements dans un contexte historique et géographique déterminé. Le terme de « mage » porte plusieurs significations. Il peut s’agir de membres d’une caste sacerdotale perse selon la culture hellénistique, c’est-à-dire des représentants d’une religion influencée par des idées philosophiques ou des détenteurs d’un savoir et d’un pouvoir surnaturel, en clair des magiciens, ou encore des escrocs et des séducteurs. 

Ces différents éléments montrent clairement que les évangélistes veulent enraciner leurs récits dans un cadre historique précis et concret. Leur intention est évidente. Ils décrivent des faits historiques qui se sont déroulés pendant une période déterminée dans des lieux géographiques localisables.

Conclusion

En conclusion, les textes évangéliques relatifs à l’Annonciation et à la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ apparaissent comme des récits bien concrets, ancrés dans un contexte religieux, historique, géographie réel. Ils sont écrits comme des faits historiques certains et ils sont historiquement réalistes. Les évangélistes ont aussi toujours lu ces faits en les rapprochant de l’Ancien Testament, soit pour prouver leur annonce dans les prophéties, soit pour donner du sens aux textes anciens. Ils portent aussi des vérités d’une très grande profondeur lorsqu’ils sont lus à la lumière de la foi. Le récit de Saint Luc montre notamment qu’elles sont connues dès le temps de la rédaction de son Évangile.  

Les récits de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ se caractérisent par leur sobriété et la discrétion. Le Sauveur est venu dans le silence, dans la pauvreté et l’obéissance. Cependant, dans la nuit froide de la Nativité, se manifeste une grande joie, la même joie qui a été annoncée par l’ange à Marie. « Jérusalem, réjouis-toi d’une grande joie, car ton Sauveur vient à toi. »[2]

L’Église a toujours cru en la réalité historique des récits évangéliques tout y en puisant un trésor d’enseignement. Dans son enseignement et la liturgie, elle n’a pas cessé de transmettre les vérités de foi en les associant à une réalité historique certaine. Le mystère de l’Incarnation est un fait historique réel. Le Verbe s'est fait chair à une époque et à un temps précis dans un monde concret bien réel. Notre foi est associée à des événements historiques même si elle porte sur des vérités de foi, c’est-à-dire sur des objets surnaturels.


Notes et référence
[1] Benoît XVI, L’Enfance de Jésus, trad. par Mère Marie des Anges, o. p., Père Jean Landousies, c. m., et mgr Jean-Maie Speich, édition Flammarion, 2013.
[2] Antienne des vêpres du 3ème dimanche de l’Avent.
[3] Émeraude, articles "Le Livre d'Emmanuel" et "La prophétie d'Isaïe, la Vierge concevra et enfantera un fils", août 2015.