" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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samedi 16 janvier 2021

Le New-Age (5) : les raisons de son succès et de son échec

Le New Age peut paraître désuet et ridicule, un héritage d’une époque révolue, où il était bon ton de se révolter contre la culture contemporaine et de s’exercer à des expériences étranges. Les expériences psychédéliques, les rites ésotériques ou le néopaganisme ne font sans-doute plus guère recette de nos jours. Ils font plutôt sourire. Dès le début de notre siècle, des observateurs notaient déjà la fermeture des librairies et la fin de diffusion de revues spécialisées dans le New Age.

Pourtant, au même moment, de nombreuses autorités s’alarmaient de la diffusion de son esprit et de son succès. En outre, « le succès des librairies et stations de radio ainsi que la myriade de groupes de réalisation de soi apparus dans les villes, petites et grandes, s’inscrivent en faux contre une telle affirmation. »[1] Ce constat date déjà de 2003. De nos jours, le phénomène se confirme avec éclat par le développement de pratiques nées dans les instituts de New Age. Sa musique n’a jamais été aussi florissante. La lithothérapie est un « business » en explosion[2]. Les offres de spa, de massages dits d’Esalen, de chakras ou de thérapies encore plus étranges ne cessent de fleurir sur Internet. En 2020, des librairies peuvent encore vendre des livres du New Age fraîchement publiés. Enfin, pour terminer cette longue litanie, nous pouvons évoquer un vin intitulé « expérimental New Age », né en 2019 dans le Lot-et-Garonne en partenariat avec une entreprise internationale stationnée à Sacramento afin de « retrouver la santé de nos sols. »[3] Peut-être, cette expérimentation ne relève pas du New Age mais son nom n’est pas anodin. Il est désormais un libelle recherché, une marque qui fait vendre…

De nos jours, le New Age demeure encore bien présent. Il est même plus visible dans notre vie quotidienne qu’au début du XXIe siècle. Avec étonnement, nous l’avons constaté cet été quand nous avons vu des touristes envahir une boutique de vente de pierres aux pouvoirs extraordinaires. Quelques signes et livres ésotériques ne semblaient guère les gêner. Et, depuis que nous nous livrons à l’étude de New Age, nous sommes encore plus surpris de sa présence au travers de boutiques, de sites Web, de revues et d’ouvrages en sa faveur. Le succès du bouddhisme occidental en est aussi un de ses aspects, sans doute les plus caractéristiques de ce phénomène toujours vivace dans notre société.

La fin du New Age pour le Next Age ?

Pourtant, dans plusieurs de ses ouvrages[4], une des personnalités du New Age, David Spangler, s’inquiète de sa déviation. Des sociologues parlent même d’une dilution progressive du mouvement dans les sociétés, soulignant le mercantilisme et le narcissisme qui le caractérisent davantage.  

En outre, à l’arrivée du nouveau millénaire, des partisans du New Age annonçaient des catastrophes, catastrophes que nous attendons encore. L’âge d’or, un âge de paix et de prospérité, tant promis, tant espéré, n’est point venu non plus. L’attente est longue, les déceptions plus rapides. Pourtant, le New Age n’est point millénariste. Sa pensée est beaucoup plus profonde et sérieuse, et finalement bien plus dangereuse que les folles idées que portent et diffusent les sectes.

En l’an 2000, pour marquer un tournant dans l’évolution du New Age, un sociologue[5] a introduit une nouvelle expression, le « Next Age ». Il voit lui-aussi un changement dans son discours et dans son esprit. Le New Age aurait abandonné leur vision de transformation planétaire pour se concentrer uniquement sur la transformation de l’individu. Il ne rêverait plus d’un âge d’or pour toute l’humanité mais n’aspirerait désormais qu’à un âge d’or individuel, c’est-à-dire à un plein épanouissement de l’individu.

Comme nous l’avons évoqué à plusieurs reprises dans nos précédents articles, le New Age cherchait à l’origine à faire évoluer un nombre suffisant d’individus pour transformer l’humanité selon le principe que les actions locales devaient aboutir à une évolution totale. De manière concrète, il a voulu développer une nouvelle culture contraire à celle de nos sociétés modernes, une culture globale et pluridisciplinaire, favoriser l’interconnexion entre les hommes par une plus grande communication entre eux, ou encore diffuser une psychologie humaniste plus centrée sur l’individu. Cette volonté n’est pas restée au stade d’une pure théorie ou d’une doctrine verbeuse.  Elle a fait naître des moyens et des outils pour qu’elle se réalise concrètement. Elle a notamment développé de nouvelles thérapies destinées à utiliser tout le potentiel humain jugé encore inexploité.  

Le Next Age aurait-il ainsi abandonné cet objectif pour se consacrer uniquement à l’individu, le moyen devenant la fin ? Le but du New Age était d’élever une nouvelle civilisation alors que désormais, il chercherait à ériger l’individu en un être absolu. Cela se traduirait par la désaffection de l’organisation en groupe ou en mouvement au profit de formes plus individuelles.

Ou une nouvelle réalité du New Age ?

Cependant, ne nous trompons pas. Le temps fait aussi son effet dans le New Age ou plutôt dans son discours. Celui-ci évolue avec les hommes, surtout pour qu’il demeure perceptible et attrayant dans notre société. Certains aspects sont sans-doute abandonnés au profit d’autres plus attirants. Mais, en réalité, le changement en est-il vraiment un ?

Certes, dans les années 60 et 70, le New Age était surtout vécu et perçu comme une réaction contre la culture contemporaine. Il s’inscrivait en effet dans la période des hippies et annonçait les bouleversements qui ont suivi mai 68. Mais contrairement à ce que nous pouvions imaginer avant d’aborder ce sujet, les fondateurs du New Age ne ressemblaient guère à ces individus révoltés ou insouciants, en recherche de nouvelles expériences, de nouvelles sensations. Leurs ambitions étaient plus hautes, leurs pensées plus solides. L’homme était déjà au centre de leur préoccupation. Il s’agissait d’accéder à un nouvel état de conscience, d’une conscience supérieure, comme l’envisageait Sri Aurobindo[6]. Leurs regards étaient donc anthropocentriques. Mais il est vrai qu’ils espéraient une nouvelle ère, une nouvelle conscientisation du monde.

Un New Age qui s’affirme ?

Les changements constatés au XXIe siècle manifestent deux aspects du New Age. D’une part, ils soulignent sa dissension en de multiples tendances. Diffus à l’origine, sans véritable organisation, difficilement saisissable, le New Age se développe au fur et à mesure selon des orientations ou des axes qui se précisent et s’affirment. Tout en gagnant en clarté et donc en force, ilet  se divise plus nettement. Nous pouvons en effet y discerner désormais au moins quatre tendances :

  • la tendance spirituelle, voire religieuse, qui cherche à mettre en place par le syncrétisme une seule vision religieuse, c’est-à-dire une seule religion planétaire, seule solution pour instaurer un âge de paix et de bonheur ;
  • la tendance culturelle, qui veut développer et imposer une culture universaliste, globale et holiste, par la pluridisciplinarité ou l’interdisciplinarité, unissant ainsi les disciplines et finalement les hommes, pour aboutir à une nouvelle civilisation ;
  • la tendance anthropocentriste, qui veut exploiter le potentiel humain pour faire de l’homme un surhomme ;
  • la tendance environnementaliste, qui songe à une planète vivante et veut la soigner pour la sauver de la catastrophe, y compris au détriment de l’homme et de ses activités.

L’aspect commercial, inhérente à chacune de ses tendances, n’est pas non plus oublié, soit par opportunisme, soit par nécessité. Les revues et les livres, les stages, les conférences fournissent d’excellents revenus.

Enfin, selon le temps et la mode, l’une des tendances s’affirme au détriment des autres. Si au début des années 2000, le pouvoir des pierres, notamment du cristal, ne fait plus recette. Ce n’est plus le cas de nos jours. Ces changements révèlent aussi l’influence de la société dans le New Age. Les pensées millénaristes de la fin du XXe siècle n’y ont plus court alors que les idées féministes et environnementalistes s’affirment avec force.

Une unité derrière la division ?

Quelles que soient les tendances et les influences qui le composent et le divisent, le New Age est pourtant inspiré par une même pensée et une même volonté. Partant d’un constat catastrophique, selon lequel l’homme, la société ou la planète sont en danger, il se propose de les sauver par un nouveau système, de nouveaux principes, de nouvelles valeurs, de moyens innovants, toujours opposés à tout ce qui existait auparavant. Le remède ou le salut réside en l’homme, dans sa science, dans son potentiel psychique, ou encore dans son comportement, voire dans son anéantissement.

Le New Age se caractérise donc par :

  • le rejet de notre société, d’une attitude intellectuelle, spirituelle ou comportementale, d’un ensemble de valeurs qui caractérisent notre société ou encore de la vision traditionnelle que nous avons de la vie ;
  • la recherche et le développement de tout ce qui apparaît contraire à la culture contemporaine, donc tout ce qui semble nouveauté (bouddhisme, chamanisme, ésotérisme), ou ce que notre civilisation a rejeté (mythologie, paganisme).

Le New Age ne peut donc qu'évoluer dans ses formes et ses moyens puisque le constat évolue ainsi que l’apparence de la nouveauté.

Des hommes en crise

Nous pouvons alors comprendre les raisons du succès du New Age. Le constat catastrophique n’est pas en effet difficile à faire. Il est partagé par de nombreux observateurs et contemporains. En outre, les journaux ne cessent de le montrer quotidiennement de manière insistante, rabâchant sans-cesse les malheurs de notre temps. Notre vie quotidienne n’est guère non plus plaisante. La lassitude, la fatigue ou le stress ne sont pas de vains mots. Le monde dans lequel nous vivons ne semble donc guère réjouissant et épanouissant ; il court à sa perte.

Nous aspirons donc légitimement à un autre plus reluisant. Dans un tel environnement « crisogène », nous pouvons naturellement éprouver en nous un véritable manque dans notre existence et donc un besoin d’épanouissement. Nos contemporains aspirent « à une spiritualité plus profonde, à quelque chose qui touche leur cœur et donne un sens à un monde confus et souvent aliénant. »[7] Mais ces besoins sont comme étouffés dans notre société actuelle

En outre, il faut bien trouver des responsables dans les crises sociales, environnementales et politiques qui touchent notre société. Les institutions de toute nature sont ainsi dénoncées, comme si par elles-mêmes, elles en étaient les responsables. Il est vrai que certaines idéologies comme le communisme ont tellement érigé le bonheur dans des organisations ou la collectivité que leur échec a abouti à leur discrédit. N’oublions pas non plus que les différents libéralismes, économique, social, religieux ou encore moral, si prégnantes dans notre société, impliquent le rejet de toute forme d’ordre et d’organisation officielle.

L’échec d’une idéologie

Les différentes solutions promises depuis plus d'un siècle pour nous donner le bonheur tant espéré se sont finalement avérées bien impuissantes à répondre aux rêves qu’elles ont suscités. La paix et la prospérité qui s’annonçaient semblent bien éloignées des promesses tant rabâchées. Et dans leurs échecs, les solutions miracles ont montré non seulement leurs limites mais aussi la fausseté de leurs principes. La médecine ou l’agriculture en sont de parfaits exemples.

Pendant des décennies, après d’indéniables progrès, la médecine n’a consisté qu’à traiter les symptômes, qu’à nourrir le corps de médicaments, qu’à injecter des vaccins, rejetant toutes les autres formes qui paraissaient peu rationnelles, peu modernes, dénigrant les « recettes de grand-mère » pourtant si efficaces. L’industrie pharmaceutique a bien profité de cette manne sans concurrence ni véritable contrôle. Elle a aussi été soutenue par l’État. De même, le regard n’était tourné qu’à une seule forme d’agriculture, une agriculture intensive, industrielle, démesurée, considérée comme seule capable de répondre aux besoins et de nourrir la population. L’unilatéralisme et le totalitarisme ont montré suffisamment de maladresses, d’erreurs et de fautes graves pour que de nos jours, ils soient légitimement rejetés. « Le fait que ce qui était autrefois des éléments centraux de la société soit aujourd’hui perçus comme peu fiable ou dépourvu d’une autorité véritable a créé un climat dans lequel les individus regardent en eux-mêmes, à la recherche de sens et de force. Ils se tournent vers les institutions alternatives, dont ils espèrent qu’elles répondront à leurs besoins profonds. »[8]

Une erreur fondamentale

Enfin, les organisations religieuses traditionnelles, dans lesquelles les religions sont enseignées, vécues et organisées, ont aussi perdu toute crédibilité. L’Église visible dans sa hiérarchie et dans les paroisses n’est pas épargnée. Certes, elle subit les critiques que nos contemporains adressent à toute forme d’institution mais elle se montre aussi incapable de remédier les crises actuelles et pire encore, elle a épousé le monde qui en est responsable. Elle est si mêlée au monde actuel qu’elle ne peut proposer de réelles solutions alternatives et crédibles. Ses discours sont ternes, son enseignement inaudible et vieilli, sa voix imperceptible. Elle a oublié ce qu’elle devait être pour se compromettre avec une culture désormais rejetée. Elle a cruellement manqué de courage et de lucidité. L’aggiornamento a été une dramatique erreur qui a coûté chèrement à l’Église et aux hommes. « Beaucoup d’entre eux ont rejeté la religion organisée, estimant qu’elle ne répondait pas à leurs besoins, pour aller chercher ailleurs la spiritualité.»[9]

À la recherche d’une alternative

Dans notre société dite moderne, les véritables besoins de nos contemporains, spirituels notamment, ne sont pas satisfaits. Ils ressentent bien le mensonge du monde dans lequel ils vivent. Ils refusent désormais les chimères qu’il leur vend à bon prix. Ils recherchent une voie alternative. Mais les solutions qui leurs sont proposées sont trop réductrices ou incomplètes.

Or, « le New Age est né, dans une large mesure, en réaction contre la culture contemporaine »[10]. Conscients des crises qui nous frappent et partageant le même constat, des scientifiques, des philosophes, des politiques et bien d’autres encore se sont regroupés et ont partagé leurs idées pour apporter une réponse pragmatique capable de satisfaire des individus en quête d’un autre monde plus plaisant et épanouissant. Finalement, il « séduit surtout parce qu’une grande partie de ce qu’il offre répond à des besoins que les institutions établies n’ont pas toujours été capables de satisfaire. »[11] Comme nous l’avons montré, il prend en compte toutes les dimensions de l’homme, refusant toute restriction dans leur recherche, et s’oppose fortement à l’unilatéralisme de notre société si imbue d’elle-même. Les moyens qu’il a développés ont aussi montré leur succès. Une thérapie inefficace n’aurait guère perduré face à l’immense industrie pharmaceutique.

À la recherche d’une exaltation de soi

Bien qu’ils rejettent la société dans laquelle ils évoluent, nos contemporains demeurent encore ses enfants et ils en sont naturellement conditionnés. 

D’une part, les valeurs que la société prêche à longueur de temps ne peuvent qu’attirer les âmes de bonne volonté qui rejettent les vices et les mauvais sentiments qui causent tant de drames ici-bas. À force de voir les nobles idées exhortées tout en étant bafouées, ils veulent les vivre réellement sans les remettre en question. Les mots gardent leur puissance. Ils recherchent aussi la lumière et la chaleur à force de voir les ténèbres les recouvrir. Ils sont donc friands des bons sentiments que vendent d’innombrables discours et qui envahissent les ondes. Les belles idées de liberté, d’authenticité, de responsabilités plaisent aux cœurs et réjouissent ceux qui rejettent les maux de ce monde. Mais ne soyons pas dupes. Derrière ces nobles idées, ils recherchent surtout à éprouver des sentiments de liberté, d’authenticité, de responsabilité. 

D’autre part, la société développe l’individualisme, l’égalitarisme, fils de la démocratie ou du libéralisme[12], finalement le culte du bien-être pour aboutir au solipsisme. Le regard de chacun est tourné vers soi comme tout se rapporte à soi. Finalement, tout concourt à développer et exalter une haute idée de soi. Nos contemporains n’en échappent pas. 

Notons enfin que nos contemporains sont fortement imprégnés de la culture d’entreprise et celle du consumérisme comme ils sont enchantés par les nouvelles technologies et les nouveaux modes culturelles. Ils embrassent tout ce qui excite leur moi et libère leur force créative. Créer et produire soi-même...

Le New-Age, une solution attirante

Or étrangement, « le New Age s’adresse à ceux qui adhèrent pleinement aux valeurs de la culture moderne. »[13] Tous les bons sentiments, nous les retrouvons dans le New Age. Les services et moyens qu’il propose ont pour objectif de faire cesser la souffrance, d’apporter la paix intérieure, de développer l’altruisme, de vivre authentiquement, d’être soi-même, de se réaliser, d’être même plus créatif, productif et rentable socialement, professionnellement, sentimentalement. En un mot, il leur offre des rêves de bonheur que le monde ne peut plus leur offrir et surtout des moments d’exaltation de leur moi.

Ainsi, en partageant le même constant et les mêmes valeurs, le New Age apparaît comme une solution alternative crédible pour nos contemporains. La pluridisciplinarité et l’interdisciplinarité remettent en cause l’unilatéralisme de notre monde tandis que les mystères, les forces spirituelles, inconscientes ou occultes remettent en question la rationalité de notre société. À cet ensemble en apparence hétérogène et déconcertant, l’holisme apporte du sens et de la cohérence. Le mouvement du potentiel humain rejoint l’exaltation de soi. La volonté de s’interconnecter rejoint le besoin social et le désir de relations humaines.

Des moyens efficaces, un apostolat omniprésent

Comme nous l’avons déjà évoqué dans nos précédents articles, l’esprit du New Age s’est diffusé au travers d’associations, d’instituts, de conférences. Il a inspiré de nombreuses personnalités des sciences et des arts, y compris de la politique, qui, dans leurs domaines, ont développé leur matière, nouvelle psychologie, nouvelles thérapies, nouveaux modèles économiques. Le New Age ne porte plus une contre-culture comme dans les années 60 par la révolte, l’exubérance ou la provocation. Il est désormais porté par des domaines qui inspirent crédibilité et confiance. Il s’exprime dans les sciences par la volonté de rompre les barrières entre la matière et le spirituel, le rationnel et l’irrationnel, entre l’inerte et la vie. Il est particulièrement présent dans la médecine et propose de nombreuses thérapies pour soigner les corps.

L’esprit du New Age est également présent dans des œuvres, notamment au cinéma et dans la musique. Or, le moyen le plus efficace, le plus discret pour toucher une âme, pour la désarmer de toute méfiance, pour rendre banales des idées et des idéologies, demeure l’art sous toutes ses formes.

Mais une solution pas si différente que cela…

Pourtant, le New Age est, « sous bien des aspects, l’héritier direct »[14] de notre culture contemporaine. Ce n’est pas un hasard s’il intègre si bien le bouddhisme occidental et les différentes pratiques ésotériques, qui proviennent du XIXe siècle. L’évolutionnisme qui marque toutes les tendances du New Age est encore un produit de la société contemporaine. Les idées gnostiques qui le nourrissent est une réminiscence du début de l’ère chrétienne. Rien n’est guère nouveau dans ce qu’il offre. En fait, la vision du monde qu’il propose n’est pas éloignée de celle qui domine notre monde. Le New Age est même à l’image de l’homme moderne confronté à ses contradictions.

Les moyens qu’il propose pour sauver l’humanité et la planète sont de même nature que les solutions miraculeuses qu’ont vendues les faiseurs de rêve de notre proche passé. Ils résident tous en l’homme. Le bouddhisme occidentale, le mouvement du potentiel humain ou encore les nouvelles thérapies sont fondamentalement tournées vers l’homme et reposent sur lui. Le New Age développe encore plus le culte de l’homme. Or, cette vision anthropocentrique n’est-elle pas la cause de tous nos maux ?

Les techniques et processus employés tendent à la maîtrise et à la transformation de soi, au développement des forces humaines, à la réalisation de sa personne. Ils offrent de nouvelles expériences, capables d’une expérimentation de soi, c’est-à-dire d’une excitation du moi, alors considérée comme une richesse. Ils donnent confiance et décuplent les forces. Finalement, c’est l’égocentrisme qui se voit ainsi nourrir et par là croître.

La plupart des individus qui viennent dans les centres de nouvelles thérapies se moquent bien des idées qui les ont fait naître. Ils restent en fait des consommateurs de produits destinés à les satisfaire, à leur procurer le bonheur qu’ils ne trouvent pas dans d’autres boutiques. Ils recherchent leurs effets bénéfiques ou espèrent en trouver dans des forces mystérieuses. Le New Age fait ainsi fortune et attire alors bien des entrepreneurs. Il « s’accorde parfaitement avec les modèles de consommation propres aux sociétés »[15]. Comme il a su s’adapter aux règles du marché, il a rapidement compris l’intérêt et la force des nouvelles communications, répandant ainsi son esprit.

Conclusions

Plus mature et plus confiant, le New Age n’a jamais non plus été aussi attrayant pour des hommes et des femmes las et exaspérés d’un monde vain et harassant, d’une société qui court à sa perte. Le New Age appelle en effet au changement, à une culture plus globale, à une transformation de soi, à un nouveau regard sur notre planète. Il semble apporter des réponses aux préoccupations de nos contemporains. Il semble aussi répondre aux besoins de nos contemporains, des besoins spirituels, psychiques, sentimentaux. Les différences tendances du New Age peuvent ainsi apparaître comme une solution aux problèmes quotidiens comme aux grandes crises qui touchent notre société et notre monde.

Le New Age apparaît très intéressant par sa vision plus large et moins étriquée, moins dogmatique et sans frontière. Il a pu développer des thérapies qui semblent finalement se révéler efficaces au moment où une médecine imbue d’elle-même et de ses préjugés se heurte à ses limites et à ses erreurs. Car contrairement à la culture contemporaine, qui ne voit que le corps, réprime l’esprit et méprise l’âme, le New Age prend en compte l’homme intérieur, l’homme psychologique, et il s’en sert habilement.

Comme le montre son évolution, le New Age a également su parfaitement s’adapter aux règles de notre société et tire de ses moyens, de ses technologies, de sa culture la force dont il a besoin pour mieux se diffuser. Même s’il apparaît encore peu structuré et difficilement structurable, il a aussi épousé les grandes préoccupations de notre monde. Par conséquent, il influence les grandes institutions et les organisations internationales. Le New-Age détient donc un véritable pouvoir d’influence

Mais, en dépit des apparentes nouveautés qu’il propose, le New Age n’est guère différent des faiseurs de rêve qui ont causé tant de drames et de maux dans notre histoire. Il est habité par le même vice, le même poison, le même esprit qui a construit le monde tant détesté et qu’il déteste lui-même. Telle est sa profonde contradiction. Dans sa vision anthropocentrique, il ne voit en fait le salut que dans l’homme. Hors de l’homme, point de salut, telle est sa devise.

 


Notes et références

[1] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age », 3 février 2003, vatican.va.

[2] Voir article Les Échos Start, L’étonnant succès du business de la lithothérapie, Ariane Blanchet, 8 septembre 2020, startlesechos.fr.

[3] La dépêche, 29/09/2020, Pour connaître le dessous du vignoble expérimental New Age de Buzet, ladepeche.fr.

[4] Voir Reimagination of the World, David Spangly, 1991 ou The New Age : the movement toward the divine.

[5] Massimo Introvigne, New Age & Next Age, éditions Piemme, 2020.

[6] Voir Émeraude, janvier 2021, article « Le New Age (3) : l'institut Esalen et le développement du potentiel humain pour une nouvelle espèce ».

[7] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[8] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[9] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[10] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[11] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[12] Voir Émeraude, août 2020, articles « Le culte du bien-être : syndrome, obsession, narcissisme.  Réalité de l'égoïsme et du solipsisme de l'homme moderne » et « Le culte du bien-être : Tocqueville et la démocratie. De l'égalité à la tyrannie moderne. ».

[13] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[14] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

[15] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age ».

samedi 9 janvier 2021

Le New Age (4) et la théorie Gaïa

Notre planète Terre serait un être vivant. Elle porte même un nom, Gaïa[1], comme la déesse mère qui a engendré les Titans et les Cyclopes. C’est par ce terme venu de la Grèce antique que Lovelock, né en 1919, désigne une nouvelle théorie. Si au début, celle-ci n’a pas connu de véritables succès, elle demeure aujourd’hui très présente. En 2001, elle acquiert une véritable consécration quand l’Union européenne des géosciences[2] reprend l’hypothèse de Lovelock sans toutefois utiliser le nom controversé de Gaïa. Dans une conférence internationale tenue à Amsterdam, elle déclare que « le système Terre se comporte comme un système global autorégulé comportant des éléments physiques, chimiques, biologiques et humains. »[3] Elle a aussi donné naissance à une nouvelle science, dite « science du système terre ». Depuis, nous ne cessons de voir surgir Gaïa dans de multiples discours, ouvrages, manifestations, s’imposant alors comme une réalité. Elle est enfin une des idées fortes de nombreux mouvements, dont ceux du New Age. Cherchons alors à mieux la comprendre…

Gaïa, une planète vivante ?

De nos jours, quand nous songeons à la théorie Gaïa, nous imaginons d’abord à une théorie farfelue qui défend l’idée selon laquelle la Terre serait un être vivant. Il est étrange, voire incongru, d’appeler une théorie scientifique par le nom d’une déesse. L’appel à la mythologie pour désigner ce qui relève de la raison peut en effet nous surprendre. Pourtant, son auteur en est plutôt ravi : « Je ne regrette pas d’avoir choisi Gaia. Ce titre m’a été suggéré par William Golding [4] »[5]. La Terre serait-elle un être vivant, et plus précisément une mère ?

Les propos de Lovelock semblent aussi nous le faire croire. « La terre est plus qu’une simple maison, elle est un système vivant dont nous faisons partie. »[6] Elle voit à travers nos yeux, nous dit-il. Elle est consciente d’elle-même dans et par nos esprits. Songeons aussi aux titres de ces livres : La terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa[7] puis Gaïa. Une médecine pour la planète, publié en 2001. La médecine n’a de sens que pour un être vivant. Ce n’est pas alors étonnant que dans de nombreux esprits, la Terre est alors considérée comme un organisme vivant. Enfin, dans ses différents ouvrages, elle est considérée comme un être qui agit. Dans la biographie de la planète qu’il raconte dans le livre intitulé Les âges de Gaïa, publié en 1988, il nous informe que c’est elle qui modifie l’atmosphère afin qu’elle soit favorable à l’éclosion de la vie au cours d’un âge appelé puberté.

Cependant, selon ses déclarations, le terme de « Gaïa » n’est qu’une métaphore pour mieux souligner le fonctionnement systémique de notre planète. « Dans cet ouvrage, je parle souvent de l’écosystème planétaire, Gaïa, comme vivant, […]. Lorsque je fais cela, je ne me cache pas que le terme “vivant” relève de la métaphore et que la Terre n’est pas vivante comme vous et moi ou même une bactérie. Dans le même temps, j’insiste sur le fait que la théorie Gaïa elle-même est véritablement de la science et non une simple métaphore. J’utilise le terme “vivant” comme un ingénieur disant qu’un système mécanique est vivant, pour distinguer son comportement lorsqu’il est mis en marche ou arrêté, ou au point mort. » Selon sa théorie, l’ensemble des êtres vivants sur Terre réagirait comme un vaste organisme qui réalise l’autorégulation de ses composants pour favoriser la vie.

Lovelock, un « scientifique entrepreneur »

Pourtant, James Lovelock n’est pas vraiment un savant fou ou un scientifique qui chemine à travers un monde imaginaire, habitué à s’aventurer dans un univers de formules et de chiffre. Son domaine de prédilection est en effet bien réel. Technicien, chercheur et chimiste diplômé de l’Université de Manchester, il est avant tout un ingénieur dans le domaine biomédical. Il est même considéré comme un « scientifique entrepreneur »[8], responsable d’une entreprise de consultation et d’un laboratoire. Il invente et fabrique des instruments d’analyse chimique. Ses brevets et ses appareils ainsi que des articles publiés dans la revue Nature lui donnent une certaine notoriété dans les milieux scientifique à la fin des années 50. Il développe notamment un outil de très haute précision qui permet d’étudier la composition en gaz d’une atmosphère.

Après une vingtaine d’années de travail au sein d’un institut public, il devient indépendant comme consultant au profit de grandes entreprises chimiques et pétrolières, et d’institutions scientifiques. Il procède à des mesures de l’atmosphère et des océans à bord de navires océanographiques, d’avions ou à pied. Il travaille notamment pour inventer des dispositif de mesure permettant de repérer les fuites d’un pipeline, de mesurer les concentrations de composés chimiques dans l’atmosphère ou l’eau des mers et des océans, ou encore de suivre le trajet de masses d’air polluées dans l’air.

Le terme de « Gaïa » n’est donc pas l’œuvre d’un savant farfelu. Pourtant, Lovelock se présente parfois dans ses ouvrages comme un « personnage hors du monde » et « perdu dans les systèmes de pensée abstraits ». Il se décrit comme un scientifique qui refuse le conformisme et la rigidité de la science institutionnelle. Il en vient même à se dire artiste. Dans un entretien, il explique les raisons de son départ de l’institution étatique à laquelle il appartient. « La science était et est ma passion et je voulais être libre de la pratiquer sans l’entrave de la direction de qui que ce soit, pas même celle des contraintes légères d’un département universitaire ou d’un institut de science. Tout artiste ou romancier le comprendrait – certains d’entre nous ne produisent pas le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils sont dirigés. »[9] La science est ainsi considérée comme une activité créatrice.

Pourtant, au-delà de cette image de « scientifique artiste » ou « scientifique philosophe », il est bien un entrepreneur sérieux et efficace, un pied dans le monde des affaires, un autre dans le monde académique, travaillant aussi bien pour l’industrie que pour l’État. Il crée des entreprises, dépose des brevets, signe des contrats tant privés que publics avec de grandes entreprises et institutions. En un mot, il fait fortune. Les images qu’il essaye de s’endosser ne masquent pas sa dépendance à l’égard du mondes des affaires et des instituts scientifiques.

Ainsi Lovelock est « au centre d’un réseau particulièrement dense couvrant des institutions décisives pour l’orientation des recherches en sciences de l’environnement et de la Terre […] mais aussi les industries chimiques et pétrolières […] et les acteurs des mouvements environnementalistes, de l’écologie politique et de la contreculture environnementale, jusqu’à des personnalités politiques. »[10] Sa crédibilité scientifique lui a permis sans-doute de donner une certaine crédibilité à sa théorie en climatologie et en chimie.

La théorie Gaïa

Fort de sa notoriété, Lovelock est recruté comme scientifique consultant par la NASA en 1961 au profit des projets d’exploration de la Lune et de Mars. À l’origine, il est impliqué dans les méthodes d’analyse du sol lunaire puis il participe à la quête de la NASA qui cherche à découvrir s’il y a de la vie sur Mars. Comment le savoir ? Imagine alors une planète sans vie en surface. Son atmosphère serait nécessairement déterminée uniquement par des phénomènes physiques et chimiques. Or, si la vie habite sur une planète, nécessairement, les organismes vivants utiliseraient son atmosphère comme ressources et dépôt de déchet, impliquant alors un déséquilibre chimique. C’est ainsi que la composition de l’atmosphère d’une planète peut nous informer de la présence d’une vie en surface. Par des mesures sur Mars et Vénus, Lovelock constate que l’atmosphère est proche de l’équilibre chimique contrairement à celle de la Terre. Par conséquent, il en déduit l’absence d’organismes vivants à la surface de ces deux planètes.

Mais, dans ses recherches, Lovelock s’interroge sur un fait surprenant. Comment la composition chimique de l’atmosphère terrestre peut-elle se maintenir loin de l’équilibre thermodynamique pendant plus de trois milliards d’années en dépit des perturbations externes ? Il en déduit alors que cela n’est possible que par l’action des organismes vivants sur leur environnement. C’est ainsi qu’il en vient à définir l’hypothèse selon laquelle la planète Terre est un système autorégulé capable de garder sa composition chimique favorable pour les organismes vivants qui l’habitent. Il mentionne son hypothèse en 1968 à la société astronautique américaine[11].

Selon sa théorie, la Terre serait en effet comme « une entité complexe comprenant la biosphère terrestre, l’atmosphère, les océans et la terre ; l’ensemble constituant un système de feedback ou cybernétique qui recherche un environnement physique et chimique optimal pour la vie sur cette planète. La préservation de conditions relativement constantes par un contrôle actif pourrait être décrite de manière satisfaisante par le terme homéostasie. »[12]

En 1972, la théorie Gaïa prend véritablement naissance par un article dont l’objectif est « de suggérer que la vie à un stade précoce de son évolution a acquis la capacité de contrôler l’environnement global de manière à répondre à ses besoins et que cette capacité a persisté et est toujours activement utilisée. Dans cette perspective la somme totale des espèces est davantage qu’un simple catalogue, « la biosphère », et comme d’autres associations en biologie, est une entité avec des propriétés qui sont davantage que la simple somme des parties. Une créature si grande, même si elle est seulement hypothétique […] a besoin d’un nom ; je dois à M. William Golging[13] la suggestion d’utiliser la personnification grecque de la Terre mère, Gaïa. »[14]

Cependant, en 1974, après quelques tergiversations sur sa définition, le terme de « Gaïa » est enfin défini. « Désormais, le mot Gaia sera utilisé pour décrire la biosphère et toutes les parties de la Terre avec lesquelles elle interagit activement pour former cette hypothétique nouvelle entité avec des propriétés qui ne peuvent prédites de la somme de ses parties. »[15]

Une théorie évolutionniste

Revenons sur le terme savant d’« homéostasie ». Il est capital. L’homéostasie est un phénomène par lequel un facteur clé d’un système est maintenu autour d’une valeur bénéfique pour ce système. Par exemple, la température interne du corps humain est stable autour d’une valeur constante. Ce terme ancien, notamment évoqué par Claude Bernard (1813-1878), était à l’origine employé dans la médecine et aux organismes vivants avant d’être utilisé dans les études de toute sorte d’organismes et de systèmes, y compris dans la cybernétique et dans les neurosciences. Il désigne alors un processus qui équilibre des fonctions vitales de la vie d’un système afin de maintenir la stabilité d’un état.

Le terme d’homéostasie s’oppose à un autre, à celui d’homéorhésie. Celui-ci est un autre phénomène qui permet à un système dynamique de revenir sur la trajectoire suivie avant d’avoir subi une forte perturbation. « On emploie le mot homéorhésie pour indiquer la stabilisation, non pas d’une constante », comme dans l’homéostasie, « mais d’une voie de changement particulière au cours du temps. Si un événement vient modifier le système homéorhétique, les mécanismes de contrôle ne le remettent pas au point où la modification est apparue ; mais à celui qu’il aurait atteint peu après[16] Alors que l’homéostasie porte sur l’équilibre d’un état stable autour de valeurs essentielles, l’homéorhésie porte sur une évolution ou un développement. Par conséquent, Lovelock défend un processus homéostasique au sein du système Terre au contraire d’autres savants, plutôt partisans d’un processus homéorhésique.

Les termes d’homéostasie ou d’homéorhésique ne sont pas anodins. Ils révèlent en fait la raison même de la théorie. Celle-ci cherche à expliquer l’évolutionnisme appliqué à la planète Terre. Dépassant l’évolution des espèces, il s’attaque désormais à la planète. « De même que les observations de Copernic avaient besoin d'un Newton pour les expliquer, nous avons besoin d'un autre Newton pour expliquer comment l'évolution darwinienne aboutit à une planète habitable. »[17]

Une théorie gênante pour l’évolutionnisme

Cependant, la théorie Gaïa peut aussi remettre en cause l’évolutionnisme. L’hypothèse de Lovelock soulève en effet un grave problème pour le darwinisme et le néodarwinisme. Ce ne sont plus en effet les êtres vivants qui évoluent pour s’adapter à leur milieu comme le proclament les théories évolutionnistes mais, selon la théorie Gaïa, c’est le milieu qui évolue au gré des êtres vivants. En outre, Lovelock repose sa théorie sur la stabilité quand l’évolutionnisme défend le développement continu ou par bond.

C’est pourquoi Dawkins a rapidement critiqué cette théorie qui s’oppose radicalement à l’évolutionnisme dans ses principes fondamentaux. Il ose même rappeler à Lovelock la condition essentielle à tout être vivant et à son évolution, celle de « l’opposition permanente à un milieu extérieur (proies et prédateurs), seule susceptible de le faire évoluer au fil du temps par le mécanisme bien connu de l’évolution naturelle. »[18] Or la planète n’a ni prédateur ni opposition. Elle n’évolue pas non plus dans un milieu permettant la compétition. Par conséquent, elle ne peut faire l’objet d’évolution au sens des théories évolutionnistes.

Lovelock se défend pourtant de remettre en question l’évolutionnisme. Il défend en effet l’idée que chaque espèce évolue pour poursuivre son intérêt propre tout en y ajoutant un autre phénomène selon lequel la combinaison des actions de l’ensemble des espèces pour perdurer tend à contrebalancer les effets du changement environnemental.

Une théorie pluridisciplinaire

Pour développer sa théorie, Lovelock n’est pas seul. Il est aidé par Lynn Margulis (1938-2011), biologiste connue dans le monde scientifique pour avoir formulé dans les années 60 la théorie endosymbiotique, qui explique le processus de l’apparition de la vie par la symbiose ou la synergie de formes de vie existante[19].

La collaboration de ces deux savants est caractéristique de la vision de Lovelock, une vision pluridisciplinaire des sciences. Il ne craint pas en effet de s’associer à un scientifique qui ne travaille pas dans son domaine. Alors qu’il est porté sur la science de la Terre, Margulis est tournée vers celle de la vie. Cette collaboration n’est pas anodine. Lovelock veut en effet « abolir des frontières interdisciplinaires ». De cette collaboration naîtra ainsi une nouvelle science, la géophysiologie. La régulation est le fruit d’une double évolution, l’évolution géophysique et l’évolution biologique..

Lovelock est aussi aidé par un autre savant, André Watson, lui-aussi spécialiste de l’atmosphère. Ensemble, ils développent un modèle mathématique et informatique, censé mettre en évidence l’évolution d’un système atmosphérique en fonction des conditions environnementales. Ce modèle est connu sous le nom charmant et problématique de « Daisy Word ». Mais un tel modèle aussi performant soit-il peut-il être une preuve comme le souhaite Lovelock ?

Comme le suggère un article, « Gaïa est un carrefour puissant des différentes facettes des activités de Lovelock : celles de consultant pour des entreprises privées mais aussi des institutions scientifiques »[20]. La théorie nourrit les questions de pollution, fonde une nouvelle science et de nouveaux programmes de recherche, propose une nouvelle façon de penser la Terre au point d’occuper aujourd’hui « une place décisive au sein des réflexions sur les changements globaux. » Elle est ainsi au centre de nombreuses préoccupations contemporaines, ce qui explique sans-doute son retour en grâce.

Science ou philosophie ?

Oberon Zell.

Toutefois, la théorie Gaïa présente un grave défaut qui explique aussi sa présence dans de nombreux domaines. Quel est en effet son statut ? Est-elle une théorie scientifique destinée à la recherche ou aux programmes de recherche, ou une philosophie de la nature ? La pluridisciplinarité des sciences que Lovelock recherche peut aussi cacher une autre réalité…

En effet, regardons les différents moyens que Lovelock utilise pour présenter sa théorie. Elle est décrite dans des revues scientifiques prestigieuses comme Nature mais également dans des livres de vulgarisation, à destination du grand public avec des titres très évocateurs, qui soulèvent des interrogations et excitent la curiosité. Elle s’expose aussi dans une presse généraliste, peu encline à la précision des termes et à de grands développements, ou encore dans des revues d’écologie politique marquées par l’activisme et l’idéologie.

La théorie Gaïa se présente donc sous différents aspects, mêlant différents registres, avec des exigences intellectuelles d’ordre différent, parfois difficilement conciliables avec celles de la rigueur et la prudence scientifiques. C’est ainsi que la théorie Gaïa est parfois abordée comme programme de recherche, prémisse d’une nouvelle science ou encore philosophie de la nature. « Lovelock a contribué à singulièrement brouiller les repères sur le statut de Gaïa. Tandis que certains scientifiques l’ont considérée tantôt comme une hypothèse qu’il faudrait confronter directement aux faits empiriques, tantôt comme une théorie qu’il s’agirait d’élaborer à l’aide de modèles mathématiques et computationnels, d’autres ont abordé Gaïa comme un programme de recherche très large comprenant des revendications méthodologiques et ontologiques pour les sciences de la Terre et de l’environnement. Les philosophes et acteurs des mouvements environnementalistes l’ont lue comme une philosophie de la nature, visant à nous dire ce dont le monde est fait, à reconfigurer des concepts centraux comme ceux de vie, de nature et d’environnement, et à offrir une conception de la nature alternative à celle de la modernité. »[21] Les critiques que la théorie Gaïa a suscitées ne s’expliquent donc pas uniquement par sa lecture superficielle et erronée.

Une vision holistique du monde

Le succès de la théorie Gaïa s’explique-t-il uniquement par cette diffusion tout azimut ? Sa force repose assurément sur sa vision holistique. « Il est difficile de trop souligner le caractère unifiant de cette vision du monde holiste, qui a brisé des barrières disciplinaires artificielles qui ont existé depuis la fin du 18e et le début du 19e siècle quand les Sociétés comme celle-ci ont été formées pour la première fois, et la formidable richesse des connaissances qui ont découlé de la multidisciplinarité qui a suivi. »[22] Comme les théories évolutionnistes, elle a la particularité de réunir sous une idée forte de nombreuses connaissances relevant de différentes disciplines, donnant ainsi à chacune un sens et une finalité. Ainsi, en 2001, la conférence d’Amsterdam conclut à la nécessité de fusionner les différentes disciplines en une approche unique et cohérente.

Ce n’est pas un hasard si le New Age, soucieux aussi d’une vision holistique de la vie, s’est emparé si rapidement de cette théorie. Les différents courants environnementalistes n’ont pas non plus hésité à s’en approprier. Elle dépasse donc les limites de la science. Cependant, ne limitons pas l’intervention de Lovelock dans la seule sphère de la science. Il demande en effet de repenser le sens de l’homme dans la nature. Il refuse de réduire la science à la matière. Sa théorie peut être lue comme « une nouvelle philosophie de la nature visant à reconfigurer certaines catégories importantes comme celles de nature, de vie, d’environnement et de pollution »[23]. C’est une théorie qui s’avère donc bien utile pour l’écologie politique.

Un nouveau paradigme

Pourtant, si nous étudions de très près la théorie Gaïa, rien ne la prédestinait à un tel succès auprès des écologistes. Si effectivement Lovelock reconnaît que les organismes vivants sont des régulateurs de la planète afin qu’elle demeure habitable, il rajoute que les effets que nous percevons dans l’atmosphère ne devraient pas nous effrayer. Il en déduit alors que la pollution n’est pas aussi nuisible que cela. « La pollution n’est pas, comme on le dit trop souvent, le produit d’une turpitude morale. C’est la conséquence inévitable de la vie à l’œuvre. Pour l’herbe, les scarabées et même les fermiers, la bouse de vache n’est pas une pollution mais un don précieux. Dans un monde raisonnable, les déchets industriels ne seraient pas interdits mais utilisés à bon escient. La réponse négative, non constructive, de l’interdiction par la loi semble aussi idiote que de légiférer contre l’émission de bouses par les vaches. »[24] La pollution est finalement un fait naturel. Sa théorie démontre finalement « changer l’environnement fait partie du jeu. »

Pourtant, Lovelock n’ignore pas les dangers que génère la pollution bien qu’il donne aux lois de l’évolution les moyens d’y remédier. Cependant, il tourne son regard vers deux causes : la surpopulation humaine et l’agriculture, détournant alors notre regard de l’industrie chimique. « Notre priorité en tant qu’espèce est de choisir parmi les nombreux moyens techniquement possibles pour limiter notre population ceux qui sont acceptables socialement en termes sociaux et moraux. »[25] Ainsi, il n’hésite pas à prôner les moyens de limiter la population et de réguler les naissances. L’agriculture est devenue polluante parce que les hommes sont trop nombreux à nourrir. Finalement, la croissance de l’agriculture et les causes comme l’usage d’engrais azoté malmène Gaïa. Elle est devenue « biocidaire ». « Je pense que de loin le plus grand dommage que nous faisons à la Terre, et par conséquent de loin la plus grande menace pour notre propre survie, vient de l’agriculture. »[26]

La solution que propose Lovelock est alors révélatrice. Son constat est terrible : « l'espèce humaine est une sorte de maladie planétaire. » Mais « c'est la civilisation qui nous rachète ». Or cette civilisation est en danger. Son ouvrage Médecine Gaïa a alors pour objectif de décrire la civilisation future. Ce n’est plus l’homme qui doit être au centre des préoccupations mais la Terre. « Dans cet ouvrage médical d’un genre nouveau, c’est la Terre qui est le patient. Oublions l’homme, ses droits, ses inquiétudes et ses souffrances, et préoccupons-nous plutôt de notre planète, qui est peut-être malade. Nous sommes partie intégrante de cette Terre et ne pouvons donc pas envisager nos problèmes séparément. Nous sommes tellement liés à la Terre que ses rhumes et ses fièvres sont aussi les nôtres. » En clair, il en appelle à un changement de paradigme…

Gaïa et New Age

Depuis le début, la théorie de Gaïa a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la part des évolutionnistes. Mais, selon ses partisans, ces oppositions ont parfois été injustifiées, voire calomnieuses. L’une des méthodes employées a été de la mêler aux différents mouvements du New Age afin de la discréditer, ce qui expliquerait son peu d’influence jusque dans les années 80.

Pourtant, cette vision nous paraît peut-être trop simple. N’oublions pas que Lovelock était membre de l’association Landisfarne[27], ce qui lui a permis de diffuser ses idées au sein du New Age au point qu’elles le caractérisent aujourd’hui. Sa théorie a aussi été largement diffusée au moyen du Whole Earth Catalog, un des ouvrages de la contre-culture. Nous pouvons aussi remarquer que la théorie s’intègre bien dans les différentes idées que porte le New Age.

D’abord, le terme de Gaïa ne peut qu’attirer tous ceux qui voient dans le New Age le retour à l’ésotérisme. Il nous renvoie en effet à la mythologie antique, la plus ancienne, que reprend et développe le New Age. L’idée de la déesse mère, source féconde, est un thème cher aux différents mouvements ésotériques comme aux religions orientales bien prisées par le New Age. Ralph Abraham en est notamment friand. Il est donc intéressant d’y associer une théorie scientifique pour apporter de la crédibilité à leurs thèses, surtout dans un monde où la rationalité demeure paradoxalement un critère dominant.

En outre, le New Age est préoccupé par l’état fragile de l’environnement. La théorie de Lovelock partage la même inquiétude et la conforte. « La conscience de la fragilité de la Terre est une préoccupation majeure du Nouvel Âge. L'Homme a pris conscience que son bien-être dépend de la santé de la planète. Cette constatation est accentuée par l'hypothèse Gaia qui entrevoit la terre comme un être vivant à part entière. »[28] Comme Lovelock l’envisage aussi, le New Age prône une nouvelle façon de considérer la Terre, ce qui permettra de la sauver.

En fait, dans de nombreux écrits des adeptes du New Age, la théorie Gaïa est rapidement résumée en une personnification réelle de la Terre : elle serait un organisme vivant auquel appartiennent les hommes et les animaux. Il est alors cohérent de lui accorder, comme tout être vivant, une vision consciente. Nous ne sommes pas encore très loin de l’idée de communion dont parle Lovelock. En effet, si elle dispose d’une conscience, il est alors possible d’instaurer des liens spirituels avec elle ou encore de se connecter à elle. La théorie s’intègre alors assez bien à l’idée d’une conscience de l’unité de l’humanité si prisée par les tenants du New Age. En effet, selon certaines personnalités du New Age, c’est l’ensemble des connections que forment les êtres vivants qui constitue la conscience de la Terre. « La Terre-Gaïa est notre mère, chacun de nous est un neurone du système nerveux central de la Terre. »[29]

Enfin, le caractère fortement holiste de la théorie Gaïa ne peut que plaire au New Age qui défend la pluridisciplinarité, c’est-à-dire la connexion de savoirs relevant de différents ordres. Parfois, Lovelock mêle spiritualité et science, endossant alors l’image d’un scientifique créateur comme un artiste qui s’écarte des carcans des institutions. L’image même que se donne Lovelock, une image à contre-culture, lui donne une certaine crédibilité aux yeux du New Age.

Conclusions

La théorie Gaïa est l'exemple même d'une volonté de mêler des connaissances d'ordre différent, des sciences de la matière à celle portant sur la vie sans oublier celles qu'apporte la poésie. Or, elles ne relèvent pas de la même rigueur et des mêmes lois comme elles ne présentent pas le même niveau de certitude. L'éclectisme ou la pluridisciplinarité présentent bien des dangers et nécessitent une très grande prudence. On érige facilement un système qui prétend tout expliquer au point que la théorie devienne réalité, c'est-à-dire idéologie.

En outre, en voulant toucher un vaste public, elle se présente sous des langages différents, souvent simplistes, qui génèrent et favorisent les confusions, et nourrissent bien des chimères. Est-ce pour mieux diffuser une nouvelle façon de penser, imposer un nouveau paradigme comme le souhaite le New Age, ou simplement par vanité ou intérêt ? Si l'objectif est de proposer une nouvelle conception du monde et de la vie, alors l'auteur n'est plus scientifique mais philosophe. Il est encore moins médecins.

Enfin, la théorie part d'un constat très simple : les êtres vivants influencent le milieu dans lequel ils vivent au point de faire évoluer l'environnement, ce qui remet clairement en cause l'évolutionnisme comme l'ont si rapidement compris ses partisans. Ils n'ont pas alors hésiter à profiter des faiblesses de la théorie et son langage particulier pour la dénigrer au lieu d'affronter leurs propres erreurs.



Notes et références

[1] Son nom vient du grec ancien qui signifie « terre ». 

[2] Société scientifique internationale qui réunit les scientifiques des sciences de la Terre et de l’espace.

[3] Déclaration d’Amsterdam sur la science du système Terre, 2001, dans Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg, Alain Papaux, 2015, Presses universitaires de France.

[4] Prix Nobel de la Littérature et auteur de Lord of the Flies.

[5] James Lovelock, Qu’est-ce que Gaïa ?, 1979.

[6] James Lovelock, Qu’est-ce que Gaïa ?

[7] Publié en 1979, et 1999 en France.

[8] Régis Briday et Sébastien Dutreuil, Les multiples facettes de l’entrepreneuriat scientifique de Lovelock dans les années 1960-70 : développement d’instruments, consultance sur les pollutions et hypothèse Gaïa, Marché et Organisations, L’Harmattan, 2019, L’entrepreneuriat scientifique : institutions et innovation, archives-ouvertes.

[9] Lovelock, Homage to Gaia : the life of an independent scientist, autobiographie, 2001, dans Les multiples facettes de l’entrepreneuriat scientifique de Lovelock dans les années 1960-70 : développement d’instruments, consultance sur les pollutions et hypothèse Gaïa.

[10] Sébastien Dutreuil, Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature.

[11] Lovelock, biographie par lui-même dans ecolo.org/lovelock.

[12] Lovelock, La Terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa, 1979, Flammarion.

[13] William Conrad Golding (1911-1993), auteur britannique connu surtout pour son livre Sa Majesté les Mouches, en 1954. Prix Nobel de la littérature en 1983.

[14] Lovelock, Gaïas as seen throught the atmosphere, Atmospheric environment, 1972 dans Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[15] Lovelock et Marguilis, Atmospheric homeostasis by and for the biosphere : the Gaia hyithesis, Tellus, vol. 26, n°1, 1974.

[16] Conrad Hal Waddington, The Evolution of an Evolutionist, Presse Université d’Edinburgh, 1975 dans Wikipédia, article homéorhésie, accessible le 8 décembre 2020, dernière modification le 27 novembre 2020.

[17] William Hamilton, dans revue Nature, vol n° 426 des 18/25 décembre 2003, http:/ / www. radioisotopos.ufrj.br.

[18] Dawkins, cité dans Wikipédia, « Théories Gaïa ».

[19] Plus précisément, la cellule eucaryote, structure cellulaire des principaux organismes du monde vivant (animaux, champignons, plantes, protozoaires) serait le produit de l’interdépendance et de la coopération de multiples organismes procaryotes, structures cellulaires qui ne comportent pas de noyau, comme les bactéries et les archées.

[20] Régis Briday et Sébastien Dutreuil, Les multiples facettes de l’entrepreneuriat scientifique de Lovelock dans les années 1960-70 : développement d’instruments, consultance sur les pollutions et hypothèse Gaïa.

[21] Sébastien Dutreuil,  Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[22] Société géologique de Londres, discours de remise de la médaille Wollaston de 2001, Wollaston medal, James Lovelock, www.geolsoc.org.uk/About/History/Awards-Citations-Replies-2001-Onwards/2006-Awards-Citations-Replies, 2006, consulté le 22 juin 2017, dans Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[23] Sébastien Dutreuil,  Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[24] Lovelock, Air pollution and climatic change, revue Atmospheric environment, vol.n°5, 6, 1971 Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[25] James Lovelock et Sidney Epton, The quest for gaia, New Scientist, 6 février 1975 dans Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[26] James Lovelock, Gaia : medicine for an ailing planet, London, Gaia Books, 2005 dans Lovelock, Gaïa et la pollution : un scientifique entrepreneur à l’origine d’une nouvelle science et d’une philosophie politique de la nature, Sébastien Dutreuil.

[27] Voir Émeraude, décembre 2020, article « Le New-Age (2) : l'association Lindisfarne, pour une nouvelle culture, planétaire, globale et holiste ».

[28] Melton dans Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age », Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, 3 février 2003, vatican.va.

[29] David Spangler, Actualité des religions, nº 8, septembre 1999 dans Jésus-Christ le porteur d’eau vive, Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age », Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.