" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 28 mai 2016

Le grain de sénévé

« Allez donc, enseignez toutes les nations les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ; leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé » (Matthieu, XXVIII, 18-19). Imaginons les Apôtres écoutant Notre Seigneur Jésus-Christ leur demandant de parcourir le monde pour répandre son enseignement. Quelques jours auparavant, ils se terraient dans le Cénacle de peur d’être arrêtés et de subir le même sort que leur maître. Assistant impuissant à son arrestation, Saint Pierre dira même à trois reprises « je ne connais pas cet homme » (Matthieu, XXVI, 72). Pourtant, Notre Seigneur leur demande de témoigner de ce qu’ils ont entendu et vu à Jérusalem, dans toute la Judée et jusqu’aux extrémités de la terre. Le grain de sénevé a été semé. Il doit désormais grandir pour que les oiseaux du ciel se reposent sous son ombre.
Imaginons désormais ces Apôtres parcourant les voies romaines, traversant les villes et les campagnes, dépassant les bornes de l’empire. Lisons avec attention les Actes des Apôtres qui nous donnent le récit de leurs périples. Relisons aussi les écrits des pères apostoliques et tous ceux qui les suivront sur les routes de l’empire romain et au-delà. Que diraient-ils aujourd’hui en apprenant que toutes les religions se valent ? Que l’homme peut librement choisir sa religion tant que les sentiments qui l'animent sont authentiques ? Associeraient-ils leurs prières à celles des païens et des différents religieux qu’ils ont rencontrés ? Les Apôtres ont enduré mille souffrances et mille injures pour répandre l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ.
On nous dira peut-être qu’il faut encore témoigner mais sans forcer, parler avec prudence sans obliger, proposer et tolérer sans affirmer. Il n’y aurait pas d’opposition entre l’apostolat et la tolérance. Dieu connaîtrait les siens. Mais la question que nous soulevons n’est pas encore celle de la tolérance religieuse. Il s’agit toujours et encore de savoir si toute religion se vaut. Dans notre précédent article, nous avons montré que dans la Sainte Écriture, l’universalité de la foi et celle du Royaume de Dieu avaient été prédites, annoncées, proclamées. Elle est au cœur de la bonne nouvelle à annoncer. La foi n’est cloisonnée ni dans l’espace ni dans le temps. Le temps du salut est arrivé pour tous et à tous. La voie du salut est désormais ouverte à tous car tous ont besoin d’être sauvés et peuvent l’être. Et tous peuvent être sauvés ! L’universalité de la foi est une réponse à celle du péché. Et c’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui est venu ouvrir le temps du salut…
Après avoir entendu la Sainte Écriture, nous allons désormais suivre les Apôtres. Peut-être pourront-ils convaincre ceux qui demeurent dans un discours fade et sans consistance ?
Un seul Seigneur, un seul Sauveur


Dès le jour de la Pentecôte, Saint Pierre n’hésite pas à répandre la bonne nouvelle. Les promesses divines sont enfin accomplies, proclame-t-il aux Juifs qui l’entendent. Les jours dont « Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes  » (Actes des Apôtres, III, 22) sont arrivés. « Tous les prophètes qui ont successivement parlé depuis Samuel ont aussi annoncé ces jours-là. » (Actes des Apôtres, III, 23) Le temps messianique tant attendu est enfin arrivé.
Tout ce qui est renfermé dans l’alliance, tout ce qui a été conclu avec Abraham, le Père de la foi se réalise, selon la volonté de Dieu. « En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre. » (Actes des Apôtres, III, 26) La conclusion est donc évidente : « repentez-vous et convertissez-vous pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur, et qu’il envoie celui qui vous a été destiné, Jésus-Christ, que le ciel doit recevoir jusqu’aux jours du rétablissement de toute chose » (Actes des Apôtres, III, 19-20)
Au Sanhédrin rassemblé pour entendre et juger les Apôtres, Saint Pierre résume en quelques mots le cœur de la foi : Jésus est « la pierre angulaire. Et le salut n’est en aucun autre ; car il n’y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes des Apôtres, IV, 12) Nous voilà donc au cœur de la foi chrétienne : il n’existe qu’un seul Sauveur sans lequel rien n’est possible. Par Lui-seul seul, nous pouvons être sauvés. Il n’existe donc qu’une seule voie du salut, Notre Seigneur Jésus-Christ. Que deviennent alors les autres religions, au moins celles qui proposent des moyens de salut ?
Universalité de la Rédemption, Catholicité de l’Église




Si tous les hommes doivent passer par Notre Seigneur Jésus-Christ pour être sauvés, nous en déduisons très rapidement que tous, Juifs comme Gentils, ont besoin d’être sauvés. « Pas un seul n’est juste » (Romain, III, 10), nous rappelle en effet Saint Paul. Le salut doit les atteindre tous sans exception. « La justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ est pour tous ceux et sur tous ceux qui croient en Lui ; car il n’y a pas de distinction ; parce que tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu » (Romain, III.22-23). Dieu justifie donc les circoncis comme les incirconcis. « Il n’y a qu’un Dieu et qu’un médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus-homme, qui s’est livré lui-même pour la rédemption de tous, comme un témoignage en son temps » (I Timothée, II, 5). La Rédemption est donc universelle.
C’est pourquoi les Apôtres doivent répandre l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ aussi bien chez les Juifs que chez les Gentils. Tous doivent entendre la Parole de Dieu. « L’Église se propose pour fin le salut éternel des âmes, et c’est pourquoi elle est telle de par sa nature qu’elle tend à embrasser tout le genre humain, sans être circonscrite par aucune limite de temps ni de lieu »[1].
Devant Dieu, il n’y a donc pas d’étrangers. Tous sont appelés à être « des concitoyens des saints, et de la maison de Dieu » (Éphèse, II, 19). « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez été revêtus du Christ ; il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs ; plus d’esclave, ni de libre ; plus d’homme, ni de femme » (Galates, III.27-28).
Ainsi, dans ses visions, Saint Jean a vu l’Église comme « une grande foule que personne ne pouvait compter de toutes les nations, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les langues, qui étaient debout devant le trône et devant l’Agneau, revêtus de robes blanches ; et des palmes étaient en leurs mains. » (Apocalypse, VII, 9)
Mais si tous sans exception sont appelés à être sauvés en Notre Seigneur Jésus-Christ, quels que soient le temps et le lieu de leur conversion, c’est que tous peuvent entendre la Parole du salut et en recevoir les moyens. Les Apôtres affirment ainsi clairement l’universalité de la Rédemption et la catholicité de l’Église. Car tous peuvent être sauvés par Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais faut-il encore porter la bonne nouvelle…
Témoigner partout et tout le temps…
Nous voyons ainsi les Apôtres parcourir le monde pour répandre la Parole divine. Ils témoignent de ce qu’ils ont entendu et vu conformément à la volonté de Dieu. De nombreuses communautés chrétiennes vont ainsi naître de leur apostolat. Le grain de sénevé va se développer.
Voyages de Saint Paul
La foi se répand et grandit rapidement, réalisant effectivement ce qu’avait prévu Notre Seigneur Jésus-Christ. De Jérusalem, elle se développe en Judée, en Galilée, puis en Samarie avant d’atteindre Césarée de Palestine. Dépassant la Terre Sainte, elle s’implante par la voix de Saint Pierre à Antioche, en Cappadoce, à Bithynie, au Pont puis à Rome. Au grès des voyages de Saint Paul, elle se répand aussi à Chypre, dans toute la Galatie romaine, en Syrie, en Macédoine, en Thessalonique. Les villes d’Athènes, de Corinthe, d’Éphèse sont à leur tour touchées comme la Gaule et la péninsule ibérique. Au IIe siècle, Pline le Jeune témoigne de l’importance du christianisme. Dans un rapport qu’il adresse à l’empereur Trajan, il exprime sa surprise d’avoir rencontré « de nombreux chrétiens » et d’avoir constaté que « les temples des dieux étaient presqu’abandonnés, les sacrifices depuis longtemps interrompus, les victimes destinés aux dieux ne trouvant plus que de rares acheteurs »[2].

Alors que la Parole du salut se répand en Occident, elle pénètre en Mésopotamie, en Perse, dans la lointaine Arménie comme en Arabie et dans les Indes orientales. Elle convertit la grande cité d’Alexandrie. Les Éthiopiens sont aussi convertis. Avant l’Édit de Milan (313), elle s’est ainsi répandue dans toutes les villes du bassin de la Méditerranée, en Asie, dans le nord de l’Afrique, dans le sud de l’Europe jusqu’au Danube et dans l’ouest jusqu’au Rhin et la mer du Nord. La foi dépasse les frontières de l’Empire romain.


Plus tard, elle convertira les barbares envahisseurs, des peuples Germains[3] (IVe siècle), les Francs, les Anglo-Saxons (VIe siècle). La foi traverse la Méditerranée, atteint l’Irlande au Ve siècle puis les îles britanniques au siècle suivant, aborde l’Islande puis les Groenland. Elle pénètre dans les terres germaniques, en Bulgarie, chez les Slaves en Dalmatie et en Hongrie, chez les Moraves en Pologne puis chez les peuples scandinaves (IXe siècle). La Russie deviendra chrétienne au Xe siècle. Les Hongrois se convertissent à la fin du Xe siècle. Mille ans d’efforts pour convertir presque l’Europe. Il faudra encore deux siècles pour que les dernières terres (Prusse, Finlande, Lituanie) tombent. Seuls les Finnois et les Lapons ont résisté…
La foi progressera aussi au-delà de l’Europe. Au XIIIe siècle, les églises se lèvent en Chine. Au XVe siècle, elle découvre les Amériques et en même temps reprend sa progression en Afrique, en Inde, en Asie du Sud-Est. Des terres interdites comme la Corée sont aussi évangélisées. Le XIXe siècle est le siècle des œuvres missionnaires. Enfin, les terres de l’Océanie ne sont pas oubliées…
Nous pouvons aujourd’hui répéter les paroles d’Origène sans craindre d’être contredis : « presqu’aucun lieu qui n’eût reçu la semence de la parole divine »[4].
Circoncis comme incirconcis
« Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont cru, et tous sont zélés dans la foi. » (Actes des Apôtres, XXI, 20) De nombreux Juifs adhéreront naturellement à la foi, qu’ils soient nés en Terre sainte ou répandus dans les différentes communautés juives dispersées dans le monde. Mais elle atteint aussi rapidement les craignant Dieu. Enfin, après avoir d’abord porté la parole aux Juifs, les Apôtres et leurs successeurs ont converti des païens. Circoncis ou incirconcis, la foi ne fait pas de distinction. Le Royaume de Dieu est accessible à tous…
Au-delà des cultures et des classes
La foi est-elle bornée par l’esprit et la culture ? Non. Qu’il soit latin ou grec, celte ou arabe, nomade ou sédentaire, hautement civilisé ou sauvage, rien ne l’arrête ! Vers 170, Saint Irénée nous montre qu’elle est présente en Germanie, en Ibérie, chez les Celtes, en Égypte ou en Libye, en Palestine, en dépit de la diversité des langues. Le chrétien est Grec parmi les Grecs, Franc parmi les Francs, Coréen parmi les Coréens.


La langue n’est pas en effet une barrière à l’expansion de la foi. Et la foi ne la fait pas disparaître. Contrairement à l’islam qui impose l’arabe, elle la convertit. Des peuples se voient même munir d’une véritable langue. L’exemple le plus classique est celui des Slaves. Saint Cyrille et Saint Méthode s’initient à la langue slavonne, créent une langue écrite, traduisent les Livres Saints, célèbrent la messe en cette langue avec le soutien du Pape Adrien II. Au XIXe siècle, les missionnaires feront de même. 
De nombreux hommes cultivés et philosophes adhèrent aussi à la foi. Certes, à l’aréopage, à Athènes, méprisant le discours de Saint Paul, de nombreux philosophes quittent l’hémicycle sans être peut-être touchés par la grâce mais certains restent et questionnent l’Apôtre. Parmi eux, un futur évêque. Avec des hommes comme Origène et Saint Ambroise, l’Église possède une élite capable de rivaliser et de surpasser celle des païens. Quels corps de métier ignore la Parole de Dieu ? Avocats ou gouverneurs, geôliers ou juges, soldats ou centurions, médecins ou étudiants… La liste des martyrs des premiers siècles est une longue litanie d’hommes inconnus ou célèbres, provenant de toute la société et de toute contrée, de tout âge et de toute condition.


La foi atteint les pauvres et les riches, les démunis et les propriétaires, les esclaves et les puissants. Elle pénètre toute la société sans qu’aucune classe ne puisse y résister. Certes, à l’origine, elle se diffuse surtout dans « la classe des petits gens », comme ne cessent de le souligner les païens. « Il n’y a pas parmi vous ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles » (I Épître aux Corinthiens, I, 26), nous dit Saint Paul. Mais dès les premières heures, des personnages importants se convertissent comme le proconsul Sergius Paulus à Chypre. À la fin du IIe siècle, d’illustres familles de l’aristocratie romaine comptent dans leur rang des chrétiens. Nous pouvons par exemple citer Flavius Clemens, cousin de l’empereur Domitien, et sa femme. L’esclave et son maître s’assemblent sans difficulté pour prier dans la même église.
Saint Justin peut ainsi déclarer que la foi a gagné tous les foyers. « Mais il n'y a pas un seul peuple, ou grec ou barbare, de quel nom on l'appelle […] ; oui, dis-je, il n'est pas un seul peuple où l'on n'adresse à Dieu le père des prières et des actions de grâces, au nom de Jésus crucifié.»[5] Les Chrétiens ont finalement tout envahi, triomphe Tertullien. « Nous ne sommes que d’hier, et déjà nous avons rempli la terre, et tout ce qui est à vous : les villes, les îles, les postes fortifiés, les municipes, les bourgades, les camps mêmes, les tribus, les décuries, le sénat, le forum : nous ne vous avons laissé que vos temples. »[6] De même, dans son rapport, Pline le Jeune exprime sa surprise d’avoir rencontré « de nombreux chrétiens de tout âge, de tout sexe et même de tout rang »[7].
Quelles limites pouvons-nous alors imposer à la foi ? Ni les bornes de l’empire ni les frontières de l’esprit ne peuvent l’arrêter ! Les Chrétiens sont partout. Au IIe siècle, Tertullien affirme que « leur nombre est aujourd’hui incalculable. On crie à l’envahissement de la ville : dans les campagnes, dans les îles, dans les châteaux, partout des Chrétiens ! On se plaint douloureusement, comme d’une perte pour l’empire, que le sexe, l’âge, la condition, la dignité courent en foule à leurs autels.»[8]
Au delà des sexes






De nos jours, des voix encore emprisonnées dans des clichés insupportables prétendent que depuis deux mille ans, c’est-à-dire depuis la fondation du christianisme, les hommes ont enchaînée les femmes. Ont-elles oublié leur rôle dans la naissance et le développement du christianisme ? Combien de peuples ont-ils changé de voie par l’intermédiaire d’une femme ? Sainte Clotilde n’est pas unique. Oublient-elles les paroles ironiques d’un Celse, blâmant les Chrétiens de croire à des femmes ? Ignorent-elles leurs pouvoirs et leur charisme comme ceux d’une Sainte Geneviève, d’une Sainte Catherine de Sienne ou d’une Sainte Jeanne d’Arc ? Ce sont certes des femmes extraordinaires, comparables aux plus grands des Saints. Mais combien sont-elles innombrables élevées sur les autels ? Qu’elles réfléchissent donc à quel moment les femmes sont réellement devenues des objets ? Qu’elles regardent aussi les autres contrées où les Chrétiens demeurent une minorité ! Il est donc temps qu’elles ouvrent les yeux…
Une religion universelle
La religion chrétienne s’est ainsi répandue sur toute la terre, comme l’avait annoncé Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle a pénétré toutes les sociétés, toutes les classes sociales, tous les âges, tous les esprits. Le christianisme n’est pas la religion des Occidentaux, ni celle d’une caste, encore moins celle d’un parti. Dès le début, il a été une religion universelle.
Au cours de l’histoire, elle a pu paraître comme la religion des Romains ou des peuples occidentaux. Les Saxons ont ainsi pu considérer les missionnaires comme des hommes de Charlemagne, confondant les chrétiens avec leurs protecteurs. Les missionnaires abordant la terre africaine ont aussi pu être attaqués comme étant les porteurs de la civilisation des colonisateurs. Au XIXe siècle, les ouvriers ont pu voir dans le christianisme une religion des bourgeois. Aujourd’hui encore, de nombreuses âmes voient dans la religion chrétienne celle des privilégiés ou des nostalgiques d’une certaine époque. Que de clichés et de préjugés !
Cependant, de telles confusions ont bien existé souvent par la faute même de certains chrétiens qui ont confondu leur foi avec des causes nationales, politiques ou sociales. Il est en effet parfois très difficile de faire la part des choses. L’homme qu’il soit chrétien ou non reste un homme avec ses faiblesses et ses erreurs. Les Chrétiens demeurent attachés à un peuple, à une culture, à une histoire ou à une éducation qu’ils ne peuvent désavouer sans se renier eux-mêmes. Être chrétien, ce n’est pas oublier ou renier son identité. Enfin, il est évident que sans l’aide de protecteurs et sans soutien au moins logistique, il aurait été difficile de parcourir les océans et les terres lointaines, de s’approcher des tribus sauvages. Les adversaires de la foi eux-mêmes n’ont-ils pas non plus encouragé ces confusions ? Les Chrétiens d’Orient ont souvent été et sont encore considérés comme des "complices" de l’Occident. Que dire encore de la propagande soviétique ou révolutionnaire ?! 

Les empires, les royaumes et les États modernes ont bien compris la nature réelle du christianisme tant ils ont combattu et réduit ses prétentions universelles. Ce n’est pas étonnant que les XIX et XXe siècles, où se développent le nationalisme, les idéologies et le totalitarisme, le christianisme a fait l’objet de tant d’attaques ! Ce n’est pas non plus surprenant que la seule puissance qui s’est dressée face aux monstres des régimes révolutionnaires, nazis et communistes, est celle de la Papauté ! Dans son authenticité, le christianisme demeure une religion universelle.
Conclusion
Le grain de sénevé a grandi depuis deux mille ans et le voilà tellement immense que les oiseaux peuvent se reposer sous son ombre. Les faits montrent clairement son universalité. La foi a touché tous les hommes sans exception, sans discrimination. Est-elle alors une religion comme une autre ? Certes l’islam se répand mais avec son arabité et ses troupes. Le bouddhisme et les autres religions asiatiques restent aussi attachés à une culture, voire à une philosophie. La religion juive demeure enfermée dans son exclusivisme. Ne parlons pas des « religions laïques », enfermées dans leurs idéologies.
Quel pourrait être le lien qui unit l’homme à Dieu s’il dépendait avant tout de sa langue, de sa culture, de son rang, si finalement les bagages qu’il porte sont plus importants que ce qu’il est ? Un enfant de Dieu ne se reconnaît que par sa foi et ses mœurs, que par ce qu’il croit et ce qu’il fait, que par le culte qu’il rend à Dieu tout en étant Grec parmi les Grecs, pauvre parmi les pauvres, juge parmi les juges. Ainsi devant le Tout-Puissant, tous sans exception peuvent comparaître en toute justice et être l’objet de sa miséricorde…



Notes et références
[1] Léon XIII, Encyclique Immortali Dei, 1er novembre 1885, Denzinger 3166.
[2] Pline le Jeune, dans Manuel d’apologétique, Introduction à la Doctrine catholique, abbé A. Boulanger, n°280b, 1928.
[3] Des peuples Germains (Goths, Wisigoths, Ostrogoths) sont convertis par des hérétiques (arien) puis embrasseront la foi plutôt vers le VIe siècle.
[4] Origène, IXe homélie sur la Genèse, Manuel d’apologétique, abbé A. Boulanger, n°280c.
[5] Saint Justin, Dialogue avec Tryphon, CXVII, 5.
[6] Tertullien, Apologétique, XXXVII, 4, trad. J.-P. Waltzing, 1914.
[7] Pline le Jeune, dans Manuel d’apologétique, Introduction à la Doctrine catholique, abbé A. Boulanger, n°280, 1928.
[8] Tertullien, Apologétique ou Défense des Chrétiens contre les Gentils, I, Œuvres complètes de Tertullien, tome II, trad. A.-E. Genoud, 1852.

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