" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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lundi 21 septembre 2015

Prophéties et miracles, des arguments apologétiques de premier ordre

La Transfiguration
Nul ne peut contester l’antiquité et l’intégrité substantielle de l’Ancien Testament. Élaboré bien avant notre ère chrétienne, il a survécu au temps à l’abri des manipulations et des altérations. Pendant des siècles, un peuple particulier, le peuple juif, en était le dépositaire. Convaincu de son origine divine, il a protégé les livres sacrés qui composent la Sainte Bible. La Sainte Écriture transmet la Parole de Dieu. Elle contient l’origine de l’humanité, l’histoire des relations entre Dieu et les hommes, l’histoire d’un peuple, ses grandeurs et ses déchéances. Elle enseigne les commandements divins, définit l’interdit, les obligations, une morale. Elle est aussi prière, cantique, louange à Dieu. Mais elle n’est pas que passé et destinée au présent, elle est aussi avenir. Par ses Patriarches, ses Justes et ses Prophètes, Dieu a dessiné, parfois avec précision, ce qui va advenir. Au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le peuple de Dieu attend toujours la réalisation des promesses divines. Gardant jalousement les prophéties, il attend le Messie, Celui qui doit être envoyé par  Dieu, pour sa plus grande gloire. Il attend avec impatience ce moment où Dieu triomphera des impies et apportera la justice et la paix à tout l’univers. Il attend le renouvellement du monde. Au bout de la route tracée par Dieu se trouve le salut de tous. En dépit des siècles qui passent, cette attente est encore vive au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Est-Il Celui qui doit arriver ?

Nul ne peut non plus contester l’authenticité et la véracité des Évangiles. Ces livres ont aussi été préservés de l’usure du temps. Leur valeur historique est notamment indéniable. Ils apportent un témoignage fiable sur les événements qui se sont déroulés durant les premières années de l’ère chrétienne. Ils nous décrivent, parfois avec simplicité et tendresse, les faits et gestes de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils nous rapportent ses paroles, ses émotions, ses peines également.

Alors que l’Ancien Testament nous donne des signes, prophéties et figures, qui nous permettent d’identifier le Messie, le Nouveau Testament nous montre surtout leur réalisation en Notre Seigneur Jésus-Christ. Nombreux et parfois précis sont en effet les éléments qui nous permettent de reconnaître Celui qui doit être envoyé. Certains de ses éléments sont connus, d’autres plus voilés s’éclairent par leur réalisation. Les Apôtres rappellent ainsi les prophéties qui se rapportent à Notre Seigneur Jésus-Christ. Les Pères de l’Église ont également souligné la réalisation de leur accomplissement en Lui. Les signes demeurent encore convaincants.



Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même insiste souvent sur l’importance des promesses divines. Il montre clairement à ses interlocuteurs qu’Il les a accomplies en connaissance de cause. Avant de mourir sur la Croix, il conclue sa Passion par ces mots riches de sens : « tout est consommé. » (Jean, XIX 30) Cela ne peut guère nous surprendre. A plusieurs reprises, il affirme qu’Il doit réaliser ce que la Sainte Écriture a annoncé. Le jour de son arrestation, il interpelle ses gardes : « J’étais tous les jours parmi vous, enseignant dans le Temple, et vous ne m’avez point pris ; mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » (Marc, XIV, 49) L’un des disciples de Notre Seigneur tente de s’interposer et frappe de l’épée un des gardes. Mais son Maître l’arrête aussitôt « Comment donc s’accompliront les Écritures, disant qu’il doit en être ainsi ? » (Matth., XXVI, 54) Il est nettement conscient qu’Il doit accomplir les prophéties divines. Parfois, ses gestes n’ont pas d’autres raisons d’être que de réaliser ce qui a été annoncé. Que la volonté de Dieu soit faite !

Insistons encore. Il est en effet important de rappeler que Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même nous affirme qu’Il réalise ce que la Sainte Écritures a annoncé il y a des siècles auparavant. « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures » (Matth., XXI, 42), dit-Il souvent à ses disciples. La Sainte Écriture témoigne véritablement de Lui. Il est donc Celui qui doit être envoyé. Il est le Messie. Pour le savoir, lisez les prophéties et jugez ses faits et gestes selon les paroles bibliques. Il réalise la volonté de Dieu. C’est évident. « Les œuvres que mon Père m’a données à accomplir, ces œuvres que je fais moi-même, rendent témoignage de moi, que le Père m’a envoyé. [...] Scrutez les Écritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » (Jean, V, 36-39)

Il est donc faux de croire que tout cela n’est qu’une invention des Apôtres et de leurs disciples. Tout en accomplissant ce qui est annoncé, Notre Seigneur Jésus-Christ annonce et affirme hautement ce qu’Il est. Les œuvres qu’Il accomplit et les paroles qui les accompagnent sont donc de puissants arguments que nous devons ne pas oublier.

Mais ce ne sont pas les seuls signes que Notre Seigneur nous a laissés pour affirmer ce qu’Il est. Les miracles qu’Il accomplit nous indiquent qu’effectivement, Il est envoyé de Dieu. « Hommes d’Israël, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, homme que Dieu a autorisé parmi vous par les miracles, les prodiges et les merveilles que Dieu a faits par Lui au milieu de vous comme vous le savez-vous-mêmes […] » (Ac. Ap., II, 22) Les évangélistes nous rapportent en effet de nombreux miracles. Il prêche et confirme ses paroles par des prodiges. Saint Jean nous en donne une explication. « Jésus a fait encore en présence de ses disciples beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-ci ont été écrits afin que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et afin que, croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jean, XX, 30-31)

Comme nous l’enseigne Saint Jean, les miracles participent grandement à la pédagogie divine. Ils doivent nous conduire à notre sanctification en nous apportant des motifs de crédibilité. Comme tout signe, ils portent une signification, un enseignement. La guérison de l’aveugle-né en est un exemple. Notre Seigneur Jésus-Christ nous apporte la lumière et nous permet ainsi de quitter l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés. Mais il est tentant de réduire le miracle à cette dimension symbolique ou de le considérer uniquement sous son aspect révélateur au point d’oublier le fait concret qui se réalise et qui manifeste la puissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est en effet tentant d’oublier la force probante de cet argument apologétique. Le miracle est avant tout un signe de crédibilité.


Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas simplement accompli des prophéties, ce qui est déjà une chose extraordinaire, ou encore réalisé des miracles, mais Il a aussi prophétisé des choses qui effectivement se sont réalisées. La connaissance de l’avenir est un signe puissant et efficace. Trois fois au moins, Il annonce sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, de façon claire et avec certitude. « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les princes des prêtres et par les scribes, qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite le troisième jour. » (Luc, IX, 22) Il nous donne en avance quelques détails particuliers : la trahison de Judas, l’abandon de ses disciples, le reniement de Saint Pierre. Il révèle aussi le martyre de Saint Pierre et la persécution de ses disciples. Parmi les autres révélations, rappelons enfin la prophétie sur la destruction de Jérusalem et du Temple. « Voyez-vous toutes ces choses ? En vérité je vous le dis : il ne restera pas là pierre sur pierre qui ne soit détruite. » (Matth., XXIV, 2)

Le plus grand des signes que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donnés est sa Résurrection. Elle est le signe suprême de son autorité. Tout ce qui est extraordinaire est en effet réuni dans ce miracle prophétisé. Il accomplit ce qui était voilé dans la Sainte Écriture et ce qu’Il a annoncé, puis réalise une chose inédite et inimaginable. « Si le Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine » (I. Cor., XV, 14) Notre Seigneur Jésus-Christ l’a souvent invoquée pour appuyer son enseignement. Alors qu’Il était sur la Croix, « les passants le blasphémaient branlant la tête, et disant : Ah ! Toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descend de la croix. » (Matth., XXVII, 39-40) Sur le chemin d’Emmaüs, Notre Seigneur Jésus-Christ dira à ses disciples : « il est ainsi écrit, et c’est ainsi qu’il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscita d’entre les morts le troisième jour. » (Luc, XXIV, 46)


Prophéties accomplies et miracles réalisés, que de signes qui témoignent efficacement de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Ce sont de véritables témoignages que nous devons méditer et utiliser à bon escient. Notre Seigneur Jésus-Christ  nous demande de Le juger selon ses œuvres. « Maintenant je vous le dis avant que cela arrive, afin que, quand ce sera arrivé, vous croyiez. » (Jean, XIV, 29) Ainsi pouvons-nous éviter les faux prophètes et tous ceux qui abuseront des fidèles par des prodiges. « Voilà ce que je vous ai dit : il fallait que fût accompli tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse dans les prophètes et dans les psaumes. » (Luc, XXIV, 44)

Si ces œuvres témoignent de Lui, nous devons alors L’écouter. La Sainte Écriture nous annonce en effet un Messie comme Docteur des nations et prédicateur de Dieu. « Venez et montons à la montagne du Seigneur, et à la maison de Jacob, et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers ; parce que de Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur de Jérusalem. » (Is., II, 3) La Samaritaine de l’Évangile attend ainsi le Messie comme celui qui « nous apprendra toutes choses. » (Jean, IV, 25)

Naturellement, Notre Seigneur Jésus-Christ s’affirme être comme un Docteur et un Maître. « Vous m’appelez vous-même Maître et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis. » (Jean, XIII, 13) Il accepte aussi ce titre qu’on lui donne à plusieurs reprises. Mais Il n’est pas un Maître comme un autre.  « C’est moi qui suis la lumière ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » (Jean, VIII, 12) Il n’existe pas d’autres maîtres que Lui car Lui-seul nous guide vers Dieu le Père. « Moi je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient à mon Père que par moi. » (Jean, XIV, 6)



Écoutons bien. Sa doctrine n’est pas la sienne. « Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. » (Jean, VII, 16) Par conséquent, celui qui écoute son enseignement écoute celui qui L’a envoyé, c’est-à-dire Dieu le Père. Il rappelle en effet à plusieurs reprises qu’Il a été envoyé par le Père pour enseigner et répandre la vérité. « Il faut que je prêche aux autres villes le royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » (Luc, IV, 43) Sa mission est très claire.

Notre Seigneur Jésus-Christ fait exactement la volonté de Celui qui L’a envoyé. Celui qui L’entend et Le suit, entend et suit Celui qui L’a envoyé. Recevoir son enseignement, c’est entendre Dieu. Croire en Lui, c’est s’unir à Dieu. En un mot, Il est la voie qui nous mène à la béatitude éternelle. « Mon père qui m’a envoyé lui-même m’a prescrit ce que je dois dire et ce dont je dois parler. Et je sais que son commandement est la vie éternelle. Ainsi ce que je dis, je le dis comme mon Père m’a commandé. » (Jean, XII, 49-50)

Croire en Lui est donc une obligation, une nécessité pour celui qui veut s’unir à Dieu et sauver son âme. Ce n’est ni une option, ni un plaisir, laissés au bon vouloir de chacun. Il est la Voie et non une voie parmi tant d’autres. Et n’oublions jamais le prix de cette enseignement : le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ.. «Tout est consommé. » (Jean, XIX 30)

Saint Cyrille et saint Méthode
A son tour, Notre Seigneur Jésus-Christ envoie ses disciples pour diffuser son enseignement dans le monde entier. Il leur commande de prêcher en son Nom à toutes les Nations, c’est-à-dire à tous les peuples de la Terre. « Vous serez témoins pour moi à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Act. Ap., I, 8) Ceux qui les recevront recevront Notre Seigneur Jésus-Christ. « Qui vous reçoit, me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. » (Matth., X, 40) Or « celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra la récompense d’un juste. » (Marc, X, 41) Que dire alors si ce juste est Notre Seigneur Jésus-Christ ? Ainsi, « celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc, XVI, 16) Ou encore « Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise, me méprise, mais qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. » (Luc, X, 16)


Nous aussi, nous devons témoigner par nos œuvres et par nos paroles puisque nous-mêmes nous avons reçu Notre Seigneur Jésus-Christ. Or de nos jours, la défense de la foi se réduit parfois à exposer la sagesse et la grandeur de son enseignement au point que certains finissent par Le considérer comme un grand Sage ou un moraliste extraordinaire. Sa vie est disséquée pour en extraire du sens et de grandes leçons morales. On parle plus de la signification de la Résurrection que de sa réalité historique et de sa nature miraculeuse. On évite de la voir comme une preuve de la véracité du témoignage de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son caractère divin. Effectivement, cela fait désordre dans l’œcuménisme ambiant.

Imitons plutôt Notre Seigneur Jésus-Christ qui a souvent souligné la valeur et la portée de ses œuvres et de ses miracles. C’est par ces signes nombreux et différents que nous pouvons en effet « prouver » la véracité de son témoignage. Tout change quand nous savons d’où Il vient et ce qu’Il est venu faire. Les mots n’ont pas le même poids. Les enjeux changent radicalement. Le regard est différent…

Ainsi il n’est guère possible de défendre la foi sans montrer que Notre Seigneur Jésus-Christ est Celui qui a été envoyé par Dieu le Père pour être l’unique voie de notre salut. C’est pourquoi les prodiges qu’Il a accomplis ont une valeur apologétique de premier ordre…


« Celui-ci est mon Fils, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Écoutez-le. » (Matth., XVII, 5)

samedi 19 septembre 2015

Les signes : derrière le visible, l'invisible

Dieu n’est ni absent dans le monde dont Il est le Créateur ni indifférent à ses créatures. Il n’est silencieux et muet qu’à ceux qui ne veulent point L’entendre. Toute l’histoire de l’homme est empreinte de sa présence. Mais comment pouvons-nous Le voir et L’écouter, Lui qui est pur esprit, nous qui sommes faits de chair et de sang ? Vivant dans le monde, nous sommes assujettis à un temps qui passe. Dieu est hors du temps. Il est alors attirant de croire à deux réalités injoignables, à deux univers disjoints et incommunicables. Un tel monde laisserait l’homme autonome dans l’illusion de ses pouvoirs, libre de ses pensées et de ses actions, libre d’agir comme il entend. Mais la réalité est toute différente. Non seulement il existe un seul monde, un monde où se côtoient l’infini et le fini, la toute-puissance et la misère, l’éternité et le temps, mais également un monde dans lequel Dieu intervient et se fait entendre.

Depuis les premières heures de l’humanité, l’homme a cherché à offrir à Dieu des sacrifices. Après le récit de la Création, la Sainte Écriture nous révèle l’histoire de Caïn et d’Abel. Les deux frères sacrifient au Créateur les fruits de leur travail comme offrandes. Toutes les religions, sur toute la planète et dans toute l’histoire de l’humanité, contiennent des sacrifices qui se déroulent selon des rites considérés comme immémoriaux. Pourtant, Dieu n’a nullement besoin de nos offrandes. Il n’a besoin de rien. Le sacrifice ne serait-il alors qu’une invention humaine ?

Offrandes d'Abel et Caïn Guiard des Moulins,
Bible historiale Paris, début du XVe siècle
De nombreuses explications pourraient justifier la raison d’être du sacrifice. Les thèses plus ou moins imaginatives et séduisantes abondent en effet pour justifier cet acte. Étant la perfection même, Dieu n’a besoin d’aucune offrande. Seul l’homme en a donc besoin. « L’homme les offre à Dieu, non pas parce que Dieu en a besoin, mais pour que soit représenté à l’homme qu’il doit se rapporter lui-même et tout ce qu’il a à Dieu comme à la fin, et comme au Créateur, au Gouverneur et au Seigneur de l’Univers. »[1] Par différentes choses sensibles, c’est-à-dire par l’usage de ses sens, l’homme cherche à s’exciter aux choses divines « afin qu’à travers ces œuvres sensibles notre intention soit dirigée vers Dieu et notre affection enflammée. »[2] Par nos sens, nous accédons à la connaissance. Par des choses sensibles, nous excitons et exprimons nos vérités intérieures, nos affections, nos sentiments. C’est aussi par les réalités physiques que notre esprit s’élève vers Dieu.

Selon Saint Augustin, « le sacrifice est le sacrement ou signe sacré du sacrifice invisible »[3]. Au-delà du sacrifice, fait de matières, de gestes et de paroles, réunis dans un ensemble cohérent, se trouve une autre réalité, cette fois-ci bien invisible. « Il en faut voir que des figures de ce qui s’accomplit en nous-mêmes pour opérer notre union et l’union de notre prochain en Dieu »[4]. Dans le sacrifice, Dieu réclame autre chose que les éléments visibles. Ne voir dans le sacrifice que la bête qu’on égorge ou le feu qui brûle, c’est ne point comprendre la volonté de Dieu. Le seul sacrifice qui le satisfait est notre propre sacrifice.

Tout sacrifice contient des éléments visibles et invisibles. Les premiers sont des signes qui représentent une réalité insensible. Ce sont plus que des symboles puisqu’ils nous permettent d’atteindre l’invisible. Le rite avec ses gestes symboliques et puissants est une représentation extérieure d’une réalité cachée à nos sens. Car il existe deux sortes de réalités. Les unes trouvent en eux-mêmes leur explication et leur raison d’être, les autres n’ont d’autres usages que de marquer ou d’indiquer autres choses qu’elles-mêmes. Ce sont les signes.

L’homme est l’union d’un corps et d’une âme, d’éléments visibles et invisibles. Notre pensée ne s’exprime pas seulement par la voix. Elle peut aussi s'exprimer par des gestes, un regard, une attitude. Notre corps est plus que présence et mouvement. Il acquiert une valeur qui va au-delà de ce qu’il est. Un regard est plus expressif qu’une parole. Nos gestes ont une véritable signification.

Corps et âme, nous en sommes l’union. Ce ne sont pas deux réalités qui s’ignorent et vivent de manière séparée. Elles se communiquent, s’interagissent. Mais sans le visible, l’invisible ne peut communiquer. Que serait la pensée sans la parole ou le geste ? Nous devons passer par le corps pour que l’âme s’exprime. C’est pourquoi un geste contient une valeur qui dépasse sa réalité. L’invisible a besoin du visible comme signe. « La chair animée par l’esprit lui prête ses éléments, et l’âme enrichit de ses volontés supérieures l’animalité où elle s’incarne. Vivant dans les deux mondes à la fois, l’homme a pris l’habitude de passer constamment de l’un à l’autre, et d’en mélanger les richesses dans une action unique ; et parce qu’il est beaucoup plus habitué au maniement des valeurs corporelles qu’à l’usage des réalités spirituelles, c’est aux premières qu’il demande sans cesse de l’aider à grandir jusqu’à la hauteur des secondes. C’est le visible qui sert de signe à l’invisible, c’est l’inférieur qui porte le supérieur. Et ainsi, de par la volonté de l’homme, […], un geste corporel contient une valeur spirituelle. »[5]

Le serpent d'airain
L’homme a ainsi besoin du visible pour atteindre l’invisible. Dieu ne peut se rendre visible que par la réalité sensible. « Si vous n’aviez point de corps, Dieu vous aurait accordé simplement des dons invisibles, mais parce que votre âme est unie à un corps, c’est au travers des objets sensibles que Dieu vous livre l’intelligence de sa doctrine. »[6] Derrière le visible se trouve l’invisible. Le visible prend parfois tout son sens quand nous atteignons l’invisible qui s’y cache. Au moyen de la réalité physique, l’homme accède donc à des vérités plus hautes. « Il a été divinement prévu en faveur de l’homme qu’il puisse trouver même dans les choses sensibles un rappel des réalités divines »[7].


Il y a alors derrière le signe une volonté et une raison qui explique et légitime l’usage extraordinaire du corps dans un domaine qui le dépasse. Le visible est porteur d’un sens qui dépasse la réalité physique car une intelligence y a introduit une connaissance afin que nous qui sommes une chair animée de l’esprit et une âme dans la chair puissions atteindre une réalité supérieure.

De l’union d’un concept et d’une image naissent donc un signe. Une enveloppe physique contient une réalité invisible. « Le signe est une enveloppe physique qui contient une réalité invisible ; et comme le composé humain dont il est à la fois le fils et le prolongement, il est formé par l’union des deux valeurs. »[8]La vérité apparaît dans l’union de ces deux valeurs. L’image apporte toute la force de l’émotion et de la sensibilité que la raison ne possède pas par elle-même quand le concept contient un message de Celui qui veut nous faire connaître de hautes vérités. « Pour allumer et nourrir le feu de l’amour, combien sont utiles les insinuations des symboles : ils nous émeuvent et nous enflamment plus que si nous possédions les réalités sans voiles et sans figures. C’est un fait qu’une idée suggérée par une allégorie significative nous meut et nous charme davantage que si on nous la disait en propres termes. » [9]

La pensée et l’émotion ont besoin de s’incarner dans des choses sensibles afin d’être connues et vécues. Elles préexistent cependant au geste et à la parole. Mais elles n’existent en quelque sorte que par leur incarnation. Par sa valeur propre, l’image nous engage donc vers le sens. Ainsi le visible engendre l’invisible au sens où une réalité supérieure nous est rendue accessible. Sans la chair qui l’enveloppe, elle nous serait inconnue. Elle rend donc présente une réalité qui préexiste à l’image. Elle ne la crée pas. Elle la produit.

Le Buisson ardentSébastien Bourdon
Si le regard ne s’arrête que sur l’enveloppe physique, nous prenons le risque de nous arrêter au signe vidé de son sens. « Un signe vide, ce serait un signe mort. »[10] Le signe ne représente plus ce qu’il signifie. Il devient muet. Nos yeux et nos oreilles ne perçoivent plus cette réalité que cache la chose visible. Seule la raison peut redonner sens au signe. Il faut donc que nous y maintenions par la raison sa signification. Si nous oublions aussi l’image pour n’y voir que sens, nous risquerions aussi de nous égarer dans notre imagination.

Que sont ces signes qui nous communiquent une réalité sans lesquels nous ne pouvons atteindre l’invisible ? Ce sont notamment les miracles, les prophéties, le culte que nous rendons à Dieu. La Sainte Écriture nous transmet aussi de nombreux signes, en particulier par les figures qu’elle contient. La religion est emplie de signes. Par ces canaux divers et variés, nous communions à une réalité d’ordre supérieur. La pensée divine nous est communiquée. Nous nous unissons à Dieu…

«  […] vinrent à lui les pharisiens et les sadducéens, pour le tenter, et ils le prièrent de leur faire voir un prodige dans le ciel. Mais Jésus répondant leur dit : « Le soir venu, vous dites : il fera beau, car le ciel est rouge. Et le matin : aujourd’hui, de l’orage, car le ciel est sombre et rougeâtre. Vous savez donc juger l’aspect du ciel, et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps ? Une génération méchante et adultère demande un prodige, et il ne lui sera point donné de prodige, si ce n’est le prodige du prophète Jonas. » (Matth., XVI, 1-3)




Notes et références
[1] Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, Livre III, chap. CXIX, 2, Flammarion, 1999.
[2] Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, Livre III, chap. CXIX, 4, Flammarion, 1999.
[3] Saint Augustin, Cité de Dieu, X, 5.
[4] Chanoine Eugène Masure, Le Sacrifice du Chef, édition Beauchesne, 1944.
[5] Chanoine Eugène Masure, Le Sacrifice du Chef, VIII.
[6] Saint Jean Chrysostome.
[7] Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, Livre III, chap. CXIX, 1.
[8] Chanoine Eugène Masure, Le Sacrifice du Chef, VIII.
[9] Saint Augustin
[10] Chanoine Eugène Masure, Le Sacrifice du Chef, VIII.

samedi 12 septembre 2015

Les prophéties, argument apologétique fondamental, y compris pour les païens




La prophétie est « la prévision certaine et l’annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles »[1]. Elle est d’origine divine puisque seul Dieu est capable de connaître de manière certaine l’avenir. Elle n’est pas vision mais participation de la connaissance divine. L’Ancien Testament contient de nombreuses prophéties dont certaines concernent l’événement du Messie, le Sauveur que Dieu a promis d’envoyer afin de restaurer son règne pour sa plus grande gloire, un règne de paix et de justice. Roi, prêtre et docteur, à la fois et au plus haut point, le Messie abattra les impies et réunira les Justes dans un royaume éternel. Telle est la croyance forte d’un peuple en attente avant que ne se lève l’étoile du matin.

Garant de la Sainte Écriture, le peuple juif a gardé précieusement ce témoignage divin dans l’attente du Messie. Dieu l’a en effet choisi, élevé et protégé pour entendre et conserver la Parole de Dieu. De son sein sont sortis des Prophètes qui au nom du Tout-Puissant ont décrit parfois de manière précise le Sauveur et ses œuvres afin de préparer son peuple à reconnaître son avènement. Mieux encore. C’est de ce peuple que doit sortir le Sauveur. En échange, il doit servir Dieu dans ses commandements et obéir fidèlement à la Loi qu’Il lui a remise. Béni à plusieurs reprises, il est le peuple de l’alliance, le peuple de la Loi, un peuple en attente.

Pour les Chrétiens, cette attente s’est achevée en Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est en effet Celui qui devait être envoyé. Il est le Messie. Pour les Juifs, cette attente se poursuit encore.  Ils refusent en effet de voir en Lui la réalisation des prophéties bibliques. Cette reconnaissance est le point fondamental qui différencie le christianisme et le judaïsme.

Cette différence est essentielle. Car si Notre Seigneur Jésus-Christ est le Messie, Il doit être l’instaurateur d’une nouvelle alliance, cette fois-ci définitive. Il est Celui par qui le Salut est accessible. Il est la Vérité, la Vie, la Voie. Nous devons donc L’entendre, Le suivre et Lui obéir en toute chose. Car s’Il est l’envoyé, l’écouter c’est écouter Celui qui l’a envoyé. Si nous le méprisons, nous méprisons Celui qui l’a envoyé.

La messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ n’est pas une invention de ses disciples, les Apôtres ou des communautés chrétiennes qui s’organisent et s’accroissent rapidement. Notre Seigneur Jésus-Christ s’est bien affirmé comme étant le Messie promis. Ses paroles et ses gestes sont clairs. Mais si cela est faux, Il serait alors un imposteur, le christianisme une imposture, un mensonge ou une erreur. L’ancienne Loi serait aussi toujours d’actualité. Le judaïsme aurait encore du sens. Le peuple juif serait aussi toujours le seul réceptacle des bénédictions divines. L’enjeu est donc considérable, non seulement pour les Juifs et les Chrétiens mais aussi pour tous les hommes. Évidement, les Chrétiens et les Juifs ne peuvent être à la fois dans la vérité. Ils ne peuvent donc ensemble proclamer que leur religion est vraie. L’une est certainement fausse et inefficace.


Mais grand pédagogue dans sa sagesse infinie, Dieu a longuement préparé l’avènement du Messie afin que nous puissions Le reconnaître. Tel est le rôle des prophéties de l’Ancien Testament. C’est donc à partir de la Révélation que nous pouvons savoir qui enseigne la vérité, le christianisme ou le judaïsme. 

Par ailleurs, le Messie ne doit-Il pas non plus nous témoigner de Celui qui l’a envoyé ? Ne doit-il pas en outre nous éclairer sur le sens et la finalité de la Loi ? Le voile qui recouvre la Sainte Écriture ne sera-t-il pas enlevé ? La pensée de Dieu nous sera en effet accessible par Lui.

Regardons et écoutons Notre Seigneur Jésus-Christ. Il ne cesse de souligner qu’Il est vraiment Celui qui devait être envoyé. Pour justifier ses paroles, Il demande d’être jugé par ses œuvres. Car c’est par des faits bien concrets que doivent se réaliser les prophéties. C’est au regard de la Sainte Écriture qu’Il doit être en effet jugé. Car qui est le Messie si ce n’est Celui qui doit manifester la volonté de Dieu et l’accomplir ? De mêmes, les Apôtres et les défenseurs de la foi chrétienne montrent effectivement que les prophéties se réalisent pleinement en Lui. Il n’y a pas en effet d’autres choix. Le christianisme et le judaïsme doivent être jugés en fonction de la Sainte Écriture.


Encore faut-il L’interpréter correctement. La difficulté est de lire la Parole de Dieu selon la pensée de Dieu et non selon nos préjugés ou un regard biaisé qui nous enferment dans nos certitudes bien humaines, dans nos préjugés généralement réconfortants. Il ne s’agit pas non plus de voir la réalité historique selon nos certitudes et nos préjugés mais de les regarder objectivement afin de les accepter ou de les refuser comme accomplissements des prophéties, c’est-à-dire des manifestations de la volonté et de la puissance divine. En un mot, sommes-nous dans la lumière de Dieu ou aveuglés par nos pensées ?


Le débat entre les Chrétiens et les Juifs doit donc porter sur l’interprétation de la Sainte Écriture et sur les événements historiques. Or la plupart de ces faits passés sont enseignés dans les Évangiles et dans la Sainte Tradition. D’autres sont aussi visibles dans le monde, passé ou actuel. Quels sont les rapports entre les prophéties bibliques et des faits qui sont annoncés comme étant leur accomplissement ? La lecture biblique  doit donc être au centre de toute discussion. Sa valeur, sa légitimité et son efficacité doivent être prouvées.

Cela est vrai pour exposer et défendre la foi aux Juifs mais est-ce aussi le cas pour les païens qui méconnaissent la Sainte Écriture ? Effectivement, les Chrétiens peuvent s’appuyer sur la Sainte Écriture pour justifier le christianisme aux Juifs puisqu’ils partagent la même conviction : l’origine divine de la Sainte Bible. Ils reconnaissent formellement sa véracité et son indéfectibilité. C’est une solide base de discussion. Mais pour les non Juifs, devons-nous d’abord défendre l’origine divine de la Sainte Écriture avant d’exposer son accomplissement ? Rappelons quelques faits indéniables.

Depuis deux siècles, les études bibliques et les découvertes archéologiques confirment de manière satisfaisante l’antiquité des livres bibliques et leur intégrité essentielle. Les ouvrages qui composent l’Ancien Testament datent bien avant l’ère chrétienne. La Septante qu’utilisent les Chrétiens est en outre un ouvrage juif, une traduction ancienne grecque d’une version hébreu, en vue de répondre aux besoins des communautés juives hellénisées. Elle fait autorité au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Par conséquent, la Sainte Écriture et sa version grecque, la Septante, ne sont pas des œuvres chrétiennes ou christianisées. Elles sont indépendantes des faits qui remontent au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est un point capital que nous devons mentionner.

En outre, les œuvres composant le Nouveau Testament sont des témoignages authentiques d’une réalité historique. Les critiques sérieux et honnêtes ne remettent plus en cause la sincérité des évangélistes et des Apôtres. En dépit de leurs intentions apologétiques évidentes, les Évangiles peuvent être utilisés comme des œuvres historiques fiables. Certaines sources extérieures, juives ou profanes, tendent à confirmer sa fiabilité historique. 

Enfin, nous savons que les écrits des évangélistes et des Apôtres sont aussi très anciens. Leur rédaction s’achève bien avant la fin du Ier siècle. Au cours du temps, leur intégrité substantielle a été préservée. La mise en place rapide d’une forte structure ecclésiastique, hiérarchisée et soudée par des liens durables et permanents, chargée d’enseigner et de veiller à cet enseignement, a été un puissant obstacle à sa falsification et à sa déviation, volontaires ou non.

Si nous démontrons que
  • des versets bibliques décrivent des faits qui se sont bien réalisés bien après leur rédaction, sans aucun lien logique ou naturel ;
  • ces versets bibliques sont considérés comme étant des prophéties, c’est-à-dire « la prévision certaine et l’annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles » ;
  • les faits historiques qui s’y rapportent sont uniques et ne peuvent porter à confusion ;
alors nous aurions montré que ces versets bibliques sont effectivement des prophéties et que ces faits en sont la réalisation. Ces différents faits peuvent alors répondre à de nombreux esprits qui doutent de la réalité des prophéties bibliques et de leur accomplissement.

Pourrions-nous accuser les Chrétiens de falsifier la Sainte Écriture pour justifier leur foi ? L’intégralité substantielle des œuvres de l’Ancien Testament, notamment de la version grecque, est une preuve suffisante pour rejeter cette hypothèse. L’autorité des Septante au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ est un puissant argument contre les objections juives qui refusent son autorité depuis l’élaboration de leur canon biblique au Ier siècle.
 
Pourrions-nous accuser les évangélistes et les Apôtres de falsifier la réalité historique pour qu’elle concorde aux annonces bibliques ? Il faudrait alors remettre en cause leur sincérité, ce qui s’avère aujourd’hui peu crédible, y compris pour les non croyants.

Pourrions-nous alors accuser leurs successeurs de falsifier le témoignage des évangélistes et des Apôtres pour les adapter aux versets bibliques ? Ce n’est guère non plus sérieux, compte tenu de l’élaboration rapide et définitive des œuvres du Nouveau Testament et du contrôle interne de l’Église. Il faudrait alors démontrer qu’elles ne sont pas intègres de manière substantielle, ce qui apparaît comme étant une difficulté insurmontable.

Reste une dernière possibilité. Les évangélistes et les Apôtres, tout en étant sincères, se seraient-ils trompés dans l’interprétation des faits qu’ils ont rapportés ? Leur témoignage serait alors erroné. Ils ont décrit ce qu'ils auraient aimé voir, sous-entendue selon une lecture de l’Ancien Testament. Leur volonté de convertir les Juifs ou de surmonter un probable désespoir en seraient la motivation. Or des faits rendent peu probables cette dernière hypothèse.

D’abord, les évangélistes et les Apôtres ne comprennent guère ce dont ils sont témoins. Les Évangiles montrent incontestablement leur ignorance et leur incrédulité. Ils ne sont guère différents de la foule qui acclame Notre Seigneur Jésus-Christ avant de demander sa mort. C’est bien après les faits qu’ils saisissent le sens de tous les gestes et paroles de leur Maître.

En outre, leur capacité intellectuelle, leur attitude et bien d’autres signes montrent leur incapacité à concevoir une doctrine cohérente et crédible. Ils partagent bien la conception religieuse des Juifs de leur époque qui se révèle bien éloignée de  l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cela est tellement vrai que les adversaires du christianisme souligneront leur origine modeste pour le discréditer. Comme une religion pourrait-elle venir d’hommes si ignorants et faibles ?

Les adversaires eux-mêmes du christianisme confirmeront le témoignage des évangélistes et des Apôtres. Les miracles de Notre Seigneur Jésus-Christ ne seraient que les œuvres d’un magicien formé en Égypte. Les Juifs ne s’opposent pas à la véracité des faits historiques mais à l’interprétation des prophéties. Les païens critiqueront les œuvres de Notre Seigneur Jésus-Christ comme étant indigne de la divinité. Ils ne renient pas les faits mais leur interprétation.

Enfin, n’oublions pas que certaines prophéties ne dépendent pas du témoignage des évangélistes et des Apôtres. L’expansion du christianisme, la conversion des païens, le rejet des Juifs, la fin du culte de l’Ancienne Loi, l’universalité du salut, etc. sont des réalités historiques qui nous renvoient à des prophéties, réalités affirmées par d’autres sources que la Sainte Écriture.

Tout cela rend peu probable l’hypothèse d’une interprétation erronée des faits historiques décrits dans le Nouveau Testament. Par ailleurs, un fait encore plus frappant apporte encore plus de crédibilité au témoignage des Apôtres et des évangélistes. Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même a annoncé des faits qui se sont avérés justes. Il a en effet prophétisé des événements qui se sont réellement produits. La destruction du Temple est probablement l’événement prédit le plus pertinent. Ce fait est suffisamment précis et son annonce incontestable pour le prendre comme exemple. Les Évangiles synoptiques ont été écrits bien avant la chute de Jérusalem. Au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, il n’était guère possible de croire à un tel désastre, compte tenu du contexte.

Ces faits ne démontrent pas évidemment de manière scientifique la réalité des prophéties et de leur accomplissement en Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils apportent cependant suffisamment d’arguments crédibles pour les prendre en considération avec sérieux et les accepter de manière raisonnable, y compris par un païen. Or si nous acceptons la réalité des prophéties et leur accomplissement, nous devons alors les accepter comme signe de la manifestation de Dieu. Car qui peut prévoir l’avenir avec certitude et sans moyen naturel ?

Nul ne peut être hors du présent. Le voyage dans le temps demeurera, au grand bonheur des férus de science-fiction, un rêve inaccessible, non faute de moyens ou de connaissance, mais par nature même du temps et des lois qui régissent le monde. La science nous apporte alors un appui inestimable. L’homme ne pourra jamais être prophète par lui-même. Qui peut donc nous révéler l’avenir si ce n’est celui qui peut être hors du temps ?

La prophétie est un signe de l’existence de Dieu et de sa manifestation. Elle manifeste la pensée et la volonté de Dieu. Donc les œuvres bibliques et les faits qui s’en rapportent sont des manifestations divines, de son existence, de sa puissance et de sa science. Quand Il accomplit des prophéties, Notre Seigneur Jésus-Christ  justifie ce qu’Il est. Il nous ramène à la Sainte Écriture qui témoigne donc de Lui. Il manifeste la volonté de Dieu. Il est donc envoyé par Dieu.

La prophétie a donc une valeur apologétique fondamentale, y compris auprès des païens. Elle n’est pas réservée au débat avec les Juifs. Elle va même au-delà du messianisme de Notre Seigneur Jésus-Christ puisqu’elle révèle la présence de Dieu dans l’histoire. Elle est un signe d’une réalité qui dépasse notre misère humaine…
 






Référence
[1] Saint Thomas d’Aquin. Voir Émeraude, juin 2015, article « La valeur apologétique des prophéties ».

samedi 29 août 2015

Abraham, le père de la foi ?

Abraham est le père de la foi. A ce titre, on présente parfois les Chrétiens comme les frères des Juifs selon la foi, unis par des liens spirituels. On n’hésite pas alors à rapprocher le christianisme du judaïsme. Ce discours peut troubler les âmes. Si les Juifs et les Chrétiens sont frères, comment alors pouvons-nous expliquer l’attitude de l’Église depuis deux mille ans ? Leur séparation ne serait-ce qu’une dispute familiale comme nous en voyons souvent dans l’histoire ? Ce ne serait qu’une brouille transmise de génération en génération, de malentendus en malentendus ? 

Cette interprétation hâtive et incohérente est sans fondement. Pour y voir plus clair, interrogeons la Sainte Écriture. Elle est œuvre divine, écrite pour notre enseignement, si nous la regardons avec les yeux de la foi. « Qu’est-ce qu’enfin que l’Ancien Testament sinon le voile du Nouveau ? Et qu’est-ce que le Nouveau Testament, sinon la manifestation de l’ancien ? »[1] Nous savons que l’Ancien Testament annonce de manière cachée le Nouveau Testament qui lui-même est l’accomplissement de l’Ancien Testament. Par conséquent, par la Sainte Écriture, Dieu nous fait saisir le véritable sens de la filiation de la foi.

La double postérité d’Abraham

Dans La Cité de Dieu, lorsqu’il aborde l’histoire sainte, Saint Augustin revient longuement sur Abraham et sur les promesses qu’il a reçues de Dieu. La première de ces promesses comporte deux parties. L’une lui annonce que sa race possédera la terre de Canaan et qu’il est établi comme « chef d’un grand peuple ». L’autre est « beaucoup plus excellente » (Livre XVI, XVI) : « en toi toutes les tribus de la terre seront bénies. » Cette promesse annonce ainsi deux paternités. Abraham sera 
  • le père du seul pays d’Israël, « car c’est ce peuple qui a possédé cette terre. » (Livre XVI, XVIII) ;
  • le père de toutes les nations qui Lui demeureront fidèles. 
Sa postérité n’est donc pas seulement de l’ordre de la chair mais également de l’esprit. Ainsi Abraham est-il appelé notre père comme le rappelle Saint Etienne. « Le Dieu de gloire apparut à Abraham, notre père. »

« Et je te rendrai ta postérité nombreuse comme les grains de sable de la terre. » (Livre XVI, XXI). Saint Augustin voit dans ce verset une hyperbole, qui s’emploie quand « le signe est beaucoup plus grand que l’objet signifié » (Livre XVI, XXI). La postérité d’Abraham est en effet plus grande que la postérité selon la chair. Elle est non seulement « la postérité d’Israël, mais aussi celle qui vit et doit vivre à l’imitation de sa foi, entre toutes les nations de la terre » (Livre XVI, XXI).

Certes, cette multitude est aussi vraie au sens de la postérité de la chair. Le peuple juif s’est répandu et « s’est accru jusqu’à remplir presque toutes les parties du monde » (Livre XVI, XXI). Mais la promesse précise qu’elle sera valable jusqu’à la fin des siècles. Faut-il entendre cette expression par « éternellement » ou par le temps futur ? 

Abraham n’a pourtant qu’un seul héritier, Eliezer. Sans-doute pour dissiper ses inquiétudes, intervenant de nouveau, Dieu lui rappelle qu’une postérité innombrable lui est promise. Puis dans une nouvelle promesse, il précise la nature de cette multitude. Elle n’est plus comparée aux grains de sable mais aux étoiles du ciel. « C’est plutôt cette promesse qui lui annonce une postérité destinée à la gloire des béatitudes célestes » (Livre XVI, XXIII). Et « Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice » (Rom., IV, 3). Comme le souligne Saint Paul, Abraham n’était pas encore circoncis et donc lié à l’ancienne alliance. Abraham n’est donc pas uniquement le Père des circoncis mais aussi le Père des incirconcis.

Le changement de son nom manifeste son nouveau rôle. Il ne sera plus appelé « Abram », qui signifie « père illustre » mais « Abraham ». Dieu lui en donne la raison : « c’est moi, mon alliance est avec toi ; et tu seras le père d’une multitude de nations. Ton nom ne se sera plus Abram, mais Abraham ; parce que je veux accroître ta puissance et t’élever sur les nations, et des rois sortiront de toi. Et j’établirai mon alliance entre moi et toi, entre moi et tes descendances ; et cette alliance sera éternelle, afin que je sois ton Dieu et celui de ta race après toi. » (Gen., XVII, 1) 

Isaac, le fils de la promesse

La Répudiation d'Agar

Ricci Sebastiano (1659-1734)
Dieu annonce à Abraham la naissance d’Isaac en qui Il lui renouvellera sa promesse. Sara, qui signifie « ma princesse », sera désormais appelée Sarah, c’est-à-dire « vertu ». Elle sera la mère du fils de la promesse en dépit de sa stérilité due à son grand âge. Pour assurer sa descendance, Abraham avait pris auparavant Agar, l’esclave de Sarah, et d’elle, il eut un fils, Ismaël. Plus tard, elle sera chassée avec son fils Ismaël.

Conformément à la Sainte Écriture et à la Tradition, nous voyons dans les épouses d’Abraham la figure des deux alliances. Sarah, son épouse libre, représente la Jérusalem céleste et figure le Nouveau Testament. Agar figure l’ancien Testament. Dieu prédit l’avenir de ses deux enfants, Isaac, fils de la femme libre et Ismaël, fils de la femme esclave. « C’est en Isaac que ta postérité aura son nom. » Dieu ajoute : « et le fils de l’esclave, je l’établirai chef d’une grande nation, parce qu’il est ta postérité. »(Gen., XXI, 12) 

Comment pouvons-nous comprendre la promesse relative à Isaac ? En reprenant les paroles de Saint Paul, Saint Augustin en donne une explication. « Les véritables fils d’Abraham sont les fils de la promesse. » (Rom., IX, 8) Ce n’est pas en effet selon la chair que l’homme appartient à la postérité d’Abraham. « Pour être de la postérité d’Abraham, les fils de la promesse ont leur nom en Isaac ». Ils « se réunissent au Christ à l’appel de la grâce. » (XVI, XXXII) 

Abraham reçoit en effet la promesse après avoir obéi à Dieu qui lui avait demandé de sacrifier Isaac, le fils de la promesse. Par son obéissance, il a montré une foi sincère à cette promesse. « C’est par la foi qu’Abraham s’élève, quand il est éprouvé en Isaac » (He., XI, 17). Tout cela est une figure de ce qui est arrivé en Notre Seigneur Jésus-Christ. Un bélier embarrassé par ses cornes dans un buisson remplacera Isaac et sera sacrifié. Cet holocauste figure le sacrifice du Christ. « J’ai juré par moi-même, dit le Seigneur ; puisque tu as fait selon ma parole, et n’as pas épargné ton fils bien-aimé, pour l’amour de moi, je te comblerai de bénédictions, et je multiplierai ta postérité autant que les étoiles du ciel et les grains de sable des rivages de la mer. Et ta postérité possédera en héritage les villes ennemies ; et dans ta race seront bénies toutes les nations de la terre, parce que tu as écouté ma parole. » L’holocauste est ainsi suivi de la confirmation par serment de la vocation des Gentils dans la postérité d’Abraham. Nous ne sommes plus en effet de l’ordre de la promesse mais du serment.



Abraham et le sacrifice d'Isaac

Le Dominiquin (1628-29)
De tous les enfants d’Abraham, seul Isaac reçoit l’héritage, c’est-à-dire la promesse divine. Seuls les fils selon la promesse ont en effet droit à l’héritage céleste. Saint Augustin voit dans les autres enfants la figure des Juifs charnels. Car les enfants de Dieu ne sont pas les enfants selon la chair mais les fils de la promesse. Car ce n’est pas par la chair que nous devenons enfants de Dieu mais uniquement par la grâce. 

Cette filiation par l’esprit et non par la chair se retrouve dans la naissance d’Isaac. Le fils de la promesse ne vient pas en effet par génération, c’est-à-dire par un acte pleinement naturel, mais par l’intervention de Dieu, par un miracle. Saint Augustin y voit l’image de la vocation des Gentils qui doit s’accomplir « non par génération, mais par régénération » (Live XVI, XXVI). 


Le signe de l’alliance

Pour marquer cette alliance, Dieu instaure la circoncision. « Tel sera le signe de l’alliance qui est entre vous et moi. » Le commandement de la circoncision touche tous les fils d’Abraham, y compris ceux qui sont issus de l’esclave. « C’est la preuve que la grâce est pour tous. » (Livre XVI, XXVI) Que figure en effet la circoncision ? Elle est « la nature dépouillée de sa vieillesse et renouvelée » (Livre XVI, XXVI). Elle est une figure de ce qui doit arriver. 

La circoncision est le signe d’une renaissance. Elle nous renvoie donc vers une mort. Elle nous renvoie en effet à une première alliance qui se manifeste dans une parole : « le jour où vous en mangerez vous mourrez de mort. » Par sa désobéissance, Adam a violé cette alliance. 

Toute alliance nécessite une loi. Il n’y a pas non plus de prévarications sans loi comme le rappelle Saint Paul. Si tous les hommes sont tenus comme pécheurs, cela signifie donc qu’ils sont tous assujettis à une loi et qu’ils sont tous coupables d’infraction à cette loi. La première alliance a été violée par Adam. Or les enfants sont innocents de toute négligence envers eux-mêmes. L’alliance divine n’est donc pas violée par eux-mêmes mais en lui. Ils ne l’ont pas rompue « par l’emploi propre de leur vie mais selon l’origine commune du genre humain ». Ils « ont tous enfreint l’alliance de Dieu, dans la personne de ce premier homme en qui ils ont péché. » (Livre XVI, XXVII) C’est parce que le père de l’humanité a trahi cette alliance que la mort est entrée dans le monde. 

Les fils selon la chair et selon la foi

Rebecca, l’épouse d’Isaac, reçoit aussi une promesse de Dieu : « deux nations sont dans ton sein, et deux peuples, sortis de tes flancs, se diviseront ; et l’un surmontera l’autre, et l’aîné sera soumis au plus jeune. » (Gen., XXV, 23) Ésaü, l’aîné, sera supplanté par Jacob. Cette prophétie s’est accomplie dans la race des Édomites, dits encore Iduméens, et dans celle du peuple d’Israël. « Il est toutefois plus probable que cette prophétie […] a un sens supérieur. » (Livre XVI, XXXVI) Qui maudira Jacob sera maudit, qui le bénira sera béni. Dans un songe, Dieu renouvelle à Jacob la promesse qu’il a faite à Abraham et à Isaac. « L’aîné est le type des juifs, et le jeune, celui des chrétiens. » (XVI, XLII)

Aux approches de la mort, Jacob bénit ses enfants. A Juda, il dit : « Juda, tes frères te glorifieront. Ta main s’appesantira sur le dos de tes ennemis ; les fils de ton père t’adoreront. Juda est un jeune lion ; tu t’es élevé, mon fils, dans ta sève vigoureuse ; tu t’es couché pour dormir comme le lion et le lionceau ; qui te réveillera ? Le sceptre ne sortira point de la maison de Juda, et les chefs issus de ta race ne manqueront pas jusqu’au jour de l’accomplissement des promesses. Il sera l’attente des nations, attachant à la vigne son poulain et le petit de son ânesse. Il lavera sa robe dans le vin, et son vêtement dans le sang de la grappe. Ses yeux sont rouges de vin, et ses dents plus blanches que le lait. » (Gen., IL, 8-12)

Saint Augustin voit dans cette bénédiction la figure du Christ. L’expression « sommeil » annonce sa mort. Le terme « élevé » pourrait signifier le genre de mort et rappeler la croix. Les termes de « couché » et « dormir » figurent sa sépulture. Le terme de « lion » atteste sa puissance. Le « vin » est l’annonce de son sang comme l’expression « sang de la grappe » le souligne. Sa robe lavée dans le vin et son vêtement purifié par le sang représentent l’Église. Les yeux rougis de vin rappellent le psaume « que la coupe de ton ivresse est belle ! » (Ps, XXII, 5), c’est-à-dire ses fidèles enivrés de l’Eucharistie. Les « dents plus blanches que le lait » sont les paroles des Apôtres. « C’est donc en lui que reposaient les promesses faites à Juda » (Livre XVI, XLI). « Et lui-même est l’attente des nations. »

C’est Isaac, le plus jeune, qui reçoit la bénédiction de son père. L’aîné s’en émeut légitimement. Il croit à une méprise de son père. Mais Jacob persiste. « Celui-ci sera l’auteur d’un peuple et s’élèvera en puissance. Mais son jeune frère sera plus grand que lui ; et de lui va descendre une multitude de nations. » (Gen., XLVIII) Contrairement aux droits coutumiers, tirés de la nature, ce n’est pas l’aîné qui reçoit l’héritage. Les fils de la promesse ne sont pas les fils selon la chair. Nous avons encore deux promesses distinctes, l’une annonçant le peuple d’Israël, filiation selon la chair, et l’autre toutes les races de la terre, filiation selon la foi.

Conclusion




Dieu promet à Abraham un héritage à sa postérité, le peuple d’Israël, selon la chair, et toutes les nations, selon la foi. Cette promesse a été renouvelée dans ses fils selon des principes qui ne répondent pas aux coutumes humaines mais bien à la volonté de Dieu. C’est en ce sens qu’Abraham est père du peuple juif selon la chair et des chrétiens selon la foi. La circoncision, qui marque la filiation charnelle, est aussi le signe de la nécessité d’une renaissance et nous renvoie au péché originel. L’épreuve à laquelle est soumise Abraham révèle la cause de la justification. C’est bien par la foi rendue manifeste par son geste qu’il est justifié. La Cité de Dieu est bien fondée sur la foi et non selon la chair. Elle annonce aussi le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ, préalable à cette renaissance. Les prophéties restent cependant encore voilées sur le Messie. 


Abraham et Isaac entourés

de Melchisédech (à gauche) et de Moïse(à droite). 

Cathédrale de Chartres, portail Nord.


Comme le souligne Saint Augustin, le point important à retenir des promesses divines est la distinction entre deux peuples, l’un selon la chair et l’autre selon la foi, et leur accomplissement respectivement dans le peuple d’Israël et dans l’Église. Cela est si important qu’il parlera de Moïse très rapidement et en référence avec les promesses données à Abraham. La fuite d’Égypte, l’errance dans le désert manifeste l’accomplissement de la promesse de Dieu à l’égard des fils de la promesse selon la chair. Les événements et l’établissement de la loi mosaïque contiennent aussi des « figures des choses à venir » et la « figure si réelle du Christ» (Livre XVI, XLIII). La Cité de Dieu est fondée sur les promesses qui font appel à la foi, promesses qui ont trouvé leur accomplissement dans le Christ. 

Les Juifs et les Chrétiens ne sont donc pas de la même nature de filiation. Ce ne sont donc pas des frères en dépit d’un passé dont les Chrétiens sont les successeurs légitimes. Cette différence de nature manifeste tout le drame des Juifs et leur malheur. Elle révèle le sens profond d’une réalité que nous ne devons pas voiler, réalité que Dieu Lui-même nous a annoncée par les prophéties bibliques. « A tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, enfants qui ne sont pas nés de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » (Jean, I, 12-13) 


[1] Saint Augustin, Cité de Dieu, Livre XVI, XXVI. Toutes les citations, sauf avis contraire, proviennent de La Cité de Dieu, trad. du latin de L. Moreau, revu par Jean-Claude Eslin, éditions du Seuil, 1994.