" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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dimanche 24 novembre 2024

Léon XIII et le ralliement à la République, échec et désillusions ?

Nous sommes le 18 novembre 1890, à Alger. L’escadre de la Méditerranée vient de faire escale au port. En absence du gouverneur général, le cardinal Charles Lavigerie (1825-1892), primat d’Afrique, archevêque d’Alger et de Carthage, accueille, lors d’un banquet, le commandant de la flotte ainsi que son état-major en présence de l’administration et des principales autorités de la ville. Puis, à la fin des festivités, le cardinal se lève lentement et d’une parole majestueuse, il porte le toast traditionnel, un toast qui ne sera pas comme les autres, un toast qui va soulever la stupeur et marquer l’histoire d’une manière indélébile. Ses mots ont été longuement médités. Avant de les prononcer, il murmure à l’oreille d’un confident : « je vais me suicider »[1]. Le moment est en effet crucial. Il en est convaincu… « Lorsque la volonté d’un peuple s’est nettement affirmée, lorsqu’il n’y a plus, pour arracher son pays aux abîmes qui le menacent, que l’adhésion sans arrière-pensée à la forme du gouvernement, le moment vient de déclarer enfin l’épreuve faite… C’est ce que j’enseigne autour de moi : c’est ce que je souhaite de voir imiter en France par tout notre clergé, et, en partant ainsi, je suis certain de n’être démenti par aucune voix autorisée. » Le discours est aussitôt entendu comme un appel au ralliement à la République pour tous les catholiques français ...

Et moins deux ans après, le 20 février 1892, le pape Léon XIII publie l’encyclique Au milieu des sollicitudes, rédigée en français. Le Saint Père demande solennellement aux catholiques français d’« accepter les nouveaux pouvoirs » puisque cela est « réclamé, voire imposé par la nécessité du lien social qui les a faits et les maintient. »

Comment pouvons-nous entendre ces appels quand sept ans plus tôt, le 1er novembre 1885, le même pape publie l’encyclique Immortale Dei pour rejeter clairement et fermement les libertés modernes qui constituent les fondements même du nouveau régime comme il les a condamnées depuis son accession au trône pontificale [2] ? Avant de revenir sur l’appel au ralliement de Léon XIII, nous allons d’abord revenir sur le contexte…

L’avènement de la IIIe République…

Après la capitulation de l’empereur Napoléon III, la République française est proclamée le 4 septembre 1870. Des élections sont mises en place pour constituer la nouvelle Assemblée nationale. Elles sont remportées par les monarchistes mais ceux-ci ne parviennent pas à restaurer la monarchie en raison de la profonde division entre légitimistes et orléanistes. En février 1871, Adolphe Tiers (1797-1877) est finalement nommé chef du pouvoir exécutif pour qu’il fasse la paix et relève le pays. La question du régime n’est plus à l’ordre du jour.

Cependant, comme les monarchistes ne parviennent pas à restaurer la monarchie en dépit de leur majorité au parlement, Thiers s’oriente vers la République. Par ailleurs, au cours des différentes élections, les partis républicains ne cessent de croître. En mai 1873, Tiers finit par être écarté au profit du maréchal Mac-Mahon. À la tête d’un gouvernement d’ordre moral, Mac Mahon est chargé de préparer la restauration de la monarchie. Mais ayant échoué dans sa mission, faute d’unité entre les légitimistes et les orléanistes, il ne peut que mettre en place un régime républicain. En 1879, les républicains gagnent les élections sénatoriales et obtiennent la majorité au Sénat. Mac Mahon démissionne. Les grands électeurs se réunissent et élisent un nouveau président, Jules Grévy (1807-1891), un des chefs de file des républicains.

En dépit de l’instabilité ministérielle qui caractérise le nouveau régime, une même politique est menée, une politique orientée vers l’anticléricalisme. La première lutte porte sur l’enseignement scolaire : expulsion de la Compagnie de Jésus, décrets anti congréganistes, laïcisation du personnel de l’enseignement, suppression des facultés de théologie. Le divorce est rétabli. Le budget des cultes est réduit. C’est le début d’une véritable persécution.

Sous le régime concordaire…

En ce temps, les catholiques français vivent sous le concordat de 1801, qui établit les relations entre l’Église et l’État, ainsi que leur mutuelle reconnaissance. Le catholicisme n’est plus la religion officielle de la France mais de la très grande majorité des Français. L’Église retrouve sa liberté de s’organiser, de prêcher et d’enseigner. Le culte redevient public tant qu’il ne contrevint pas à la tranquillité publique. Il rémunère le clergé, aide financièrement à l’entretien et à la création d’édifices cultuelles. L’État reconnaît aussi les différentes communautés religieuses. Si le chef de l’État nomme les archevêques et évêques, le pape confère l’institution ecclésiastique, ce qui lui permet de refuser des candidats sans justification.

Depuis 1801, et malgré des tentatives de l’améliorer en faveur de l’Église, il s’est maintenu jusqu’à la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905 [3].

Le XIXe siècle, un catholicisme renaissant et opposés à la République…

Le XIXe siècle est marqué par le redressement du catholicisme en France. La Révolution de 1789 avait détruit ses couvents, ses écoles, ses universités, ses corporations sans oublier tout le patrimoine du clergé et ses œuvres de charité. En 1875, l’Église a reconstruit un par un ses institutions en dépit des obstacles qu’elle a rencontrés. À la fin du siècle, elle compte près de 200 000 religieux, trois fois plus que ceux qui ont été chassés par les révolutionnaires. L’Église a aussi reconquis une partie des élites qui l’avaient désertée à la fin du XVIIIe siècle, autrefois plutôt incrédules et déistes, mais ne parvient pas à toucher les ouvriers qui ont démesurément grandi au cours du XIXe siècle en dehors d’elle. Notons enfin l’œuvre missionnaire à laquelle participent les catholiques français sans oublier la renaissance d’œuvres spirituelles et la floraison de nouvelles saintetés. Finalement, à l’avènement de la IIIe République, le catholicisme français apparaît fécond, vigoureux et plein de richesse.


Pourtant, contrairement aux autres pays européens, les catholiques ne représentent pas un parti et ne représentent pas une force politique au sein du parlement des différents régimes qui se sont succédés. Si des personnalités politiques ont tenté de créer un parti catholique sous le roi Louis-Philippe, elles ont toutes échoué. Rares sont les personnalités politiques catholiques qui ont fait carrière. Est-ce par scrupule à mêler la religion aux disputes temporelles ou à la compromettre à un politique ? Ou est-ce en raison des divisions des catholiques ? Le parlement est plutôt dominé par les partis royalistes, légitimistes ou orléanistes, conservateurs, libéraux, ou conservateurs, qui utilisent à leur profit leurs suffrages et leurs générosités.

La majorité des catholiques reste attachée à l’ancien Régime. Les grandes œuvres civilisationnelles que l’Église a érigées en France sous le règne des rois et la folie révolutionnaire aussi rapide que dévastatrice demeurent encore bien présentes en eux. Les sanglantes journées de la révolution de Juillet ou encore la Commune sanguinaire ne peuvent encore que les éloigner d’un républicanisme fondamentalement antichrétien. Et les personnalités républicaines se présentent encore comme des adversaires de l’Église. Les réformes qu’elles mettent en place au début de la IIIe République illustrent une politique anticléricale qui fait revivre les souvenirs encore vivaces de la persécution religieuse. Opposés à la « gueuse », les catholiques sont alors naturellement attachés aux partis royalistes au risque de confondre les deux causes

Léon XIII : la nécessaire entente entre les pouvoirs politiques et religieux

Progressivement, Léon XIII cherche à apaiser les relations entre les pouvoirs politiques et les catholiques en France, tout en étant conscient du drame que vivent les fidèles. Dans un contexte particulièrement difficile, il rappelle l’enseignement de l’Église sur les relations entre l’Église et le pouvoir politique, et les exhorte à s’unir pour les intérêts de l’Église.

Dans l’encyclique Nobilissima gallorum gens, le pape Léon XIII revient sur « les calamités enfantées, pour le malheur de la religion et de l’État »[4], sur le fléau qui s’est déchaîné sur la France, sur les opinions nouvelles qui ont empoisonné l’esprit humain, sur les philosophies qui ont développé l’amour d’une liberté sans règle. Des hommes « enrôlés dans des sociétés criminelles » travaillent pour « écraser le nom chrétien. »

Léon XIII rappelle que les deux pouvoirs, politique et religieux, doivent travailler ensemble, chacun dans sa sphère de responsabilité, dans une entente réciproque. « Si des deux côtés, on se rend de mutuels services, des deux côtés aussi on recueille le bénéfice de cette entente réciproque. » Ainsi, « c’est commettre une capitale imprudence que de semer les germes de discorde entre les deux pouvoirs et de mettre obstacle à la bienfaisante action de l’Église. »

Or, Léon XIII constate avec anxiété que la France s’éloigne de nouveau de l’Église et que la paix religieuse est de nouveau menacée. Il est intervenu à maintes reprises pour déplorer les entreprises nuisibles au salut des âmes et lésant les droits de l’Église. Pour s’opposer aux œuvres de ses ennemis, il exhorte les catholiques à s’unir, à éviter tout dissentiment, à oublier ses sentiments et jugements particuliers pour travailler au profit du bien commun. Il les exhorte aussi à obéir à leurs évêques, « car, dans les combats pour la religion, ils sont les chefs qu’il faut suivre », « à réparer par un grand esprit de foi et de piété ces égarements de l’esprit et de l’action, et d’attester publiquement qu’ils n’ont rien plus à cœur que la gloire de Dieu, rien de plus cher que la religion de leurs ancêtres. »

Son encyclique s’achève par un appel. Léon XIII demande aux catholiques « de fortifier et de resserrer les liens de la salutaire union qui existe entre la France et le Siège apostolique, union qui, en tous les temps a été pour l’une et l’autre la source d’avantages nombreux et considérables. »

Léon XIII : appel à l’engagement politique pour le bien de l’Église et de la société

Dans l’encyclique Immortale Dei, Léon XIII revient de nouveau sur les principes des deux pouvoirs et de leur nécessaire entente pour le bien et le salut des âmes. Il définit avec clarté les responsabilités de chacun et leur ordonnancement. « Une fois reconnu et accepté, il en résulte clairement que c’est un devoir de justice de respecter la majesté des princes, d’être soumis avec une constante fidélité à la puissance politique, d’éviter les séditions et d’observer religieusement la constitution de l’État. »[5] Pourtant, de nouveau, Léon XIII souligne les desseins des adversaires de l’Église qui veulent « frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l’Église catholique et à néant ses autres droits. » Il s’oppose aussi aux idées révolutionnaires et aux libertés modernes.

Que faire alors ? Léon XIII distingue la théorie de la pratique. Si, en théorie, les catholiques doivent rester fidèles à l’enseignement de l’Église, à désapprouver les libertés modernes, en pratique, ils doivent rester exemplaires dans leur devoir et leurs vertus tout en participant aux affaires publiques afin d’agir pour le bien de la société et de la religion, et pour éviter que « les rênes du gouvernement » passent aux mains de leurs adversaires et aient tout pouvoir pour nuire à l’Église. Ils doivent le faire, « non pour approuver ce qu’il peut y avoir de blâmable présentement dans les institutions publiques, mais pour tirer de ces institutions mêmes, autant que faire se peut, le bien public sincère et vrai, en se proposant d’infuser dans toutes les veines de l’État, comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l’influence de la religion catholique. » Ainsi, tout en restant fidèles à l’Église, ils doivent se servir « des institutions publiques, autant qu’ils le pourront faire en conscience ; qu’ils prennent à tâche de ramener toute constitution publique à cette forme chrétienne que Nous avons proposé pour modèle. »

Léon XIII exhorte donc les fidèles à s’unir et ne point se perdre dans les dissensions intestines ou dans des querelles de partie. Chacun doit plutôt poursuivre le bien commun et de sauver les grands intérêts de la religion et de la société, d’aider l’Église à conserver et à protéger la doctrine chrétienne.

Léon XIII : servir l’Église sans vouloir la lier à un parti ou à un régime

Dans l’encyclique Sapientiae christianae, Léon XIII rappelle aux catholiques qu’« il n’est pas de meilleur citoyen, soit en paix, soit en guerre, que le chrétien fidèle à son devoir ; mais ce chrétien doit être prêt à tout souffrir, même la mort, plutôt que déserter la cause de Dieu et l’Église. »[6] Le chrétien doit en effet à la fois rester fidèle au pouvoir publique et à l’Église mais tout en respectant la hiérarchie des devoirs. Lorsque l’État s’oppose à l’Église, il n’est pas possible d’aimer tous les deux simultanément comme il n’est pas possible de servir deux maîtres opposés. Le chrétien ne doit pas hésiter à mieux obéir à Dieu qu’à l’homme. « Ce serait un crime, en effet, de vouloir se soustraire à l’obéissance due à Dieu pour plaire aux hommes, d’enfreindre les lois de Jésus-Christ pour obéir aux magistrats, de méconnaître les droits de l’Église sous prétexte de respecter les droits de l’ordre civil. »[10] Ainsi, peut-il obéir aux lois par devoir d’obéissance à l’égard de l’autorité légitime tant qu’elles ne sont pas en contradictions avec la loi divine.

Revenant sur les périmètres de responsabilité des deux autorités, celle de l’État et de l’Église, ayant chacune une souveraineté propre, Léon XIII rappelle que l’Église étant « non seulement une société parfaite en elle-même, mais une société supérieure à toute société humaine, elle refuse résolument de droit et par devoir à s’asservir aux partis et à se plier aux exigences muables de la politique. » Ainsi, « elle estime un devoir de rester indifférente quant aux diverses formes de gouvernement et aux institutions civiles des États chrétiens, et, entre les divers systèmes de gouvernement, elle approuve tous ceux qui respectent la religion et la discipline chrétienne des mœurs. »[38] Ainsi, toujours selon Léon XIII, « vouloir engager l’Église dans ces querelles de partis, et prétendre se servir de son appui pour triompher plus aisément de ses adversaires, c’est abuser discrètement de la religion. » Et, dans la politique, le principe premier est de porter secours à la religion. Tout dissentiment entre les catholiques doit alors cesser pour qu’unis, ils soient plus efficaces, surtout quand le christianisme est combattu. 

Léon XIII demande ainsi clairement aux catholiques de participer à la vie de la République afin d’agir en son sein pour l’intérêt de l’Église et de la société, c’est-à-dire pour le salut des âmes. En outre, ils doivent demeurer fidèles à l’autorité légitime tant que ses lois ne désobéissances pas à l’autorité de l’Église. Ils doivent aussi être prudent à ne pas lier la cause de l’Église à celle des partis qui veulent l’utiliser comme auxiliaire pour vaincre leurs adversaires ou l’assujettir à un régime particulier puisque l’Église reconnaît toute forme de gouvernement tant que celui-ci la respecte et respecte ses lois. Leur fidélité à l’égard de l’Église dépasse aussi celle qu’ils peuvent avoir à l’égard d’un régime ou d’un parti. Léon XIII les exhorte à hiérarchiser leur devoir comme tout bon chrétien. Cette exigence ou cette prudence est très utile en un temps de périls et de confusion.

Le choc du toast du cardinal Lavigerie

Quand il se lève pour porter le toast traditionnel, le cardinal Lavigerie suit donc la pensée politique de Léon XIII. Il invite les catholiques à accepter le régime légitime, à cesser d’attendre une restauration monarchique de plus en plus improbable. Comme il le déclare, il est certain « de ne pas être démentie par aucune voix autorisée », c’est-à-dire par le Souverain Pontife. Fondateur des Pères blancs, le cardinal Lavigerie est un des proches de Léon XIII, un de ses confidents. C’est le pape qui lui a demandé de prononcer un discours en faveur du ralliement catholique au gouvernement français. En fidèle serviteur de Dieu, le cardinal Lavigerie a accepté cette mission périlleuse.

Le cardinal Lavigerie se heurte rapidement à un grand nombre de fidèles, qui identifient la cause catholique à celle de la monarchie, surtout en un temps où depuis dix ans, ils s’opposent aux lois de laïcisation et de déchristianisation de la société. Son discours provoque alors un véritable tumulte en France. Nombreux sont les catholiques qui s’insurgent contre ses paroles. Des personnalités vont à Rome pour protester. Des monarchies catholiques s’insurgent contre l’intervention du cardinal dans les affaires politiques. Dans le camp adverse, on considère que ce discours « constitue un véritable acte d’adhésion à la République »[7], ou, plus méfiant, on craint une ruse des cléricaux pour s’emparer du pouvoir. Si les termes de « ralliement » et de « République » ne sont pas prononcés, tous ont bien compris le message.

Finalement, les catholiques, les royalistes, les républicains et bien d’autres attendent que le pape Léon XIII se prononce officiellement. C’est fait le 20 février 1892 par la publication en français, l’encyclique Au milieu des sollicitudes.

Au milieu des sollicitudes : un appel à lutter au sein même de la République


Dans son encyclique Au milieu des sollicitudes, Léon XIII fait d’abord un double constat, mêlant douleur et consolation. D’une part, il revient sur « le vaste complot » qui cherche à détruire le christianisme en France, où la religion de la majorité de la nation est méprisée, et sur les conséquences funestes, y compris politique, de cette persécution. D’autre part, il souligne l’attachement et le zèle du peuple français à l’égard du Saint Siège, cherchant auprès du pape lumière et conseil. Celui-ci leur a demandé de défendre la foi et leur patrie.

Léon XIII exhorte de nouveau les catholiques, mais aussi tous les Français, ceux qui ont l’âme droite, le cœur généreux, à « consacrer uniquement leurs forces à la pacification de leur patrie » et à l’aider à « la rendre stable et féconde. »

Léon XIII rappelle l’enseignement de l’Église sur le rôle primordial de la religion dans la société, comme lien social et fondement de la moralité et sur le devoir de toute société à l’égard de Dieu, ce qui implique l’obligation pour les citoyens de « s’allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux vrai, et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l’histoire, s’efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par-là d’anéantir le sens moral au fond même de la conscience humaine. » C’est pourquoi, dans une France où le christianisme est combattu, il demande à tous les catholiques français d’agir et d’éviter toute dissension, non pour « une domination politique sur l’État » comme le prétendent ses adversaires, odieuse calomnie qui n’a pour but que de leur fournir un prétexte pour violenter davantage l’Église comme l’histoire l’a montré à maintes reprises. Comme au temps des persécutions, Léon XIII demande aux catholiques de mettre au-dessous de tout la gloire de Dieu en fondant leur unique espérance sur Notre Seigneur Jésus-Christ.

Pour parvenir à « une grande union », Léon XIII exhorte les catholiques français de « mettre de côté toute préoccupation capable d’en amoindrir la force et l’efficacité », c’est-à-dire leurs « divergences politiques […] sur la conduite à tenir envers la République actuelle ». Pour cela, il expose ses principes et leurs conséquences pratiques.

L’Église indifférente à la forme de gouvernement

Toutes les formes de gouvernement, considérées en elles-mêmes, sont bonnes, pourvues qu’elles réalisent la fin pour laquelle elles ont été constituées, c’est-à-dire le bien commun, même si, de manière relative, l’une d’entre elles peut être préférable en raison du caractère et des mœurs de telle nation. Les catholiques, comme tout citoyen, sont aussi libres d’en préférer une puisque, par elle-même, aucune ne s’oppose ni à la raison ni à la doctrine chrétienne. C’est pourquoi le Saint Siège traite avec les pouvoirs politiques en faisant abstraction des formes qui les différencient, pour les grands intérêts religieux des peuples. De manière concrète, un ensemble de circonstances humaines fait surgir dans une nation ses lois traditionnelles et même fondamentales, qui déterminent telle forme particulière de gouvernement, telle base de transmission des pouvoirs suprêmes, ce qui explique leur diversité. Or, Léon XIII rappelle que « tous les individus sont tenus d’accepter ces gouvernements et de ne rien tenter pour les renverser ou pour en changer la forme » puisque toute souveraineté politique dérive de Dieu, y compris lorsque les dépositaires du pouvoir en abusent contre l’Église.

Léon XIII remarque qu’une forme de gouvernement n’est pas immuable ou définitive contrairement à celle de l’Église. Le temps fait son ouvrage. Les changements peuvent être mineurs ou remettre en cause la forme elle-même. Parfois, ils résultent d’une crise violente qui la fait disparaître, laissant la place à l’anarchie et bouleversant l’ordre établi. L’important pour une nation est alors de rétablir la paix publique, ce qui peut justifier, par « nécessité sociale », « la création et l’existence des nouveaux gouvernements, quelque forme qu’ils prennent, tout ordre public étant impossible sans gouvernement. » Si la forme du gouvernement change, le pouvoir demeure ce qu’il est en lui-même. « En d’autres termes, dans toute hypothèse, le pouvoir civil, considéré comme tel, est de Dieu et toujours de Dieu. » Par conséquent, « lorsque les nouveaux gouvernements qui représentent l’immuable pouvoir, les accepter n’est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social qui les a faits et les maintient […] tant que les exigences du bien commun le demanderont, puisque ce bien est, après Dieu, dans la société, la loi première et dernière. »

Distinction importante entre forme de gouvernement et législation

   Expulsion des congrégation (1880)   

Cependant, subsiste une difficulté. Est-il possible d’accepter la République qui est animée de sentiments antichrétiens « consciencieusement » inacceptables pour les chrétiens ? Léon XIII distingue la forme de gouvernement et la législation comme le témoigne l’histoire. Le passé montre que sous un régime dont la forme était excellente, la législation a été détestable. Le contraire s’est aussi produit. Car « la qualité des lois dépend plus de la qualité de ses hommes [des hommes investis du pouvoir et donc qui gouvernent la nation] que de la forme du pouvoir. » Tout dépend donc des principes qui guident les législateurs.

Il est clair, et Léon XIII s’en plaint à plusieurs reprises, qu’en France, la législation est de plus en plus hostile au christianisme, ce qui pourrait aboutir « à arracher de l’esprit et du cœur des Français la religion qui les a faits si grands. » C’est pourquoi « les gens de bien doivent ‘unir comme un seul homme, pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, la législation. » L’obéissance a des limites, que ne saurait interdire le respect dû aux pouvoirs constitués. Il est ainsi interdit d’approuver des points de législation contraires à la religion et à Dieu.

Maintenir le Concordat

Léon XIII termine sa lettre par deux points portant sur le concordat alors en vigueur. Des adversaires du christianisme veulent l’abolir afin de laisser l’État libre de molester l’Église ou veulent la conserver pour profiter des concessions faites par l’Église comme moyen d’entrave à la liberté qu’il Lui accorde. Léon XIII rappelle le refus de toute séparation entre l’Église et l’État. Ce serait accepter que « l’Église soit réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens. » Tout catholique devrait donc « se garder de soutenir une telle séparation. » Si elle peut offrir des avantages, elle n’est guère adaptée à France dont la majorité de la population est catholique par tradition et par la foi. Selon les ennemis de l’Église, elle sera équivalente à une indépendance de la législation politique envers la législation religieuse, et même plus, « l’indifférence absolue du pouvoir à l’égard des intérêts de la société chrétienne, c’est-à-dire de l’Église, et la négation même de son existence. » Et en raison des activités même de l’Église qui saura utiliser les ressources laissées à ses fidèles pour prospérer, « l’État pourra et devra mettre les catholiques français hors du droit commun lui-même. » Ils deviendront hors la loi

Conscient de la solidité du régime républicain et reposant sa décision sur une pensée politique conforme à l’enseignement de l’Église, Léon XIII demande donc aux catholiques français de l’accepter afin de pouvoir, au sein même des institutions publiques, peser sur les décisions du pouvoir et combattre l’esprit antichrétien. En un mot, il les exhorte à participer au pouvoir afin de convertir la République par les moyens qu’elle leur offre.

L’échec du projet de Léon XIII

L’encyclique est-elle une réussite ? Selon l’étude d’un historien italien[8], Roberto de Mattei, le projet pastoral de Léon XIII a été un cuisant échec. Il a conduit à diviser davantage les catholiques français au profit des adversaires de l’Église et a renforcé le libéralisme religieux ainsi que le modernisme au sein d’un clergé devenu plus modéré, voire timoré face à leurs innovations. Il n’y a eu non plus aucune coalition catholique face aux partis républicains. Bien au contraire. De nouveaux partis se sont créés, ralliés ou non ralliés. L’encyclique n’a pas évité la politique anticléricale du gouvernement français avec ses lois de laïcisation jusqu’à la rupture du concordat et de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. L’ouvrage de Mattei n’est guère une nouveauté. « Généralement, les historiens s’accordent pour conclure à un certain échec immédiat de la voie politique imposée par Léon XIII aux catholiques français. »[9]

Des commentateurs voient dans le ralliement l’esprit trop visionnaire de Léon XIII qui aurait anticipé l’avènement de l’esprit du deuxième concile de Vatican. Sa politique aurait en effet été réalisée par ce concile. Léon XIII, un modernisme, un libéral ? C’est méconnaître toutes ses encycliques et ses critiques claires et profondes à l’égard de cet esprit même. Fidèle à l’enseignement de l’Église, il n’a pas cessé de dénoncer et de condamner le libéralisme religieux ainsi que les libertés modernes[10], ce qu’a approuvé le deuxième concile de Vatican.

L’échec serait-il imputable aux catholiques français et au clergé comme l’avoue Léon XIII à l’abbé Frémont dix ans plus tard ? « Le clergé français, par sa désobéissance à mon programme de 1892, me rend impuissant à le sauver. »[11] Aux élections de 1893, des mots d’ordre auraient-ils même été donnés aux catholiques pour voter contre les « ralliés », même s’il fallait leur préférer un radical franc-maçon ?! Finalement, Léon XIII ne s’était pas trompé. Certains ont confondu leur cause avec celle de l’Église. Il a eu la franchise et le courage de pointer le doigt sur ce mal…

Réactions à l’encyclique

Contrairement aux vœux de Léon XIII, l’encyclique accroit donc la division des catholiques français. Elle devient encore plus profonde. Elle s’étale aussi dans l’opinion publique.

Nombreux sont ceux qui ont obéi aux papes, non parfois sans déchirement de conscience, préférant suivre leur devoir de chrétien que leur sentiment monarchique. Le comte Albert de Mun (1841-1914), monarchiste et personnalité catholique, en est un exemple. Nous pouvons aussi cité Eugène Veuillot[12] (1818-1905), directeur associé du journal catholique L’Univers, ou encore le baron Armand de Mackau (1832-1918), homme politique et monarchiste légitimiste. Parmi ceux qui se soumettent à la décision du pape, certains préfèrent se retirer de la vie publique plutôt que de jouer le jeu des institutions républicaines. Au cardinal Richard, Charles Chesnelong (1820-1899), député et sénateur, un des chefs du parti légitimiste, explique ainsi son retrait de la vie politique : « nous nous retirons dans notre soumission, notre respect, notre impuissance et notre douleur »[13]. D’autres veulent travailler au sein de la République pour modifier la législation et supprimer les lois laïques tout en demeurant conservateurs, comme Jacques Piou (1838-1932), fondateur du premier parti catholique. Enfin, des catholiques sont en faveur d’une République sociale. Ils s’opposent au libéralisme économique et se préoccupent de la classe ouvrière. Ils formeront le mouvement démocrate-chrétien.

Dans le camp du refus, nous retrouvons des monarchistes qui rejettent catégoriquement les consignes pontificales comme René La Tour du Pin (18341924), un des acteurs du catholicisme social en France. Leur refus semble réveiller le gallicanisme. S’appuyant sur la distinction des pouvoirs, ils refusent l’intervention du pape dans le champ du politique qui ne relève pas de son périmètre de responsabilité. « Comme catholique, ils s’inclinent, avec respect, devant l’autorité infaillible du Saint-Père, en matière de foi. Comme citoyens, ils revendiquent le droit qu’ont tous les peuples de se prononcer en liberté sur toutes les questions qui intéressent l’avenir et la grandeur de leur pays. »[14] Nous retrouverons certains des adversaires du ralliement dans l’Action Française.

Le clergé est aussi divisé. Des prêtres et de nombreux séminaristes se soumettent à l’encyclique et adhèrent au mouvement démocrate chrétienne. Les catholiques libéraux y adhèrent aussi pleinement. La majorité des autorités ecclésiastiques s’y soumettent mais ne sont guère enthousiastes. Dans une déclaration publique, cinq évêques en en minimisent la portée.

Conclusions

Léon XIII distingue les principes et la pratique. S’il rejette clairement les libertés modernes en raison des erreurs qu’elles portent et de leurs conséquences dramatiques, il veut surtout que les catholiques s’unissent et utilisent les moyens qu’offre la République pour la christianiser au lieu de se déchirer et s’épuiser dans des luttes intestines pour mettre en place une monarchie de plus en plus improbable. Il rappelle que l’important ne réside pas dans la forme du régime mais dans la législation, comme l’ont témoigné les premiers chrétiens. Malgré la persécution des empereurs romains, ils sont demeurés de fidèles citoyens, obéissant aux lois de l’Empire tant qu’elles n’étaient pas contraires à la foi. En outre, par leur constance, leur zèle et leur exemplarité, ils ont christianisé l’Empire et vaincu le paganisme.

Léon XIII cherche donc avant tout à favoriser l’union des chrétiens afin qu’ils constituent une force politique capable de faire barrage aux anticléricaux. Son intention première n’est pas le ralliement à la IIIe République. Le terme même de « ralliement », qu’il n’utilise pas, fausse le débat et ravive les divisions. Le véritable combat, le seul pour le chrétien, est le salut des âmes. Pour cela, il doit défendre, en priorité, la foi et les intérêts de l’Église, quel que soit le régime politique. Or, de nombreux catholiques avaient tendance à lier deux causes, celle de la foi et de la monarchie, à confondre la fidélité à l’Église à celle du passé au point de les rendre inséparables. La cause de la monarchie était de plus en plus improbable. Fallait-il que celle de la foi le soit aussi ? Cette confusion était une aubaine pour les anticléricaux…

Cependant, son projet était-il réaliste, compte tenu de la situation et des forces en présence ? La loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905, la progression des modernistes et du catholicisme libéral ne portent guère en faveur de la politique de Léon XIII. En France, le catholicisme français n’a jamais pu non plus constituer une force politique capable de faire évoluer la politique anticléricale des gouvernements. Par sa fermeté et sa politique sans concession, Saint Pie X a été beaucoup plus efficace. S’il fallait nécessairement rappeler l’enseignement de l’Église sur les devoirs des fidèles à l’égard de l’État et sur la hiérarchie de ses devoirs afin d’éclairer les fidèles et empêcher la confusion des causes, Léon XIII aurait dû aussi se montrer plus ferme à l’égard de l’État et aux catholiques favorables aux libertés modernes. Le fossé entre les principes et la pratique ou encore l’absence d’équilibre ne pouvaient finalement que soulever colère, découragement, et ramollissement des consciences.

L’histoire est une leçon parfois bien difficile à entendre. Peut-être, en cette fin du XIXe siècle, ce n’était pas le temps du « ralliement » mais celui de la fermeté face aux adversaires de l’Église. Il est en effet périlleux de vouloir « s’ouvrir » à un monde malhonnête, pétri de mauvaises idées et animés de principes erronés et dangereux pour la foi. Si l’intention peut paraître bonne, elle conduit à une amère désillusion comme l’enseigne l’exemple de la France…


Notes et références

1 Voir Le Cardinal Lavigerie, de Fleuriot de Langle, Revue des deux mondes, 1er août 1961.

2 Voir Émeraude, août 2024, article « La liberté, bien excellent de la nature, et les libertés modernes ».

3 Voir Émeraude, septembre 2019, article « Laïcité : la loi de séparation des Églises et de l'État ».

4 Léon XIII, lettre encyclique Nobilissima gallorum gens, sur la question religieuse en France, 8 février 1884.

5 Léon XIII, lettre encyclique Immortale Dei, le 1er novembre 1885.

6 Léon XIII, lettre encyclique Sapientiae Christianae, sur les principaux devoirs des fidèles, 10 janvier 1890.

7 Le Progrès du Nord, quotidien radical, 14 novembre 1890, dans La presse du Nord face au Ralliement, Sylvie Denicourt, Revue du Nord, année 1994, n°305, persee.fr.

8 Voir Le Ralliement de Léon XIII, l’échec d’un projet pastoral, Cerf, 2016.

9 Notre quinzaine : nature de l’homme et campagne électorale, 18 février 2022, L’homme nouveau, hommenouveau.fr.

10 Voir Émeraude, août 2024, article « La liberté, bien excellent de la nature, et les libertés modernes ».

11 Léon XIII, dans Un combat pour Dieu, 1870-1939, chap. III, L’Église des Révolutions, Daniel-Rops, Fayard, 1963.

12 Son frère est Louis Veuillot (1813-1883), aussi journaliste et directeur de L’Univers, célèbre polémiste catholique.

13 Charles Chesnelong, Lettre à M. Desbassyns de Richemont, 31 août 1892, citée par Mgr Laveille, Chesnlong. Sa vie, son action catholique et parlementaire (1820-1899), Paris, Lethelleux, 1913, dans Naissance et essor d’un grand quotidien régional, chap. 1, sous la direction de Michel Lagrée, Patrick Harismendy et Michel Denis, 2000, édition Presses universitaires de Rennes, OpenEdition Books, 2015, books.openedition.org.

14 Déclaration du groupe parlementaire de la Droit royaliste, publiée le 9 juin 1892, dans La Politique du Ralliement : une défaite de l’Église, 2 juillet 2023, cours Philisto, philisto.fr.


dimanche 25 août 2024

La liberté, bien excellent de la nature, et les libertés modernes

Le XIXe est un siècle de révolutions. Sous un ciel nuageux, sur les eaux tranquilles, elles se sont lentement formées au cours des siècles précédents, se propageant et s’intensifiant au fur et à mesure des années. Et soudain, comme une tornade qui tarde à venir, elles finissent par surgir et par bouleverser le monde jusqu’à nos jours. Déployant une énergie hors de commun, dans des hurlements assourdissants, elles ont emporté les plus faibles et brisé les plus résistants. Aucun aspect de la société n’a été à l’abri de leurs rugissements et de leurs coups terribles. Un terrible déchainement de feu et de sang a décimé des royaumes et des empires millénaires. 

La politique, la science, la technologie, la philosophie, l’art, l’économie, … Qui a pu s’en échapper ? La vie quotidienne, celle qui compte finalement et ouvre l’avenir, en a été profondément transformée au point qu’en deux siècles, la nôtre n’est plus celle de nos aïeuls. Un paysan ou un artisan du XVIIIe siècle, reconnaîtraient-ils le monde dans lequel nous travaillons ? Un philosophe du siècle des Lumières le comprendrait-il ? L’église au centre du village ou la cathédrale au cœur des villes ne sont plus que des vestiges qu’on admire ou un patrimoine qu’on veut préserver. La vie réside ailleurs... Et, toujours aussi virulentes, ne cessant pas de sévir, sans-cesse nourries, elles poursuivent encore leurs ravages, faisant reculer les limites du possible et de l’imaginable. Désormais, en peu d’années, la société change rapidement de visage. En des délais toujours plus court, elle devient méconnaissable. L’homme à peine né est déjà dépassé…

Au XIXe siècle, une autre civilisation, dite moderne, apparaît et se développe avec fracas. Le terme de « modernité » ne renvoie pas uniquement aux immenses progrès, notamment scientifiques et technologiques, que l’homme a accomplis en si peu de temps. Il désigne aussi un ensemble de mouvements de pensées et d’idées, de conceptions et de systèmes philosophiques, parmi lesquels nous pouvons citer le naturalisme, le rationalisme et le libéralisme ou encore le socialisme et le communisme sans oublier l’anarchisme et le nihilisme. Ces différents mouvements ou idéologies se caractérisent par la volonté de ne pas dépendre de Dieu ou par un refus de Dieu au profit d’une souveraineté absolue de l’homme. C’est ainsi que forte de cet esprit, une civilisation nouvelle s’est construite, marquée par l’absence du divin et centrée sur l’homme, ou encore caractérisée par de nouvelles libertés, par les libertés dites modernes

Les libertés modernes n’ont pas laissé des catholiques indifférents. Certains d’entre eux ont cherché à les introduire dans l’Église et à redéfinir le christianisme selon les principes de la civilisation moderne quand d’autres les ont combattues avec intransigeance, refusant toute compromission, toute tolérance. Les premiers, ce sont les libéraux catholiques, les seconds, les intransigeants. Depuis le XIXe siècle, ces deux courants se sont opposés au sein de l’Église, l’un dominant parfois l’autre. Or, certaines idées, théories ou idéologies modernes s’avèrent être incompatibles à l’enseignement de l’Église comme l’a rappelé le bienheureux Pie IX dans son célèbre Syllabus[1], dans lequel il dénonce clairement leurs erreurs. Dans son dernier article, il anathématise tous ceux qui professent que « le souverain Pontife peut et doit se réconcilier et se mettre en harmonie avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »[2]

De nombreuses voix se sont élevées et s’élèvent encore pour accuser l’Église de refuser la modernité. Au sein même de l’Église, relativisant les condamnations de Pie IX, des libéraux catholiques ont persisté dans leur volonté d’adapter l’Église à la société moderne. De nos jours, elles raillent sur son incapacité à s’adapter au nouveau monde ou encore son attachement à un passé qui n’est plus. Ses positions en terme de morale sont ainsi vivement décriées. L’opinion publique s’insurge contre son refus de ce qui lui paraît aujourd’hui normales comme l’avortement, l’homosexualité ou l’idéologie du genre. Elle lui reproche de ne pas songer aux intérêts de la société et de défendre une position qu’elle n’a plus, de défendre sa propre gloire. Comme au temps du paganisme, elle l’accuse d’être l’ennemie de l’humanité.

Finalement, à la fin du XIXe siècle, conscient du danger que représente le libéralisme catholique, le pape Léon XIII s’est exprimé à plusieurs reprises pour rappeler à son tour l’enseignement de l’Église sur le cœur du problème que soulève la « modernité », c’est-à-dire sur les « libertés modernes ». Nous allons donc l’entendre dans le cadre de notre étude apologétique…

Le pape Léon XIII, un pape des temps modernes

Le cardinal Pecci est élu pape le 20 février 1878 sous le nom de Léon XIII (1878-1903). Il succède au bienheureux Pie IX. Son long pontificat est particulièrement fécond dans de nombreux domaines. Il est surtout connu pour la doctrine sociale qui constitue encore une référence pour l’Église. Elle a été définie par l’encyclique Rerum Novarum (15 mai 1891), dans laquelle elle précise un ensemble de principes tout en rejetant les idéologies modernes comme le marxisme et le libéralisme économique. Pour répondre aux défis intellectuels de son époque et faire face aux critiques, il relance les études thomistes[3] et stimule les études bibliques[4]. Il encourage également la piété des fidèles envers l’Eucharistie et le Sacré-Cœur, et approfondit la dévotion mariale, notamment par le biais du rosaire et du scapulaire. Il rappelle enfin l’enseignement de l’Église en matière de politique, notamment sur l’origine du pouvoir civil[5].

Pour de nombreux historiens, Léon XIII apparaît comme « un pape des temps modernes ». Réputé pour son sens des réalités contemporaines, « il a compris que ces temps avaient leurs exigences, leurs problèmes, et un certain caractère irrémédiable auquel il fallait remédier. »[6] Conscient des problèmes de son époque, auxquels est aussi confrontée l’Église, et comme le dira le pape Benoît XVI[7], Léon XIII a fait face aux grandes questions que soulève la modernité tout en restant fidèle à l’enseignement de l’Église. Il a ainsi guidé et soutenu les catholiques. C'est pourquoi son long pontificat d’un quart de siècle est considéré comme « un des règnes les plus féconds […] de l’histoire. »[8]

Un pape engagé contre les erreurs modernes

Il est classique d’opposer le pontificat de Léon XIII à celui de son prédécesseur, le bienheureux Pie IX. Alors que le second est jugé comme conservateur, fermement opposé aux idées de son temps, au travers notamment de l’encyclique Quanta Cura et du Syllabus[9], le premier est présenté comme plus ouvert à la modernité. L’un témoignerait le raidissement de l’Église quand l’autre serait plutôt le symbole de l’adaptation et de l’ouverture. Léon XIII est ainsi parfois décrit comme le pape qui a osé accepter le monde moderne. Un tel schéma ne tient guère devant les faits historiques. Comme Pie IX, Léon XIII a fermement et clairement condamné les erreurs de son temps, telles que le marxisme, le socialisme, le libéralisme, etc. Fort de son érudition et de son expérience, il précise même davantage leurs principes et souligne leur incompatibilité avec le christianisme. Et dès le début de son pontificat, il engage contre les erreurs modernes un véritable combat, dont les enjeux sont clairement définis dans sa première encyclique, des enjeux d’ordre civilisationnel. Il veut en effet rejeter « cette sorte de civilisation qui répugne, au contraire, aux saintes doctrines et aux lois de l’Église », et qui « n’est autre chose qu’une fausse civilisation et doit être considérée comme un vain nom sans réalité. »[10]

Une fausse notion de la liberté au cœur des maux de la société moderne

Dans ses encycliques, Léon XIII aborde souvent le thème de la liberté. Rappelons que, depuis septembre 1870, Rome et ses territoires sont occupés par les armées du roi Victor-Emmanuel II au profit de l’unité de l’Italie. Le pape n’est donc plus souverain. Vivant comme un captif, il s’affirme comme prisonnier du Vatican. La perte de son pouvoir temporel lui est pourtant nécessaire pour la pleine liberté du pouvoir spirituel…

Léon XIII traite en effet souvent de la liberté telle qu’elle est conçue par l’esprit moderne. Dans sa première encyclique, il définit comme un des maux de la société moderne la « liberté effrénée d’enseigner et de publier tout ce qui est mal » ou encore « la propagation effrénée des erreurs », qu’« on ne doit pas saluer du nom de liberté »[11]. Dans une autre dédiée au mariage, il constate qu’« en ce moment, les esprits sont avides d’une liberté sans frein et secouent avec une abominable audace le joug de toute autorité »[12]. Dans celle portant sur l’origine du pouvoir civil, il revient plus longuement sur cette volonté de se soustraire à toute autorité et dénonce de nouveau « cette licence sans frein en dehors de laquelle beaucoup ne savent plus voir de vraies libertés. »[13] Aux archevêques et évêques de Bavière, qui résistent au Kulturkampf, Léon XIII rappelle qu’« on ne peut raisonnablement appeler liberté ce qui conduit et disperse les opinions jusqu’au caprice et à la fantaisie, bien plus, à une licence perverse, à une science fausse et menteuse qui est le déshonneur de l’esprit et une vraie servitude. »[14] Ainsi, Léon XIII revient souvent sur la fausse notion de liberté « qui, de nos temps, dégénère en licence »[15]. Pour connaître la vraie nature de la vérité, il nous renvoie à l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin. À cette fausse liberté, il oppose celle des enfants de Dieu et des chrétiens. Par ailleurs, il défend à plusieurs reprises la liberté de l’Église menacée de toute part, notamment en France et en Allemagne.

Léon XIII dénonce alors ceux qui « se donnent l’apparence de défenseurs […] de la liberté »[16] ou ceux qui « ont toujours à la bouche les mots de liberté »[17] ou encore « ces maîtres de mensonge qui promettent la liberté tandis qu’eux-mêmes sont les esclaves de la corruption. »[18] Il accuse notamment ceux qui, en France, « foule aux pieds les plus élémentaires notions de liberté »[19] au moment où l’État combat l’Église.

Notons enfin que Léon XIII ne se préoccupe pas uniquement de la liberté psychologique et morale. Il se préoccupe aussi de la liberté physique et sociale en prenant en compte l’esclavage classique, toujours en œuvre à la fin du XIXe siècle ou encore de l’esclavage moderne[20].

L’encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885)

Dans son encyclique Immortale Dei, Léon XIII traite plus longuement des différentes libertés que défendent la société moderne et qui s’opposent à la véritable notion de la liberté. Ce sont les « libertés modernes »[21], c’est-à-dire la liberté de conscience, la liberté religieuse et la liberté d’expression, au sein de l’État. Il en présente les erreurs et leurs conséquences.

Les libertés modernes se fondent sur des principes nouveaux, en particulier la souveraineté de l’homme. « Tous les hommes, dès lors qu’ils sont de même race et de même nature, sont semblables, et, par le fait, égaux entre eux dans la pratique de la vie ; chacun relève si bien de lui seul, qu’il n’est d’aucune façon soumis à l’autorité d’autrui »[ID], et par conséquent, qu’« il peut en toute liberté penser sur toute chose ce qu’il veut, faire ce qui lui plaît ; personne n’a le droit de commander aux autres. » [ID] Ainsi, « l’autorité publique n’est que la volonté du peuple »[ID]. Mais celui-ci lui délègue la fonction du pouvoir pour l’exercer en son nom. L’autorité ne relève donc plus toute entière de Dieu. « Il s’ensuit que l’État ne se croit lié à aucune obligation envers Dieu » et que « chacun sera libre de se faire juge de toute question religieuse, chacun sera libre d’embrasser la religion qu’il préfère, ou de n’en suivre aucune si aucune ne lui agrée. De là découlent nécessairement la liberté sans frein de toute conscience, la liberté absolue d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, la licence sans bornes et de penser et de publier ses pensées. »[ID]

De ces « libertés modernes » découlent l’indifférentisme religieuse au niveau de l’État. Par conséquent, l’État ne reconnaît plus la religion catholique, son Église et ses lois.  « La religion catholique est mise dans l’État sur le pied d’égalité, ou même d’infériorité, avec des sociétés qui lui sont étrangères. »[ID] Elle est considérée comme une association identique aux autres, dépendante de l’État. Cette situation politique s’inscrit dans la volonté des gouvernements de « chasser l’Église de la société »[ID] et de réduire à néant ses droits. La conséquence religieuse de cet indifférentisme est de favoriser l’athéisme puisque toutes les religions et tous les cultes apparaissent comme égaux. Car « relativement à la religion, penser qu’il est indifférent qu’elle ait des formes disparates et contraires équivaut simplement n’en vouloir ni choisir, ni suivre aucune. »[ID]

Enfin, la liberté d’expression « n’est pas de soi un bien dont la société ait à se féliciter ; mais c’est plutôt la source et l’origine de beaucoup de maux. »[ID] Elle dénature la liberté, qui, « doit s’appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. »[ID] Si elle s’applique indifféremment à la vérité et à l’erreur, au bien et au mal, l’intelligence et la volonté n’atteignent plus leur fin. Elle détourne les âmes de la vérité et favorise au contraire la licence et les actions coupables. « L’État s’écarte donc des règles et des prescriptions de la nature »[ID].

Finalement, par ses libertés modernes, l’État favorise une « liberté de perdition »[22], comme l’appelle Saint Augustin, une liberté opposée à la raison. Elle est finalement une véritable servitude

L’encyclique Libertas Praestantissum du 20 juin 1888

Lorsqu’il dénonce les maux de la société contemporaine et leurs causes, Léon XIII revient ainsi systématiquement sur la notion erronée de la liberté sans oublier ceux qui la défendent et la professent. Cette insistance n’est pas anodine. Elle révèle un caractère fondamental de la société moderne que l’Église ne peut guère accepter. C’est pourquoi « pour le bien de l’Église et le salut commun des hommes » et « afin de réfuter […] les opinions erronées et fallacieuses », Léon XIII lui dédie une encyclique, intitulée Libertas Praestantissum. En outre, malgré l’encyclique Immortale Dei, « beaucoup s’obstinent à voir dans ces libertés, même en ce qu’elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques »[23], Léon XIII décide d’être encore plus clair et plus ferme en dédiant une encyclique aux libertés modernes.

La nécessité de connaître la véritable notion de la liberté

L’encyclique Libertas Praestantissum revient sur un élément essentiel de notre foi, à savoir que Notre Seigneur Jésus-Christ a libéré l’homme de son antique esclavage, a restauré et accru l’ancienne dignité de sa nature. Or, « la liberté, bien excellent de la nature et apanage exclusif des êtres doués d’intelligence ou de raison, confère à l’homme une dignité en vertu de laquelle il est mis entre les mains de son conseil et devient le maître de ses actes. » Effectivement, la liberté n’a pas de sens pour les autres êtres vivants. Elle n’est possible que pour celui qui peut choisir et décider, c’est-à-dire pour l’homme. Elle nécessite en effet une intelligence et une volonté. Cela n’est pas sans conséquence pour son bonheur. Selon ses choix, il peut soit « parvenir à sa fin suprême », soit « courir à une perte volontaire. » Ainsi, « de l’usage de la liberté naissent les plus grands maux comme les plus grands biens ». 

C’est ainsi que, conformément à la mission que Notre Seigneur Jésus-Christ lui a confiée, l’Église a toujours été soucieuse d’étendre la liberté chez les hommes. Pourtant, « on compte un grand nombre d’hommes qui croient que l’Église est l’adversaire de la liberté humaine ». Cette accusation est erronée. Elle s’explique par « l’idée défectueuse […] que l’on se fait de la liberté », par altération ou par exagération. Or, comment est-il possible de bien user de liberté si on ignore ce qu’elle est ?

Comme nous l’avons déjà évoqué[24], la liberté peut porter sur trois domaines : physique, morale et psychologique. L’encyclique Libertas Praestantissum traite de « la liberté morale considérée soit dans les individus soit dans la société ». Cependant, elle n’oublie pas la liberté psychologique, dite encore naturelle, puisqu’elle est « la source et le principe d’où toute espèce de liberté découle d’elle-même et comme naturellement. »

La liberté naturelle, une faculté spécifiquement humaine

La liberté naturelle, appelée aussi libre arbitre, est propre aux hommes. Nous sommes dotés d’une raison contrairement aux animaux qui n’obéissent qu’à leurs sens et ne sont poussés que par leurs instincts. Et, « à l’égard des biens de ce monde », la raison « donne à la volonté le pouvoir d’option pour choisir ce qui lui plaît. » Par notre âme, qui « comprend, par sa pensée, les raisons immuables du vrai et du bien », l’homme reconnaît que ces biens particuliers ne sont pas nécessaires. Ses actes n’étant pas déterminés, il est libre de les choisir. Or, « celui qui a la faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maître de ses actes. ». Ainsi, contrairement aux animaux, l’homme est responsable de ses actes. « La liberté n’est pas autre chose que la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé. »

Puisque nous agissons pour obtenir un bien, ou dit autrement, que le bien agit sur notre appétit afin que nous agissions, la liberté naturelle ou le libre-arbitre est « le propre de la volonté ». Mais notre volonté ne peut se mouvoir si elle n’est pas d’abord éclairée par notre raison. Ainsi, le bien que nous désirons est nécessairement le bien en tant que connu par la raison. En outre, tout choix est précédé d’un jugement sur la vérité des biens et sur la préférence que nous devons accorder à l’un d’eux sur les autres. Or, « juger est de la raison, non de la volonté. » Par conséquent, « étant admis que la liberté réside dans la volonté, laquelle est de sa nature un appétit obéissant à la raison, il s’ensuit qu’elle-même, comme la volonté, a pour objet un bien conforme à la raison. »

Or, n’étant pas parfaites, la raison et la volonté peuvent se tromper. Le bien que propose l’intelligence à la volonté peut n’être qu’un bien en apparence, c’est-à-dire « un bien faux et trompeur ». S’y attacher constitue « un défaut de liberté », ou encore « la corruption et l’abus de la liberté » puisque la volonté se meut vers un bien qui n’en est pas un. En outre, si la volonté n’obéit pas à la raison, ou que nous agissons contre la raison, nous n’agissons pas par nous-mêmes mais comme par une impulsion étrangère. C’est pourquoi, selon Saint Thomas d’Aquin, « la faculté de pécher n’est pas une liberté, mais une servitude. » Ou encore, « celui qui commet le péché est esclave du péché. » (Jean, VIII, 34)

La liberté a besoin de la loi

En raison des faiblesses de notre raison et de notre volonté, et pour nous aider à nous mouvoir vers le bien et à nous détourner du mal afin de bien user de notre liberté naturelle, il nous est nécessaire de disposer d’une règle de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, c’est-à-dire d’une loi. Celle-ci définit « non seulement ce qui est bien en soi ou ce qui est mal, mais aussi ce qui est bon et, par conséquent, à réaliser, ou ce qui est mal et, par conséquent, à éviter. » C’est ce que doit aussi définir notre raison. Ainsi, « cette ordination de la raison, voilà ce qu’on appelle la loi. » Il est donc absurde de croire que l’homme, étant libre par nature, doit être exempté de toute loi. Au contraire, c’est parce qu’il est libre par nature qu’il a nécessairement besoin de la loi. Un animal n’a pas besoin de loi puisqu’il agit par nécessité, sous l’impulsion de la nature. Finalement, « c’est la loi qui guide l’homme dans ses actions et c’est elle aussi qui, par la sanction des récompenses et des peines, l’attire à bien faire et le détourne du péché. »

« Telle est, à la tête de toute, la loi naturelle qui est écrite et gravée dans le cœur de chaque homme, car elle est la raison même de l’homme, lui ordonnant de bien faire et lui interdisant de pécher. »

Une loi qui n’est pas autre chose que la loi éternelle

Mais cette « ordination de la raison » ne peut avoir force de loi si elle n’est pas prescrite par une raison qui nous est supérieure, à laquelle nous devons obéissance. Toute loi repose en effet sur une autorité, c’est-à-dire sur « un pouvoir véritablement capable d’établir ces devoirs et de définir ces droits, capable aussi de sanctionner ses ordres par des peines et des récompenses. » Évidemment, cette autorité ne peut résider dans l’homme. Il ne peut se donner à lui-même la règle de ses propres actes. « Il suit donc de là que la loi naturelle n’est autre chose que la loi éternelle, gravée chez les êtres doués de raison et les inclinant vers l’acte et la fin qui leur conviennent, et celle-ci n’est elle-même que la raison éternelle du Dieu créateur et modérateur du monde. »  

Dieu peut aussi directement éclairer notre intelligence et guider notre volonté, la raffermir et la fortifier pour que nous puissions exercer plus facilement et sûrement notre liberté naturelle. Il est faux de croire que cette grâce divine remette en cause notre liberté naturelle puisque, émanant de Dieu Lui-même, de notre propre créateur, elle est « merveilleusement et naturellement apte à conserver toutes les natures individuelles et à garder à chacune son caractère, son action, son énergie. »

La liberté au sein de la société

« Ce qui vient d’être dit de la liberté des individus, il est facile de l’appliquer aux hommes qu’unit entre eux la société civile » en attribuant le rôle de la raison et de la loi naturelle à « la loi humaine promulguée pour le bien commun des citoyens ». Cependant, parmi ce qui est prescrit ou interdit, se trouvent des commandements naturels qui ne tirent pas leur origine de la société puisqu’ils lui sont antérieurs et qu’ils doivent être rattachés à la loi naturelle et donc à la loi éternelle. Au sein de la société, « l’office di législateur civil se borne à obtenir, au moyen d’une discipline commune, l’obéissance des citoyens, en punissant les méchants et les vicieux, dans le but de les détourner du mal et de les ramener au bien, ou du moins de les empêcher de blesser la société et de lui être nuisible. » Les autres commandements découlent de la loi naturelle et précisent ses applications.

« Donc, dans une société d’hommes, la liberté digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plaît : ce serait dans l’État une confusion extrême, un trouble qui aboutirait à l’oppression ; la liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les prescriptions de la loi éternelle. » Si une prescription d’un pouvoir quelconque s’oppose aux principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public, elle n’aurait aucune force de loi comme le rappelle Saint Augustin, « parce que ce ne serait pas une règle de justice et qu’elle écarterait les hommes du bien pour lequel la société a été formée. »[25]

Finalement, « par sa nature donc et sous quelque aspect qu’on la considère, soit dans les individus, soit dans les sociétés, et chez les supérieurs non moins que chez les subordonnés, la liberté humain nécessite d’obéir à une règle suprême et éternelle ; et cette règle n’est autre que l’autorité de Dieu nous imposant ses commandements ou ses défenses ; autorité souverainement juste, qui, loin de détruire ou de diminuer en aucune sorte la liberté des hommes , ne fait que la protéger et l’amener à sa perfection, car la vraie perfection de l’être, c’est de poursuivre et d’atteindre sa fin ; or, la fin suprême vers laquelle doit aspirer la liberté humaine, c’est Dieu. »

La liberté selon le libéralisme et ses conséquences

Mais, nombreux sont ceux qui « entendent par le nom de liberté, ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. » Ce sont les « Libéraux », qui « appliquent dans les mœurs et la pratique de la vie les principes posés par les partisans du Naturalisme », c’est-à-dire « la domination souveraine de la raison humaine, qui, refusant l’obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d’elle-même, ne reconnaît qu’elle-seule pour principe suprême, source et juge de la vérité. » Refusant la souveraineté de Dieu et sa loi éternelle, ils conçoivent une morale dite indépendante, qui, « sous l’apparence de la liberté, détournant la volonté de l’observation des divins préceptes, conduit l’homme à une licence illimitée. »

Léon XIII définit les conséquences de la doctrine libérale au niveau communautaire ou social et individuel. Au niveau individuel, « si l’on fait dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine le bien et le mal, on supprime la différence propre entre le bien et le mal ; […] ce qui plaît sera permis. » Une telle doctrine morale sera bien impuissante à freiner et à empêcher les passions humaines ou tout mouvement désordonné de l’âme. Nous en déduisons finalement les conséquences : « l’accès à toutes les corruptions de la vie. »

Au niveau social, du refus de se soumettre à la volonté de Dieu, il est aisé de conclure que « la cause efficience de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l’homme, mais dans la libre volonté de chacun ». Par conséquent, ce que la raison individuelle est pour l’individu, c’est-à-dire la loi qui règle sa vie, la raison collective doit l’être pour la société. Et finalement, la loi du grand nombre crée le devoir et le droit.

En refusant la souveraineté de Dieu sur la société et sur l’homme, « il est naturel que la société n’ait plus de religion, et tout ce qui touche à la religion devient dès lors l’objet de la plus complète indifférence. » En outre, sans le lien de la conscience, seule la force pourra contenir les passions populaires. Mais elle serait bien insuffisante pour la contenir. Finalement, une telle doctrine est source de désordre et de trouble au détriment de la vraie liberté.

Différents degrés de libéralisme

Conscients qu’une telle liberté la corrompe finalement et ouvre droit à la licence, des libéraux ne veulent point aller à de tels excès. Ils souhaitent donc que la liberté soit dirigée par la droite raison et qu’elle soit soumise au droit naturel et à la loi divine et éternelle sans néanmoins accepter celles qui ne serait pas inspirées par cette même raison naturelle. Or une telle doctrine est contradictoire. Est-il en effet cohérent de vouloir obéir à la volonté de Dieu tout en voulant mettre des bornes à sa souveraineté de Dieu ? Si la raison humaine veut déterminer les droits de Dieu et ses devoirs à elle, leurs limites ainsi que leurs conditions, cela revient finalement à n’obéir qu’à soi-même. « Le respect des lois divines aura chez elle plus d’apparence que de réalité, et son jugement vaudra plus que l’autorité et la Providence divine. »

Pour d’autres libéraux, les lois divines doivent régler la vie des individus mais non celle des États. Celui-ci peut légiférer sans en tenir compte, ce qui conduit notamment à la séparation de l’Église et de l’État.  Or, « la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer la vie […] selon les lois de Dieu ». Comment cela serait-il possible si l’État se désintéresse de ces lois ou même aller contre elles ? Les gouvernements doivent agir non seulement pour les biens extérieurs de l’individu mais aussi et surtout ceux de l’âme. En fait, une telle doctrine n'est pas réaliste : « le pouvoir civil et le pouvoir sacré, bien que n’ayant pas le même but et ne marchant pas par les mêmes chemins, doivent pourtant, dans l’accomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelques fois l’un et l’autre. » Car ils exercent leur autorité sur les mêmes objets. Leur séparation est donc absurde et conduirait nécessairement à des conflits funestes aux individus.

Léon XIII montre ainsi que les doctrines qui tentent de réduire les effets du libéralisme sont finalement absurdes. Car le vice du libéralisme ne réside pas dans l’application du principe du libéralisme mais dans le principe lui-même.

La liberté religieuse

La vertu de religion est, « parmi tous les devoirs de l’homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l’homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion », puisque l’homme est sous la dépendance de Dieu et que sa fin est Dieu. En outre, aucune vertu morale ne peut exister sans la religion puisque la véritable vertu doit le conduire à sa fin, c’est-à-dire au bien suprême, c’est-à-dire à Dieu. Or, quelle religion doit-il suivre si ce n’est celle qu’Il a lui-même prescrite et qui est facile de reconnaître grâce à des « signes externes par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable » ? La liberté a donc pour objectif de permettre à chacun de la suivre. Or, la liberté telle que propose l’esprit moderne donne « le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour se tourner vers le mal » C’est pourquoi elle n’est plus la liberté mais « une dépravation de la liberté et une servitude de l’âme sans l’abjection du péché. »

Selon toujours l’esprit moderne, l’État doit être indifférent à la religion, même si le peuple est catholique. Cela signifie qu’il ne veut remplir aucun devoir envers Dieu.  Or, « la réunion des hommes en société » est « l’œuvre de la volonté de Dieu » La société civile doit Le reconnaître comme son principe et son auteur, et, par conséquent « rendre à sa puissance et à son autorité l’hommage de son culte. » En outre, la puissance publique a pour raison d’être de répondre aux besoins de la communauté et pour objectif de conduire les citoyens à la prospérité de la vie terrestre ainsi que de leur « accroître la faculté d’atteindre ce bien suprême et souverain dans lequel consiste l’éternelle félicité des hommes, ce qui devient impossible sans la religion. » Il est donc nécessaire de professer une religion dans la société et celle qui est la seule et vraie religion. Il est du devoir du chef de l’État de la protéger et de la défendre. Un État ne doit pas être athée.

De plus, la religion est utile pour les gouvernants comme pour les gouvernés. Celle-ci « impose avec une très grave autorité aux princes l’obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne point commander avec injustice ou dureté, et de conduire les peuples avec bonté et presque avec un amour paternel. » Elle recommande aux citoyens la soumission à l’égard des autorités comme à des représentants de Dieu, les unissant aux chefs de l’État par les liens de l’obéissance, du respect et de l’amour. Elle fait croître les bonnes mœurs qui favorisent la liberté, la prospérité et la puissance d’une nation comme en témoignent l’histoire et la raison.

La liberté d’expression

Une liberté d’expression sans tempérance et mesure n’est pas un droit. « Il serait absurde de croire qu’elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. » Le mensonge et le vice ne peuvent être propagés sans nuire à l’esprit, au cœur et aux mœurs. Pour « la multitude ignorante », ils deviennent une oppression, contre les faibles, une violence. « Il est juste que l’autorités publique emploie à les réprimer avec sollicitude, afin d’empêcher le mal de s’étendre pour la ruine de la société. » Et en raison des subtilités de la dialectique, surtout lorsque celle-ci flatte les passions, « la plus nombreuse de la population ne peut en aucune façon, ou ne peut qu’avec une très grande difficulté se tenir en garde. » La liberté d’expression a pour conséquence la domination des erreurs les plus pernicieuses et les plus perverses. « Tout ce que la licence y gagne, la liberté le perd. »

Cependant, sur « les matières libres que Dieu a laissées aux disputes des hommes », chacun est libre de se former une opinion et de l’exprimer librement. Elle est même utile pour rechercher et connaître la vérité.

La liberté d’enseignement

Portant toujours son regard sur le bien de l’âme, l’encyclique définit la fin de l’enseignement qu’est d’élever l’esprit à la vérité : « l'enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela qu'il s'adresse aux ignorants ou aux savants, afin qu'il apporte aux uns la connaissance du vrai, que dans les autres, il l'affermisse. » Par conséquent, l’enseignant doit « extirper l’erreur des esprits » et les protéger des fausses opinions. Ainsi, il est contraire à la raison de défendre la liberté de l’enseignement, laissant à chacun le droit d’enseigner des choses à sa guise, surtout lorsque nous connaissons le poids de l’autorité à l’égard de ses élèves. Afin d’éviter « que l'art de l'enseignement puisse impunément devenir un instrument de corruption », la liberté d’enseignement doit être encadrée.

 « La vérité […] doit être l’objet unique de l’enseignement ». Il existe deux sortes de vérités : la vérité surnaturelle et la vérité naturelle. Ce sont deux trésors qu’il faut préserver de la corruption. La première est révélée par Dieu lui-même quand les secondes proviennent de la raison et constitue« le commun patrimoine du genre humain » et sur laquelle repose les mœurs, la justice, la religion ainsi que la société.

L’encyclique rappelle le rôle bénéfique de l’Église dans la recherche, le progrès et l’enseignement de la science. Dans les « matières qui n'ont pas une connexion nécessaire avec la doctrine de la foi et des mœurs chrétiennes », l’Église laisse toute liberté aux savants.

La liberté de conscience

La liberté de conscience peut être entendue selon deux sens, la première correspondant à la liberté religieuse, la seconde au « droit de suivre, d'après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu, et d'accomplir ses préceptes sans que rien puisse l'en empêcher. » Quand l’encyclique parle de liberté de conscience, elle ne retient que ce dernier sens. L’Église la défend absolument, comme elle en a souvent témoigné dans le passé, « cette liberté, la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu, qui protège si glorieusement la dignité de la personne humaine » et qui « est au-dessus de toute violence et de toute oppression. » Cette liberté n’est pas contraire au devoir d’obéissance que nous devons à la puissance publique tant que celle-ci demeure conforme à la volonté divine et reste dans son périmètre de responsabilités. C’est pourquoi, en cas de désaccord avec l’autorité, il est juste de ne pas lui obéir.

De la tolérance au mal

Cependant, consciente de la faiblesse des hommes, l’Église tolère certaines choses contraires à la justice et à la vérité afin d’éviter de plus grands maux, d’obtenir ou de conserver de plus grands biens. De même, l’État doit aussi pratiquer cette tolérance. « Néanmoins, […], si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. » En outre, la tolérance au mal, qui appartient aux « principes de prudence politique », doit être limitée afin qu’elle ne soit pas nuisible au salut publique, qui est sa raison d’être.

De même, selon cette même prudence et sans s’écarter de sa raison d’être, qui est le salut des âmes, l’Église peut tolérer des libertés modernes sans néanmoins les approuver. Car « une chose demeure toujours vraie, c'est que cette liberté, accordée indifféremment à tous et pour tous, n'est pas, comme nous l'avons souvent répété, désirable par elle-même, puisqu'il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits. » Elle a aussi le droit et le devoir de protester contre toute tolérance excessive sans manquer de patience et de douceur.

Résumé de l’encyclique

Le principe que souligne l’encyclique et sur lequel repose sa ferme opposition aux libertés modernes est « que l'homme doit nécessairement rester tout entier dans une dépendance réelle et incessante à l'égard de Dieu, et que, par conséquent, il est absolument impossible de comprendre la liberté de l'homme sans la soumission à Dieu et l'assujettissement à sa volonté. Nier cette souveraineté de Dieu et refuser de s'y soumettre, ce n'est pas la liberté, c'est abus de la liberté et révolte ». Or, « c’est précisément d'une telle disposition d'âme que constitue et naît le vice capital du Libéralisme. » C’est pourquoi, quel que soit son degré, l’Église condamne fermement le libéralisme sous toutes ses formes.

Par conséquent, « il n’est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. Si vraiment la nature les avait conférés, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu, et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine. Il suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et au désordre. » Finalement, l’encyclique rappelle le principe selon laquelle « une liberté ne doit être réputée légitime qu'en tant qu'elle accroît notre faculté pour le bien ; hors de là, jamais. »

Mais, lorsque ces libertés sont en vigueur dans un État, les fidèles doivent en user pour faire le bien tout « en ayant à leurs égards les sentiments qu’a l’Église. » Et dans une société où on laisse toute licence au mal, nous devons chercher le pouvoir de toujours faire le bien.

Conclusions

Il peut paraître étrange qu’une société qui se veut guider par la seule raison soit si déraisonnable. Léon XIII peut aussi paraître un des premiers prophètes du monde moderne tant la situation qu’il a prévu est là clairement devant nos yeux. La licence et le mensonge, la corruption des mœurs et de l’esprit, ne font que s’empirer de jour en jour au détriment du plus grand nombre, bien peu armé pour s’opposer à la puissance de la parole habile et aux ambitions des plus forts. Les outils modernes tels les réseaux sociaux ne font qu’amplifier un phénomène qui n'a pas cessé de s’étendre depuis des générations. Une minorité a toute liberté pour imposer à tous sa manière de penser et de vivre. Elle est si puissante qu’elle n’ose plus se cacher pour étendre leurs vices et leurs mensonges. Et pour ceux qui s’y opposent, peu à peu, leur liberté se voit limitée. Il ne leur est même plus possible de les condamner sans être victime de la justice des hommes ou de l’opinion…

Mais, tout cela n’est pas extraordinaire. Tout est simplement cohérent. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’homme livré à lui-même ne peut aboutir qu’à cette sinistre réalité. Ce qui est déraisonnable est justement de ne pas entendre sa raison et les leçons de son passé. Forte de son histoire et de son expérience, éclairée par les lumières tant de la raison que de la foi, l’Église connaît bien l’homme dans toute sa réalité, ses faiblesses et ses forces. Elle ne vit pas de chimères. Elle ne se nourrit pas de belles utopies. Elle agit dans un monde réel.

« Les idées développées par le pape et les thèmes abordés, bien que forcément marqués par leur époque, sont d’une acuité intellectuelle toujours vivace. »[26] Léon XIII expose clairement la cause des maux qui nous frappent durement aujourd’hui. En nous détournant de Dieu, ou en vivant comme s’Il n’existait pas, il n’y a point d’autres issus que le déclin et le désastre civilisationnel. En mettant l’homme au centre de la vie, en le désignant comme sa seule fin, il n’y a point non plus d’autres issus que le désordre et la violence. La liberté sans limite ou pour elle-même n’a point de sens. Avec de tels principes, la société non plus n’a plus de raison d’être. C’est une société qui fabrique des esclaves et des fous. La liberté qu’elle vend, ce n’est pas la liberté qui sauve. C'est une véritable servitude.  Car seule la vérité rend libre …

Ainsi, il n’est point possible d’accepter les libertés modernes ou de se compromettre avec ceux qui les professent ou les défendent. Le libéralisme est clairement inacceptable pour les chrétiens. Nous ne pouvons que tolérer ce mal tout en cherchant à s’en servir pour faire le bien pour la plus grande gloire de Dieu. Car finalement, hors de Dieu, que pouvons-nous trouver, sinon la mort ? …


Notes et références

[1] Voir Émeraude, juillet 2024, article "Le Syllabus, contre les erreurs de notre temps".

[2] Pie IX, Syllabus et l’encyclique. Texte officiel et quelques notes. 5ème édition augmentée du texte latin du Syllabus, 1877, Sandoz et Fischbacher, gallica.bnf.fr. Le Syllabus accompagne l’encyclique Quanta cura.

[3] Encyclique Aeterni Patris, le 4 août 1879. Léon XIII fonde l’Académie pontificale Saint Thomas à Rome, destinée à l’étude et à la diffusion de la doctrine thomiste.

[4] Encyclique Providentissimus Deus, le 18 novembre 1893. Il institue une commission biblique chargée d’étudier les questions les plus ardues de la Sainte Écriture et de surveiller l’exégèse catholique.

[5] Encyclique Diuturnum, 29 juin 1881.

[6] Pierre de Luz, Histoire des Papes, 2ème tome, XII, éditions Albin Michel, 1960.

[7] Benoît XVI, Homélie du 5 septembre 2010 lors du bicentenaire de la naissance du pape Léon XIII.

[8] A. Boulenger, Histoire de l’Église, troisième époque, période contemporaine, chap. IV, I, n°290, A, librairie Emmanuel Vitte, 1923.

[9] Voir Émeraudejuillet 2024, article "Le Syllabus, contre les erreurs de notre temps".

[10] Léon XIII, Inscrutabili Dei Consilio sur les maux de la société moderne, 21 avril 1878, laportelatine.org.

[11] Léon XIII, Inscrutabili Dei Consilio.

[12] Léon XIII, Arcanum Divinae sur le mariage chrétien, 10 février 1880, vatican.va.

[13] Léon XIII, Diuturnum sur l’origine du pouvoir civil, 26 juin 1881, vatican.va.

[14] Léon XIII, Officio sanctissimo, 22 décembre 1887, laportelatine.va.

[15] Léon XIII, Aeterni Patris, 4 août 1879, vatican.va.

[16] Léon XIII, Inscrutabili Dei Consilio.

[17] Léon XIII, Humanum genus, condamnant le relativisme philosophique et moral de la franc-maçonnerie, 20 avril 1884, vatican.va.

[18] Léon XIII, Sapientae Christianae sur les principaux devoirs des chrétiens, 10 janvier 1890, vatican.va.

[19] Léon XIII, Au milieu des sollicitudes, 16 février 1892, vatican.va.

[20] L’encyclique In plurimis du 5 mai 1888 adressée aux évêques brésiliens traite de l’esclavage en raison de la loi qui l’abolit au Brésil. L’encyclique Rerum Novarum s’intéresse à l’esclavage moderne que crée l’industrialisation de l’Europe. Il demande ainsi aux riches et patrons de ne point traiter l’ouvrier en esclave.

[21] Léon XIII, Immortale Dei, 1er novembre 1885, vatican.va. Les citations provenant de ce texte seront suivies de [ID].

[22] Saint Augustin, Epist. IV, ad Donatistas, cap. II, n°9.

[23] Léon XIII, Libertas Praestantissum, 20 juin 1888, vatican.va. Les citations proviennent de cette encyclique.

[24] Voir Émeraude, juin 2024, article "La liberté de conscience".

[25] Saint Augustin, Du libre arbitre, 1. I, c. 4, n°15, dans l’encyclique Libertas Praestantissum.

[26] Jean-Baptiste Noé, Léon XIII et la liberté, contrepoints.org, 14 juillet 2012. Jean-Baptiste Noé est directeur d’Orbis, école de géopolitique.