Face
à ce cataclysme, aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les Nations
Unies proclament à plusieurs reprises leur foi dans la dignité humaine et
dans la valeur de la personne humaine, d’abord dans sa Charte, en 1945 puis dans
la Déclaration
universelle des droits de l’homme en 1948. Depuis cette dernière
proclamation, plus d’une trentaine de constitutions nationales font
explicitement références à la dignité humaine à la fin du XXe siècle. En
France, si elle est absente dans la constitution, elle est élevée au rang de
principe à valeur constitutionnelle depuis une décision du Conseil
constitutionnel de 1994 au sujet de la loi dite de bioéthique. La dignité
humaine devient alors un des principes clés du droit, voire « la source de tous les droits fondamentaux »[1]. Elle est au cœur des
questions de bioéthique.
La
dignité humaine ne concerne pas uniquement le droit. Elle ne se limite pas non plus à
des questions philosophiques. Elle concerne chacun d’entre nous. Elle intéresse
donc naturellement l’Église catholique. De nombreux textes pontificaux portent
en effet sur ce sujet ou le mentionnent pour réaffirmer son importance. La
dignité humaine est même le titre d’une déclaration du deuxième concile de
Vatican. Dernièrement, en 2024, la Curie romaine publie enfin un texte consacré
à ce sujet dans le but de clarifier le concept de dignité humaine et en dénoncer
les principales violations.
Dans
cet article, nous allons présenter brièvement la conception de la dignité
humaine selon les documents et interventions pontificaux à partir de la fin du
XIXe siècle…
La
dignité humaine face à la misère morale et sociale
Léon
XIII y mentionne à plusieurs reprises la « dignité naturelle » que tout homme possède, que Dieu traite
« avec un très grand respect »(§36)
et que personne ne doit « violer
impunément »(§36). En rachetant tous les hommes, Notre Seigneur
Jésus-Christ les a rétablis « dans
leur dignité d’enfants de Dieu »(26). La dignité naturelle est ainsi « relevée encore par celle du chrétien »(§9).
Le terme de « dignité » est
ainsi employé pour désigner la valeur intrinsèque de l’homme, donnée par
sa nature et restaurée par l’œuvre de la Rédemption, une valeur qui ne dépend donc
pas de ses attributs, de son état ou de ses spécificités.
Par
cette encyclique, Léon XIII fait prendre conscience que toute homme possède
une valeur éminente d’où découlent des droits et des devoirs. Le pape Pie
XI voit, dans sa doctrine et le mouvement social chrétien qui s’en inspire, la
prise de conscience « des droits
sacrés » que les ouvriers « tiennent
de leur dignité d’hommes et de chrétiens. »[3] Il réaffirme la position
de l’Église contre toute forme d’exploitation et de deshumanisation de l’homme.
L’ouvrier n’est pas un objet qu’on marchande…
La
dignité humaine face aux idéologies totalitaires
Dans
l’encyclique Divini Redemptoris, Pie XI dénonce le communisme qui « enlève à la personne humaine tout ce qui
constitue sa dignité » et qui « ne reconnaît à l’individu, en face de la collectivité, aucun des droits
naturels à la personne humaine ; celle-ci, dans le communisme, n’est plus
qu’un rouage du système. »
Dans
l’encyclique Firmissimam constantiam [5],
Pie XI rappelle que la dignité humaine nécessite un minimum de bien-être
indispensable et dénonce le sort indigne que connaissent les chrétiens au
Mexique.
Dans
l’encyclique Mit brenneder Sorge [6],
Pie XI s’oppose au régime totalitaire que connaît l’Allemagne.
Dans
tous ces textes, Pie XI rappelle les fondements de la dignité de l’homme, créée
à l’image de Dieu et à sa ressemblance, et racheté par Notre Seigneur
Jésus-Christ, et des droits et des devoirs qui en découlent, en matière
sociale, économique, politique, civile, …Il souligne qu’il est du devoir de
l’État de la protéger.
La
dignité humaine face à la guerre
Les
exigences de la dignité humaine
Le
pape Jean-Paul II définit en quoi consiste la dignité humaine. Il insiste sur
la liberté. Elle « exige que chacun
agisse suivant une détermination consciente et libre »(§34), et non
sous l’effet de la contrainte ou de pressions extérieures. « Une société fondée uniquement sur des
rapports de force n’aurait rien d’humain. »(§34) La dignité de
l’homme revient donc à être libre et raisonnable. Mais, cela ne va pas à
l’encontre de l’ordre moral qui se fonde objectivement sur Dieu, un ordre
« universel, absolu et immuable dans
ses principes »(§38) qui demeure conforme à la dignité humaine.
La
dignité humaine a alors une double conséquence. Elle nous oblige comme elle
oblige l’autre à notre égard. De la dignité humaine découle des droits et
des devoirs que l’encyclique définit par la suite. À un droit correspond à un
devoir. L’un ne va pas sans l’autre. Les droits sont « autant d’expressions de sa dignité qu’il
devra les faire valoir »(§44).
Enfin,
l’encyclique souligne à plusieurs reprises que tous les hommes, y compris
l’étranger et « l’homme égaré dans
l’erreur »(§158), sont égaux en dignité, qu’il qualifie de
naturelle. Sans-doute, elle évoque par-là la dignité humaine uniquement du
point de vue de la nature humaine.
La
dignité humaine et la liberté religieuse
La
dignité humaine est reconnue en tous les hommes, « parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire douées de raison et de
volonté libre, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle »(§2).
Notons que le terme de « personne »
est ainsi pris au sens kantien. Par conséquent, ils ne peuvent être contraints
à embrasser une religion. La déclaration précise que Dieu ne contraint pas non
plus l’homme en raison de sa dignité qu’Il a Lui-même créée (§11).
Enfin,
la déclaration souligne la prise conscience progressive, « toujours plus vive » (Préambule), de
l’homme en la dignité humaine, par « l’expérience »
qui en « manifeste toujours plus
pleinement les exigences à la raison humaine »(§9) et par « le ferment évangélique »(§12).
Nous
pouvons noter que la dignité humaine n’est considérée qu’au point de vue
naturelle, sans-doute en raison de la portée du document qui n’est qu’une
déclaration faite au monde.
La
dignité de la vie, objet d’un scandale inadmissible
Jean-Paul
II trouve la cause de cette contradiction dans une conception erronée de la
personne juridique, considérée uniquement comme « l’être qui présente une autonomie complète »(19), ou encore
dans une conception d’une « dignité
personnelle » qui l’identifie avec « la communication verbale explicite et, en tout cas, dont on fait
l’expérience. »(19) Ces conceptions excluent tout être humain qui doit
naître ou celui qui va mourir, en raison de ses faiblesses, de ses dépendances
à l’égard des autres, de son incapacité à s’exprimer par la parole. Cependant,
il est à noter que cette conception erronée de la personne est plutôt confortée
par la déclaration Dignitatis Humanae.
La
situation s’explique aussi par une mauvaise conception de la liberté, issu
du relativisme et de l’individualisme. Elle « révèle une conception de la liberté totalement individualiste qui finit
par être la liberté des « plus forts » s’exerçant contre les faibles
près de succomber. »(19) Ainsi, « comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine
lorsqu'on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes ? »(20)
La perte de sens
Or,
en contemplant Notre Seigneur Jésus-Christ dans l’œuvre de la Rédemption, toute
la dignité humaine se révèle avec éclat. « Dans la foi en Jésus, « auteur de la vie » (Ac 3, 15), la vie qui est
là, abandonnée et implorante, retrouve conscience de soi et pleine dignité. »(32)
Mais sa « très haute dignité »
plonge d’abord ses racines dans l’œuvre de la Création. « La dignité de la vie n'est pas seulement
liée à ses origines, au fait qu'elle vient de Dieu, mais aussi à sa fin, à sa
destinée qui est d'être en communion avec Dieu pour le connaître et l'aimer. »(38)
C’est en écoutant la Parole de Dieu, c’est-à-dire en faisant sa volonté, que
l’homme peut vivre en toute dignité. La dignité humaine intrinsèque à l’homme
exige un comportement à sa hauteur, sans quoi il ne peut vivre dignement.
Jean-Paul II distingue donc deux types de dignité humaine, l’un liée à la
nature humaine, l’autre à son comportement.
Jean-Paul
II rappelle aussi le devoir de chacun, un devoir humain élémentaire, de
refuser toute participation à la perpétration d’une injustice, toute
coopération à une action mauvaise, à des pratiques contre la vie et en
opposition avec la loi de Dieu, même si elles sont légales. Ce serait contraire
à sa dignité.
Enfin,
Jean-Paul II définit la dignité humaine comme le fondement de la société.
Sa méconnaissance « mine à la racine
la vie même de la société civile. »(90) Ainsi, « pour l'avenir de la société et pour le
développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir
l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui
découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la
dignité de la personne : ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune
majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que
l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir. »(71)
Le
déclaration Dignitas Infinita, synthèse de l’enseignement de l’Église
L’expression
« dignitas infinita » ou
« infinie dignité » peut
d’abord nous surprendre. Elle est en effet une reprise d’une déclaration de
Jean-Paul II[16].
Ce pape l’a utilisé pour en souligner son caractère universel. Elle est en
effet aussi présente chez les personnes affaiblies ou souffrantes, c’est-à-dire
chez celles qui ne présentent pas au monde moderne l’image de la dignité. Elle
dépasse donc les apparences. Cependant, si la valeur de l’homme est éminente et
inaliénable dans tout être humain, si elle prend sa cause dans l’amour infini
de Dieu et dans sa miséricorde infinie, peut-elle être qualifiée
d’infinie ?
La
déclaration est composée de trois parties. La première porte sur le concept de
la dignité humaine afin de le clarifier et d’éviter des confusions. La deuxième
analyse des situations où la dignité humaine n’est pas reconnue de manière
adéquate. Enfin, la troisième porte sur la dénonciation des violations graves
et actuelles de la dignité humaine, soulignant que la foi ne peut être séparée
de la défense de la dignité humaine. Celle-ci est définie comme « une vérité universelle » et « une condition fondamentale pour que nos sociétés soient réellement
justes, pacifiques, saines et finalement authentiquement humaines. »(Présentation).
Les
sources de la dignité humaine
Son
fondement réside dans sa création puisque la personne humaine est « créée à l’image et à la ressemblance de Dieu
et rachetée dans le Christ Jésus. » (§1 et 2) L’encyclique fait ainsi une
équivalence entre l’homme et la personne humaine. Plus précisément, « la dignité humaine provient de l’amour son
Créateur, qui a imprimé en lui les traits indélébiles de son image »
et « s’est révélée dans sa plénitude
lorsque le Père a envoyé son Fils qui assumé dans sa totalité l’existence
humaine » (§18). Notre Seigneur Jésus-Christ a aussi montré que toute
personne, qualifiée indigne, même celle qui a perdu sa « figure » humaine, est aussi dotée
d’une dignité inestimable.
Enfin,
reprenant les paroles de Jean-Paul II, « la dignité de la vie n'est pas seulement liée à ses origines, au fait
qu'elle vient de Dieu, mais aussi à sa fin »[18], c’est-à-dire à sa
vocation divine, celle de s’unir à Dieu.
Les
différents sens de la dignité humaine
La déclaration distingue quatre sens de la dignité humain : la dignité ontologique, qui concerne la personne en tant que telle « par le simple fait d’exister et d’être voulue, créée et aimée de Dieu »(§7), la dignité morale, qui « se réfère à la l’exercice de la liberté de la créature humaine »(§7), la dignité sociale, qui correspond aux conditions de vie d’une personne, c’est-à-dire à la décence, et la dignité existentielle, propre à un contexte ou à une situation.
Seule la dignité ontologique est inaliénable. Elle subsiste en toutes circonstances. Dans les trois autres sens, une personne peut perdre sa dignité, soit parce qu’elle n’agit pas ou ne se comporte pas selon sa dignité ontologique (dignité morale), soit parce que les conditions dans lesquelles une personne est contrainte de vivre sont indécentes (dignité sociale), soit parce que la situation existentielle qu’elle connaît s’oppose à la perception de la dignité ontologique, par exemple en cas de maladie, de contextes familiaux, etc. (dignité existentielle). Par conséquent, la « dignitas infinita » ne désigne que la dignité ontologique, comme l’encyclique le précise dès l’introduction.
La
dignité ontologique, la vraie et seule « dignitas infinita »
La
déclaration fonde alors la dignité ontologique sur la personne au sens de
« substance individuel »[19]. Elle nous rappelle ainsi
que la notion de dignité n’a pas de sens si elle ne s’attache pas à une
définition claire et précise de la personne à laquelle elle est attachée. Cependant,
si elle reprend la formulation traditionnelle de cette notion, elle modifie le
sens du terme de « rationnel »,
qui signifie « intellectuel »
au sens spirituel, et non les capacités humaines. En l’attachant à la personne
au sens ontologique, la dignité humaine est aussi inhérente à « un enfant à naître », à « une personne inconsciente » ou
encore à « une personne âgée à
l’agonie »(§9).
La
définition que présente la déclaration est un des éléments essentiels de la
déclaration : elle rejette la conception de Kant, se détourne de
celle de la déclaration Dignatis Humanae et réoriente
l’enseignement de l’Église vers la conception traditionnelle de l’homme.
En ne limitant la dignité humaine qu’à des êtres doués de raison et dotés de
volonté libre, comme l’entend le monde, le deuxième concile de Vatican a suivi
une voie périlleuse que Jean-Paul II et ses successeurs ont cherché à
redresser.
La
responsabilité de l’homme au regard de la dignité humaine
En
raison de son fondement ontologique, la dignité humaine est inaliénable et
intrinsèque à chaque être humaine, dès le début de son existence. Tout homme peut
la manifester, l’exprimer ou l’obscurcir comme il le souhaite. Tout dépend de
lui. Il en assume la responsabilité. La dignité morale, sociale ou
existentielle dépend donc des hommes.
Cependant,
précise la déclaration, « chaque
personne est en effet appelée à manifester sur le plan existentiel et moral la
portée ontologique de sa dignité dans la mesure où, avec sa propre liberté,
elle s'oriente vers le vrai bien, en réponse à l'amour de Dieu. »(§22)
Ainsi, « l’être humain doit aussi
s’efforcer de vivre à la hauteur de sa propre dignité. »(§22) La
dignité humaine exige donc chaque homme à demeurer digne de la valeur inhérente
qui est attachée à sa nature humaine. Il doit donc vivre dans la vérité et
le bien, c’est-à-dire hors des erreurs, des mensonges et du mal.
Le
péché s’oppose à la dignité humaine.
Il la blesse et l’obscurcit, même s’il ne peut l’effacer en l’homme. « La foi, par conséquent, contribue de manière
décisive à aider la raison dans sa perception de la dignité humaine »(§22)
La raison seule, c’est-à-dire sans la foi, ne suffit pas à manifester et
à protéger la dignité humaine.
Par
conséquent, l’adhésion à l’erreur ou la diffusion du mensonge sont clairement contraires
à la dignité humaine sans néanmoins l’effacer. Elles font perdre la dignité
morale.
Les
erreurs liées à l’usage du concept de dignité humaine
Après
avoir précisé la définition de la dignité humaine, la déclaration présente les
erreurs associées à un mauvais usage de ce concept.
Enfin,
il est illusoire de croire qu’« une
liberté abstraite, libre de tout conditionnement, contexte ou limitation »
est nécessaire ou suffit pour être digne. Notre liberté est vraie et réelle
si elle est attachée à Notre Créateur. Une liberté indépendante, sans
référence notamment morale, est une négation de la dignité humaine. Une
meilleure compréhension de la véritable liberté est gage de progrès dans la
reconnaissance de la dignité humaine.
Les
violations graves de la dignité humaine
Si
la déclaration s’oppose à l’idéologie de la théorie des genres, elle rappelle
que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, doit être
respectée en raison de la dignité humaine. Elle revient aussi sur le respect du
corps. Elle rappelle que la personne est constituée d’un corps et d’une âme, et
par conséquent, que le corps et l’âme participent à la dignité humaine. « Le corps humain participe à la dignité de la
personne, dans la mesure où il est doté de significations personnelles, en
particulier dans sa condition sexuée. »(§60) Nous devons donc
respecter le corps tel que nous l’avons reçu, tel qu’il a été créé. Par conséquent,
le changement de sexe constitue une atteinte à la dignité humaine.
Notre
Seigneur Jésus-Christ « a révélé,
dans sa plénitude, la dignité intégrale de tout homme et de toutes femme »(§65)
Convaincue de la force que lui procure Notre Seigneur Jésus-Christ, l’Église
réaffirme la dignité humaine comme fondement des droits fondamentaux de
l’homme, de la justice et de toute société, sans laquelle elle ne peut exister.
Face aux violations de la dignité humaine, l’Église encourage sa promotion et demande
aux États non seulement de la protéger mais également de garantir son
épanouissement.
Conclusions
Dignitas
Infinita est
le dernier texte de Rome sur la dignité humaine, après une série d’encycliques,
déclarations et interventions pontificales. Elle reprend les thèmes qu’ils ont
abordés tout en y ajoutant des précisions importantes.
Les
textes pontificaux se réjouissent des progrès de la prise de conscience de la
dignité humaine dans les sociétés mais dénoncent en même temps ses nombreuses
violations, notamment les crimes odieux que sont l’avortement, l’euthanasie et
le suicide assisté. Ce scandale s’explique par une perte de sens de la dignité
humaine et par une perte de sens de Dieu.
La
déclaration rappelle en effet qu’il n’est pas possible de parler de la dignité
humaine si le terme de personne humaine auquel elle est attachée n’est pas correctement
définie. Toute erreur dans la conception de la personne humaine conduit à
méconnaître la véritable dignité humaine et à commettre des erreurs et des
fautes. La déclaration rejette ainsi clairement les fausses conceptions de la
personne humaine, qui, incapables d’en montrer sa véritable dignité,
sont sources de malentendus, d’erreurs et de fautes graves. Telles sont les
conceptions de Locke, de Kant et du personnalisme, même s’ils ne sont pas
nommés dans le texte.
Tous
les textes venant de Rome sont unanimes pour souligner le fondement divin de
la dignité humaine, d’abord par l’œuvre de la Création puis celle de la
Rédemption. L’amour de Dieu témoigne de la valeur inestimable de tout homme
comme il en est la cause. De cette dignité objective et inaliénable, découlent
des droits et des devoirs. Ainsi, « les
droits de la personne découlent du fondement divin de sa dignité »
contrairement au « droits de l’homme »,
qui « un produit de l’histoire » [20]. Si la dignité humaine
n’est donc pas reliée à la vraie notion de Dieu, elle ne peut être réellement
comprise dans toutes ses dimensions.
Les
interventions pontificales sont aussi unanimes pour rappeler que si l’homme
possède en lui une dignité inaliénable, inconditionnelle, un homme doit
vivre à la hauteur de cette dignité, sans quoi il peut perdre sa dignité
morale. Le péché, qui est une offense faite à Dieu, la lui fait perdre
puisqu’il l’éloigne de la fin pour laquelle il a été créé. Pouvons-nous alors,
au nom de la vraie dignité humaine, promouvoir ce qui va à sa rencontre ? Pouvons-nous
oublier que sans dignité morale, elle n’a aucune valeur au-delà de la mort ?
Elle prend en effet tout son sens quand, devant Dieu, l’homme est ce qu’Il a
voulu qu’il soit… Ainsi, la dignité morale demeure le bien essentiel à
préserver ou à reconquérir…
Quand
le centurion romain demande à Notre Seigneur Jésus-Christ de secourir son
serviteur malade et souffrant, Notre Sauveur lui assure qu’Il ira chez lui pour
le guérir. Mais, il lui répond aussitôt : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. »
L’officier romain est conscient de la distance qui existe entre Notre Seigneur
Jésus-Christ et lui-même, entre Dieu et l’homme. Il sait qu’il n’a aucun droit
devant Lui. Il ne se vante d’aucun mérite. Il ne négocie pas. Il implore. Il
n’en appelle ni à dignité humaine, bien réelle, ni à sa dignité sociale. Et devant
un tel acte, Notre Seigneur Jésus-Christ s’émerveille devant tant de foi. Par
une seule parole, le centurion est alors exaucé. Il devient digne du don de
Dieu…
[1] Philippe Cossalter, La
dignité humaine en droit public français : l’ultime recours,
centre-droit-public-compare.assas-universite.fr, 30 octobre 2014.
[2] Léon XIII, Rerum
Novarum, 15 Mai 1891, vatican.va.
[3] Pie XI, Encyclique Quadragesimo
Anno sur l’instauration de l’ordre social, n°25, 15 mai 1931.
[4] Pie XI, Divini Redemptoris sur le
communisme athée, n°10, vatican.va.
[5] Pie XI, Firmissimam Constantiam
sur la situation religieuse au Mexique, 28 mars 1937.
[6] Pie XI, Mit brenneder Sorge sur l’Église et le Reich allemand, 14
mars 1937.
[7] Voir par exemple le radio
message du 24 décembre 1942.
[8] Daniele Menozzi, L’Église et les droits humains, dans Monde(s), 2022/2, N°22,
éditions Presses universitaires de Rennes, mise en ligne le 19 octobre 2022, cairn.info.
[9] Pie XII, radio message, 24
décembre 1942, vatican.va.
[10] Pie XII, radio message, 24
décembre 1944 dans Doctrine sociale de l’Église
catholique, textes majeurs, www.doctrine-sociale-catholique.fr.
[11] Pie XII, radio message, 24
décembre 1944 dans Doctrine sociale de l’Église
catholique, textes majeurs, www.doctrine-sociale-catholique.fr.
[12] Jean XXIII, Lettre encyclique Pacem
in Terris sur la paix entre toutes les nations, fondée sur la vérité,
la justice, la charité, la liberté, 11 avril 1963, vatican.va.
[13] Paul VI, Déclaration Dignitatis
Humanae sur la liberté religieux, 7 décembre 1965, vatican.va.
[14] Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelicum
Vitae sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, 25 mars 1995,
vatican.va.
[15] Section pour la section
doctrinale, Déclaration Dignitas Infinita sur la dignité humaine,
2 avril 2024, vatica.va.
[16] Voir Angelus, Jean-Paul II, 16
novembre 1980 lors de son voyage apostolique en République Fédérale
d’Allemagne, vatica.va. Cette expression a aussi été reprise par le pape
François dans son encyclique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013,
vatican.va.
[17] Voir l’encyclique Fratelli
tutti sur la fraternité et
l’amitié sociale, pape François, n°277, vatican.va.
[18] Jean-Paul II, encyclique Evangelium
Vitae, sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, n°38.
[19] Voir Émeraude, mars 2026, article « La
personne, une réalité substantielle, qui agit par la nature qui lui appartient… ».
[20] Daniele Menozzi, L’Église et les droits humains.















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire