" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 2 janvier 2016

L'Annonciation et la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des faits historiques

Dans la nuit du 24 au 25 décembre, les Chrétiens se réunissent pour célébrer le jour de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. A minuit, le prêtre pose pieusement le nouveau-né dans la crèche pendant que les fidèles entonnent un des airs joyeux de Noël. Émouvante et chaleureuse nuit ancrée dans nos souvenirs. Nous revivons ce jour où, à Bethléem, dans un coin perdu de l’empire romain, l’Enfant promis naît d’une vierge, Sainte Marie. Un Enfant nous est né. La prophétie d’Isaïe [3] se réalise enfin lors d’une nuit étoilée. Cette naissance tant attendue et annoncée nous renvoie à un autre fait extraordinaire, encore plus mystérieux : la conception même de Notre Seigneur Jésus-Christ, neuf mois auparavant, le 25 mars, que l’Église célèbre en la fête de l’Annonciation…

La Nativité et l’Annonciation font l’objet de nombreuses controverses. Ce ne serait que des mythes qui auraient été élaborés sous l’influence des religions païennes, notamment orientales. Les adversaires du christianisme accusent alors l’Église d’avoir inventé ces prodiges et de maintenir les Chrétiens dans l’ignorance et l’infantilisme. 

Pour s'opposer à ces accusations et défendre leur foi, sûrs d’eux-mêmes et convaincus de leurs solutions, des chrétiens soulignent la valeur symbolique de ces deux événements pour en extraire la vérité qui se cache dans les récits évangéliques, une vérité qui n’est pas d’ordre historique, une vérité qui tourne l’homme vers le bien. En clair, comme leurs adversaires eux-mêmes, ils refusent leurs réalités historiques et reconnaissent à leur tour que ce sont bien des mythes. Refusant la lecture littérale de la Sainte Écriture, ils prétendent ainsi vider les accusations de leurs adversaires. Mais ils arrivent aux mêmes conclusions : l’Église se serait trompée pendant deux mille ans. Par conséquent, ils prônent un changement dans l’interprétation de la Sainte Écriture et dans l’enseignement de la doctrine chrétienne.

Dans les librairies, nous voyons souvent des ouvrages et des revues au titre fracassant et provoquant. Ils prétendent en effet démystifier ou démythologiser le christianisme et expliquer son origine et son développement par des raisons purement humaines. Les titres sont en effet évocateurs : De la naissance des dieux à la naissance du Christ ; Comment Jésus est devenu dieu ; le Jour où Jésus est devenu DieuComment Dieu a-t-il été inventé ?, etc. En lisant ces ouvrages, nous nous heurtons à des hypothèses fallacieuses et à des affirmations mensongères. Forts d’une prétendue science, présomptueuse et usurpatrice, leurs auteurs les présentent comme étant des vérités scientifiques alors qu’elles ne sont que des suppositions souvent peu solides et difficilement justifiables. Le plus souvent, ces ouvrages ne font que répéter ce que d’autres ont déjà affirmé, eux-mêmes n’étant que l’écho de critiques lointaines, certaines remontant aux premiers siècles du christianisme. Rares sont en fait les nouveautés dans ces ouvrages qui abusent finalement de la crédulité et de l’ignorance  de leurs lecteurs. Ce ne sont que de pâles copies de critiques bien connues mais oubliées, des critiques qui sont ressassées depuis bien des siècles, des critiques qui ont été réfutées à maintes reprises. Les premières attaques de ce genre datent du IIe siècle comme l’attestent Celse et Saint Julien. Pourtant, elles obtiennent encore du succès et font des ravages. L’exemple de Da Vinci Code demeure un bel exemple de ces impostures…

Revenons à l’Annonciation et à la Nativité, et d’abord aux récits évangéliques.

Le récit de l’Annonciation

A Nazareth, dans une petite ville de Galilée, Saint Marie reçoit la visite d’un ange. « Je vous salue Marie pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » (Luc, I, 28) Cette apparition la trouble. Que pouvait signifier cette salutation ? « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. » (Luc, I, 30) Après l'avoir apaisée, l’ange lui annonce qu’elle concevra un fils qui portera le nom de Jésus. Il lui révèle ensuite son avenir. « Il sera grand ; on l’appellera Fils du Très Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » (Luc, I, 32-33) Mais comment cette naissance sera-t-elle possible puisqu’elle ne connaît point d’homme. Saint Luc nous apprend en effet qu’elle est vierge et qu’elle est fiancée à Saint Joseph. L’ange répond à Sainte Marie : « L’Esprit saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé fils de Dieu. » (Luc, I, 35) Pour donner force et crédibilité à ses promesses, l’ange lui annonce aussi un autre prodige, Elizabeth, sa parente, a conçu un fils alors qu’elle est dite stérile. « Car rien n’est impossible à Dieu » (Luc, I, 37) Alors Saint Marie lui donne cette réponse admirable : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » (Luc, I, 38). Et l’ange se retire...

Seul Saint Luc nous raconte cet événement. La scène est sobre, sans fioriture. Saint Mathieu en parle rapidement, confirmant le mystère de l'Incarnation. Il présente surtout l’attitude de Saint Joseph. Saint Marie, « étant fiancée à Saint Joseph, il se trouva, qu’avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint Esprit » (Matth., I, 18). Constatant l’état de sa fiancée, Saint Joseph veut alors la répudier secrètement comme le demande la Loi. Mais dans un songe, un ange l’avertit que « ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit » (Matth., I, 20). Il lui demande aussi de lui donner le nom de Jésus « car il sauvera son peuple de ses péchés. » (Matth., I, 21). Attaché à démontrer la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Saint Matthieu rattache cette promesse à une prophétie messianique, celle d’Isaïe. Alors, Saint Joseph « prit avec lui Marie son épouse. » (Matth., I, 25). A son tour, il obéit à l’ange.

Le récit de la Nativité

Au temps où fut publié un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de la population, Saint Joseph et Sainte Marie durent se rendre à Bethléem, dans la ville de David, pour se faire recenser. « Or, pendant qu’ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s’accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Luc., I, 6-7)

Saint Luc et Saint Matthieu nous décrivent ensuite deux événements. Saint Luc nous raconte l’adoration des bergers, Saint Matthieu celle des mages. Des anges annoncèrent à des bergers la bonne nouvelle. « Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » (Luc., II, 11) Ils s'y rendirent alors à tout hâte, trouvèrent la Sainte Famille et « publièrent ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. » (Luc., II, 11) Plus tard, des mages arrivèrent d’Orient à Jérusalem pour adorer le roi des Juifs. L’apparition d’une étoile leur avait annoncé son avènement et depuis, ils la suivaient. Arrivés à Jérusalem, ils interrogèrent Hérode pour connaître le lieu de sa naissance. Troublé avec le peuple juif, Hérode demanda au Sanhédrin où devait naître le Christ selon les textes sacrés. Scrutant les Saintes Écritures, les princes et les scribes du peuple trouvèrent le lieu de sa naissance dans la prophétie de Michée (VI, 1) : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un Chef qui doit paître Israël, mon peuple » (Matth., II, 6) L’étoile guida encore les Mages vers la crèche et s’arrêta « au-dessus du lieu où était l’Enfant » (Matth., II, 9) « Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l’Enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils l’adorèrent; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. » (Matth., II, 10-11)

Le mystère de l’Incarnation



Que pouvons-nous retenir de ces récits ? La naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ est d’abord un miracle que Dieu a préparé et accompli. À la question que lui pose Sainte Marie, l’ange annonce que la conception de son fils est de l’ordre du divin. Elle est encore davantage. Les évangélistes prennent le soin de rapporter tous ces événements à des prophéties de la Sainte Écriture, insistant ainsi sur leur accomplissement. II est le « sauveur », « le Christ », « le roi d’Israël ». Les anges annoncent aux bergers une bonne nouvelle, la fin de l’attente du peuple élu. Dieu réalise ce qu’Il a annoncé par la bouche des prophètes. Le Messie est né. Les signes sont évidents[3]. Le temps messianique commence. Le « Sauveur » est né. Le roi d’Israël qui doit régner éternellement est arrivé. Mais cet « Enfant » est encore plus que cela... 

Car au-delà de sa mission, les récits évangéliques nous enseignent la nature de cet Enfant. Les bergers et les Mages viennent L’adorer. Il est le « Fils du Très Haut ». Il sera appelé le « Fils de Dieu ». Ainsi Notre Seigneur Jésus-Christ apparaît sous deux aspects. Né de Sainte Marie, Il est de nature humaine, doté d’une âme et d’un corps comme nous. Il est un Enfant né dans une crèche à Bethléem. Fils de Dieu, objet d’adoration et roi pour l’éternité, Il est de nature divine. Ainsi les récits évangéliques nous témoignent de la mission et de la nature de Notre Seigneur Jésus-Christ. Au travers de l’Annonciation et de la Nativité apparaît le mystère de l’Incarnation,« le Verbe s’est fait chair », et le mystère de la Rédemption. Il est le Sauveur...

En s’attaquant à la réalité historique de l’Annonciation et de la Nativité, les beaux penseurs remettent en fait en question le mystère de l’Incarnation et plus précisément la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ comme nous l’indiquent les titres de leurs ouvrages.

Le récit de l’Annonciation nous révèle aussi l’Immaculée Conception de Sainte Marie, sa virginité et sa maternité. Pleine de grâce, elle se soumet humblement aux paroles de l’ange. Son fiat ouvre le temps du salut.

Deux regards évangéliques différents

Saint Matthieu nous relate la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ en la reliant à l’Ancien Testament. Il atteste l’accomplissement des prophéties bibliques. C’est un Juif qui parle aux Juifs dans le but de leur démontrer que Notre Seigneur Jésus-Christ est bien Celui qu’ils attendent.

Tout en employant des termes bibliques, Saint Luc cherche plutôt à expliquer les prophéties. Ce qui était caché dans l’Ancien Testament devient visible dans une réalité historique. Il donne sens aux Paroles de la Sainte Écriture. « L’histoire ici racontée n’est pas simplement une illustration des paroles anciennes, mais la réalité que les paroles attendaient. Celle-ci, dans les seules paroles, n’était pas reconnaissable, mais les paroles atteignent leur pleine signification au moyen de l’événement dans lequel elles deviennent réalité. »[1]

Rappelons que Saint Luc écrit à partir de documentations et de témoignages. « J’ai voulu, après m’être exactement instruit de tout depuis l’origine, t’en donner par ordre le récit » (Luc, I, 3). Sainte Marie en est certainement une de ses sources. Elle « gardait toutes ces choses en son cœur » (Luc, II, 19). Elle-seule pouvait en effet nous raconter ce qu’il s’est passé le jour où Saint Gabriel est venu la trouver pour annoncer la bonne parole.

Saint Matthieu et Saint Luc n’ont pas pour objectif de nous raconter ce qu’il s’est passé exactement. Ils ne transmettent que ce qui est essentiel aux Chrétiens pour leur foi. Ainsi le récit est sobre et condensé.

L’annonce de l’accomplissement des prophéties

L’ange Saint Gabriel interpelle Sainte Marie par une formule particulière. Il ne reprend pas le salut juif habituel, le fameux « shalom », « la paix soit avec toi », mais le salut grec « chaïre », « salut » ou dit autrement « réjouis-toi ». L’ange est venu apporter une bonne nouvelle à Sainte Marie. La même joie est annoncée aux bergers. Les paroles de l’ange nous renvoient à la prophétie de Sophonie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion, une clameur d’allégresse, Israël ! […] Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi. » (Soph., III, 14-17) L’ange annonce l'arrivée d'Emmanuel. Comme l’indique le nom de l’Enfant, il est le Sauveur. L’ange est donc venu annoncer le temps du salut, c’est-à-dire l’accomplissement de la promesse divine. Les titres que donne l’ange à l’Enfant sont en effet caractéristiques du Messie tels qu’ils sont définis dans les textes sacrés. Le récit est donc en pleine continuité avec l’Ancien Testament.

Nous retrouvons aussi cette continuité dans le message qu’annonce l’ange à Saint Joseph. Dans un songe, il l’interpelle en tant que fils de David. Il lui rappelle la promesse messianique. Il est destiné à l’accomplir.

Un récit riche d’enseignement

Mais l’annonce apporte des nouveautés. Les paroles de l’ange ne reprennent pas en effet seulement les prophéties de l’Ancien Testament, elles nous instruisent aussi par une nette allusion à la Sainte Trinité. Dieu le Père y est présent comme Dieu le Fils et le Saint Esprit. La Sainte Trinité apparaît dans l’annonce de Saint Gabriel. L’événement annonce aussi la nature même de Notre Seigneur Jésus-Christ. D'une manière condensée et sobre, apparaissent les deux grandes vérités de foi sous des expressions très simples.

Saint Joseph apprend qu’il doit appeler l’Enfant par le nom de Jésus, qui signifie « sauveur ». Le messager de Dieu précise en quoi consiste ce salut : « il sauvera son peuple de ses péchés ». Or qui peut pardonner les péchés si ce n’est Dieu ? L’ange ne parle pas de restauration d’Israël, de victoire sur les impies, de gloire pour le peuple de Dieu. Le salut est ailleurs. Nous sommes loin de la conception du Messie telle qu’elle est partagée par les Juifs de ce temps.

« Je vous salue, Marie, pleine de grâce ». Après la salutation, l’ange annonce à Sainte Marie qu’elle est pleine de grâce. Il nous donne ainsi une autre cause de sa joie. Elle est en effet agréable à Dieu. Qu’elle soit donc joyeuse ! Sainte Marie est certes troublée par cette salutation mais son trouble ne lui empêche pas de vouloir comprendre. Elle ne doute pas. Sa question ne porte pas sur la conception elle-même mais sur ses modalités. Dieu intervient directement mais a « besoin » d'elle, de son libre-arbitre.

Saint Marie se soumet aux paroles de l’ange. Son « fiat » est significatif. Elle accepte que la volonté de Dieu se fasse. Cela signifie donc qu’elle pouvait refuser. Les Pères de l’Église traduisent son obéissance par une expression qui peut nous surprendre hors contexte : Saint Marie a conçu par l’oreille, c'est-à-dire au sens où son obéissance à l’annonce de l’ange a permis l’heureuse conception.

Dans un contexte juif

Sainte Marie est fiancée à Saint Joseph et selon la coutume juive, elle ne vit pas avec son fiancée même si Saint Joseph est véritablement son époux. Les fiançailles établissent des liens juridiques entre les fiancés selon la Loi juive. Elles ne correspondent pas à la conception moderne de nos fiançailles. Saint Marie est bien la femme de Saint Joseph. Cependant, ils ne vivent pas encore sous un même toit. Elle reste encore sous la responsabilité de ses parents. Un an après les fiançailles, on célébrait le mariage par une cérémonie qui se concrétisait par l’accueil de la fiancée à la maison du fiancé. Avant cette cérémonie, ils ne pouvaient y avoir de rapports conjugaux. C’est pourquoi en constatant son état, selon la Loi, Saint Joseph doit rompre les fiançailles et abandonner Sainte Marie. L’ange lui annonce alors que la conception de cet Enfant ne suivra pas le mode normal. « Rien n’est impossible à Dieu ». C’est bien un prodige tel qu’a été annoncé par Isaïe. Les récits sont solidement ancrés dans le contexte de l’époque. 

Des récits pleins de vérité

Les récits évangéliques nous apportent aussi une connaissance nouvelle qui annonce les grands dogmes du christianisme. Les grandes vérités de foi sont certes brièvement et simplement évoquées sans être affirmées comme des dogmes. Pourtant les mots ne nous trompent pas. Leur choix est évident. En écrivant sous l’inspiration du Saint Esprit, Saint Luc connaît les mystères qui se dessinent derrière le récit. Car il écrit en connaissance de cause. Il a reçu cette grâce de comprendre l’annonce de l’ange. Il peut ainsi saisir toute la valeur et la portée des événements. Il les décrit fidèlement aux témoignages qu’il a reçus tout en comprenant leur sens profond. Son récit, sobre et humble, est éclairé de cette lumière qu’il a reçue de Dieu. Ancrés dans une réalité historique, les faits ne sont donc pas « bruts » comme si Saint Luc transcrivait un récit au moment même où il se déroule. Son récit est fidèle mais éclairé de sa foi. Ainsi inspiré, il nous enseigne des vérités extraordinaires, d’une profondeur incroyable. 

Le contexte historique de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ

Église de la Nativité (Béthléem)
Saint Luc nous donne des précisions importantes sur le contexte historique dans lequel se déroulent les événements qu’il relate. Il évolue dans un environnement précis, bien identifié, bien concret. Il se déroule au moment du grand recensement qui a eu lieu au temps du grand roi Hérode. Nous savons aujourd’hui que le moine Dionysius Exiguus au VIe siècle s’est trompé dans ses calculs pour dater la naissance du Sauveur. Ce n’est guère aujourd’hui un « scoop » comme le prétendent des journalistes qui chaque jour semblent découvrir le monde. 

Saint Luc relate des faits qu’il a soigneusement étudiés dans un cadre historique. Notre Seigneur Jésus-Christ est donc né à une époque déterminée, ou du moins déterminable, et dans un lieu géographique précis, localisable. N’oublions pas que ces détails sont accessibles à ses lecteurs. Saint Luc enracine donc son récit dans une réalité historique concrète.

Avec le récit des rois mages, Saint Matthieu inscrit aussi les événements dans un contexte historique et géographique déterminé. Le terme de « mage » porte plusieurs significations. Il peut s’agir de membres d’une caste sacerdotale perse selon la culture hellénistique, c’est-à-dire des représentants d’une religion influencée par des idées philosophiques ou des détenteurs d’un savoir et d’un pouvoir surnaturel, en clair des magiciens, ou encore des escrocs et des séducteurs. 

Ces différents éléments montrent clairement que les évangélistes veulent enraciner leurs récits dans un cadre historique précis et concret. Leur intention est évidente. Ils décrivent des faits historiques qui se sont déroulés pendant une période déterminée dans des lieux géographiques localisables.

Conclusion

En conclusion, les textes évangéliques relatifs à l’Annonciation et à la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ apparaissent comme des récits bien concrets, ancrés dans un contexte religieux, historique, géographie réel. Ils sont écrits comme des faits historiques certains et ils sont historiquement réalistes. Les évangélistes ont aussi toujours lu ces faits en les rapprochant de l’Ancien Testament, soit pour prouver leur annonce dans les prophéties, soit pour donner du sens aux textes anciens. Ils portent aussi des vérités d’une très grande profondeur lorsqu’ils sont lus à la lumière de la foi. Le récit de Saint Luc montre notamment qu’elles sont connues dès le temps de la rédaction de son Évangile.  

Les récits de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ se caractérisent par leur sobriété et la discrétion. Le Sauveur est venu dans le silence, dans la pauvreté et l’obéissance. Cependant, dans la nuit froide de la Nativité, se manifeste une grande joie, la même joie qui a été annoncée par l’ange à Marie. « Jérusalem, réjouis-toi d’une grande joie, car ton Sauveur vient à toi. »[2]

L’Église a toujours cru en la réalité historique des récits évangéliques tout y en puisant un trésor d’enseignement. Dans son enseignement et la liturgie, elle n’a pas cessé de transmettre les vérités de foi en les associant à une réalité historique certaine. Le mystère de l’Incarnation est un fait historique réel. Le Verbe s'est fait chair à une époque et à un temps précis dans un monde concret bien réel. Notre foi est associée à des événements historiques même si elle porte sur des vérités de foi, c’est-à-dire sur des objets surnaturels.


Notes et référence
[1] Benoît XVI, L’Enfance de Jésus, trad. par Mère Marie des Anges, o. p., Père Jean Landousies, c. m., et mgr Jean-Maie Speich, édition Flammarion, 2013.
[2] Antienne des vêpres du 3ème dimanche de l’Avent.
[3] Émeraude, articles "Le Livre d'Emmanuel" et "La prophétie d'Isaïe, la Vierge concevra et enfantera un fils", août 2015. 

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