" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


jeudi 29 janvier 2015

L'islam au lendemain de la chute des Abbassides

Après la mort de Mahomet en 632, se sont succédés trois califes (Bakr, Omar, Othman) puis l’empire omeyyade (Damas, 660) et l’empire abbasside (Bagdad, 750). Au XIe siècle, un vaste empire musulman s’étend de l’Espagne à l’Inde en passant par l’Afrique du Nord. Les tribus turcs seldjoukides convertis à l'islam se sont encore emparés de l’Asie mineure au détriment de Byzance puis ont atteint le Turkestan. En Afrique noire, l’islam progresse grâce aux conquêtes des Almoravides qui s’emparent de l’empire du Ghana. L’empire abbasside est à l’apogée de sa gloire.
Mais au début du XIIIe siècle, l’empire musulman est divisé, affaibli par des luttes internes et menacé de toute part. Des régions entières se sont libérées du joug de Bagdad et se sont constituées en principautés indépendantes, notamment l’Espagne, le Maghreb et l’Égypte. Le pouvoir religieux du calife est contesté en Andalousie et au Caire. Et au sein même de l’empire abbasside, depuis deux siècles, le calife a perdu tout pouvoir au profit des sultans turcs.
L’empire abbasside est aussi menacé de l’extérieur à l’Ouest et à l’Est. Depuis le XIe siècle, les chrétiens ont fondé des royaumes en Orient qu'ils maintiennent en dépit de nombreuses difficultés. Défaits progressivement, ils ne présentent plus guère de véritables dangers pour l’empire abbasside. Toutefois ils pourraient devenir une menace sérieuse s’ils parvenaient à se lier avec l’autre menace venue de l’Est, les Mongoles. Les troupes mongoles de Gengis Khan atteignent en effet les terres musulmanes. L’empire risque en effet d’être pris en étau. Après une incroyable expansion, l’islam semble donc réellement menacé.



Les Mongoles
Au début du XIIIe siècle, Gengis Khan réunit toutes les tribus mongoles sous ses ordres et à la tête de ses célèbres cavaliers, il conquiert un immense empire de la Chine à l’Iran en passant par le sud de l’actuelle Russie. Surgissant des vastes steppes de l’Asie, les Mongoles s’emparent de Bagdad en 1258 et mettent fin au règne des Abbassides. Ses fils étendent encore ses territoires en prenant le Tibet, la Corée, la Perse, l’Irak, la Russie et la Hongrie. En 1279, ils finissent par conquérir la Chine. Un vaste empire jamais inégalé s’étend ainsi entre la Méditerranée et l’Océan Pacifique.

La conquête fulgurante des troupes mongoles est dévastatrice. Elle est d’une extrême atrocité. 200 000 prisonniers sont massacrés lors de la chute de Bagdad. Mais trop vaste, cet immense territoire se morcelle rapidement en différentes khanats, qui théoriquement relèvent tous de l’autorité du grand khan. Après Kubilaï (1260-1294), petit-fils de Gengis Khan, l’empire mongole décline et disparaît. La ville de Pékin, capitale du grand khanat depuis 1266, est libérée entre 1356 et 1368 par un chef rebelle, futur empereur de Chine et fondateur de la dynastie Ming.
Partagés entre le nestorianisme et l’islam, les khans mongols finissent par se convertir à l’islam les uns après les autres. Le premier est Berké (1257-1266), khan de la Russie méridionale. En 1270, c’est au tour du khan de Turkestan d’où sortira Tamerlan, le dernier conquérant mongol. En 1295, le khan de Perse embrasse à son tour la foi musulmane. Devenus musulmans, les khans déclenchent de véritables guerres saintes « avec  un fanatisme dont le monde musulman avait perdu le souvenir »[1]. Ils persécutent les non-musulmans.
Les différents khanats se libèrent donc du grand khan trop éloigné pour maintenir l’empire de Gengis Khan. Le khanat de Perse s’effondre. La Perse est alors en proie à une lutte entre les tribus chiites et sunnites regroupées en confédérations. En Anatolie, la région est divisée en principautés telles le Karaman au Sud Est et l’Ottoman au Nord Ouest.
Le dernier grand conquérant mongol est Tamerlan (1361-1405), émir de Samarkand. Aussi cruel que raffiné, il tente de reconstituer l’empire de Gengis Khan, à la différence qu’il légitime ses conquêtes en prétextant défendre l’islam. Présenté souvent comme un fanatique musulman, il mène la guerre sainte en se livrant à de véritables carnages. En 1393, il s’empare de Bagdad qu’il décimera en 1401 pour se venger d’une rébellion. En 1398, il dévaste l’Inde. En 1401, Damas est en ruine. Mais ces conquêtes n’obéissent à aucune stratégie, ces vastes territoires ne sont pas organisés. Après sa mort, l’empire éphémère de Tamerlan disparaît, laissant des régions exsangues, livrées à l’anarchie.
Les Mamelouks
Dans un monde musulman épuisé et déchiré, l’Égypte apparaît à la fin du Moyen-âge comme le refuge de l’islam. Il recueille la succession de l’Arabie et de l’Iran, elle en devient le guide. Après Damas et Bagdad, le Caire est le nouveau centre de l’islam. Au XIIIe siècle, les Mamelouks dirigent l’Égypte et dominent la péninsule arabique, la Syrie et le Liban.
Formés généralement d’esclaves affranchis, les Mamelouks formaient la garde turque des sultans ayyoubites d’Égypte. Ils sont recrutés à partir des captifs non musulmans de l’actuel Turkestan, de la Russie et de l’Europe orientale. Ils forment une élite guerrière bien formée et entraînée. 


Après avoir battu les croisés dirigés par Saint Louis en 1249, ils prennent leur indépendance l'année suivante en tuant le dernier héritier des sultans égyptiens. Puis ils écrasent les Mongoles en 1260. Forts d’un tel prestige, les Mamelouks se désignent comme les protecteurs de l’islam et de ses lieux saints. Leur légitimité est encore accrue lorsqu’ils recueillent au Caire un descendant des Abbassides à qui ils donnent le titre de calife tout en restreignant son rôle. L’empire abbasside est ainsi restauré sous la direction des Mamelouks.
Par son organisation militaire, l’empire mamelouk est très cohérent et structuré. Il tient aussi sa force du commerce dont il assure le monopole en Mer Rouge et dans l'Océan indien. Tout échange entre l’Occident et les Indes passe obligatoirement par lui. Les Mamelouks ont conquis la côte orientale de l’Afrique ; les Éthiopiens ont fui dans les montagnes.
A partir de l’Égypte et de la péninsule arabique, de Perse et de l’Inde, l’islam se diffuse en Asie grâce aux voies commerciales. Les commerçants musulmans atteignent l’Indonésie et répandent l’islam. Des aventuriers constituent des petits états musulmans sur les îles indonésiennes dans la première moitié du XVe siècle.
Devenus sultans, les Mamelouks sont cependant confrontés aux rivalités perpétuelles qui les déchirent. Ainsi ne parviennent-ils guère à établir un pouvoir incontesté et stable. Durant leur règne, ils parviennent néanmoins à éliminer la présence des Latins en Orient et à conquérir Chypre en 1426.
Les Ottomans
Osman
Après leurs victoires contre les Byzantins à la fin du XIe siècle, des tribus seldjoukides se sont installées en Anatolie et ont créé de véritables territoires autonomes. Avec l’affaiblissement de l’empire abbasside, l’invasion mongole au XIIe siècle et la disparition du sultan seldjoukide au XIVe siècle, l’Anatolie est devenue un ensemble disparate de petites principautés mongoles et seldjoukides. Il reste encore des possessions byzantines. Ces dernières sont la cible des convoitises tribales.
Parmi les principautés turques émergent celle d’Osman. Située au nord-ouest de la péninsule, à proximité de l’empire byzantin, elle peut lancer des attaques plus facilement contre les chrétiens. Osman (1281-1326) mène aussi une politique de conquête en Anatolie contre les différentes principautés seldjoukides et mongoles. Il est considéré comme le chef dynastique des Ottomans.

Au XIVe siècle, après s’être imposés aux autres forces turques de l’Anatolie, les Ottomans profitent des luttes intestines qui affaiblissent Byzance pour attaquer l’empire chrétien. Ils parviennent à s’emparer de Nicée (1329) et de Nicomédie (1337). Puis ils se lancent à la conquête de l’Europe. En échange de leur appui auprès d’un des prétendants au trône de l’empire, ils s’installent et se fortifient dans une ville européenne, Gallipoli. Après une série d’expéditions, ils finissent par posséder presque toute l’Anatolie et de nombreuses villes européennes. Conquise, Andrinople devient la capitale des Ottomans en 1363. Byzance devient même leur vassal. A la fin du XIVe siècle, leur territoire s’étend dans les Balkans. A la bataille du Kosovo (1389), les Ottomans écrasent une coalition de chrétiens. Plus tard, c’est au tour de l’armée hongroise d’être battue à Nicopolis en 1396. Appelée au secours de l’empereur byzantin, une petite armée française aux ordres du maréchal de Boucicault parvient à vaincre les Turcs près de Constantinople mais elle n’est pas assez nombreuse pour faire face à l’offensive turque. Toute l’Europe du sud du Danube est finalement entre leurs mains.
Tout en s’enfonçant en Europe jusqu’en Hongrie, les Ottomans doivent aussi se battre en Anatolie contre des turcs qui se rebellent et surtout contre les Mongoles qui réapparaissent. Tamerlan les brise en juillet 1402 à Ankara. Cette défaite permet aux Mongols de conquérir l’Anatolie. A peine le conquérant parti, la péninsule se morcelent en principautés autonomes concurrentes...
L’islam en Occident
Au Xe siècle, dans la péninsule ibérique, les chrétiens se lancent dans la « Reconquista » et gagnent du terrain. EN 1006, les troupes musulmanes connaissent une véritable déroute à la bataille de Torà. Le calife d’Andalousie se ressaisie grâce à l’arrivée des Almoravides (1062), c’est-à-dire des Soudanais, des Sahariens et des Berbères, puis grâce à l’arrivée des Almohades (1195) venus d’Afrique du Nord, essentiellement des Berbères.
Au XIIe siècle,  détachés de l’empire abbasside, les Almohades sont parvenus à réunir toute l’Afrique du Nord et l’Andalousie. Au siècle suivant, cette entité se morcelle. Le Maghreb se répartit entre trois royaumes : les Hafsides (Tunisie, Algérie), les Wadides sur les Hauts Plateaux et les Mérinides au Maroc. Depuis 1237, retranché derrière une barrière montagneuse, le royaume de Grenade résiste aux rois chrétiens. Ces royaumes partagent le même courant musulman, le malékisme. Ils s’unissent dans leur résistance contre l’expansion chrétienne. Dès le XVe siècle, avant même que l’Espagne ne chasse les musulmans du rocher (1492), les Portugais attaquent les côtes africaines.


Grâce aux voies commerciales que les musulmans entretiennent vers l’Afrique Noire, l’islam se répand parmi les tribus africaines. Converti au XIe siècle, le royaume de Mali devient un empire au XIVe siècle. Au siècle suivant apparaît le sultanat de Goa.




L’islam en Inde
Au début du XIIIe siècle, un royaume musulman domine l’Inde du Nord. Il est fondé par un fanatique musulman, véritable tyran et peu scrupuleux de violer la loi coranique. Ce royaume finit par soumettre toute la péninsule. Cependant seul le Cachemire se convertit réellement à l’islam. L’empire décline au siècle suivant. Les hindoues luttent pour se libérer du joug musulman. A la fin du XVe siècle, un fragile équilibre subsiste entre l’islam et l’hindouisme.








Référence

[1] Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d’Orient, Fayard, 1994.

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