" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


lundi 5 janvier 2015

A propos de la valeur historique de la Sainte Écriture

Le christianisme a toujours fait l’objet d'attaques ou de dénigrements. Celse, Porphyre, Voltaire, Renan et bien d’autres se sont notamment attaquées à ses sources et plus spécialement à la Sainte Écriture afin de remettre en cause l’un des fondements de notre foi. La Sainte Écriture ne serait qu’un tissu de mensonges et les évangélistes ne seraient que des imposteurs. Depuis plus d’un siècle, pour défendre et justifier la foi, de nombreux ouvrages ont alors démontré la sincérité des auteurs. Pour cela, ils ont utilisé une démarche en usage dans la recherche historique, la critique des sources.

Pendant qu’au XIXe siècle, l’archéologie se développait et qu’on appliquait aux manuscrits anciens de nouvelles méthodes, l’histoire s’armait aussi de nouvelles armes pour établir la valeur historique des témoignages du passé. Ces différentes méthodes ont aussi été appliquées sur les textes sacrés de la Sainte Écriture. Elles ont conduit à une meilleure connaissance de notre histoire et à renforcer les fondements de notre foi mais utilisées sans discernement, elles ont aussi conduit à des erreurs et à des divagations, parfois plus graves que celles des siècles passés. Elles ont à leur tour remis en cause la valeur historique de la Sainte Écriture et par conséquent celle du christianisme lui-même, et pire encore elles ont modifié le sens même de cette valeur.



De nos jours, il ne s’agit plus de remettre en cause ni la sincérité des auteurs bibliques ni l’historicité de leurs écrits mais de refuser la véracité historique de leur récit et de défendre uniquement l’idée de l’historicité de leur foi. Depuis le kantisme et des autres courants idéalistes allemands, on sépare en effet dans la connaissance l’objet et le sujet de la connaissance. Des théories séparent donc le Christ historique du Christ de la foi. Le premier est l’objet des Écritures, le second transparaît dans les Écritures. Seul le Christ de la Foi est donc accessible. Il est finalement le seul au cœur du christianisme. Fortes de la critique historique, elles tentent de les dissocier dans les discours et d’identifier le véritable Christ afin de purifier le christianisme des soi-disant erreurs introduites involontairement.

D'autres théories vont encore plus loin. A l'exemple de Hegel et de ses successeurs, on y introduit le temps, et plus précisément la notion de développement. Le Christ de la foi serait en effet le produit d’une histoire. A partir du Christ réel, le christianisme se serait développé avec le temps. Il y aurait donc des ajouts, des pertes, des modifications, des transformations. La question n’est plus de dire si le christianisme est vrai ou faux mais de déterminer ce qui est vrai et faux dans ce développement. Certains voient dans le christianisme une permanence dans les changements dont il a fait l'objet. Il se serait développé autour d’un noyau resté intact. Et c’est ce noyau immuable dans le changement qui serait le véritable et authentique christianisme. Il s’agit donc de déterminer cette « essence » et d’y revenir. D'autres voient dans ces changements une nécessaire évolution qui est la vérité même du christianisme. Le changement serait la vie du christianisme, le véritable christianisme. La vérité s’identifierait donc avec le moteur de cette évolution. Comment pourrions-nous déterminer cette essence ou ces principes d’évolution ? Les théories les recherchent dans l’histoire, armée de la critique historique. C’est cette histoire qui finalement définirait la véracité de notre foi…

Nous retrouvons ces idées dans les mouvements qui ont bouleversé l’Église depuis les années 70. C’est en effet au nom de l’histoire, c’est-à-dire de la critique historique, qu’on a remis en cause l’enseignement de l’Église et la liturgie, conduisant à de véritables ruptures. On prétendait soit retrouver le noyau du christianisme en l’épurant des poussières du temps, soit renouer avec le véritable christianisme en le faisant évoluer.

Avant d'étudier plus en détails ces nombreuses théories qui font tant de dommages dans les âmes et dans l’Église, nous allons rapidement rappeler les fondements de la valeur historique d’un fait.

Un fait historique n’est connu que par un témoignage plus ou moins proche de l’événement qu’il relate. La fiabilité de ce témoignage dépend du niveau de confiance que nous pouvons lui attribuer. La foi naturelle est donc la source de connaissance de l’histoire. Ce témoignage donne alors lieu à une interprétation, à des hypothèses, à une « vérité historique ».

Contrairement aux sciences, il n’est pas possible de vérifier expérimentalement une « vérité historique ». Elle est déduite de nombreux témoignages de différentes natures : écrits, objets, photographies, vidéos, etc. Les textes sont aussi multiples dans leur support (pierre, parchemin, peau), leur forme (fragment, codex, rouleaux, etc.), leur valeur (religieux, étatique, littéraire, journalistique, etc.). Ils sont plus moins accessibles selon l’état du document et la langue employée. Nous accédons alors au passé par l’intermédiaire de traces qu’ont laissées nos ancêtres et que le temps n’a pas détruites. Ce témoignage est donc partiel. Plus les traces sur un fait sont nombreuses et multiples, plus le fait sera connu dans son ensemble. La valeur d’une « vérité historique » dépend donc de la valeur de ces témoignages, de leur multiplicité et de leur degré de complétude. Elle n’est donc pas absolue. La tentation est alors grande de construire une histoire logique à partir de quelques traces et indices éparpillés en oubliant notamment le silence de l’histoire. Car effectivement le passé ne nous transmet pas toute la réalité. Les manuscrits se détruisent au fur et à mesure du temps. Tout n’est pas écrit. Et ce qui écrit est-il toujours le reflet de la réalité dominante ou un épiphénomène ? Un témoignage historique est finalement isolé du passé et beaucoup d’informations précieuses disparaissent au cours des âges. En outre, il n’est pas toujours possible d’estimer le niveau de confiance que nous pouvons lui accorder. Qu’est-ce qui permet finalement de l’évaluer ? Le nombre ou la qualité des témoignages ? L’histoire n’est pas une science…

Lorsqu'un fait est rapporté par un document, sa « vérité historique » dépend de la valeur historique de ce document, c’est-à-dire d’éléments internes et externes du document qui lui attribueraient un certain niveau de confiance. Les éléments internes concernent le support du document et le document en lui-même. Les éléments externes se trouvent dans l’environnement dans lequel il a été trouvé et dans les autres documents qui font référence soit au fait historique qu’il relate, soit au document lui-même.

La valeur historique dépend de trois choses :
  • de l’intégralité du document : le document est-il conforme au manuscrit autographe de l’auteur ? On distingue « deux sortes d’intégrité – l’intégrité absolue quand le texte original est parvenu dans toute sa teneur primitive – l’intégrité substantielle, lorsque les modifications qui ont été apportées, ne détruisent pas ce qui fait l’essence de l’ouvrage, ce qui en compose, pour ainsi dire, la vraie substance »[1] ;
  • de l’authenticité du document : un livre est dit authentique quand il est bien de l’auteur auquel on l’attribue ;
  • de la véracité du document : il s’agit de savoir si le document est digne de foi, c’est-à-dire s’il mérite d’être cru. Un témoignage vaut en particulier selon la valeur du témoin. « Trois hypothèses sont possibles. Ou bien le témoin manque de sincérité et veut nous tromper. Ou bien il se méprend et s’illusionne sur son propre cas. Ou bien il sait la vérité et veut la dire. » [2]

Il faut aussi définir les rapports entre la connaissance du fait et le témoin qui le rapporte. Ainsi nous devons distinguer les faits connus de manière directe, quand ils sont rapportés par le témoin, ou indirecte quand la personne rapporte un témoignage. Dans le deuxième cas, la valeur du témoignage peut aussi dépendre de celle des témoins qui ont rapporté le fait et de la qualité de transmission du témoignage originel.

Des affirmations sont implicites ou explicites. Soit un fait est connu de manière claire et sans ambiguïté. Dans ce cas, la véracité du fait dépend directement de la valeur du témoignage. Soit un fait est déduit à partir d’une affirmation explicite. Dans ce cas, la véracité du fait dépend aussi de notre compréhension et de notre interprétation.

Lorsque nous devons défendre les Saintes Écritures, nous devons en fait défendre l’intégralité substantielle de la Sainte Écriture, l’authenticité des textes sacrés et leur véracité. Pour cela, nous utilisons les résultats des différentes branches de « la science historique ».

Cependant, il est fondamental de ne pas oublier la spécificité des textes bibliques. N’oublions pas en effet que la Sainte Écriture est une œuvre divine et par conséquent, les textes bibliques aussi anciens soient-ils ne peuvent être traités comme des textes « vulgaires ». Ils méritent respect, précaution et prudence…C’est en effet en les traitant comme des textes communs que des erreurs se sont produites. Notre étude doit être éclairée par la foi…




Références
[1] Abbé A. Boulanger, Manuel d’Apologétique, n°209, 1928.
[2] Abbé A. Boulanger, Manuel d’Apologétique, n°238, 1928.

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