" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


mardi 21 juillet 2015

Tertullien et le judaïsme (1/2) : Contre Marcion

Fils d’un officier romain, profondément romain, Tertullien (v.160, v. 220) est né à Carthage en Afrique du Nord. Doté d’une solide formation littéraire et juridique, il est d’une culture générale assez vaste. Juriste, il sait manier l’art de la rhétorique. Impétueux et incisif, parfois féroce dans son verbe, il est avant tout un combattant qui s’engage dans ses discours. « Plus il en engage à fond sa passion et sa personne pour ce qui lui semble la vérité, plus aussi il soigne ses pensées et son style, poussant la tactique jusqu’au raffinement, et jamais son esprit n’est aussi pétillant et capable de blesser cruellement. »[1] Son style est vivant, frappant, tranchant sans jamais être vulgaire. Concis et étincelant, pénétrant dans ses explications, il édifie sans être innovant. Polémiste né, Tertullien est un escrimeur qui atteint son adversaire et le retourne dans ses positions. « Il est un maître de la mieux apprêtée des dialectiques et de la plus subtile ironie. »[2]


Pour des raisons que nous ignorions, Tertullien se convertit au christianisme vers 193. L’exemple des martyrs l’aurait peut-être frappé. Après sa conversion, nous pouvons distinguer deux périodes dans sa vie. La première est dévouée à la foi et à sa défense. Connaissant ses prédécesseurs apologistes, il écrit de nombreux ouvrages contre les païens, les Juifs et les hérétiques. La seconde est plutôt triste. Il devient hérétique en embrassant le montanisme. En dépit de sa rupture avec l’Église, Tertullien est considéré comme le premier auteur chrétien de langue latine. Il a aussi influencé les Pères de l’Église. Parfois, il est considéré comme un Père de l’Église latin au sens large…

Dans le cadre de notre étude sur le judaïsme, nous allons étudier deux de ses œuvres lorsqu’il était catholique. L’une, Contre Marcion (Adversus Marcionem), est destiné à combattre l’hérétique Marcion qu’il considère comme son plus dangereux adversaire. L’autre est directement destiné aux Juifs (Adversus Iudeus). 

Contre le marcionisme


Marcion est un des hérétiques gnostiques du IIe siècle[3]. Il oppose le judaïsme et le christianisme en un dualisme absolu entre un Dieu du mal et un Dieu du bien. Il veut « prouver que la loi et l'Évangile se combattent et partagent le monde entre deux divinités ayant chacune son instrument particulier, ou testament » (Contre le Marcionisme [4], Livre IV, I) Cette opposition radicale guide sa doctrine, sa lecture de la Sainte Écriture et sa morale. Elle définit aussi les relations entre les Juifs et les Chrétiens. 

Dans son ouvrage, Tertullien réfute la doctrine de Marcion. Son traité commence à réfuter la dualité des Dieux, c’est-à-dire la multiplicité des divinités, ce qui va à l’encontre de l’unité de Dieu. Il défend la continuité des deux Testaments et leur cohérence, ce qui démontre un seul auteur. Il défend également la Sainte Écriture que Marcion n’hésite pas à manipuler pour se justifier. Tertullien prouve la fausseté de son interprétation et les incohérences de son évangile. L’hérétique se permet en outre de s’octroyer un droit que seul détient l’Église, c’est-à-dire de modifier le dépôt sacré. Enfin, il défend l’apostolat de Saint Paul que Marcion critique vivement. Nous allons désormais regarder plus attentivement ce que Tertullien dit du judaïsme.

« Marcion a séparé la loi ancienne de la loi nouvelle : voilà son chef-d'œuvre à lui, sa recommandation distinctive. »(Livre I, XIX) Cette séparation est le fondement de sa doctrine. L’hérétique établit « qu'il y a conflit entre l'Évangile et la loi antique, afin que de la lutte des deux testaments, il infère la diversité des dieux » (Livre I, XIX). 

Le dualisme des deux Testaments, une nouveauté


Cette opposition entre l’Ancien et le Nouveau Testament est d’abord une nouveauté. L’harmonie entre les deux Écritures ne posait aucune difficulté avant l’arrivée de Marcion. Tertullien en appelle en fait à la Tradition. « La tradition apostolique n'a point été altérée là-dessus dans son cours, et de tradition apostolique, on ne peut en reconnaître d'autre que celle qui est aujourd'hui en vigueur dans les Églises fondées par les apôtres. » (Livre I, XXI)

Pourtant, selon Marcion, le dualisme des deux Lois se manifeste au sein même du collège apostolique, et plus exactement dans le conflit qui aurait opposé Saint Pierre et Saint Paul lors de la querelle d’Antioche au cours duquel Saint Paul réprimande Saint Pierre. Nous avons déjà évoqué cette affaire qu’exploitent les « faiseurs d’histoire » pour opposer deux prétendues doctrines contraires, le « paulinisme » et le « pétrinisme ». Le christianisme résulterait de leur synthèse. La thèse des « faiseurs d’histoire » n’est pas en effet très récente. 

Or, comme le rappelle Tertullien, dans cette affaire, il n’est question que d’attitude et de discipline et non de doctrine. « La réprimande […] portait seulement sur une conduite que son accusateur lui-même devait adopter » alors que Marcion la convertit « en reproche de prévarication envers Dieu et la sainte doctrine » (Livre I, XX). Tertullien précise que les deux apôtres se sont concertés pour promulguer le même Évangile et la même foi avant de partir à la conquête du monde. Il y a donc unité chez les Apôtres dans leur doctrine concernant l’ancienne et la nouvelle loi.

En outre, si l’ancienne Loi était l’œuvre d’un dieu mauvais, Saint Paul l’attesterait dans le conflit d’Antioche, ce qui n’est pas le cas. Les discussions ne tournent qu’autour des questions de disciplines et non de foi. 

Marcion utilise aussi l’opposition entre Saint Paul et les judéo-chrétiens pour démontrer sa doctrine dualiste. Or comme l’attestent les prophéties, l’auteur de l’Ancien Testament, qui a établi les prescriptions de l’Ancienne Loi et exigé leur application, a aussi annoncé dans les prophéties une nouvelle Loi qui remplacerait l’ancienne tout en préservant la même foi. Or cela a été accompli par la nouvelle alliance. Par conséquent, l’auteur de l’ancienne Loi est aussi celui de la nouvelle Loi. L’Évangile fait enfin connaître le Créateur qui Lui-même s’est révélé dans la Sainte Écriture. Il y a bien une cohérence profonde entre les deux Testaments.

La manifestation d’un plan de Dieu

Pourquoi Dieu a-t-il alors remplacé l’ancienne alliance par une nouvelle ? La réponse se trouve dans la finalité de la loi de Moïse. Elle a pour but de détourner le peuple juif de l’idolâtrie et de l’iniquité. « Ne connaissant que trop la pente du peuple juif vers l'idolâtrie et la prévarication, elle prit soin de l'attacher au culte véritable par un appareil de cérémonies imposantes, aussi propres à frapper les sens que la pompe des superstitions païennes elles-mêmes. Elle voulait qu'à cette pensée : Dieu l'ordonne, cela plaît à Dieu, Israël détournant ses regards des rites idolâtriques, ne cédât jamais à la tentation de se faire des idoles. » (Livre II, XVIII) Tous les sacrifices si bien détaillés dans l’Ancien Testament n’ont en effet aucune utilité pour Dieu. Ils n’ont d’intérêt que pour le peuple de Dieu afin de les préserver du paganisme. 

La Loi de Moïse manifeste donc la sagesse de Dieu et révèle une véritable pédagogie. « Elle est l'œuvre d'une bonté souveraine, qui travaillait à dompter la rudesse de son peuple, et soumettait, par des rites multipliés et fatigants, une foi novice encore. » (Livre II, XIX) Nous découvrons en effet la même bonté dans les deux Testaments. Les hommes de Dieu, prédicateurs et prophètes, ont été d’une morale digne de lui et ont enseigné des préceptes de charité qui ne s’opposent pas à ceux de Notre Seigneur Jésus-Christ. 

Qui ne voit pas la logique que reflète la Saint Écriture ? Comment le Fils de Dieu aurait-il pu venir ici-bas et être reconnu sans qu’il ait été annoncé ? Mais pour que le Fils témoigne de Dieu, faut-il en effet que Dieu témoigne d’abord de Lui-même ? Pour que le Christ annonce le Père, faut-il aussi qu’Il soit auparavant annoncé par le Père ? Le Messie aurait pu venir soudainement mais « la Providence ne procède pas avec cette brusque précipitation. Elle prépare les éléments de longue main. » (Livre III, II) La Sainte Écriture manifeste le plan de Dieu.

Pour que soit efficace l’œuvre de la Rédemption, elle devait en effet être minutieusement préparée, surtout si elle s’appuie sur des témoignages. « Assurément, une œuvre si merveilleuse, élaborée dans les conseils éternels, n'aurait pas dû surgir à l'improviste, puisqu'elle était destinée à sauver le monde par la foi. Plus elle devait s'enraciner dans la créance humaine, pour devenir profitable, plus elle exigeait, pour atteindre ce but, une suite de préparatifs appuyés sur les fondements de l'économie divine et de la prophétie. Dans cette progression tout s'explique. La foi se forme ; Dieu a droit de l'imposer à l'homme ; l'homme en doit l'hommage à Dieu. Nous croyons, par l'accomplissement des faits, ce que nous avons appris à croire par la voix de la prophétie. » (Livre III, II) Les prophéties apportent donc crédibilité et autorité.

La force des prophéties

Or selon Marcion, la force démonstrative des miracles qu’a opérés le Christ aurait suffit à prouver sa mission et sa nature. Mais selon Tertullien, Notre Seigneur Jésus-Christ nous a prédit le foisonnement de faux Christ, capables d’ébranler les élus par des prodiges. Les prophéties permettent en fait de déceler les imposteurs. Les miracles de Notre Seigneur Jésus-Christ sont ainsi légitimés par les prophéties qui les ont annoncés bien avant leur accomplissement. 

Tertullien rappelle le double caractère des prophéties. « Le langage prophétique a deux caractères qui lui sont particuliers. Par le premier, les événements de l'avenir sont racontés comme s'ils avaient eu déjà leur consommation. Méthode pleine de sagesse! La divinité tient pour accomplis les décrets qu'elle a rendus, parce qu'elle ne connaît point la succession des âges et que son éternité règle uniformément le cours des temps. La divination prophétique, à son exemple, confond l'avenir avec le passé. […] Le second caractère des livres saints tient à des énigmes, allégories, ou paraboles qui cachent sous le sens naturel un sens figuré. » (Livre III, V)

L’aveuglement des Juifs

Les Juifs sont comparables aux Marcionites. En dépit des prophéties et des miracles, ils n’ont pas en effet reconnu Notre Seigneur Jésus-Christ comme étant le Messie annoncé. « Misérables Juifs, misérables Marcionites, de n'avoir point reconnu dans la personne de Moïse le Christ désarmant les justices de son Père, et offrant sa vie pour la rançon de son peuple ! » (Livre II, XXV) Est-ce vraiment une surprise ? Non puisque leur aveuglement a aussi été prophétisé. « Les Juifs ne reconnaîtraient point le Christ ; ils le mettraient à mort ; la prophétie l'avait signalé avant l'événement. Donc il a été méconnu ; donc il a été immolé par les impies dont le double crime était signalé d'avance. […] S'il ne l'avait méconnu, le Juif l'aurait-il livré à tant d'outrages ? » » (Livre III, VI). 


Comment pouvons-nous expliquer cet aveuglement ? La Sainte Écriture nous donne la réponse. « Le flambeau des Écritures à la main, on découvre pourquoi les Juifs ont dédaigné et mis à mort le Rédempteur. » ». (Livre III, VI) Dieu « avait éteint parmi eux les lumières de l'entendement » car leur cœur s’était détourné de Dieu. Les prophéties démontrent en effet formellement que « privés des moyens de le découvrir, aveuglés dans leur entendement, sans lumières, sans intelligence, ils ne reconnaîtraient, ni ne comprendraient le Christ annoncé ; que leurs sages les plus renommés, les scribes ; que leurs hommes de savoir, les pharisiens, se méprendraient sur sa personne ; qu'enfin, cette nation de sourds et d'aveugles ouvrirait vainement les oreilles pour recueillir les enseignements du Christ, ouvrirait vainement les yeux pour apercevoir les miracles du Christ. » (Livre III, VI)



C’est bien parce que le Christ n’a pas été reconnu qu’il a souffert la Passion et a été mis à mort. « Ils l'estimèrent un simple mortel, un imposteur qui se jouait de la crédulité publique par ses prestiges, et cherchait à introduire une religion nouvelle. Cet homme, cet imposteur, était de leur nation, un juif, par conséquent, mais un juif rebelle et destructeur du Judaïsme. A ce titre, ils le traînèrent devant leurs tribunaux et lui appliquèrent la rigueur de leurs lois. » (Livre III, VI)

Par les prophéties et les figures, Dieu a annoncé deux avènements du Messie, l’un dans les humiliations, l’autre dans la majesté. L’erreur des Juifs est de fixer leur regard uniquement sur la seconde parousie, la plus facile à comprendre. « Le premier avènement devait s'accomplir au milieu des abaissements et des outrages ; les figures qui l'annonçaient étaient obscures. Le second, au contraire, est lumineux et digne de Dieu. Aussi les Juifs n'eurent-ils qu'à lever les yeux pour reconnaître cette seconde apparition, à l'éclat et à la dignité dont elle brille : tandis que les voiles et les infirmités de la première, indignes de la divinité assurément, durent tromper leurs regards. Aussi, de nos jours encore, affirment-ils que leur christ n'est pas descendu, parce qu'il ne s'est pas montré dans sa majesté, eux qui ne savent pas qu'il devait venir d'abord dans l'humiliation. » (Livre III, VII) 

Les objections juives contre la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ

Comme Marcion, les Juifs ne peuvent concevoir un Dieu fait chair. Pourtant, le mystère de l’Incarnation répond à la finalité de l’œuvre de la Rédemption, c‘est-à-dire au salut des hommes. « Au Christ seul il appartenait de s'incarner par la chair, afin de réformer notre naissance par la sienne, de briser notre mort par sa mort, en ressuscitant dans une chair où il avait voulu naître, afin de pouvoir mourir. » (Livre III, IX) 

Les Juifs ne reconnaissent pas non plus le Christ comme le Messie à cause de la malédiction de la Croix et se moquent de l’enseignement des Chrétiens sur la naissance virginal d’un Dieu fait homme. Les deux mystères que sont la naissance et la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ sont pourtant inséparables. L’un conduit naturellement à l’autre. La naissance de Notre Seigneur n’est pas plus avilissante que sa mort. Si on refuse la mort du Christ, on doit aussi refuser la naissance, et vice-versa. « Fantôme sur le Calvaire, il a pu n'être qu'un fantôme à son berceau. » (Livre III, IX) « Si le Christ a un corps véritable par cela même qu'il est né, s'il est né par cela même qu'il a un corps véritable, il cesse d'être un fantôme. Saluons donc le Messie dont les prophètes annonçaient l'incarnation et la naissance, c'est-à-dire le Christ du Créateur ! » (Livre III, XI)

Marcion refuse de reconnaître l’accomplissement des prophéties d’Isaïe en Notre Seigneur Jésus-Christ. D’abord, le prophète annonce le Messie sous le nom d’Emmanuel alors que le Christ porte le nom de Jésus. Tertullien rappelle qu’il faut se détacher du sens littéral pour entendre ce que le prophète veut signifier. « Emmanuel ou Dieu avec nous, peu importe, est donc le même Christ. L'Emmanuel des oracles est donc descendu, puisque « le Dieu avec nous, » ce qui n'est que la signification d'Emmanuel, a conversé parmi les hommes. » (Livre III, XII) 

Puis Isaïe semble annoncer un conquérant qui va détruire Damas. Or, comme le souligne Tertullien, comment un nouveau-né aussi annoncé dans la même prophétie peut-il vaincre une puissance si redoutable que celle de Damas ? La prophétie ne peut en effet s’entendre qu’en prenant en compte l’ensemble des paroles du prophète. « En vérité, c'est par les vagissements de son berceau que le nouveau-né appellera ses peuples aux armes. Il donnera le signal du combat non avec la trompette mais avec son hochet. » (Livre III, XIII) La naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ annonce la victoire sur les démons. 

En dépassant la lecture littérale et en prenant en compte l’ensemble des textes sacrés, nous pouvons confirmer la justesse et la cohérence de l’interprétation chrétienne. 

Marcion ne veut pas croire qu’Isaïe ait annoncé la naissance virginale du Christ. La chose est impossible. Au contraire, puisque le fait est en effet difficile à croire, Dieu l’a révélé pour aider notre foi. « Il a préparé ma foi à une chose incroyable en me donnant pour motif qu'elle servirait de signe. » (Livre III, XIII) Marcion emprunte l’erreur des Juifs qui comprennent le verset d’Isaïe comme une naissance d’une jeune fille et non d’une vierge. « Mensonge absurde qui se réfute par lui-même ! Un événement aussi commun que la conception et la maternité chez une jeune fille pouvait-il être signalé comme un prodige? Mais une vierge mère! Voilà un signe auquel j'ai raison de croire. » (Livre III, XIV)

La Sainte Écriture, signe de l’œuvre de la Rédemption et de l’Église

L’œuvre de la Rédemption est bien difficile à croire sous la seule lumière naturelle. Elle heurte notre raison. C’est pourquoi il est nécessaire de l’annoncer mais de l’annoncer de manière prudente, cachée sous un voile que seul Dieu peut découvrir. « Plus il contrariait la raison humaine, plus il devait exciter de scandale, annoncé sans voiles. Plus il était magnifique, plus il fallait le cacher sous de saintes ténèbres, afin que la difficulté de comprendre fît recourir à la grâce de Dieu. » (Livre III, XVIII) Par la grâce de Dieu, nous découvrons les vérités qui se révèlent derrière le sacrifice d’Abraham, la posture de Moïse, dans le serpent d’airain ou dans toutes les figures qui annoncent la Croix.

« Il nous suffit d'avoir parcouru jusqu'ici l'ordre des prophéties touchant le Christ, pour montrer que, prouvé tel qu'il était annoncé, il ne pouvait pas y en avoir un autre que celui qui était annoncé, afin que d'après la concordance des faits de sa vie avec les Écritures du Créateur, leur autorité soit établie par une présomption favorable de la plus grande partie, qui se trouve maintenant ou révoquée en doute, ou niée dans les divers sens qu'on leur donne. D'après les Écritures du même Créateur, nous allons établir les mêmes rapports entre les prophéties et les faits qui ont suivi la mort du Christ. » (Livre III, XX) La Sainte Écriture n’a pas seulement donné des signes pour reconnaître le Messie. Sa portée est encore plus vaste. Elle annonce aussi l’universalité de la foi et l’apostolat des disciples du Christ, l’exclusion des Chrétiens des synagogues, la chute de Jérusalem et la dispersion des Juifs. 

Les calamités qu’ils subissent sont le signe qu’ils ont refusé le Christ et par conséquent que le Christ est venu. « Le glaive a dévoré ; donc le Christ est venu ; donc ils ont péri en refusant de l'écouter. » (Livre III, XXIII) Selon Tertullien, les malheurs des Juifs sont des châtiments. Mais si le Christ n’est pas encore venu, comment les prophéties pourront-elles être réalisées après les catastrophes que les Juifs ont vécus ? « Si le Christ du Créateur, à cause duquel ils doivent, d'après les prophètes, éprouver ces traitements, n'est pas encore venu, ils les éprouveront donc lorsqu'il sera venu. Mais alors où sera « cette fille de Sion condamnée au délaissement, » puisqu'il n'est plus de fille de Sion ? « Où seront les cités qui doivent être brûlées, » quand les cités sont déjà en cendres? Où est la nation à disperser? La voilà déjà disséminée. » (Livre III, XXIII)

Conclusion

En rompant l’unité de la Sainte Écriture et en opposant les deux alliances, la doctrine de Marcion manifeste une incompréhension du plan de Dieu et remet en cause l’œuvre de la Rédemption. Mais ce n’est pas sa seule erreur fondamentale. Il imite les Juifs en refusant de reconnaître Notre Seigneur Jésus-Christ tel qu’Il est. Les Juifs ne le reconnaissent pas comme le Messie, Marcion refuse sa nature humaine. Ils n’entendent pas la Sainte Écriture et se contente d’une lecture littérale ou superficielle. La lumière divine ne les éclaire pas.

Ainsi Tertullien est dans l’obligation de prouver l’unité et la cohérence de la Sainte Écriture et de s’opposer aux objections de Marcion. Nous retrouvons la plupart des arguments de Saint Justin. Mais dans son combat contre une dangereuse hérésie, il apporte un nouvel argument, celui de la Tradition, et éclaire davantage le Nouveau Testament. Enfin, il souligne la force démonstrative de la Sainte Écriture pour faire reconnaître la sagesse et la bonté de Dieu dans l’œuvre de la Rédemption. Mais la grâce divine est nécessaire pour identifier et de comprendre les signes voilés dans les textes sacrés. Guidée par une raison éclairée, le chrétien dispose donc de deux armes pour combattre l’erreur et le mensonge : la Tradition et la Sainte Écriture.


Notes et références
1 Hans von Campenhausen, Les Pères latins, I, éditions de l’Orante, 1967. 
2 Hans von Campenhausen, Les Pères latins, I. 
3 Voir Émeraude, Novembre 2014, article « Contre les Ébionites et les Marcionites : l’unité et l’intégrité de la Sainte Écriture en danger ». 
4 Tertullien, Contre le Marcionisme, traduit par E.-A. de Genoude, 1852 et proposé par Roger Pearse, 2004, JesusMarie.com. Sauf indication, les citations proviennent de cet ouvrage.

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