" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


lundi 26 novembre 2012

La scandaleuse affaire de l'homme de Piltdown

Quand un fait s'oppose à la théorie de l'évolution, rapidement, la communauté scientifique dénonce l'imposture avant même de l'étudier sérieusement. Mais, l'histoire montre aussi qu'un fait peut aussi être accepté très hâtivement quand il appuie cette théorie. Le scandale de l'homme de Piltdown en est un exemple flagrant. 
Les scientifiques ne sont pas en effet tous épris d'objectivité. Ils agissent aussi selon leurs préjugés culturels et parfois également selon la recherche de la gloire... 


Le 18 décembre 1912, le célèbre paléontologiste Woodward du British Muséum présente une découverte extraordinaire : l'homme de Piltdown. Il le considère comme le chaînon manquant entre l'homme et le singe. Il est en effet présenté comme un ancêtre directe de l'homme moderne et du singe. Son crâne est en effet semblable à celui d'un homme contemporain et sa mâchoire à celle d'un singe. Tout la communauté scientifique est en émoi. 

Certains scientifiques sont sceptiques. Il n'est pas conforme aux recherches et ne ressemblent guère à l'homme de Néanderthal qu'on venait de découvrir : la mâchoire est celle d'un homme, le crâne est proche du singe. Compte tenu de la renommée de Woodward, les sceptiques finissent toutefois par être ignorés. Puis, on élabore des théories complexes pour rendre compatibles l'existence des fossiles en apparence contradictoires. En outre, d'autres éléments appuient sa thèse. Au début de 1917, le Père Teillard de Chardin découvre un nouveau fossile confirmant l'homme de Piltdown. Les sceptiques deviennent rares. On érige même un mémorial à Piltdown. L’Angleterre, en pleine apogée, célèbre sa découverte. 

Néanmoins, au fur et à mesure des découvertes géologiques, l'homme de Piltdown devient de plus en plus un mystère étrange, invraisemblable. Avec de nouvelles méthodes de datation, on finit par découvrir dans les années 50 que l'homme de Piltdown est plus jeune que prévu, ce qui ne correspond pas à la chronologie de l'évolution. Il ne peut plus être considéré comme un chaînon manquant entre l'homme et le singe. Puis, des scientifiques indépendants du British Muséum peuvent enfin analyser les fossiles et découvrir la supercherie : l'homme de Piltdown était en fait constitué d'un crâne humain moderne et d'une mâchoire d'ouran-outang, teintés pour reproduire la coloration due au grand âge. La dent de singe découverte par Teilhard de Chardin n'est qu'une dent humaine, limée pour imiter l'usure des dents humaines. Les fossiles trouvés auprès du crâne et de la mâchoire venaient de Malte et de Tunisie. Ils ont été déposés auprès de l'homme de Piltdown pour confirmer son grand âge. Les scientifiques finissent par conclure à une fraude. En 1959, la datation au C14 évalue l'âge de l'homme de Piltdown à 500 ans. 

Nous ignorons qui sont les fraudeurs. De nombreuses enquêtes ont été menées pour découvrir le ou les auteurs de cette supercherie. Tous les protagonistes, sauf Woodward, ont été accusés. Gould, très renseigné sur cette affaire, soupçonne fortement le paléontologue qui a découvert les fossiles et Teilhard de Chardin. Mais « le mystère n'est pas de savoir qui est le véritable auteur, mais comment toute une génération de scientifiques a pu se laisser berner par une supercherie aussi évidente » (1). 

La fraude révèle en fait que « la science est une activité humaine mue par l'espoir, les préjugés culturels et la recherche de la gloire ». L'homme de Piltdown appuyait une thèse que beaucoup de scientifiques partageaient. En élaborant des théories, on tente d'expliquer les faits, d'en tirer un sens. Et on se sert des faits pour mettre à l'épreuve les théories. Mais, une fois qu'on opte pour une théorie, on a plutôt tendance à interpréter les faits comme des preuves de la théorie et à reconnaître ce qui s'y conforme. En outre, tous les fossiles d'hommes étaient découverts en Afrique ou en Asie, révélant que l'homme provenait de ces continents. Or, l'homme de Piltdown prouvait que l'homme venait probablement des îles britanniques. Il enorgueillissait l'Angleterre qui prouvait son ancienneté à une époque où elle dominait le monde. Puis, les paléontologues anglais ont manqué cruellement d'esprit critique. « On peut également penser que bien des scientifiques se sont laissés duper parce que l'idée qu'on puisse agir avec l'intention de tromper le public et les experts était totalement contraire à leur nature » (2). 

Nous pouvons encore mentionner d'autres mensonges qui montrent parfois les dangers des préjugés culturels. De tels dérapages ne sont pas en effet rares. En 2009, les médias annonçaient triomphalement qu'on avait trouvé le fossile « chaînon manquant » entre nous et un groupe de primate, la célèbre Ida. Google en avait fait un moment sa mascotte. John Hurum, paléontologue au Musée d'histoire naturelle à Oslo, acclamait cette découverte : « c'est le premier lien vers tous les humains ». Tout cela était faux. « Cette annonce était dénuée de toute réalité scientifique et relève d'une opération de communication sans précédent » (3). Une nouvelle inconsistance scientifique... Certes, des scientifiques ont vite déclaré l'imprudence d'une telle déclaration, mais la propagande darwiniste a rapidement fonctionné... 

Soyons prudents. Les supercheries, les fraudes et les acclamations intempestives ne sont pas rares pour justifier ou attaquer l'évolutionnisme. En aucun cas, ils ne doivent fournir des prétextes à un refus de la science ou à sa dérision, mais plutôt nous montrer combien les résultats scientifiques nécessitent de la prudence et d'esprit critique. Ils ne sont pas exempts d'erreurs et de manipulations. Quand une science est mêlée d'idéologie, ces erreurs sont très certainement plus fréquentes...


1. Gould, La souris truquée, cité dans www.sciencespresses.qc.ca
www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/piltdown.html. 
3 Vivane Thivent, le 20 mai 2009, dans www.universcience.fr

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