" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 20 juin 2020

La Morale et l'Évangile (2) : l'unique chemin qui mène à Dieu



 

Quand nous songeons à la morale chrétienne, il apparaît dans notre imagination une pièce légèrement sombre dans laquelle se dressent devant nous les tables de la Loi, deux pierres massives sur lesquelles sont gravés les dix commandements. Au deuxième plan, sur une table en marbre, nous distinguons plusieurs livres, une série de tomes identiques reliés, impeccables et rigides, se tenant debout côte à côte, puis, à leur droite, en un seul volume, un manuel semblable au code de la route, mais sans image ni illustration. Enfin, derrière cette table, une grille fermée puis, dans la pénombre, s’élève un tribunal en bois, surmonté d’une croix noire au pied de laquelle se trouvent agenouillés deux archanges, de part et d’autre, l’un portant une balance, l’autre un glaive…

Un tel songe nous éloigne des chemins de Palestine, de la route dangereuse qui nous mène de Jérusalem à Jéricho, de la fertile Galilée où une foule nombreuse et silencieuse écoute avec attention des paroles éclatantes et admirables, encore jamais entendues. Sous un ciel d’un bleu clair, au bord d’un chemin de poussières rouges, nous voyons un homme se pencher vers un individu à terre et lui apporter les premiers soins. Plus loin, au milieu d’une foule bruyante, séchant ses larmes, une vieille femme est joyeuse auprès d’un enfant qui se lève d’un long sommeil, ou transportés à l’intérieur d’une maison aisée, nous voyons un homme souriant attablé avec d’autres convives étonnés...

Le dépaysement peut surprendre, voire scandaliser notre âme. La comparaison peut en effet soulever de l’indignation tant la première scène semble démentir les suivantes. Dénigrant la pièce sombre et les ouvrages volumineux, rejetant le tribunal droit et sévère, implacable dans ses sentences, nous préférons courir sur les vastes et riches plaines de la Galilée. Abandonnant le jugement impérieux de la Loi, nous aimons entendre les paroles lumineuses et rafraîchissantes de l’Évangile. Tel pourrait être notre premier mouvement. Dans un deuxième mouvement, aussi hâtif, nous pourrions aussi tout rejeter. Nous ne pouvons guère croire que les scènes que nous venons de décrire viennent pourtant d’une même histoire, d’une même réalité. Notre Seigneur Jésus-Christ n’est pas en effet venu pour abolir la Loi mais la sublimer. Il n’y a point d’oppositions ou de mensonges, et donc point de raisons pour tout abandonner.

Nombreuses sont les âmes qui doutent, voire succombent à cette apparente contradiction. Elle ne peut donc être ignorée. La morale chrétienne, qu’enseigne l’Église, et l’Évangile paraissent en effet pour de nombreux contemporains incompatibles. L’édifice austère qui s’élève devant elles semble être dénué de l’âme qu’ils pressentent dans les pages de l’Évangile. La morale chrétienne est vue comme un code d’interdits et de défense, l’Évangile comme un message d’amour et de liberté. Le langage technique, la rigidité et la rigueur implacable de la morale chrétienne semblent difficilement conciliables avec l’intériorité, la spontanéité et la joie de l’Évangile. Une telle vision agit alors comme un choc violent pour de nombreuses consciences au point d’éloigner bien des hommes et des femmes de la foi et de la morale chrétienne. Il n’y a pas seulement de l’incompréhension dans leur rejet, il y a aussi du découragement.

Dans cet article, nous allons essayer de connaître les raisons de cette incompréhension avant de montrer la compatibilité entre la morale chrétienne et l’Évangile...

Une vision biaisée de l’Évangile

La première cause tient très probablement dans une vision tronquée de l’Évangile. Nous préférons en effet retenir les béatitudes du « sermon sur la montagne » que les malédictions que profère également Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous aimons garder en mémoire ses paroles de joie et d’espérance qu’Il adresse à la foule et abandonner les anathèmes qu’Il lance aux scribes et aux pharisiens. Mais pensons-nous vraiment que ces imprécations terribles sont ensevelies dans les ruines du Temple ?

Le Bon Samaritain[1] est un modèle admirable qui fait l’unanimité des hommes de bonne volonté. Nous voulons le suivre en raison de la charité qu’il montre à l’égard d’un homme laissé à moitié mort sur le chemin. Nous rejetons sans difficulté l’attitude déplorable du prêtre et du lévite. De même, nous admirons le publicain qui, au fond du Temple, conscient de sa misère, élève son âme vers Dieu alors que devant lui, au premier rang, prostré dans son orgueil, un pharisien est plein de lui-même. Dans ces deux paraboles, Notre Seigneur Jésus-Christ décrit deux comportements, l’un louable et à imiter, l’autre condamnable. Ce n’est pas seulement un effet de style qui met en lumière une belle leçon par le contraste évident des personnages. La leçon que Notre Seigneur Jésus-Christ nous livre ne se réduit pas non plus à un message positif, au bon samaritain ou à l’humble publicain. Les deux modèles qu’Il nous dessine nous intéresse aussi dans sa totalité. Ils traversent les siècles et nous interpellent encore. Nombreux sont en effet ceux qui sont proches des blessés de ce monde ou en sont indifférents, ceux qui sont conscients de leur misère et ceux qui sont emplis d’eux-mêmes. Et parfois, nous sommes aussi l’un et l’autre …

Les pages de l’Évangile ne recueillent pas uniquement de belles leçons de morale, agréables à entendre et lumineuses pour notre conscience. Elles nous présentent aussi des modèles faits de chair et de sang, également destinés à nous éclairer et à nous instruire. L’Évangile nous présente en effet des hommes pleins de foi et d’humilité, des pécheurs conscients de leurs fautes et habitée d’une contrition admirable sans oublier aussi des individus fermés, égoïstes et lâches. Comme dans notre vie ici-bas, des vertus et des vices habitent les mêmes personnes dans des proportions différentes. Saint Pierre et Judas font partie des disciples de Notre Seigneur Jésus-Christ. L’un ne fait pas oublier l’autre. Les vertus des uns n’effacent pas les vices des seconds. Le zèle et le dévouement du chef des apôtres ne font pas disparaître le reniement de l’apôtre déchu. La complexité de l’âme humaine, ses tâches claires et sombres, ses richesses comme ses faiblesses se révèlent ainsi, page après page.

Notre Seigneur Jésus-Christ loue alors les belles qualités morales qui se présentent à lui tout en condamnant les vices dont Il est témoin ou victime. Croyons-nous que de tels portraits ne servent qu’à habiller une belle histoire et à émouvoir les lecteurs comme dans les bons films hollywoodiens ? Ce ne sont pas des personnages mais des hommes qui ont vécu et vivent selon une morale juste ou mauvaise.

Une Loi toujours réalisée, complétée, rendue parfaite

Une autre vision de l’Évangile pourrait encore nous tromper. Elle est sans-doute la plus dangereuse. Elle a déjà donné lieu à de nombreuses erreurs dès les premiers temps. Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas aboli les commandements que Dieu a transmis à Moïse sur le Mont du Sinaï. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu les abolir mais les accomplir. »(Matthieu, V, 17) Les commandements, les obligations et les interdits de la Loi comme les paroles des Prophètes ne sont pas désuets. Elles demeurent encore valables pour les chrétiens. Mais, ne pensons pas non plus que les prescriptions des docteurs de la Loi sont encore à suivre. Il y a bien une distinction à faire.

Attardons-nous d’abord sur le sens du mot « accomplir ». Il traduit le terme grec « plêrôsai » qui signifie « réaliser, compléter, parfaire ». Les trois verbes expriment certainement la mission de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est en effet le Messie que la Sainte Écriture a annoncé, réalisant ainsi les prophéties. Il a aussi suivi les préceptes et observances qu’elle définit. En outre, Notre Seigneur Jésus-Christ a complété la connaissance qu’elle nous livre et la morale qu’elle nous donne. Les questions que soulèvent les pharisiens ont désormais des réponses. Ce qui nous a apparu peu compréhensible dans les paroles divines est désormais clair à la lumière de l’Évangile. Ainsi, Notre Seigneur Jésus-Christ a perfectionné la Loi en profondeur et dans son étendue. Dieu n’est plus seulement parole. Il est désormais Dieu incarnée, vivant parmi les hommes. Il ne parle plus au travers des livres sacrés. Il est au milieu des siens, pleinement humain, pleinement Dieu, sans confusion ni séparation. La perfection de la vérité réside dans le mystère de son incarnation. La perfection de la morale éclate dans sa Passion.

Dieu fait homme ne fait pas que parler de morale, dictant ce qu’il faut faire et comment il faut agir, usant d’effets de style comme un philosophe ou un docteur de la Loi. Il agit selon la morale qu’Il nous demande de suivre. Sa vie est un exemple à imiter comme le souligne le titre de chrétien que nous portons. Et son témoignage n’est pas vain. Il a donné sa vie pour nous, les hommes. Sa mort est le témoignage suprême de ce qu’est l’essence même de la morale. Les commandements de Dieu ne sont donc plus gravés dans la pierre mais dans la chair humaine, dans l’âme.

Enfin, Notre Seigneur Jésus-Christ ne se réduit pas à un modèle. Il n’est pas un héros ou un martyr que nous suivons comme admiratifs du message qu’Il porte. Il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean, XIV, 6). Revenons sur cette parole.

« Le chemin, la vérité et la vie »


 

Lors de la dernière cène, Notre Seigneur Jésus-Christ annonce son départ aux apôtres réunis. L’heure de la Passion arrive. Ses disciples sont alors inquiets. « Que votre cœur ne se trouble point. » (Jean, XIV, 1) Il leur demande de suivre le chemin pour aller là où Il se rend. Encore bien terrestre et lent à comprendre, Saint Thomas s’inquiète. « Seigneur, nous ne savons où vous allez ; comment donc en saurions-nous le chemin ? » (Jean, XIV, 5) Par où faut-il passer pour vous retrouver ? Et quel est le but de notre marche ? C’est alors que Notre Seigneur Jésus-Christ résume ce qu’Il est. « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi. » (Jean, XIV, 6) C’est Lui qui est le chemin, Lui qui est la vérité, Lui qui est la vie. Il est la lumière qui montre la route, la force qui permet de marcher et d’atteindre le but. Pour y parvenir, il n’y a pas d’autres solutions.

La réponse est admirable, saisissante. Elle nous fait aussi trembler comme le dit Bossuet. Notre Seigneur Jésus-Christ est la seule et unique voie pour obtenir la vie éternelle. Or, souvenons-nous aussi de sa réponse au docteur de la Loi qui voulait savoir comment il pouvait gagner le ciel : « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, et aimer son prochain comme soi-même. » (Luc, X, 27)[1] L’amour nécessaire à la vie éternelle réside donc dans Notre Seigneur Jésus-Christ non seulement comme modèle ou connaissance mais aussi comme source et vie. Hors de Seigneur Jésus-Christ, le ciel ne nous est pas accessible. Nous devons rester unis à Lui pour vivre de son amour.

C’est alors qu’une autre parole prend tout son sens. « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disperse. »(Matthieu, XII, 30) Elle avertit du choix qu’il faut faire dans notre existence. Il faut en effet choisir, et le choix est simple. Si ce n’est pas Lui, nous ne pouvons pas en effet obtenir la vie éternelle. Et comme dans tout choix, il y a une décision à prendre. C’est dans ce choix que s’exerce d’abord notre véritable liberté. Elle réside ensuite dans la persévérance dans ce choix. Mais ne nous dupons pas. Sans Notre Seigneur Jésus-Christ, il n’y a point de liberté…

La ligne d’arrivée…

Notre Seigneur Jésus-Christ compare souvent notre destinée à celle d’un animal, d’une plante ou d’une céréale. Au jour attendu, l’ivraie sera livrée au feu alors que le froment sera amassé dans le grenier. Saint Jean-Baptiste utilise la même image en annonçant l’œuvre du Messie. « Sa main tient le van ; il nettoiera son aire, il amassera son froment dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point. » (Matthieu, IV, 12) Au bout du chemin, il y aura donc un jugement, qui distinguera les uns et les autres par leur destin, les uns bienheureux, les autres malheureux. « Comme on cueille l’ivraie et qu’on la brûle dans le feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. » » (Matthieu, XIII, 40) Il y aura donc un tri inéluctable, un autre choix, comme les pécheurs qui, ramassant des poissons, choisissent les bons et jettent les mauvais.

Deux sorts bien distincts séparent ceux qui vivaient et croissaient ensemble dans le même champ ou dans les mêmes eaux. Un jour, leur vie se sépare, non par accident ou par libre choix de leur part, mais par celui qui moissonne ou pêche, selon leur valeur. Les uns, les justes, « resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » (Matthieu, XIII, 43) Les autres, les réprouvés, seront jetés « dans la fournaise ardente », dans un lieu où « il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Matthieu, XIII, 42) Un ange viendra séparer les méchants d’avec les justes.

Le choix, notre choix, est donc décisif. Un seul chemin mène à la vie éternelle, les autres à l’enfer. Sur quels critères Dieu jugera ? Notre Seigneur Jésus-Christ nous le dit à plusieurs reprises : au jour du jugement, nous devrons rendre compte de nos œuvres, de nos paroles, de notre vie. Tout dépend de la vie que nous avons menée ici-bas, de la mesure de notre amour. Et Il ne cesse de nous avertir et de nous demander de nous souvenir de ses paroles.

La nécessité de la foi

Les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ sont parfois effroyables à entendre. Au moment même où Il souffre sur le chemin de la croix, Il nous annonce le châtiment de Jérusalem. Il prédit aussi la ruine de la ville de Capharnaüm et annonce le sort de ses habitants. « Et toi, Capharnaüm, qui t’élèves jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’aux enfers. » (Matthieu, XII, 23) La ville de Capharnaüm sera « abaissée » en raison de son manque de foi ou plutôt de sa mauvaise foi puisqu’elle ne voit pas les miracles qui s’y sont produits. Avant de les envoyer prêcher et baptiser, Il avertit aussi les Apôtres de l’importance de leur mission. « Celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc, XVI, 16) Et de manière positive, Il nous annonce aussi la béatitude à ceux qui croient sans avoir vu. Sa Passion en est le prix, nous dit Notre Seigneur Jésus-Christ. Le Fils de l’homme doit être élevé « afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle. » (Jean, III, 15) Ainsi, la foi est donc nécessaire pour se trouver parmi les justes.

Notre Seigneur Jésus-Christ ne peut en effet être la voie s’Il n’est pas reconnu comme Il est. Et comment est-il possible de connaître le Père si on ignore le Fils ? Or « je sais que son commandement est la vie éternelle. »(Jean, XII, 50) C’est pourquoi Il est la voie qui nous conduit au Père. En outre, de manière négative, « quiconque fait le mal, hait la lumière, et il ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient découvertes. »(Jean, III, 21) Or Notre Seigneur Jésus-Christ est vérité. Il est la lumière qui est venu dans le monde. Or celui qui n’est pas dans la lumière est systématiquement dans l’obscurité

L’exigence de la charité

Mais la foi sans les œuvres, à quoi bon ? C’est bien dans la vie concrète et bien réelle que nous manifestons et vivons l’amour de Dieu et de notre prochain. Si elle ne se traduit pas en des actes correspondants, elle est une foi morte, sans valeur. Notre Seigneur Jésus-Christ exige en effet une foi vivante. Si elle reste au niveau de la connaissance, elle attise plutôt la colère, c’est-à-dire la malédiction. Comme le bon arbre donne un bon fruit, il faut que nous donnions des œuvres bonnes. 

En outre, des dons nous ont été donnés pour que nous puissions les utiliser. Le serviteur inutile sera jeté dans les ténèbres extérieures. La semence doit donner de bons fruits, la graine se lever et devenir un grand arbre. Celui qui amasse des trésors pour lui-même ne sert pas Dieu. Or « on exigera beaucoup de celui à qui l’on a beaucoup donné » (Luc, XII, 48)

Pour accéder au Royaume du Père, il faut obéir à ses commandements, c’est-à-dire faire sa volonté, ou dit autrement Lui être fidèle et soumis. Or, « nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; car où il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. »(Jean, XVI, 13) Tel est l’amour de Dieu. L’amour du prochain n’est pas non plus un vain mot. Celui à qui nous ne donnons pas à boire alors qu’il a soif est Notre Seigneur Jésus-Christ. Celui à qui nous donnons à manger alors qu’il a faim est aussi Notre Seigneur Jésus-Christ. « En vérité, en vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Et ceux-ci s’en iront à l’éternel supplice, et les justes à la vie éternelle. » (Matthieu, XXV, 45-46).

Cependant, ne soyons pas dupes comme les pharisiens qui agissent pour plaire aux hommes. « Dieu connaît vos cœurs ; et ce qui est grand aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu. »(Luc, XVII, 15) Notre Seigneur Jésus-Christ nous en avertit plusieurs fois. C’est bien Dieu qui nous invite à son banquet. C’est encore Lui qui nous frappe à la porte. Le fondement de la vie éternelle réside en Lui et non en nos efforts. Mais, il ne suffit pas d’être invité. Nous devons aussi être parés de nos plus beaux vêtements intérieurs.

Une morale parachevée

Depuis la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ, les paroles de la Loi et des prophètes ne se réduisent plus à des actes concrets, sensibles et observables. Elles s’appliquent d’abord aux pensées, aux intentions, à l’esprit qui les anime, à la vie intérieure. Elles ne sont plus réservées à un peuple de la terre mais à tous les hommes, sans exception. Elles sont ainsi plus exigeantes et de portée universelle. La morale de l’ancienne alliance disparaît au profit d’une nouvelle, celle de la nouvelle alliance. Mais les fondements demeurent les mêmes. Les deux commandements qui résument la Loi restent toujours les deux piliers de la morale.

Notre Seigneur Jésus-Christ nous a en effet rappelé les fondements de notre vie quotidienne, de nos pensées et de nos actions. Il a purifié les interprétations de la Loi et les ont élevées, les dépouillant de tout ce qui relevait de l’homme, des erreurs accumulées par le temps et des obsolescences. Il a ainsi rectifié leur compréhension et leur enseignement.

Enfin, la morale est rendue parfaite en raison de sa faisabilité. Ce que Dieu nous demande est à la portée de tous, sans exception, malgré nos faiblesses et en raison même de nos faiblesses. Car ce ne sont pas que des paroles qu’Il nous a transmises. Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné les moyens d’acquérir la liberté et les vertus dont nous avons besoin pour suivre les commandements. Il nous permet de nous rendre participant de sa vie même. Aucune situation n’est pas sans issue. Et même après nos chutes, nous pouvons nous relever avec certitude. Aucune faute n’est pas pardonnable.

Finalement, Notre Seigneur Jésus-Christ a élevé et sublimé la morale au point de l’achever au sens où rien ne peut plus la surpasser. La Loi et les prophètes sont toujours valables dans la lumière de l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les fondements restent identiques : l’amour de Dieu, l’amour du prochain et de nous-mêmes. Le but n’a pas changé : le royaume de Dieu. Les moyens sont désormais accessibles et sans limite. Le chemin est devenu lumineux…

Mais sans la lumière de la foi, nous ne pouvons guère comprendre les Tables de la Loi, les manuels de moral et toutes les doctrines de morale que l’Église nous enseigne. Si nous réduisons la morale à notre propre vision humaine, nous ne pouvons guère vivre comme Dieu veut que nous vivions. Là résidait l’erreur de nombreux pharisiens. Là est en fait le choc qui peut nous ébranler…

« Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. »(Matthieu, V, 20)

Un enseignement de la morale chrétienne plus complet

La morale chrétienne n’a donc pas de sens sans adhérer à la vie même de Notre Seigneur Jésus-Christ et donc sans sa connaissance. Il est encore plus difficile de l’entendre sans connaître ses fondements même, c’est-à-dire la connaissance de Dieu, de ses œuvres et de l’homme. Il est encore impossible de la suivre sans utiliser les moyens qu’Il nous a transmis par son Église. Par conséquent, il faut non seulement les connaître mais en vivre, notamment au moyen des sacrements. Enfin, la morale chrétienne n’est pas une morale qui se vit individuellement. Elle n’a pas de sens hors de l’Église. En un mot, la morale chrétienne n’est pas autonome.

La lecture seule d’un manuel de morale catholique est donc insuffisante, voire pleine de danger. Elle ne peut se réduire en des ouvrages aussi volumineux qu’ils puissent être. Certes, ils sont nécessaires pour porter la connaissance et la diffuser, ou encore pour mieux tracer le bon chemin et signaler les mauvaises routes. Mais livrée à elle-même, elle risque de nous enfermer dans notre propre vision et de ne point nous élever jusqu’à Dieu. Le code de la route est en effet insuffisant pour conduire. Faut-il encore savoir conduire et disposer d’une bonne carte ou d’un bon GPS…

Entendons-nous bien. Comme la religion, la morale ne s’enseigne pas uniquement dans des livres ou dans des cours, aussi bons soient-ils. Elle est aussi inculquée par la famille et par tous les moyens dont s’est dotée l’Église pour nous la communiquer. Pour qu’elle soit gravée dans les âmes, et donc appréciée et vécue, elle doit imprégner la vie du chrétien du matin au soir, de sa naissance à sa mort. Mais par simplicité ou forcés par les circonstances, nous la réduisons parfois à des manuels et à des livres. Pire encore. Les hommes en quête de morale n’ont parfois que cela pour connaître ce qu’est la morale chrétienne. Et ces manuels ne sont en fait que des synthèses de morale[2].

Un enseignement de la morale chrétienne plus profond

Enfin, nombreux sont les obstacles qui entravent l’enseignement de la morale. L’athéisme de notre société et l’esprit envahissant du monde le rendent plus difficile. Les difficultés proviennent aussi de l’évolution des modes de connaissance. Notre contemporain apprécie plus le visuel, voire le virtuel, et s’attache plus à l’émotionnel, à l’interactivité. Il abandonné vite un texte s’il est trop long ou trop sérieux, si sa lecture n’est pas assez distrayante, émouvante, frémissante. Comment peut-il alors apprécier la morale chrétienne dans une telle superficialité ? Il serait même dangereux d’adapter l’enseignement moral à ce modèle d’individu. Ce n’est pas en le laissant dans l’obscurité qu’il découvrira la lumière ! Cela explique certainement les nombreux échecs de l’enseignement catholique. Il s’agit plutôt de le retirer avec soin de cette superficialité pour le mettre dans les meilleures conditions d’enseignement. En un mot, il faut l’éloigner de l’esprit du monde pour qu’il soit à même de contempler la lumière.

Un enseignement de la morale chrétienne innovant ? 

La société ayant évolué, l’enseignement de la morale doit aussi évoluer dans sa forme et non dans son contenu. Les manuels du XIXe siècle ne peuvent plus répondre aux besoins actuels. Les sermons de Bossuet ne sont plus audibles. Le français ancien n’est plus lisible. Mais les sermons et les ouvrages de morale sont toujours pertinents. Il faut certes innover mais selon l’esprit qui a toujours animé l’Église, selon l’exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ et ses apôtres, et non selon des modes ou des écoles. L’innovation puise en effet sa substance dans les trésors de l’Église même si ses moyens sont fournis par la société.

Mais, souvenons-nous des paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Celui donc qui aura violé un de ces moindres commandements, et appris aux hommes aux hommes à les violer, sera le moindre dans le royaume des cieux ; mais celui qui les aura gardés et aura appris à garder, sera grand dans le royaume des cieux. »(Matthieu, V, 19)

Conclusions

L’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ à la lumière de l’Évangile peut apparaître d’une très grande simplicité. Nous ne pouvons pas connaître le bonheur éternel, le seul bonheur qui compte, sans rejoindre Dieu, sans faire sa volonté, qui est de L’aimer de toute notre force et de toute notre âme et sans aimer notre prochain comme nous devons nous-mêmes nous aimer.
La morale chrétienne exige donc la charité et donc la foi. Or qui peut aimer le Père sans aimer le Fils ? Ce n’est donc que par Notre Seigneur Jésus-Christ que nous pouvons connaître et rejoindre Dieu. La voie du Ciel est ainsi ouverte à tous, sans exception...


Mais ne nous trompons pas. Si Notre Seigneur Jésus-Christ enseigne ce que nous devons faire et comment nous devons agir, Il dénonce et condamne aussi les mauvais comportements. Il indique la voie qu’il faut prendre et barre celle qu’il ne faut pas suivre. Il nous a montré le chemin et ses exigences, Lui-même est un exemple à suivre, comme Il nous donne aussi des contre-modèles. Car s’il existe un chemin vers la vie éternelle, nombreuses sont les routes qui mènent vers l’enfer, là où il y a des grincements de dent, là où seront jetés les réprouvés. En outre, s’il est possible pour tous, sans exception, ce chemin est étroit et difficile. Mais comment choisir le bon chemin et éviter tous les autres sans code de la route, sans signalisation ni GPS ? Et plus la mer est agitée et obscurcie par la tempête, plus nous avons besoin de signaux et de phares pour nous guider vers le port du salut et éviter de nous échouer sur les récits de la désolation…


Au bout du chemin, un ange séparera les mauvais des bons. Le non-choix ne sera pas possible. « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disperse. » Si nous ne sommes pas avec Notre Seigneur Jésus-Christ, nous nous opposons à Lui. Si nous ne travaillons pas à son œuvre, nous travaillons en vain pour notre vie éternelle. L’enseignement de la morale chrétienne ne peut pas évacuer le jugement de Dieu. Mais contrairement à la vision sombre que nous serions tentés d’avoir, la morale chrétienne est imprégnée d’espérance et de joie. Car la route est accessible. Nous pouvons en effet la suivre jusqu’au bout si nous demeurons en Notre Seigneur Jésus-Christ car Il est Lui-même en nous, « la voie, la vérité, la vie ». Et avant le franchissement de la ligne d’arrivée, tout est encore possible. Car à côté de la justice divine se dresse aussi la miséricorde de Dieu. La Croix est aussi salut. Enfin, Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas rejoint son Père en nous laissant orphelin. Il nous a laissé l’Église assistée continuellement par le Saint Esprit. Nous ne sommes donc pas seuls, livrés à nous-mêmes…

 


Notes et références

[1] Voir Émeraude, juin 2020, article « La Morale et l’Évangile  (1) : Le Bon Samaritain ».

[2] Voir Émeraude, avril 2020, article « Une crise à surmonter mais des critiques à remettre en cause ».



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