" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 9 juillet 2016

L'heureuse Providence dans la diffusion du christianisme aux premiers siècles

Lorsque nous songeons au premier temps du christianisme, à ces trois premiers siècles de douleurs et de souffrances, nous ne pouvons que nous étonner de sa rapide diffusion tant dans l’Empire romain et au-delà que dans la société antique. Nous ne pouvons pas croire que Dieu n’en soit pas la cause tant le monde s’est acharné à le combattre. C’est pourquoi comme les apologistes, nous voyons dans sa rapide propagation un solide argument en faveur de son origine divine. 

Cependant, aucune graine ne peut germer et grandir sans une terre et un environnement propices. Des apologistes ont aussi insisté sur les circonstances qui ont favorisé la diffusion du christianisme et de l’admirable enchaînement des événements qui lui ont permis de grandir si rapidement. Mais certains adversaires de la foi ont vu dans ces conditions les véritables et seules causes de son expansion, réfutant par conséquent toute intervention divine et niant toute force à l’argument. Ainsi la question se pose. La diffusion rapide du christianisme dans les trois premiers siècles est-elle un miracle ou le résultat de circonstances toute naturelles ? Si nous répondons par l’affirmative, elle peut être alors évoquée comme un argument en faveur de son origine divine.

Le judaïsme hellénique

Les Actes des Apôtres racontent qu’au jour de la Pentecôte, quand les Apôtres « furent remplis du Saint Esprit et se mirent parler diverses langues […] « il y avait à Jérusalem des juifs pieux qui y résidaient, de toutes les nations qui sont sous le ciel. » (Act. Ap., I, 4-5). Nous apprenons qu’ils sont « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte, des contrées de la Lybie voisine de Cyrène, Romains de passage ici » (Act. Ap., I, 10). Ils précisent qu’ils sont « soit Juifs, soit prosélytes » (Act. Ap., I, 11). Les uns sont juifs de naissance, d’autres, encore appelés les « craignant-Dieu », sont des païens proches de la religion juive sans cependant y adhérer pleinement.



Parmi les Juifs, nous distinguons deux catégories selon leur origine : ceux qui sont nés et vivent en Palestine et ceux de la Diaspora. Lors des grandes fêtes juives, ils se retrouvent à Jérusalem. Saint Pierre s’adresse donc aux Juifs palestiniens comme à ceux qui séjournent à la cité sainte. Certains seront « transpercés par le discours » (Act. Ap., I, 37) de l’Apôtre et seront baptisés. De retour dans leur ville d’origine, les Juifs de la Diaspora colportent les événements qui ont marqué la ville sainte et témoignent de ce qu’ils ont vu et entendu. Les Juifs de toutes les nations apprennent ainsi ce qu’il s’est passé et reçoivent donc indirectement l’enseignement des Apôtres. La diffusion du christianisme dans le monde entier est ainsi facilitée par la présence des communautés juives dispersées dans toutes les nations.

Rappelons ce que sont les Juifs de la Diaspora. Depuis l’exil de Babylone, c’est-à-dire la fin des royaumes juifs et la destruction du premier Temple de Jérusalem par les Perses, des communautés juives se sont essaimées dans le monde gréco-romain et au-delà. Elles sont présentes dans toutes les grandes cités comme Antioche, Damas, Athènes, Rome et surtout Alexandrie. La cité égyptienne contient probablement la communauté juive la plus importante. Sa population est estimée au Ier siècle après J.C. à 180 000, soit le tiers de la population de la ville[1]. Les Juifs se sont aussi étendus hors de l’empire. Lorsque les Juifs ont pu revenir en terre sainte, certains d’entre eux ont préféré rester en pays étrangers. Les communautés juives de la Diaspora sont ainsi restées nombreuses.

Chaque communauté de la Diaspora dispose d’une synagogue et mène une vie religieuse fortement attachée à Jérusalem, aux institutions, aux cultes et aux espérances juives. Elle préserve son identité et sa religion, évitant notamment tout contact avec les païens dans le domaine religieux. La structure juive très répandue dans l’empire permettra ainsi aux Apôtres de s’adresser aisément aux Juifs. Les synagogues seront les lieux où ils pourront enseigner en toute liberté. Ce sont aussi ces Juifs qui les accueilleront au cours de leurs voyages apostoliques.

Philon (25 av. J.C. - 50 ap. J.C. )
Des Juifs plus ouverts

Vivant plus au contact des païens et de cultures différentes, les Juifs de la Diaspora sont moins enfermés dans le messianisme patriotique ou national comme leurs homologues palestiniens. Ils sont plutôt ouverts à la culture et à l’enseignement intellectuel des païens tout en se préservant du paganisme. Ils parlent la langue grecque, connaissent et enseignent la philosophie grecque. Dans les synagogues d’Alexandrie, la lecture des textes sacrés se fait en grecque. La Sainte Écriture utilisée est la version grecque de la Septante. Rappelons que la Sainte Bible a été traduite en grecque car les Juifs d’Alexandrie ne connaissaient probablement plus l’hébreu. Le juif Philon (vers 20, 40) est un des grands philosophes du premier siècle. Par son exégèse, il tente de montrer la compatibilité de la Sainte Bible avec la philosophie grecque. Il influencera certains Pères de l’Église.

Les Juifs de la Diaspora exercent une forte influence auprès des païens en quête de Dieu par l’élévation de leur doctrine et de leur piété. Dans les Saintes Écritures, nous voyons des « craignant-Dieu » qui, désabusés par les religions païennes, semblent reconnaître le vrai Dieu mais hésitent à adhérer pleinement à la religion juive et à se faire juifs tant les prescriptions mosaïques semblent les rebuter. Leur abandon dans le christianisme facilitera leur conversion pleine et entière.

Des Juifs en guerre

Néanmoins, cette ouverture à la culture grecque connaît des limites. À partir du Ier siècle de l’ère chrétienne, la coexistence entre les Juifs de la Diaspora, notamment ceux d’Alexandrie, et les païens est de plus en plus difficile. Le paganisme se heurte à la religion juive, parfois dans la violence. En l’an 38, une émeute éclate à Alexandrie. L’empereur Caligula veut installer une statue le représentant en Jupiter dans tous les temples et dans les Synagogues. Les Juifs s’y opposent catégoriquement. « C’était une guerre terrible, sans merci, qui se déchaînait contre notre nation. »[2]

Les Juifs doivent de plus en plus défendre leurs croyances, leur identité et leur mode de vie face aux différentes autorités qui veulent imposer l’hellénisme et la culture gréco-romaine. Le particularisme juif est ainsi de plus en plus combattu. De véritables guerres entre les communautés juives et les Romains finissent par éclater… 

Siège de Jérusalem par
Titus Incendie du temple

Sous Néron, Jérusalem se révolte. En 66, les Juifs se soulèvent aussi à Alexandrie. Tibère les écrase sans pitié. Jérusalem finit par être détruite. Les affrontements se poursuivront jusqu’au IIème siècle, entre 115 et 117, aboutissant à l’anéantissement de la communauté juive d’Alexandrie. Ces révoltes juives contre l’autorité romaine portent le nom de guerre de Kitos de Quietus, ou encore révolte des exilés dans la littérature juive. Dans la guerre menée contre les Parthes, les armées romaines se heurtent à la résistance juive, ce qui provoque une véritable insurrection juive en Égypte et à Chypre. C’est au cours de ces émeutes que se sont développées des sectes judéo-chrétiennes comme celles des Elkasaïtes[3]. La répression sur la population juive est de nouveau terrible. Elle conduit à la fin du judaïsme hellénique. Seuls subsisteront les judéo-chrétiens.

La pax romana

En dépit des émeutes sporadiques qui ont éclaté dans certaines villes ou aux frontières, l’Empire romain a connu globalement une ère de paix et de prospérité aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Le christianisme se répand au cours de la fameuse et célèbre « Pax romana », la paix romaine. Certes, les armées romaines se battent encore sur les frontières contre les empires adverses ou contre les tribus barbares mais pendant trois siècles, dans les terres intérieures, ni ennemi ni soldat ne vient troubler la paix. L’Empire connaît encore des crises, mais limitées et brèves, sans la perturber profondément. Les Romains finiront par croire que Rome est éternelle… « Les Romains chassés […] que verrait-on sur terre, sinon la guerre universelle ? Huit cent ans d’intention réfléchie et de chance ont élevé cet immense édifice. Qui l’ébranlerait serait écrasé par sa chute. »[4] Cette période extraordinaire d’ordre et de paix garantit une stabilité favorable à la diffusion et à la pénétration de toute religion ou doctrine.

Un État de droit

Comme dans toute société ordonnée, marquée par la discipline, l’Empire romain garantit à tous ses citoyens la protection de la loi. Le fait de posséder le titre de citoyen romain assure des droits sur lesquels veille la discipline romaine. Saint Paul en usera avec intelligence. Le proconsul d’Achaïe refusera d’entendre les plaintes des Juifs puisque Saint Paul n’a commis ni délit ni infraction[5]. N’oublions pas que Ponce Pilate a innocenté Notre Seigneur Jésus-Christ. Des fonctionnaires de César, soucieux de leur rôle, n’hésiteront pas à protéger des chrétiens contre des Juifs zélés et à les contraindre au calme afin que la justice romaine se fasse dans les règles de la loi romaine. Le christianisme se développe ainsi dans un état qui garantit la légalité et la sécurité.

Une liberté de voyager

Ce temps de la tranquillité et de prospérité est très favorable aux échanges et aux déplacements. L’Empire romain dispose d’un système de moyens de communication extraordinaires. Bien entretenu, le réseau routier maille le territoire et dessert les cités. Selon le dicton, tous les chemins mènent à Rome. Œuvre grandiose qui du Danube à l’extrême pointe de l’Armorique, en passant par Byzance et les colonnes d’Hercule ! Les voies romaines étendent un filet indéchirable sur les terres que Rome contrôle tant en Europe qu’en Afrique et en Asie. La Mer Méditerranée est aussi sans danger depuis que Rome la contrôle et l’a expurgée de ses pirates. Nombreux sont les compagnies de navigation qui font partir des ports des navires de commerce. Il existe même des navires de tourisme. Les grands ports sont effectivement en pleine prospérité : Alexandrie, Smyrne, Éphèse, Séleucie d’Antioche, Ostie, Rome, Syracuse, Cyrène, Carthage, Corinthe, Thessalonique, etc. Les Apôtres profiteront des voies romaines et maritimes pour répandre la bonne parole. Dans les Actes des Apôtres, nous les voyons parcourir l’Empire romain sans grande difficulté.

La « pax romana » avec la légalité romaine et la forte infrastructure des moyens de communication favorise donc les voyages et les échanges entre les populations. Tout en développant les échanges économiques et politiques, elle permet aux voyageurs de répandre les doctrines, les histoires, les rumeurs. L’Occident entend ce qu’il se passe en Orient. N’oublions pas non plus le rôle des esclaves qui exercent une influence certaine et profonde sur leurs maîtres. Et aussi facilement que les décrets impériaux, les lettres peuvent circuler dans tout l’Empire.




Un Empire propice à l’unification

Enfin, l’Empire romain se caractérise par la constitution d’une unité tant monétaire que linguistique. Nous sommes bien loin de l’Union européenne. Le grec fait office de langue internationale. Le latin, langue des armées et des administrations, dominera progressivement pour s’imposer au IIIe siècle. Les Chrétiens écriront et se comprendront en grec, quelle que soit leur origine. L’Empire romain tend à l’unification et à l’universalisme. Dans un tel cadre, il n’est pas étonnant que les communautés chrétiennes s’implantent dans les grandes cités impériales et que l’Église tend à modeler son organisation selon le modèle romain.

L’unité de l’Empire romain, la paix universelle, les facilités de communication offrent nombres d’avantages à la diffusion et à la pénétration du christianisme. Tout tend à l’universalisation. Cette situation exceptionnelle dans l’histoire est vue par les Pères de l’Église et leurs successeurs comme un temps providentiel pour le christianisme.

Le regard des premiers apologistes

Au IIe siècle, Saint Méliton de Sardes relève la coïncidence entre la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ et l’établissement de l’Empire romain. « Et c’est une très grande preuve de son excellence que notre doctrine ait fleuri en même temps que l’heureux commencement de l’empire et que rien de mauvais ne soit arrivé depuis le règne d’Auguste, mais qu’au contraire tout a été éclatant  et glorieux, selon la prière de tous. »[6] Il veut montrer que le christianisme est un bien favorable aux Romains sans chercher à expliquer la rapidité de la diffusion du christianisme. « Elle est devenue surtout pour ton empire un bien favorable, car depuis ce temps, la puissance des Romains s’est accrue de façon grande et éclatante. »[7] Selon Tertullien, les chrétiens contribuent à la longue durée de l’Empire romain par leurs prières[8]. Pour défendre le christianisme, les premiers apologistes cherchent en effet à prouver aux Romains qu'il ne s'oppose pas à l'ordre et à la justice.

Origène a une présentation différente de la situation. Le temps apparaît bien propice à la réception du christianisme. L’unité des peuples facilite le travail des Apôtres. « Dieu préparait les nations à recevoir son enseignement, en les soumettant toutes au seul empereur de Rome, et en empêchant que l’isolement des nations dû à la pluralité des royautés ne rendît plus difficile aux apôtres l’exécution de l’ordre du Christ. »[9] Le temps est aussi plus propice pour entendre la parole de paix. « Comment donc cet enseignement pacifique, qui ne permet pas de tirer vengeance même des ennemis, eût-il pu triompher, si la situation de la terre, à l’avènement de Jésus, n’eût été partout changée en un état plus paisible. » La pluralité des royautés est source de conflits et de guerres qui mobilisent de l’énergie et rendent les esprits peu aptes à entendre une doctrine si exigeante que celle du christianisme.

Au IV e siècle, Prudence revient sur cette théorie. « Dieu veut l’unité du genre humain, puisque la religion du Christ demande un fondement social de paix et d’amitié internationales. Jusqu’ici toute la terre a été déchirée, de l’Orient à l’Occident, par une lutte continuelle. Pour dompter cette folie, Dieu a enseigné aux nations à obéir aux mêmes lois et à devenir toutes romaines. Maintenant, nous voyons les hommes vivre comme le citoyen d’une seule cité et comme les membres d’une même famille. Ils viennent, à travers les mers, des pays éloignés, jusqu’à un forum qui leur est commun ; les nations sont unies par le commerce, la civilisation, les mariages ; du mélange des peuples une seule race est née. Voilà le sens des victoires, des triomphes de l’Empire ; la paix romaine a préparé la voie à la venue du Christ. »

La diffusion des religions orientales

D’après une mosaïque, Mithra, Ier siècle

Possible provenance d’Égypte, art Romain
Au moment de la diffusion du christianisme, nous voyons aussi se répandre dans l’empire romain les cultes orientaux, notamment le mithracisme. Les vieilles religions antiques de Rome semblent en pleine décadence, incapables de rivaliser avec celles d’Isis, de Cybèle ou de Mithra. Tous ces cultes tournent autour d’un besoin de salut. Ils sont aussi plus portés vers le spirituel.

Dans l’Empire romain, les différentes croyances et cultes semblent vivre en harmonie. Elles ne s’excluent pas. Elles peuvent être pratiquées toutes à la fois sans que cela inquiète ou dérange. Elles s’influencent mutuellement dans un syncrétisme surprenant. Les vieilles religions gréco-romaines s’épurent au contact des nouvelles religions.

Cependant, il ne faut pas se tromper. Le début de l’ère chrétienne est marqué par un temps où les hommes aspirent à plus d’authenticité et d’élévation religieuses. Les religions antiques occidentales s’avouent en fait incapables de répondre aux aspirations des Romains. C’est finalement un temps favorable à la quête de Dieu. Ce n’est pas un hasard si des païens sont attirés par la religion juive. Les hommes ont un besoin évident de spiritualité.

Un besoin d’amour ?

Lorsque nous lisons l’œuvre de Celse, nous sommes surpris par le peu de considération que l’élite porte aux gens pauvres et démunis. Le temps est particulièrement dur pour ceux qui vivent dans la misère, l’ignorance ou dans la maladie. « On chassait ceux qui commençaient à être malade ; on jetait dans les rues les gens à demi-morts ; on mettait au rebut des cadavres sans sépulture ; on se détournait de la transmission et du contact de la mort »[10].

L’attitude des Chrétiens fait alors l’admiration de certains païens. « Voyez, dit-on, comme ils s’aiment les uns les autres […] Voyez, dit-on, comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres »[11]. La charité, le dévouement, la fraternité universelle, le pardon des injures, etc. ne sont guère les principes d’une société plutôt portée vers l’infanticide, l’abandon, la violence, etc.

Un milieu dangereux et hostile

Au moment où Notre Seigneur demande à ses Apôtres de répandre son enseignement, la terre semble mûre pour recevoir la Parole de Dieu. Cependant, si effectivement les conditions semblent être favorables à la diffusion du christianisme, la situation est beaucoup plus complexe. Les obstacles sont en effet nombreux.

Si le christianisme est né du judaïsme et s’est d’abord diffusé naturellement dans les communautés juives, il ne faut pas oublier que rapidement, ces dernières ont manifesté une violente opposition contre les Chrétiens. Les Apôtres sont expulsés des synagogues. L’idée du messianisme que partagent la plupart des Juifs ne correspond guère à Notre Seigneur Jésus-Christ. L’idée même du salut est différente. Nous voyons aussi le christianisme menacé par le judéo-christianisme, plus attaché à l’ancienne Loi et aux pratiques mosaïques qu’à la Parole de Dieu. Enfin, les Juifs ne sont pas indifférents au progrès du christianisme. Ils s’efforcent de convertir les Chrétiens. Les Pères de l’Église interviennent souvent pour protéger les fidèles.

Le christianisme apparaît aussi difficilement conciliable avec la pensée païenne. Le discours de Saint Paul à l’Aréopage est plutôt un échec[12]. Les philosophes grecs ne peuvent comprendre la doctrine chrétienne. Celse souligne parfaitement l’abîme qui sépare le christianisme du paganisme. Non seulement, le christianisme s’oppose à la conception païenne de la divinité mais aussi aux institutions. Contrairement aux cultes orientaux, il fait l’objet de persécution. Ce n’est pas un hasard si les persécutions sont surtout menées par des « bons » empereurs. Ils ont pris conscience du danger que représentait le christianisme pour le paganisme et l’Empire romain. De même que le judaïsme menace le christianisme par la forte influence qu’il mène auprès des fidèles, le paganisme ne les laisse guère indifférents. Le progrès du gnosticisme dans les communautés chrétiennes en est une manifestation.

Conclusion

Nous ne pouvons pas ne pas méconnaître le contexte favorable à la rapide diffusion du christianisme. Des éléments ont en effet permis au christianisme d’être plus accessible et de toucher un nombre important de juifs et de païens. Les Apôtres ont ainsi bien profité des avantages que procurent la puissance et la stabilité de l’Empire romain pour répandre le christianisme et implanter des communautés chrétiennes. 

Cependant, il y a un véritable abîme qui sépare l’accès à l’enseignement des Apôtres et à son adhésion ! Ce n’est pas parce que les voies romaines sont nombreuses qu’elles ont permis la conversion des peuples. Elles ont favorisé le travail apostolique mais elles sont impuissantes à justifier la diffusion du christianisme. Aujourd’hui, au moyen des techniques modernes de l’information, l’enseignement de l’Église peut se diffuser sans difficulté dans le monde entier sans que ce dernier se convertisse…

Il ne faut pas non plus oublier le combat que mène le monde pour essayer de détruire le christianisme et les dangers que présente une société aux multiples tentations. La puissance de l’État, l’efficacité des voies de communication, l’attrait des religions orientales sont certainement plus favorables aux ennemis du christianisme, aux déviations doctrinales et aux divisions des chrétiens qu’aux succès de l’Église.

Le contexte dans le christianisme naît et grandit facilite donc sa propagation mais il ne faut pas en exagérer l’importance. Il est en effet impuissant à expliquer son succès tant les conditions favorables sont contrebalancées par la grandeur des obstacles et la petitesse des moyens employés. La rapide diffusion du christianisme peut ainsi être considérée comme « l’un des faits de l’histoire qui se dérobent le plus aux explications ordinaires »[13]. C’est pourquoi nous pouvons parler d’ « admirable propagation »[14]. Elle fait partie de « tous ces faits » qui « font si fortement resplendir l’éclat de la sagesse et de la puissance divines, que l’esprit et la pensée de chacun peuvent facilement comprendre que la foi chrétienne est l’œuvre de Dieu. »[15]



Notes et références
[1] Joseph Mélèze-Modrzejewski, Un judaïsme d’expression grecque, dans Aux origines du christianisme, Gallimard, 2000.
[2] Philon d’Alexandrie, Légation à Caius, dans Wikipédia, article « Émeutes antijuives d’Alexandrie ».
[3] Voir Émeraude, article "Les Pères apologistes et le judaïsme", mai 2015.
[4] Tacite
[5]  Voir Actes des Apôtres, XVIII, 14, 15.
[6] Méliton de Sardes, Apologie à Antonin, 8, écrit en 172 dans Histoire ecclésiastique, IV, 26,7-11.
[7] Méliton de Sardes, Apologie à Antonin, 7, écrit en 172 dans Histoire ecclésiastique, IV, 26,7-11.
[8] Voir Tertullien, Ad Nationes, 32, 1, écrit en 197.
[9] Origène, Contre Celse, II, 3.
[10] Mari-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, Points, 2011.
[11]Tertullien, Apologétique, XXXIX.
[12] Voir Émeraude, article "Christianisme et paganisme : Saint Paul à Athènes", avril 2016.
[13] P. Allard, Dix leçons sur le martyr dans Manuel d’Apologétique, Abbé A. Boulenger, 1928, n°288.
[14] Constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 1er Concile du Vatican, chap.3, 24 avril 1870, Denzinger 3013.
[15] Pie X, encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846, Denzinger n°2779.

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