" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


vendredi 19 février 2016

Le pluralisme religieux

Depuis les premières heures, le christianisme s’est développé dans un monde où se côtoyaient de nombreux cultes religieux différents.  Après sa victoire contre le paganisme, il a dominé une grande partie du monde, progressant dans toutes les directions. Au fil des siècles, il a planté la croix sur toutes les terres du globe, semant la bonne parole à tous les hommes sans distinction. À partir de Jérusalem, le peuple de Dieu s’est répandu sur toute la terre. Les prophètes l’ont prophétisé. Notre Seigneur Jésus-Christ l’a annoncé. Mais le christianisme ne s’est pas implanté dans une terre vierge. Au cours de son expansion, il a rencontré et découvert de nombreuses religions. Ces rencontres n’ont pas été sans heurt et sans difficulté. Il a été l’objet de nombreuses persécutions. Certains chrétiens ont à leur tour pu se transformer en persécuteurs, pensant imposer leur foi par les armes. Le christianisme vit dans un monde marqué par le pluralisme religieux.

Cette réalité religieuse, passée comme présente, a soulevé et soulève encore de graves questions dont certaines réponses ont pu affaiblir la foi de nombreux chrétiens et éloigner de l’autel des âmes autrefois croyantes. La coexistence de religions aussi variées pose nécessairement problème. Comment le christianisme peut-il prétendre être la véritable religion quand d’autres, parfois plus anciennes, défendent aussi le même privilège ? Des adversaires du christianisme ont insisté sur l’existence du multi confessionnalisme pour relativiser notre foi et donc pour la remettre en doute tout en élargissant leurs attaques sur l’idée même de religion.

Dans un passé encore récent, l’attitude des autorités de l’Église à l’égard du pluralisme religieux étaient plutôt claire. Elles défendaient fermement la position du christianisme avec des arguments souvent efficaces. Mais depuis plus de cinquante ans, elles sont plus difficiles à entendre, leurs attitudes complexes et incohérentes, voire intenables, explosives. Certaines d’entre elles, y compris les plus hautes, ont prêché et continuent de prêché le dialogue entre les religions, n’hésitant pas à abandonner les anciennes prétentions. Dans la société multiconfessionnelle, le Chrétien devait s’ouvrir à l’autre, affermir les points de rapprochement et oublier les différences. L’heure était et reste au dialogue et à l’ouverture, aux abandons…

Pendant que les portes des églises se sont ouvertes au dialogue et à la « tolérance », notre société a poursuivi allègrement son chemin vers des voies périlleuses : une société de consommation, où tout est bon à monnayer, y compris la chair et la vie ; une société de libres pensées, où l’idéologie dominante impose finalement ses directives ; un État tout-puissant et omniprésent, qui impose un laïcisme outrancier. Nous sommes aussi témoins aux pires sentiments et à un hédonisme exacerbé. École, famille, enfants, que de coups reçus depuis cinquante ans ! Parallèlement, délivrées de toute obstacle, sans entrave ni résistance, libres de se répandre, des religions se sont implantées dans les terres anciennement chrétiennes, des temples bouddhistes et des mosquées se sont ouverts. Le christianisme est devenu une parmi tant d’autres…

Depuis plus de cinquante ans, nous avons aussi connu une autre transformation plus profonde encore. Nous nous sommes véritablement ouverts à la diversité culturelle et à la rencontre des civilisations. Nous ne connaissons plus de véritables frontières. Notre regard n’a en effet plus de limite, les distances n’entravent plus nos mouvements. Tout est presque à notre portée. Un véritable cosmopolitisme a gagné les esprits et les cœurs. La planète est devenue un village où les religions, les sectes, les mouvements religieux se côtoient allégrement, certains étant plus prosélytes que d’autres, moins ouvertes également. N’oublions pas enfin l’Internet, extraordinaire invention, qui rend le virtuel plus vivant et attrayant que le réel, qui nous rend accessible une masse d’informations de tout genre, vraies ou fausses, utiles ou vaines, véritables chaires pour toutes organisations religieuses. En un mot, le pluralisme religieux n’a jamais été aussi plus visible et concret qu’aujourd’hui. La question qu’il soulève est donc encore plus virulente.

Or dans une telle situation, qu’est devenu le christianisme, notamment en France ? La situation est accablante. Lorsque certaines voix de l’Église prêchent un angélisme scandaleux et niais, ouvrant les portes aux autres religions et la livrant aux innovations les plus scandaleuses, les églises se vident. Elles ouvrent même ses portes à ceux qui veulent l’abandonner ! Que de paroles creuses et mièvres ! Que de ruptures, d’indignations et de colères ! Comment les fidèles peuvent-ils résister aux transformations que nous vivons depuis plus de cinquante ans ? Le christianisme est devenu inintelligible et inaudible dans un monde où les religions abondent et se font entendre, parfois avec violence…

Lorsque une religion est dominante dans une société, il est aisé pour elle de se maintenir au moins par conditionnement social et par éducation. Sa domination et sa prégnance peuvent facilement écarter les autres religions, notamment en les reléguant aux mensonges de l’histoire et à la perversion de la vérité. La situation est encore plus simple quand l’État la protège et la défende. Faute de place et de visibilité, le pluralisme religieux n’est donc pas un problème. Il a plutôt tendance à réconforter la religion dominante et a consolidé l’identité religieuse des croyants. Né dans une religion et ne connaissant qu’elle, le croyant n’a aucune raison pour la quitter et la remettre en question. La situation change lorsque la religion perd son influence et quand elle-même légitime les autres religions, notamment par des attitudes ambigües, voire scandaleuses. En se mettant à l’égal des autres religions tout en refusant la confrontation, elle livre sans défense les âmes en quête de Dieu ou doutant de leur foi au problème douloureux que soulève le pluralisme religieux …

Le pluralisme religieux a été et demeure encore une belle arme aux mains de certains adversaires du christianisme. En le comparant aux autres religions, en les confrontant, ils ont cherché à le relativiser et à le remettre en cause avant de dénigrer finalement la religion en elle-même. En soulignant le pluralisme des formes et des sentiments religieux, ils n’ont donc cessé de remettre en question la véracité de notre religion. L’œcuménisme déroutant que nous subissons depuis des années ne peut qu’accentuer cette idée de relativisme religieux. Seules les religions à la voix forte et vigoureuse peuvent y échapper. Selon les adversaires du christianisme, le pluralisme religieux n’est que la marque de l’erreur, du mensonge, de l’imagination …

Pendant des siècles, le christianisme a connu une situation de prédilection. La situation a probablement changé au XIXe siècle. Alors qu’il perdait lentement son influence, combattu par les États et les idéologies, la société s’est véritablement ouverte au pluralisme religieux. Ce n’est pas un hasard si au même moment s’est véritablement développée une nouvelle branche historique particulière, « l’histoire des religions » ou dit encore « la science des religions », la religion devenant véritablement un objet de science.

Toute religion est alors devenue objet de science et donc de diverses théories, chacune cherchant à lui appliquer les principes de la science afin notamment d’expliquer son origine et son développement.  On lui a trouvé des raisons historiques, sociales, psychologiques, psychiques, ... Ainsi a-t-on cherché à justifier le pluralisme religieux de manière naturelle. Considéré comme une religion parmi tant d’autres, le christianisme a également été justifié sans faire appel à aucune intervention divine.

Aujourd’hui, ces diverses théories, dont certaines ont perdu toute créance chez les spécialistes en dépit de sa prégnance encore forte dans l’opinion, sont redoutables pour notre foi. Elles nourrissent aussi l’œcuménisme déroutant que nous connaissons aujourd’hui comme elles minent les « dialogues religieux ». Mais surtout, elles favorisent et consolident l’idée que le christianisme n’est qu’une religion parmi tant d’autres, certes avec ses particularités, ses forces et ses faiblesses, mais une religion et non la religion.

Dans certains articles, nous avons déjà évoqué certaines de ces théories. Nous allons désormais approfondir cette « science » et nous attaquer au difficile problème du pluralisme religieux…

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