" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


vendredi 11 novembre 2016

Par le Christ...

Sainte Thérèse des Andes
Dieu nous appelle tous à la sainteté. L’important pour nous est alors de « courir dans la voie et non à l’aventure de façon à atteindre le but » (I Corinthiens, IX, 26) comme dit Saint Paul. Ainsi faut-il avoir une idée juste de ce qu’est la sainteté. Or « il ne faut pas juger selon notre goût mais sur celui de Dieu » nous prévient aussi Saint François d’Assise. En effet, « si nous sommes saints suivant notre volonté, nous ne le serons  jamais bien ; il faut que nous le soyons selon la volonté de Dieu. »[1] Que vaut notre sagesse devant celle de Dieu ? Mais où l’homme peut-il trouver la certitude et donc la sérénité ?...

S’il nous est possible de connaître Dieu par la raison, nous sommes bien impuissants à Le connaître véritablement. Face à l’Être suprême, la raison livrée à elle-même s’abîme et s’égare dans sa réflexion. Elle risque de se perdre dans une des multiples thèses philosophiques qui divisent les élites. Aux philosophes réunis à l’Aréopage, Saint Paul ironise sur leur sagesse. Ils ignorent Dieu en dépit de leurs efforts. La diversité des religions manifeste aussi la difficulté de Le connaître. Le sentiment religieux est impuissant à L’atteindre. Leur multiplicité montre évidemment qu’elles ne peuvent pas être toutes vraies tant elles sont profondément différentes. Elle témoigne autant de la richesse de notre imagination que de l’incrédulité des hommes. Nombreux sont en effet les séducteurs, les imposteurs et les faux prophètes.

L’œuvre de la Rédemption

Bienheureux Don Marmion
L’Église est dite sainte non en considération de ses membres mais parce qu’elle leur donne les moyens de parvenir à la sainteté. Or il n’y a pas sainteté s’il n’y a pas salut. Pour saisir ce qu’elle est, il faut donc revenir à l’œuvre divine de la Rédemption. Saint Paul l’a décrit magnifiquement dans ses épîtres. C’est naturellement en se référant à cet Apôtre que le moine bénédictin le bienheureux Don Marmion (1858-1923) nous la présente clairement [13].

Dieu s’est révélé à l’homme. Il ne l’a pas laissé seul devant la réalité de sa présence et devant l’impuissance de sa raison. Dieu nous a appris ce qu’Il est.  Et nous le savons désormais avec certitude et assurance. Nous croyons en Dieu le Père, le Fils, le Saint Esprit, c’est-à-dire en la Sainte Trinité, trois personnes divines en un seul Dieu. Tel est notre Credo. Il est étrange que certains osent dire que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans adorent le même Dieu quand seuls les Chrétiens adorent Dieu en Trois Personnes divines. Si nous avons tous un même Dieu, car Il est unique, nous ne Le connaissons pas tous. Certains L’adorent dans la vérité quand d’autres Le servent dans l’erreur. Passons cette étrangeté qui n’est pas le sujet de notre article. Revenons à la Sainte Trinité.

Éternellement, Dieu le Père engendre le Fils auquel Il communique sa nature, ses perfections, sa vie. Le Fils est ainsi semblable au Père, unique et distinct du Père, tout en étant de même nature divine. Ils sont unis d’une étreinte d’amour d’où procède le Saint Esprit. La vie divine est communiquée par le Père au Fils unique, et par eux au Saint Esprit. Mais la vie divine ne s’arrête pas là. Dieu veut la partager aux hommes, à tous les hommes. Par un amour qui nous dépasse, mystère insondable, Dieu veut élever les hommes au-dessus de leur nature. Il nous a adoptés comme ses enfants.

Dès le début du temps, la volonté de Dieu s’est réalisée en Adam, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Adam a reçu cette grâce qui faisait de lui enfant de Dieu. Mais par sa désobéissance, par le péché originel, il a été expulsé du paradis, emmenant l’humanité dans la disgrâce. Depuis sa chute, nous naissons tous pécheurs, enfants de la colère. Pour réparer la faute, pour restaurer l’œuvre initiale d’une manière plus admirable encore que celle de la Création, le Verbe s’est fait chair. Le Fils de Dieu s’est fait homme. C’est le mystère de l’Incarnation. Un en deux natures, vrai Dieu et vrai homme, Notre Seigneur Jésus-Christ est le propre Fils de Dieu. Les deux natures se sont unies, sans mélange ni confusion. La vie divine est ainsi communiquée en plénitude à son humanité. C’est dans le Christ que Dieu a tout restauré.

Notre Seigneur Jésus-Christ est venu racheter tous les hommes. Il est ainsi le premier-né de tous ceux qui Le recevront et recevront par Lui la grâce de la vie divine après avoir été rachetés par Lui. Il est ainsi constitué le chef d’une multitude de frères. « En sorte que la même vie divine qui dérive du Père dans le Fils, qui découle du Fils dans l’humanité de Jésus, circulera par le Christ dans tous ceux qui voudront l’accepter ; elle les entraînera jusque dans le sein béatifiant du Père, là où le Christ nous a précédé, après avoir soldé pour nous ici-bas, par son sang, le prix d’un tel don. »[2] La vie divine ne peut donc venir en nous que par le Christ…

Vivre de la vie de Dieu

Saint François d’Assise
recevant les stigmates
(détail)
Rubens,
Après avoir rappelé la doctrine catholique sur la Rédemption, nous pouvons désormais revenir à la notion de sainteté. « Toute la sainteté consiste dès lors à recevoir, du Christ et par le Christ, la vie divine, à la conserver, à l’augmenter sans cesse, par une adhésion toujours plus parfaite, par une union toujours plus étroite à celui qui en est la source. »[3] Est donc dit saint celui qui participe à la vie divine. Être saint c'est être enfant de Dieu par adoption. Nous sommes ses créatures. Dieu nous prédestine à être ses enfants. Mais cette vie divine s’obtient par le Christ. Le saint est celui qui vit par le Christ.

La participation à la vie divine se réalise par la grâce. C’est par la grâce en effet que nous pouvons vivre de la vie de Dieu Lui-même. Par cette grâce, Dieu pénètre au fond de notre nature en nous élevant intérieurement. Rien d’essentiel n’est changé en notre nature. Il n’y a aucune magie. L’acte d’adoption est si efficace que nous devenons pleinement, par la grâce, participant à la nature divine. Cette grâce est ainsi appelée sanctifiante.

Soulignons que cette adoption est d’ordre surnaturel. La grâce devient pour nous une source d’actions et d’opérations surnaturelles qui tendent vers une fin surnaturelle : connaître Dieu un jour et jouir de Lui. Hors de cette adoption surnaturelle, cette fin est inaccessible. Rien de naturel en effet ne peut nous conduire à Dieu.

Ainsi par un amour qui nous dépasse, abîme de mystères, Dieu veut notre sainteté en nous faisant participer à sa vie même. Par la grâce, Il nous adopte comme ses enfants et les héritiers de sa gloire infinie et de sa béatitude éternelle. Mais Dieu ne nous donne cette adoption que par son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en Lui, par Lui et avec Lui que Dieu veut nous unir à nous et qu’Il veut que nous nous unissions à Lui. Le Christ est donc la seule voie qui nous mène à Dieu. Nous ne serons saints que dans la mesure même où la vie de Jésus-Christ sera en nous. Personne ne va au Père que par le Christ. Point d’autres voies pour être agréable à Dieu et donc pour être saint...

L’Église, œuvre du Christ

Saine Elizabeth Ann Seton
Choisi par Dieu le Père pour qu’Il soit le modèle unique de notre sainteté, Notre Seigneur Jésus-Christ a tout mérité pour nous, par sa vie, sa passion et sa mort, d’être la source de toute vie divine. Pour cela, Dieu le Père L’a mis à la tête d’une assemblée innombrable. « Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour chef suprême à l’Église qui est son corps. »(Éphésien, I, 20-23) Notre Seigneur Jésus-Christ s’est donc acquis l’Église pour qu’elle soit « sans ride, ni tâche, toute sainte et immaculée » (Éphésien, VII, 27). Notre Seigneur Jésus-Christ a formé son Église, aboutissement suprême de son existence, afin de poursuivre sa mission sanctificatrice. « Le Christ, en effet, ne peut se concevoir sans l’Église »[4].

L’Église peut être vue de deux façons, soit dans son corps, c’est-à-dire comme société visible, hiérarchique, organisme animé par le Saint Esprit, soit dans son âme, « c’est-à-dire le Saint Esprit dans son union avec les âmes par la grâce et la charité »[5]. Le plus important est évidemment d’appartenir à l’âme de l’Église bien que l’incorporation au corps soit la voie normale pour y arriver. « Dans l’économie normale du christianisme, ce n’est que par l’incorporation à la société visible que les âmes entrent en participation des biens et des privilèges qui découlent de l’union à son âme. »[6] Cela justifie le précepte « Hors de l’Église point de salut » que nous avons déjà longuement évoqué[14].

L’Église est donc la continuation de la mission de Notre Seigneur Jésus-Christ par sa doctrine, sa juridiction, ses sacrements et par son culte. Elle nous enseigne, nous dirige, nous donne la grâce. Elle nous donne les moyens de rendre à Dieu toute gloire et tout honneur.

L’Église, règle de foi

L’Église nous parle avec toute l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ par le Pape et ses évêques unis à lui. « Qui vous écoute, m’écoute ; et qui vous méprise me méprise, mais qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. » (Luc, X, 16) L’Église est une société hiérarchisée fondée sur Saint Pierre et ses successeurs, puis sur les évêques. Sans évêque, pas d’église, nous dit encore Saint Ignace de Loyola. L’Église ne se conçoit pas sans structure hiérarchique.

« C’est moi qui suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » (Jean, VIII, 12) Celui qui reçoit l’enseignement de l’Église reçoit son enseignement et donc celui de Dieu le Père. Il faut donc l’accepter et s’y soumettre. Le catholique croit donc en son enseignement non à cause de sa raison, de ses efforts personnels ou de ses lumières naturelles. Il croit parce que l’Église, qui remplace le Christ, le lui enseigne. Nous croyons parce qu’il y a l’Église. Saint Augustin nous dit qu’il ne croirait pas à l’Évangile s’il n’y était porté par l’autorité de l’Église[7]. Notre Seigneur Jésus-Christ a promis d’être avec ses Apôtres jusqu’à la consommation des siècles. La voie de l’Église est donc sûre. Certes, il ne s’agit pas de croire en une autorité de l’Église mais à l’Église dans toute sa catholicité.



Interrogeons-nous sur les autres confessions chrétiennes et les autres religions. Pourquoi un musulman se soumet-il au Coran ? Il justifiera certainement sa croyance par le caractère sacré du livre. C’est donc le livre qui justifie sa propre autorité. Ainsi non seulement le Coran se légitime lui-même mais il occupe un véritable rang divin. On parle alors de théorie du coran incréé[15]. Il le considérera aussi en évoquant le consensus de la communauté. Et le témoin de Jéhovah, comment justifie-t-il son obéissance à un livre qui diffère du nôtre ? Car un jour un homme s’est levé et s’est proclamé le prophète ? Examinons bien la source de leur foi. Nous nous apercevrons finalement que leur soumission ne s’appuie en fait que sur eux-mêmes. Le catholique s'appuie sur l’Église.

Les vérités de foi auxquelles nous adhérons ne sont pas livrées aux désirs de chacun. Ce n’est pas le chrétien qui choisit ce qu’il veut croire. Sa foi ne se fonde pas non plus sur une école philosophique ou religieuse, ou sur l’autorité d’un docteur ou d’un saint. L’enseignement de la foi n’est pas laissé à l’initiative des Chrétiens. Ce que nous croyons comme vérité de foi repose au sein de l’Église qui en garantit sa véracité et son intégrité. Certes, parfois, elle est en germe dans le dépôt de la foi avant de croître pour rayonner de toute sa lumière. Elle a en effet besoin du temps pour qu’elle croisse et pour que l’homme soit capable de la saisir. Des épreuves comme celles des hérésies sont des occasions de développement. Les trésors de l’Église se dévoilent donc progressivement à mesure que l’Église croît. Comme le rappelle Saint Paul, notre foi ne se repose pas sur une personne, sur son éloquence, ni même sur sa sainteté. S’il n’enseigne pas ce que l’Église a enseigné, il ne doit pas être écouté. L’Église est règle de foi…

Le Christ, source de toutes grâces




Notre Seigneur Jésus-Christ veut notre sainteté ; il ne nous l’impose pas. Mais ce n’est pas un vœu pieux. S’Il nous demande de l’être, il nous en donne aussi les moyens. Et ces moyens ne sont pas livrés à l’anarchie, à l’usure du temps ou au goût de chacun. Il a en effet remis à l’Église les moyens de nous donner sa grâce au travers des sept sacrements. L’Église a la garde des sources de grâces que Dieu lui a remises et qu’Il a fait jaillir pour nous.

Le sacrement ne dépend pas de la dignité de l’évêque ou du prêtre qui l’administrent comme le croyaient les Donatistes et d’autres hérétiques. En s’opposant à leurs erreurs, Saint Optat de Milève puis Saint Augustin ont montré que le ministre n’est qu’un instrument. Le véritable ministre est Notre Seigneur Jésus-Christ. Saint Paul le dit également. Ainsi un baptême est valide quand il est donné par un athée s’il l’administre selon ce que veut l’Église.

Le culte rendu à Dieu

Autour du sacrifice de la messe, centre de toute la religion chrétienne, l’Église organise le culte public qu’elle a le droit d’offrir au nom du Christ. Tout son culte se ramène au Christ. Toutes nos prières remontent au Père éternel en passant par le Christ. Par le mystère de l’Eucharistie, Notre Seigneur Jésus-Christ est même présent et se donne à tous ceux qui se nourrissent de Lui.

Et tout le long de l’année, l’Église fait revivre les mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ autour de la fête centrale qu’est celle de sa Résurrection. Nous y puisons la vie divine que ces mystères, vécus d’abord par notre Maître, nous ont méritée.

Ainsi l’Église est « la dépositaire authentique de la doctrine et de la loi du Christ ; la dispensatrice de ses grâces parmi les hommes ; enfin, l’Épouse qui, au nom du Christ, offre à Dieu, pour tous ses enfants, la louange parfaite. »[8] Elle est telle qu’elle perpétue la présence visible de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est en elle que nous Le retrouvons.

L’Église, une société visible

Comment pouvons-nous rencontrer le Christ ? C’est par l’intermédiaire des hommes que le Christ nous guide et nous sanctifie. Sans voix pour enseigner, point de connaissances. Sans aveu à un homme, pas de pardon. Nous tenons notre doctrine d’une autorité en matière de foi, c’est-à-dire d’un homme comme nous. Nous avouons notre faute à un prêtre, c’est-à-dire à un homme. C’est par l’intermédiaire d’hommes semblables à nous que nous recevons les grâces divines. Rappelons que Dieu agit souvent par les hommes. Il libère le peuple d’Israël par Moïse. Par Salomon, Il fait construire son Temple. Par son fiat, Sainte Marie nous ouvre les portes du salut.

Sainte Adélaïde





Mais l’homme est faible. Le pouvoir du Christ s’appuie sur la fragilité humaine. Saint Pierre en est un exemple. Le jour de son élection, à la voix d’une femme, il renie son Maître ! Pas une fois, trois fois ! Cependant, Notre Seigneur Jésus-Christ fonde l’Église sur lui après une triple protestation d’amour en souvenir du triple reniement. Les Papes sont aussi fragiles. Ils peuvent pécher comme nous tous. Certes Dieu leur a donné l’infaillibilité en matière de foi selon des conditions précises mais ce privilège ne leur confère pas l’impeccabilité.

L’Église est un organisme visible, « un édifice fondé sur les Apôtres, et dont la pierre angulaire est le Christ Lui-même. »(Ephes., II, 19-22) C’est dans le Christ que l’édifice s’élève pour former un temple saint de Dieu. En nous attachant à l’Église, nous nous attachons à Notre Seigneur Jésus-Christ et à tout ce qui nous serait venu de lui, si nous avions pu Le suivre durant sa vie terrestre. « L’Église est l’Épouse du Christ ; elle est notre Mère ; nous devons l’aimer, parce qu’elle nous mène au Christ et nous unit à Lui ; aimer et révérer sa doctrine, parce que c’est la doctrine du Christ Jésus ; aimer sa prière et nous y associer, parce que c’est la prière même de l’Épouse du Christ : il n’y en a pas de plus sûre pour nous, de plus agréable à Notre Seigneur. » [9]

Des signes de la divinité de l’Église

Les martyrs d'Ouganda
L’Église n’est pas seulement visible, notamment par ses membres. Elle a un élément divin. En dépit de la faiblesse des hommes, voire à cause d’elle, nous pouvons le discerner : « l’indéfectibilité de la doctrine, gardée durant tous les siècles et malgré tous les assauts des hérésies et des schismes ; l’unité de cette même doctrine conservée par le magistère infaillible ; la sainteté héroïque et ininterrompue qui se manifeste, de tant de façons, dans cette Église, la succession continue par laquelle, de chaînon en chaînon, l’Église de nos jours se relie aux fondateurs établies par les Apôtres ; la force d’expansion universelle qui la caractérise : autant de signes certains auxquels nous reconnaissons que Notre Seigneur est avec son Église jusqu’à la fin des siècles (Matth., XXVIII, 20). »[10] En dépit des épreuves et des crises qu’elle a connues, en dépit des faiblesses des hommes qui la constituent, l’Église demeure encore présente.

Cela manifeste bien que la grâce ne provient pas de l’homme. Dieu use de notre faiblesse pour montrer davantage sa force et sa miséricorde. À partir de douze hommes, pauvres et sans véritable culture ni intelligence, l’Église s’est développée dans le monde entier. Celse et tous les adversaires antiques du christianisme se sont moqués de l’origine peu glorieuse des Apôtres. Et pourtant, le paganisme a été vaincu…

L’Église, le corps mystique du Christ

Selon les paroles de Saint Paul, l’Église est décrite comme le corps du Christ, un corps qui se développe pour atteindre sa plénitude. Ce corps, ce sont les âmes qui, par la grâce, vivent de la vie du Christ. L’union est d’ordre surnaturel et intime. Ainsi le corps est-il dit mystique. L’Église constitue avec le Christ un seul être.

Notre Seigneur Jésus-Christ est la tête de ce corps qu’est l’Église par une triple primauté d’honneur, d’autorité et de vie. C’est de Lui que nous devons recevoir la vie divine. Il est la source unique de toutes les grâces. Et toutes les grâces que nous recevons servent à l’édification du corps.

L’union entre Notre Seigneur Jésus-Christ et les membres de l’Église sont si fortes qu’elle va jusqu’à l’unité. Qui touche à l’un d’entre eux touche à Notre Seigneur Jésus-Christ. « Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » Sur le chemin de Damas, Saül, futur Saint Paul, entend une voix. Mais « qui êtes-vous Seigneur ? », lui demande-t-il. « Je suis Jésus que tu persécutes ». Elle ne dit pas « Pourquoi persécutes-tu mes disciples ? » ou « je suis le maître de ceux que tu persécutes. » En persécutant les Chrétiens, Saül persécute le Christ Lui-même. Car ces disciples et Lui ne font qu’un tant ils sont unis si étroitement. « Nous sommes membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. »(Éphésiens, V, 30) Notre Seigneur Jésus-Christ nous unit tellement à Lui que tout ce que nous faisons à n’importe quelle âme qui croît en Lui, c’est à Lui-même que nous le faisons.


Ainsi l’œuvre de la Rédemption qu’a accomplie Notre Seigneur Jésus-Christ devient nôtre. Les satisfactions et les mérites qu’Il a gagnés sont devenus les nôtres. Dans la pensée de Dieu le Père, nous sommes un avec le Christ. « Mon Père vous aime parce que vous m’aimez et que vous avez cru que je suis son Fils. »(Jean, XVI, 27) Toute la grâce que Notre Seigneur Jésus-Christ a reçue de son Père en plénitude n’est pas réservée à Lui seul. Tous nous pouvons puiser à cette plénitude. Nous sommes ainsi riches de sa richesse, sage de sa sagesse, fort de sa force, joyeux de sa joie…

« Félicitons-nous, répandons-nous en actions de grâces, nous sommes devenus non seulement chrétiens, mais le Christ ! Comprenez-vous, mes frères, la grâce de Dieu sur nous ? Admirons, tressaillons d’allégresse, nous sommes devenus le Christ ; lui, la tête, nous les membres ; l’homme total, lui et nous »[11]

Si nous formons un seul corps, nous sommes alors tous solidaires. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous partagent sa joie » (I Cor., XII, 26) Le bien d’un membre profite au corps tout entier et la gloire du corps rejaillit sur chacun de ses membres. Ainsi devons-nous tous travailler pour parvenir « à l’unique perfection du corps mystique » (Éphésiens, IV, 13) Mais pour cela, faut-il que nous restions unis au corps et au Christ qui en est la Tête. C’est pourquoi avant de quitter ses Apôtres, Notre Seigneur Jésus-Christ leur demande de rester unis. « Qu’ils soient un, ô Père, comme vous et moi nous sommes un ; qu’ils soient consommés dans l’unité. » (Jean, XVII, 21-23) Être un dans le Christ et par le Christ…

Et au jour voulu, lorsque le temps de sa plénitude sera atteint, l’Église partagera la gloire de son Maître. Notre Seigneur Jésus-Christ présentera tous les élus réunis à son Père pour Lui en faire l’hommage. L’Église sera transfigurée et glorieuse en tous ses membres. Telle sera la Jérusalem céleste. L’Église entrera dans le Royaume de Dieu…


L’Église est ainsi la continuation de Notre Seigneur Jésus-Christ ici-bas ou encore la prolongation à travers les âges de son Incarnation. « On peut donc dire de l’Église, proportion gardée, ce que son Époux disait de Lui-même ; elle est pour nous la voie, la vérité, la vie. »[12] Nous pouvons donc la suivre avec confiance et courir avec hâte pour atteindre le but de notre vie ici-bas… Ainsi nous pouvons dire qu’hors du Christ, point de salut




Notes et références
[1] Saint François d’Assise, Lettre à la présidente Bularte, 1606 dans Œuvres, tome XIII dans Le Christ, vie de l’âme, Don Marmion, I, Desclée de Brouwer, 1936
[2] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, I, I.
[3] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, I, I.
[4] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V.
[5] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V.
[6] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V.
[7] Voir Contra epistul. Fundant, Saint Augustin, 5.
[8] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V, I.
[9] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V, II.
[10] Don Marmion, Le Christ, vie de l’âme, V, II.
[11] Saint Augustin, Tract. In Jean, XXI, 8-9.
[12] Don Marmion, Le Christ dans ses Mystères, Desclée de Brouwer, 1939.
[13] Vie de Don Marmion, voire site http://www.marmion.be.
[14] Voir Émeraude, septembre 2016, article "Hors de l'Eglise, point de salut.".
[15] Voir Émeraude, mars 201, "Le Coran incréé contradiction fondamentale".

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