" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


mercredi 3 juin 2015

L'égalitarisme, source de violence et de médiocrité

Les deux jeunes filles regardent le magistrat. L’une a vingt ans, l’autre légèrement plus. Elles sont là pour être jugées d’infractions, de vols et d’incendie. La plus jeune connaît sa première affaire judiciaire en tant qu’accusée, la seconde est bien connue de la justice pour les mêmes méfaits. Leur passé est plutôt triste. L’une a vécu dans une famille de désolation : alcoolisme,  violence, délinquance, etc. Un tel passé laisse forcément des traces. Sous tutelle, elle est suivie par un psychologue. Étrangement affaiblie, impassible, elle écoute son passé et les faits qui lui sont reprochés. Son esprit est ailleurs. Les médicaments probablement... L’autre délaissée par des parents indignes a grandi dans une famille d’accueil, de faibles conditions sociales. Elle a grandi, nourrie de frustrations et de colère. Décontractée derrière la barre, silencieuse, elle écoute le magistrat. Au moment des faits, ces jeunes filles étaient logées dans des foyers, chacune dans un studio. Elles sont nourries et vêtues gratuitement. Il leur est aussi donné de l’argent de poche. Pourquoi avez-vous commis cet incendie ? Leur demande le magistrat. Leur déposition est claire. Il la lit à l’assemblée : « ils avaient tout et nous, nous n’avions rien, nous voulions nous venger »… 

Nous voudrions rapprocher cette histoire véridique avec un événement d’actualité. Nous voudrions en effet évoquer la réforme[1] des collèges dans l’éducation nationale. Elle a pour but de combattre les échecs scolaires qui feraient accentuer les inégalités. Les échecs s’expliqueraient en particulier par le décalage qui s’est creusé entre une société toujours en effervescence et une école plutôt ennuyeuse. Par conséquent, afin d’éveiller leur esprit, il est demandé de la rendre plus distrayante, notamment par des cours interdisciplinaires. Puis, pour éviter que les écarts entre les élèves se creusent, on élimine les formations soi-disant élitistes et on rend optionnels les cours savants et inutiles comme le latin ou le grec[2]. Soyons sans crainte. Ceux qui auront les moyens de placer leurs enfants dans des écoles sérieuses et valorisantes le feront sans scrupules, creusant encore plus les inégalités décriées.


Avec cette réforme et les autres qui l’ont précédée, probablement par les mêmes mains, une nouvelle école se dessine. 

D'une part, l’école n’est plus le lieu de l’effort et du travail, ce qui conduit inévitablement à la superficialité des connaissances acquises et à la perte du goût de l’effort [3]. L’école ne construit plus, elle informe, elle amuse comme la télévision. Bientôt, le professeur ou l’instituteur ne sera plus qu’un animateur et non un enseignant. Google le remplacera peut-être. 




D'autre part, l’école est le lieu où on tente d’effacer les différences entre les élèves au mépris même de leur personnalité et de leurs dons. On en vient à rejeter l’idée même que des enfants aient plus de facilités que d’autres. L’école ne transmet plus ni culture ni repère. A quoi bon connaître les grands moments qui ont fait la France ? A quoi bon l’histoire chronologique ? Enfin, on refuse que l’effort soit discriminant ! Car effectivement c’est devant l’effort que l’homme se révèle tel qu’il est, c’est-à-dire différent des autres. Pour que tous puissent sortir de l’école avec les mêmes chances, on abaisse nécessairement les exigences, on rabaisse le regard de l’élève, on refuse d’élever les élèves au sens propre du terme.

Pourquoi avons-nous rapproché cette histoire des jeunes filles qui détruisent la paix d’une famille par vengeance et cette réforme qui dénature l’école ? Dans le premier cas, nous voyons deux personnes entièrement assistées par l’État qui jalousent la richesse et le bonheur apparents d’une famille plutôt aisée au point de la frapper durement. Dans le second cas, on fustige l’excellence et l’élitisme, c’est-à-dire les différences que donnent surtout l’intelligence et la volonté. Qui ne voit pas dans ces exemples le refus des différences jusqu'à vouloir détruire l’autre ?

L’égalitarisme que nous voyons appliquer et louer conduit nécessairement à la violence. Il accentue la frustration des « faibles » et des « malheureux ». Il stigmatise l’autre, le « chanceux », le « riche », le « bienheureux ». Il aiguise la jalousie et l’envie.

L’égalitarisme est profondément inhumain au sens où il est une négation de ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres doués d’un corps et d’une âme uniques, doués d’une personnalité avec ses faiblesses et ses forces, doués d’une culture et d’une histoire. Nous sommes avant tout des personnes et non des individus. En un mot, nous sommes tous différents les uns des autres mais sans qu’il y ait une hiérarchie de valeur dans ces différences, sans qu’il y ait nécessairement des oppositions ou des injustices. Il est naturel que l’un soit plus intelligent ou habile que l’autre. Il est normal que l’un soit mieux payé que l’autre. Le but de l’école est justement de permettre à chacun de vivre libre avec ces différences, c’est-à-dire de se connaître et de connaître le monde dans lequel il vit, d’accepter tel qu’il est et de s’insérer dans la société en lui apportant le meilleur de lui-même. Le but de l’État est de faire vivre ces différences pour le bien commun. Mais comment faire comprendre cela à ceux qui ont leur regard sans-cesse rabaissé vers le matériel et dont les sens et les émotions sont excités à longueur de journée ? Comment élever le regard des hommes quand ils sont constamment ramenés à des oppositions ? Comment faire comprendre cela à des hommes qui n’ont aucune croyance en Dieu ?

Devant Dieu, tous sont égaux. Mieux encore, devant Dieu, chacun est jugé selon les dons et les grâces qu’il a reçues. Et chacun reçoit ce dont il a besoin pour son bien. Que voulons-nous choisir ? L’égalitarisme ou la justice et l’équité ? L’un apporte la violence, l’autre, la paix.




Notes et références

[1] Nous avons lu les différents documents de l’éducation nationale liés aux réformes du collège et des programmes. Nous sommes impressionnés par l’ampleur des changements, leur niveau d’abstraction et de complexité et les contradictions qu’elles comportent. Elles sont vouées à l’échec et aboutira nécessairement à une déstructuration encore plus grande du système scolaire. Voir http://www.education.gouv.fr/cid88073/mieux-apprendre-pour-mieux-reussir-les-points-cles-du-college-2016.html.
[2] Le but de cette option n’est pas d’apprendre le latin et le grec comme le sont actuellement les cours facultatifs mais d'être informé de la culture latine ou grecque. Cette apprentissage est même impossible puisqu'une option dans le nouveau programme est réduite dans le temps et à quelques cours ? 
[3] Les réformateurs pensent qu’en distrayant les enfants, l’école leur donnera le goût de l’effort !

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