" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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mardi 9 juin 2015

Le Messie, l'Oint de Dieu : les titres messianiques



Le christianisme n’est ni le fruit d’une spéculation philosophique ni le résultat d’une imagination fertile. Il repose sur des faits historiques, notamment sur : la reconnaissance du Messie en Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire l’accomplissement en Lui de la Sainte Écriture. Ce fait achève l’attente du peuple de Dieu et inaugure un temps nouveau, un esprit nouveau. Le judaïsme actuel refuse cette reconnaissance. Il attend encore le Messie. C’est une différence fondamentale entre les Chrétiens et les Juifs. Si ces derniers ne veulent pas croire à la réalisation des prophéties en Notre Seigneur Jésus-Christ, ils ne peuvent pas en effet L'entendre et suivre son enseignement. Tout dialogue véritable et sincère entre les Chrétiens et les Juifs débouche nécessairement sur l’idée du Messie et sur les prophéties.

L’incroyant ne croit pas non plus en la venue du Messie. L’agnostique ne se prononce pas. Peuvent-ils même comprendre sa signification ? Pourtant, ce fait historique a une valeur apologétique indéniable. Il est non seulement l’accomplissement de prophéties mais surtout la manifestation du plan de Dieu, de sa justice et de sa miséricorde. Comment peuvent-ils alors comprendre notre foi, notre culte, notre espérance s’ils ignorent ce que Notre Seigneur Jésus-Christ a accompli ? Beaucoup de choses importantes leur demeurent alors voilées et incompréhensibles.

En outre, ce sujet n’est pas oublié par les adversaires du christianisme. Depuis plus d’un siècle, des critiques remettent en cause cette vérité historique. Selon la thèse la plus commune, Notre Seigneur Jésus-Christ n’aurait pas affirmée sa messianité mais ce sont les Apôtres et leurs disciples qui auraient fini par se persuader qu’il est le véritable Messie.

Ainsi, il n’est guère envisageable dans un essai apologétique de ne pas étudier le messianisme et la messianité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans un article récent, nous avons décrit l’image que les Juifs faisaient du Messie au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous allons désormais chercher à décrire le Messie à partir de la Sainte Écriture et plus précisément à partir des titres qu'elle lui attribue.

Les « Oints d’Yahvé »

« Messias » est la forme grécisée du mot araméen « meshiha ‘ », de l’hébreu « mashia’h » de la racine « MSH ». En grec, il a donné « o Christos » et en latin « unctus », c’est-à-dire « oint ». La latin biblique a transcrit le mot grec, d’où « Christus » et en français « Christ ».


Le baptême du Christ

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Le terme hébreu signifie « onction d’un homme dans de l’huile d’olive »[1]. C’est une coutume en usage pour instituer des prêtres, des rois et des prophètes comme nous le voyons dans la Sainte Écriture. « L’oint » se trouve revêtu dun caractère sacré et doté d’un mandat divin.

Dans l’Exode et le Lévitique, l’onction marque la consécration d’Aaron et de ses fils. Frère aîné de Moïse, Aaron est désigné par le Très Haut pour exercer le sacerdoce. Consacré comme prêtre, il reçoit une consécration spéciale avec l’onction solennelle d’huile sainte. « Tu répandras sur sa tête l’huile de l’onction » (Ex., XXIX, 7). Dans le Lévitique, « Versant l’huile sur la tête d’Aaron, il l’oignit et le consacra. » (Lév., VIII, 12). Aaron est le premier grand prêtre dont ses successeurs devront appartenir à sa descendance. L’onction est aussi étendue à la consécration de tous les prêtres. « C’est là l’onction d’Aaron et de ses fils dans les cérémonies du Seigneur, au jour que Moïse les présenta pour exercer les fonctions de sacerdoce ; et c’est ce que le Seigneur a commandé de donner aux enfants d’Israël, comme culte perpétuel dans leurs générations. » (Lev., VII, 37).

Le roi tient aussi son pouvoir de Dieu. Il est son oint. L’onction est le rite essentiel au couronnement des rois. Cette consécration n’est pas spécifique au peuple d’Israël. Les païens le font aussi. Parmi les rois juifs, David est l’oint de Dieu par excellence. Il est l’envoyé de Dieu, celui que Samuel a consacré. « J’enverrai vers toi un homme de la terre de Benjamin, et tu l’oindras chef sur mon peuple d’Israël » (I. Roi, IX, 16). David se désigne lui-même comme étant le « christ du Seigneur » (II. Roi, I, 14). Ses successeurs seront aussi consacrés. Le couronnement du roi Joas est en particulier décrit dans IV. Roi, XI et dans II Paralipomène, XXIII.

Les Prophètes sont également présentés comme les « oints de Yahvé ». A la demande de Dieu, Elie oint le prophète Élisée (III. Rois, XIX, 16). Isaïe se présente comme l’oint de Dieu mais dans ce verset il fait aussi parler le Serviteur du Seigneur, le Messie. « L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a oint » (Isaïe, LXI, 1).

Mais l’oint de Dieu peut enfin désigner des païens comme Cyrus le Grand. Ce roi est son oint à cause de la mission divine que Dieu lui a confié à son insu. Dieu l’a « pris à sa droite, afin d’assujettir devant sa face les nations, de faire tourner le dos aux rois, et d’ouvrir devant lui les portes des maisons, et les portes des villes ne seront pas fermées. » (Is., XLV, 1). Il a été choisi pour être le sauveur et le libérateur du peuple de Dieu. Il est son instrument.  « C’est moi qui j’ai suscité pour la justice, et toutes ces voies, je les dirigerai ; lui-même bâtira ma cité, il renverra mes captifs sans rançon ni présent, dit le Seigneur Dieu des armées. » (Is., XLV, 13). L’oint désigne donc l’homme mandaté par Dieu pour accomplir sa volonté.




La Sainte Écriture attribue donc à certaines personnes choisies par Dieu le titre d’« oint d’Yahvé » soit parce qu’elles accomplissent des fonctions spécifiques qui nécessitent une consécration de Dieu, soit parce qu’elles doivent réaliser une mission divine. Mais les livres sacrés parlent aussi d’un personnage particulier qu’ils reconnaissent comme étant roi, prophète et prêtre et comme le libérateur du peuple de Dieu. Réunissant toutes ces fonctions, il porte de manière éminente l’onction divine. Dans les derniers siècles avant Jésus-Christ, le titre en devient son nom propre. Il est le Messie, le Christ.

Au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le titre de Messie désigne de manière unanime le Sauveur que Dieu promet à son peuple. Il est l’envoyé de Dieu qui accomplira l’œuvre de délivrance. Il est le chef qui viendra le libérer du joug des impies. Il se présentera comme roi, prophète et prêtre.

Le Roi

Le premier caractère du Messie, unanimement reconnu, est sa royauté éternelle. « Pour moi, j’ai été établi roi par lui sur Sion, sa montagne sainte, annonçant ses préceptes. » (I. Ps., II, 6). Dans son action de grâce, Anne, mère du prophète Samuel, annonce que Dieu « donnera l’empire à son roi, et il élèvera la puissance de son Christ. » (I. Rois, II, 10). Il n’est pas un roi comme un autre. Il est le plus grand. « Dieu, votre Dieu, vous a plus excellemment oint d’une huile de joie que ceux qui participent à l’onction avec vous. » » (I. Ps., XLIV, 8) Son trône subsistera d’âge en âge. Ce roi régnera éternellement. Remarquons qu’il s’agit du premier passage biblique où apparaît le mot « Messie ».

Les prophéties le décrivent comme un roi dont la puissance est hors du commun, un roi victorieux qui abat ses ennemis, c’est-à-dire les adversaires de Dieu, les impies. « Il a brisé des rois au jour de sa colère. Il exercera ses jugements parmi les nations » (V. Ps., CIX, 5-6). Le psaume XLIV est sans-doute l’un des psaumes messianiques les plus clairs. Le Messie est en effet célébré comme un roi triomphateur des ennemis de Dieu. « Vos flèches sont acérées, des peuples tomberont à vos pieds ; elles pénétreront dans les cœurs des ennemis du roi. » (I. Ps., XLIV, 6)

Son royaume s’étend à partir de Jérusalem. Telle est une interprétation classique du Psaume CIX. « La verge de votre puissance le Seigneur la fera sortir de Sion [2] » (V. Ps., CIX, 2). D'autres commentateurs voient plutôt sa puissance émergée à partir de Jérusalem. Le royaume de Dieu qu’inaugure le Messie s’étendra ensuite sur toute la terre. « Demandez-moi, et je vous donnerai les nations en héritage, et en possession les extrémités de la terre. » (I. Ps., II, 8)

Roi puissant, le Messie se manifestera aussi par sa sagesse et ses jugements. « Voilà que des jours viennent dit le Seigneur ; et je susciterai à David un germe juste ; un roi régnera, il sera sage, et il rendra le jugement et la justice sur la terre. En ces jours-là Juda sera sauvé, et Israël habitera en assurance ; et voici le nom dont ils l’appelleront : le Seigneur notre juste. » (Jérémie, XXIII, 5-6).

Roi d‘Israël

Les Juifs attribuent au Messie un titre royal plus précis. Il est nommé « roi d’Israël ». « Et toi Bethléem Ephrata, tu es très petit entre les mille de Juda ; de toi sortira pour moi celui qui doit être le dominateur en Israël » (Miché, V, 2). Cette prophétie rappelle deux autres, beaucoup plus anciennes, celle de Jacob et celle de Balaam. Jacob, nommé aussi Israël, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham, est le troisième grand Patriarche. Avant de mourir, il réunit ses douze fils à son chevet afin de leur donner sa bénédiction. A travers eux, il dessine le destin de tout Israël, des douze tribus. « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et lui-même sera l’attente des nations. » (Deut., XLIX, 10). Devin de grande réputation, Balaam est appelé par le roi de Moab pour arrêter l’invasion des Hébreux. Il est chargé de maudire le peuple d’Israël. Mais malgré lui, porte-parole de Dieu, il annonce sa prospérité et son installation dans la Terre promise. Il annonce également le Messie. « Il s’élèvera une étoile de Jacob, et il s’élèvera une verge d’Israël ; et elle frappera les chefs de Moab, et ruinera tous les enfants de Seth […] de Jacob sortira celui qui doit dominer et perdre les restes de la cité. » (Nbre, XXIV, 17-19)

Fils de David

Selon la prophétie de Jérémie, le Messie appartiendra à la descendance de David. Il est ainsi naturellement appelé « Fils de David ». Dans une prophétie d’Isaïe, il est « un rejeton de la racine de Jessé ». Habitant de Bethléem, Jessé est le père de David. 

Par la voix de Nathan, Dieu annonce à David que le Messie proviendra de sa descendance. « Et lorsque tes jours seront accomplis, et que tu dormiras avec tes pères, je te susciterai un fils après toi, lequel sortira de tes entrailles, et j’affirmerai son règne ; c’est lui qui bâtira une maison à mon nom, et j’établirai fermement le trône de son royaume pour toujours. » (II. Roi, VII, 12-13). Si cette prophétie se rapporte en premier lieu à Salomon, elle s’adresse plus spécialement au Messie.

« Ta maison et ta royauté seront pour toujours assurées devant toi ; ton trône sera affermi pour toujours. » (II. Rois, VII, 16) La mort de Salomon et la fin du royaume de David montrent toute la portée de cet oracle. La prophétie de Nathan est ainsi rappelée très souvent dans l’Ancien Testament. Isaïe la rappellera notamment. « Sur le trône de David et sur son royaume il s’assiéra pour l’affermir et le fortifier dans le jugement et la justice, dès maintenant et à tout jamais. » (Isaïe, IX, 7). Le Messie viendra donc rétablir la maison de David et restaurer « le tabernacle de David, qui est tombé » (Amos, IX, 11). Ainsi le Messie est solennellement désigné comme le « Fils de David » par excellence.

Le Prophète

Depuis Moïse, nous savons que le Messie est un prophète. « Le Seigneur ton Dieu te suscitera un Prophète de ta nation et d’entre tes frères, comme moi : c’est lui que tu écouteras […] je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi, et je mettrai mes paroles en sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui aurai ordonné. » (Deut., XVIII, 15-18).

Selon quelques commentateurs, ce prophète représenterait tous les prophètes d’Israël. Cet oracle instituerait alors le prophétisme après avoir institué les juges, les rois et les prêtres. Cependant les Pères de l’Église sont unanimes pour voir en cette prophétie l’annonce du Messie comme prophète. En effet, au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, le peuple juif désigne le Messie comme le Prophète avec l’article « le » pour le distinguer de tous les autres prophètes. « Parmi donc cette multitude qui avait entendu ces paroles, les uns disaient : Celui-ci est vraiment le prophète. » (Jean, VII, 40). La Samaritaine rappelle à Jésus que le Messie « nous apprendra toutes choses » (Jean, IV, 25). Il « m’a dit tout ce que j’ai fait, n’est-ce pas le Christ ? » (Jean, IV, 29).

Le Messie est donc désigné comme « point culminant de tous les prophètes envoyés par Dieu »[3]. Il est décrit comme le Médiateur entre Dieu et les hommes pour annoncer la parole divine.

Le Prêtre selon l’ordre de Melchisédech

« Vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech. » (V. Ps., CIX, 5). Melchisédech apparaît une fois dans la Sainte Écriture. Il est « roi de Salem » et « prêtre du Dieu très haut » (Gen., XIV, 18). Le nom de Melchisédech, tiré de l’hébreu « Malki-Sèdèq », signifierait « mon roi est juste ». Saint Paul le traduit par « roi de justice ». Salem est l’un des noms archaïques de Jérusalem. Il est donc « roi-prêtre ».

Melchisédech bénit Abram, le futur Abraham, lui offre du pain et du vin et reçoit de lui la dîme de tout. Si cette offrande pouvait paraître insolite et étrange, les Juifs ne pouvaient pas ne pas comprendre la prophétie de ce « roi-prêtre ».

Remarquons enfin que le Messie n’est pas prêtre selon l’ordre d’Aaron, le père du sacerdoce issu de Moïse, mais selon un ordre beaucoup plus ancien. Soulignons aussi que Melchisédech apparaît rapidement dans le récit biblique sans que nous sachions ses origines et son destin. Il n’a ni commencement ni fin. Il évoque l’éternité. Melchisédech est « sans père sans mère, sans généalogie ; n’ayant ni commencement de jours, ni fin de vie, ressemblant ainsi au Fils de Dieu, demeure prêtre à perpétuité. » (Hébr., VII, 3). En outre, il reçoit la dîme d’Abram. « Sans aucun doute, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur. » (Hébr., VII, 7). Il est donc au-dessus du Grand Patriarche. Il est plus grand que les fils d’Aaron. Son sacerdoce est nettement supérieur à celui des Lévites. Le Messie est « prêtre pour l’éternité » quand les fils d’Aaron sont prêtres pour un temps donné.

« Fils de l’homme »

Le titre « fils de l’homme » revient souvent pour désigner le Messie. Dans un verset messianique, il désigne le Messie : « Je regardais donc dans la vision de nuit, et voici comme le fils d’un homme qui venait avec les nuées du ciel ; et il s’avança jusqu'au vieillard, et ils le présentèrent devant lui. Et il lui donna la puissance, et l’honneur, et le royaume ; et tous les peuples, tribus et langues le serviront ; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas enlevée ; et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit. » (Dan., VII, 13-14). Les versions grecques et chaldéennes utilisent l’expression « fils d’homme »[4].

La Sainte Bible use aussi la même dénomination « fils d’un homme ». Dieu l’utilise en effet souvent[5] pour interpeller le prophète Ézéchiel. « Fils d’un homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. » (Ez., II, 1). L’ange Gabriel interpelle aussi le prophète Daniel par la même dénomination. « Comprends, fils d’un homme, parce qu’au temps de la fin s’accomplira la vision. » (Dan., VIII, 17). Par cette dénomination, Dieu leur rappelle son humble condition humaine, sa faiblesse et son impuissance naturelle en regard de l’infinie majesté et de la toute-puissance de Dieu.

Le titre « fils de l’homme » n’a pas la même signification que la dénomination qu’utilise Dieu pour interpeller Ézéchiel ou Job. Il désigne en effet un homme bien précis. L’expression correspond en araméen à « bar –’enasha’ », « ’enasha’ » désignant un homme déterminé et non pas le genre humain avec ses faiblesses et son impuissance.

« Fils de Dieu »

Dans la Sainte Écriture, le titre de « Fils de Dieu » est donné aux anges, aux justes, à Israël et aux rois. « Les cieux publieront vos merveilles, Seigneur, comme aussi vote vérité dans l’assemblée des saints. Car qui, dans les nuées, sera égal au Seigneur, et qui semblable à Dieu parmi les fils de Dieu. » (III. Ps., LXXXVIII, 6-7). Dans une belle prière, Salomon s’adresse à Dieu et lui rappelle qu’il a été choisi pour roi de son peuple et pour juge de ses fils et de ses filles (voir Sag., IX, 7). Les enfants d’Israël sont entendus comme les enfants de Dieu. « Voici ce que dit le Seigneur : Mon fils premier-né est Israël » (Ex., IV, 22). Par Moïse, Dieu demande en effet au Pharaon de laisser son fils quitter l’Égypte pour le servir. Salomon, roi si sage, est aussi nommé fils de Dieu (voir II. Rois, VII, 14).

Le verset qui attribue la dignité de « fils de Dieu » à Salomon est aussi vu comme une annonce du Messie. « Moi je serai son père, et lui sera mon fils » (II. Rois, VII, 14) Nous retrouvons la filiation du Messie dans un psaume que des Pères de l’Église considèrent aussi comme messianique : « Lui-même m’invoquera, disant : vous êtes mon père, mon Dieu, et le garant de mon salut. Et moi, je l’établirai mon premier-né, le plus élevé des rois de la terre. » (III. Ps., LXXXVIII, 17). Le Messie est le fils par excellence. « Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils, c’est moi qui aujourd'hui vous ai engendré. » (I. Ps., II, 7).

« Emmanuel »

Par la voix d’Isaïe, Dieu a attribué plusieurs qualificatifs au Messie, qui sont devenus des noms. « Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; et sa principauté est sur son épaule, et son nom sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, père du siècle à venir, Prince de la paix. » (Is., IX, 6). Dans sa prophétie, un nom lui est donné : « Son nom sera appelé Emmanuel » (Is., VII, 14), nom qui signifie « Dieu avec vous ». Cet enfant est le signe fourni par le ciel. Il garantit la protection divine dont il sera le vivant témoignage. Il est le nouveau tabernacle dans lequel il aimera se reposer, la lumière qui guidera son peuple.

Le Messie est en effet doté en plénitude de l’esprit de Dieu. Dans une autre prophétie, Isaïe décrira en effet les dons messianiques qu’il manifestera. « Une fleur s’élèvera de sa racine, et l’esprit du seigneur reposera sur lui ; l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété, et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira. » (Is., XI, 1-3).

Dans la Sainte Écriture, depuis la Genèse jusqu'au dernier prophète, Dieu annonce à plusieurs reprises l’arrivée du Messie, le Christ. Il est appelé Roi d’Israël, Fils de David, Fils de Dieu, Fils de l’homme. Il est le Prophète et le Prêtre par excellence. Son nom est Emmanuel. Au-delà des titres le désignant, Dieu annonce son rôle et ses caractères. Le nom porte en effet un sens qui dépasse la simple désignation. Le Messie doit assumer à la fois le sacerdoce et la royauté, portant la Parole de Dieu. Disposant de l’amitié et de la puissance de Dieu, dominateur et souverain, il doit manifester la gloire divine. Le Messie est donc « celui qui doit venir » (Gen., XLIX, 26), « le désir des collines éternelles » (Gen., XLIX, 10) ou encore « le désir des nations » (Aggée, II, 7-8). Ainsi les « îles sont dans l’attente » (Is., CLII, 4). Zacharie demande alors à Jérusalem de tressaillir d’une grande joie. « Pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton Roi vient à toi ; il est juste, lui, et protégé de Dieu ; il est humble, monté sur un âne, et sur un poulain, petit d’une ânesse. […] Il parlera de paix aux nations ; sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, du fleuve jusqu’aux extrémités de la terre. » (Zach., IX, 9-18). Mais comment le reconnaître Lui qui est si attendu ?...



Notes et références
[1] Wikipédia, article « Messie dans le judaïsme », 2 avril 2015.
[2] Sion est le nom primitif de la ville de Jérusalem. Elle est conquise par David. 
[3] Nicolau, Sacrae Theologia Summa, tome I, théologie fondamentale, Biblioteca de Autores Cristianos, dans Apologétique, Abbé Bernard Lucien, Tome 3, La crédibilité de la Révélation divine transmise aux hommes par Jésus-Christ, éditions Nuntiavit, 2011. 
[4] Voir note de la Sainte Bible selon la Vulgate, l’abbé J.-B. Glaire. 
[5] 87 fois du chapitre II au chapitre XLVII.

vendredi 5 juin 2015

La valeur apologétique des prophéties

Nous reconnaissons Notre Seigneur Jésus-Christ comme le seul et vrai Messie. Il est Celui que la Sainte Écriture a annoncé. Il est l’accomplissement des prophéties bibliques. Il est le véritable « Désiré des nations » (Aggée, II, 7-8). Pour y croire, nous devons d'abord accepter l’idée de prophétie. De nombreuses critiques tentent de la remettre en cause comme elles remettent en question l’idée même du miracle. C’est une des erreurs du modernisme comme le mentionne le Syllabus [1].

Différents sens du terme  « prophétie » 

La prophétie d'Isaïe
Legendre (XIXe)
Le terme de « prophétie » est tiré du grec « prophêtês ». Selon une interprétation classique, « pro » signifie « avant » et « phêmi », « je dis ». Il désigne donc une prédiction. Selon une autre interprétation, le terme « pro » n’a pas un sens temporel mais locatif. Il signifierait alors « devant ». Ainsi pour certains commentateurs, est « prophète » celui qui est « en – avant » de Dieu qui l’envoie parler de sa part. L’accent est alors mis sur l’inspiration du prophète. Pour d’autres, le « prophète » parle au-devant de ses destinataires, soulignant ainsi l’autorité de son message. Enfin, la troisième solution consiste à accumuler ces deux interprétations. « Le prophète est à la fois porte-parole de la divinité et celui qui proclame avec autorité et solennité »[2] C’est en ce sens qu’Aaron est reconnu comme un prophète. C’est en quelque sorte celui qui « profère ». Dans ce cas, la prophétie est synonyme de « révélation ». Mais ce sens n’est pas exclusif.


Effectivement, le terme de « prophète » peut avoir plusieurs sens. Le terme de « prophète » renvoie à plusieurs termes hébreux[3]. Il correspond à « nâbi », « interprète, héraut, porte-parole » ou encore à « roeh » ou « hôzè », qui signifient « celui qui voit », « voyant ». Le terme de « prophétie », qui dérive de « naboua », apparaît tardivement. Auparavant, on utilisait les termes de « dabar » (« parole »), « né’oum » (« oracle »), « massa » (« prédiction »).

La prophétie n’est pas obligatoirement entendue comme une « vision » d’un futur. Elle peut aussi faire connaître un événement du passé comme le fait Moïse qui prophétise l’origine du monde. 

Dans notre article, nous prenons le terme de « prophétie » uniquement dans le sens de prédiction.

Qu’est-ce qu’une prophétie ?

Au sens large, la prophétie est une prédiction d’un événement futur. « Une prophétie est la prédiction de choses à venir, l'annonce anticipée de réalités ultérieures. » [14] La prédiction d’une éclipse ou du passage d’une comète est une prophétie. Au sens strict du mot, elle est « la prévision certaine et l’annonce de choses futures qui ne peuvent être connues par les causes naturelles »[4]Elle est donc un miracle. La prophétie peut contenir l’un ou plusieurs des éléments suivants : la connaissance d’un événement, le lieu et le temps où il se produira, la signification prophétique de l’événement et de l’origine de la prophétie. Elle peut être conditionnelle et devient alors une menace.

La prédiction doit alors répondre à deux conditions. D’une part, elle doit être certaine, c’est-à-dire claire, sans ambiguïté. Elle ne doit pas être « si obscure que les mêmes vers pouvaient en toutes circonstances, s’appliquer à d’autres choses »[5] comme le dénonce Cicéron à l’égard des oracles païens. Cependant, elle comporte toujours une certaine obscurité. Par la voix du prophète, nous ne disposons qu’une partie du plan de Dieu. Nous ne saisissons qu’une bribe d’un film dont nous ignorons l’ensemble. Une prophétie peut alors être énigmatique. Le songe du pharaon n’est guère explicite. Il faut l’intervention de Jacob qui a reçu des lumières divines pour le comprendre. Aucun mage ne parvient à lui donner du sens. La prophétie comprend alors le songe en lui-même et son explication. Sans comprendre le sens de son songe, le pharaon a cependant pleinement conscience de son importance. La femme d’Hérode saisit aussi la valeur de son rêve. 

Parfois une parole prophétique est dite sans que le sens ou la valeur n'en soient pleinement saisie. Ainsi Caïphe prophétise au sujet de Notre Seigneur Jésus-Christ. « Il ne dit pas cela de lui-même, […] ; il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation » (Jean, XI, 51). Selon Saint Thomas, ce dernier exemple n’est pas une prophétie au sens strict. Le prophète doit en effet être convaincu de l’origine de sa prédiction et donc de la certitude de ses propos. La suggestion de Caïphe est donc dite improprement prophétie. Saint Thomas parle d’inspiration prophétique.

"Voici que la vierge concevra
et enfantera un fils
"
(Isaïe, VII, 14)
D’autre part, la prédiction ne doit pas être fournie au moyen de causes naturelles, notamment à partir de la connaissance des lois naturelles ou de la connaissance empirique. Une prophétie ne naît pas non plus du hasard ou de la folie. Elle se fonde sur un moyen de connaissance non naturel. Elle fait en fait l’objet d’une révélation. La prophétie est en effet une révélation d’une chose qui n’est pas naturellement prévisible et qui doit arriver. Elle « est la connaissance surnaturellement communiquée et la prédiction infaillible d’événements futurs naturellement imprévisibles. » [6] Par conséquent, elle est une connaissance surprenante de l’avenir

En un certain sens, la possibilité de la prophétie n’est pas étonnante pour ceux qui croient en Dieu. Effectivement, Dieu est omniscient. Il connaît l’avenir. Aucun événement ne lui échappe, y compris ceux qui dépendent de la liberté humaine, de la libre détermination de la volonté. Mais ne nous trompons pas. Dieu ne prévoit pas les événements comme si nos actes étaient prédéterminés. Il ne prédit pas l’avenir ! Comme Il est hors du temps, dans son éternité, Dieu voit l’avenir. Rien n’est passé, rien ne viendra pour Lui. Et s’Il connaît l’avenir, Dieu peut aussi nous le révéler. Les prophéties appartiennent pleinement à la Révélation. Ainsi « l’élément distinctif du discours prophétique n’est pas tant son contenu ou sa forme, mais son origine surnaturelle »[7]

Le prophète reçoit donc une révélation divine. Il ne voit pas l’avenir mais perçoit ce que Dieu lui montre. « L’expérience prophétique […] est une relation entre l’éternité et le temps, un dialogue entre Dieu et l’homme »[8]. Si le terme de dialogue est peut-être exagéré, il y a effectivement une certaine participation à la vision divine, à l’éternité de Dieu. Le prophète doit recevoir et accepter le message divin comme tout porteur de révélation. Effectivement, comme toute révélation, si la prophétie est une initiative divine, elle ne va pas à l’encontre de la volonté du prophète.

Saint Thomas nous précise cependant que la prophétie est différente de la vision. « On appelle prophète celui qui a une apparition de choses lointaines ; et en cela, la prophétie diffère de la vision selon le mode, car une apparition signifie une relation de ce qui est visible à celui qui voit, alors que c’est le contraire pour la vision. » [9] La chose est lointaine selon deux sens. Soit elle est lointaine de manière absolue. Sa connaissance nous est impossible ni en elle-même ni en ses causes. Soit elle est lointaine de manière relative. Elle est lointaine non pas pour celui qui reçoit l’apparition mais uniquement pour ceux qui ne la connaissent pas.

En outre, la prophétie n’a de sens que si elle est communiquée, transmise. Le prophète a la mission d’annoncer ce qui va se réaliser dans le futur. Elle appartient au plan de Dieu auquel il participe. Elle a donc un objectif : préparer les véritables destinataires de la prophétie, le prophète n’étant qu’un relais de Dieu. Elle vise donc à les mettre en attente, à les prévenir. La prophétie se réalisera. A l’homme de s’y préparer. Au-delà de la prophétie se trouve donc une volonté, un plan.

La valeur apologétique de la prophétie

L’accomplissement de la prophétie dévoile pleinement le sens de la prophétie. Elle prend véritablement toute sa valeur lorsqu’elle est réalisée. Et c'est en étant accomplie qu'elle acquiert sa crédibilité. La réalité de son accomplissement permet aussi de distinguer le vrai du faux prophète.

Il existe en effet des faux prophètes que Dieu demande de châtier de manière exemplaire dans la loi mosaïque. « Le prophète qui, corrompue par l’orgueil, voudra dire en mon nom des choses que je ne lui ai pas ordonné de dire, ou qui parlera au nom des dieux étrangers sera mis à mort » (Deut., XVIII, 20). Seul son accomplissement permet de discerner la parole prophétique. « Comment puis-je discerner la parole que le Seigneur n’a pas dite ? Tu auras ce signe : si ce ne que ce prophète n’arrive pas » (Deut., XVIII, 22).

La parole de Caïphe ne s’éclaire qu’après la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans le passé, Caïphe a annoncé clairement un événement qui finalement se réalise dans le présent. La comparaison entre les faits prédits et les faits accomplis permettent de confirmer la réalité de la prophétie. Avant qu’elle ne soit réalisée, elle est de l’ordre de la foi, c’est-à-dire de la croyance. Elle peut être peu ou mal comprise. Après son accomplissement, elle gagne de la clarté et de la crédibilité. Et plus le prophète est éloigné de l’accomplissement du fait prédis, plus elle acquiert de la valeur. La difficulté croît en effet avec le temps qui sépare la prophétie de sa réalisation.

Les prophéties comme les miracles, « en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu sont des signes très certains de la révélation divine »[10]. L’accomplissement de la prophétie devient en effet un argument probant :
  • du caractère divin de la prophétie : Dieu seul peut connaître l’avenir ;
  • de l’existence de Dieu : seul un être intelligent et doué de volonté hors du temps est capable de voir l’avenir et de le révéler ;
  • de l’existence d’un plan de Dieu ;
  • de son intervention dans la vie des hommes.
Comme le rappelle le serment antimoderniste, la prophétie est une « preuve extérieure de la Révélation » [11] comme tout miracle. Par sa réalisation, elle prouve son origine divine. Mais contrairement au miracle proprement dit, qui manifeste la toute-puissance de Dieu, la prophétie manifeste la science de Dieu. C’est pourquoi il est dit que la prophétie est un miracle d’ordre intellectuel. La prophétie est bien de l’ordre de la connaissance dont le principe est la lumière divine. Soulignons que le miracle ne consiste pas dans le contenu de la prophétie mais dans sa manifestation qui nous en est faite, une manifestation bien sensible afin que nous puissions la connaître.

Comme le précise aussi le 1er Concile du Vatican, les prophéties sont des signes « adaptés à l’intelligence de tous » [12], « à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui. »[13] Elle n’est pas seulement appropriée à ceux qui sont directement concernés par le fait prophétisé mais par tout témoin qui a connaissance de la prophétie et de son accomplissement. Les prophéties bibliques intéressent donc non seulement les Juifs qui en sont les premiers bénéficiaires mais aussi les païens, les incroyants, les agnostiques, les sceptiques, les indifférents. Car prédire l’avenir de manière certaine sans que cette connaissance du futur se fonde sur des moyens naturels est propre à susciter l’étonnement, à briser les certitudes, à éveiller les bonnes questions.

Le Prophète Daniel
Michel Ange
Prophétie et raison

Le témoignage du prophète est-il encore de l’ordre de la foi puisque les faits démontrent sa véracité ? Si la raison peut prouver l’accomplissement d’une affirmation dite prophétique, elle ne peut prouver de manière générale la réalité de la prophétie, surtout lorsque le temps de la prophétie et de son accomplissement sont très éloignés. Nombres de critiques légitimes peuvent en effet convaincre la raison de ne pas y adhérer. La prophétie peut être lue en fonction du présent, déviant ainsi son interprétation. Un copiste peut de manière inconsciente modifier l’affirmation de façon à être comprise en fonction du fait réalisé. En un mot, le fait accomplissant soi-disant la prophétie peut influencer la lecture de la même prophétie. Nous pouvons de même interpréter un fait présent selon la vision d’une prophétie ou ne souligner qu’un aspect de l’événement prédit en oubliant l’événement dans sa totalité. A force de croire qu’un fait se réalisera, on finit par croire qu’il s’est réalisé. Telles sont des exemples de des critiques des adversaires du christianisme.

L
Le prophète Zacharie
Jan van Eyck
a force de l’argument prophétique est de relier le passé et le présent
au moment de son accomplissement, un présent  indéterminable par les forces naturelles, un présent où se joue le libre arbitre, donc injoignables pour toute créature et donc inconnaissable. C’est aussi sa faiblesse puisque la raison ne peut non plus les relier de manière certaine. La raison ne peut donc prouver de manière certaine la réalité d’une prophétie comme elle ne peut prouver un fait historique. Elle ne peut être présente à la fois dans le passé et dans le présent.



La prophétie biblique s’appuie enfin sur des livres canoniques, c’est-à-dire inspirés de Dieu, ce qui lui donne sa véracité, une véracité fondée sur la foi et non sur la raison. Faisant partie de la Révélation, elle est un mode de connaissance surnaturel. N’oublions pas que l’origine de la prophétie est surnaturelle. 
Tous ces éléments font que l’argument fondé sur une prophétie n’est pas de l’ordre de la raison mais de la foi. 

La raison n’y est pas pourtant exclue. Elle apporte son appui en présentant des arguments favorables aux liens objectifs existant entre la prophétie et le fait qui semble la réaliser. Elle peut jeter des ponts solides entre le passé et le présent.
D’une part, au niveau de la prédiction elle-même, elle permet de constater la prédiction par la recherche et la critique des témoignages, de montrer ensuite qu’elle est précise et non équivoque, de garantir son intégralité substantielle à travers le temps et de reconnaître qu’elle n’est ni une intuition, ni un pressentiment, et la distinguer de la simple conjecture.
D’autre part, au niveau de l’événement prédit et réalisé, elle permet de constater le fait de son accomplissement en vérifiant le fait matériel réalisant la prophétie et en démontrant le lien entre la prophétie et la réalisation, de montrer que l’événement constaté n’est ni l’œuvre du hasard, ni la conséquence d’une cause naturelle entrevue conjecturalement.

C’est pourquoi la prophétie est un motif de crédibilité de grande valeur, puissant par sa rationalité. Cependant, elle présente deux difficultés. Si théoriquement elle est accessible à tous, elle peut être en pratique plus accessible aux esprits cultivés. Néanmoins, l’apologiste peut nettement réduire cette difficulté en la présentant de manière efficace et adaptée à ses interlocuteurs. La valeur de la prophétie reste aussi suspendue jusqu’au moment de sa réalisation. Cependant, cette difficulté devient une force lorsqu’elle se réalise efefctivement …

La prophétie biblique

Dans la Sainte Écriture, les prophéties présentent des traits significatifs. Elles sont d’abord publiques et transmises par écrit. Elles ne sont point cachées ou oubliés mais soigneusement conservées. Ainsi aujourd’hui encore, nous pouvons les examiner avec soin comme nous pouvons vérifier leur compréhension à travers le temps, ce qui est important notamment pour rendre compte de la reconnaissance de la valeur messianique des versets bibliques. Cela permet également de connaître leur interprétation avant leur accomplissement et de confirmer l’antériorité du sens reconnue à une prophétie d’un fait qui l’accomplit.

Puis, les prophéties sont continues et permanente dans l’histoire sainte depuis les premières pages de la Genèse jusqu’au dernier livre au point que la Sainte Bible est parfois considérée comme une prophétie. Cette continuité est une suite de confirmations, d’éclaircissements, d’approfondissements. A mesure que les événements sont proches, les prophéties sont plus précises et cohérente. Cela reflète une action réfléchie et dirigée. L’attente est soigneusement préparée, les esprits éclairés. Certes, des esprits malins peuvent toujours prétendre que les prophètes s’inspirent de leurs prédécesseurs en enrichissant leurs propos. Mais comment peuvent-ils alors expliquer l’accomplissement de ces prophéties si plusieurs esprits en sont les auteurs ? Cela rend encore plus invraisemblable leur réalisation. Ce travail prétendu commun réduit en effet la part du hasard, de la connaissance empirique, de l’influence du contexte si changeant dans le temps.

De plus, selon les Chrétiens, les prophéties de l’Ancien Testament renvoient en grande partie vers le Nouveau Testament.  Elles annoncent ce que nous voyons réaliser en Notre Seigneur Jésus-Christe et en son Église. Les actes et gestes de Notre Seigneur Jésus-Christ peuvent ainsi être jugés en fonction des prophéties messianiques. Mais le Nouveau Testament nous renvoie aussi vers l'Ancien Testament. Leur accomplissement donne sens et crédibilité divine aux prophéties, confirmant par ailleurs leur caractère messianique. Nous voyons donc une double relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Elles assurent ainsi la continuité des deux parties de la Sainte Écriture et garantissent l’unicité de leur auteur.

Rappeons enfin que les prophéties ne se terminent pas par l’Ancien Testament, même si le temps de la prophétie biblique est achevé. Le Nouveau Testament en contient aussi. Certains ont été déjà accomplis, d’autres sont en attente.

Les formes prophétiques de la Sainte Bible


Le Prophète Jérémie

Ravennes

La plupart du temps, le prophète transmet la parole divine qu’il a reçue. « Elle me fut donc adressée la parole du Seigneur disant : […] » (Jer., I, 4). Elle est accompagnée d’une expression qui le définit clairement : « dit le Seigneur » (Is., XIV, 22), « voici ce que dit le Seigneur » (Jer., XV, 19), « il me dit » (Ez., III), « écoutez ce que dit le Seigneur » (Michée, VI, 1), « Parole du Seigneur » (Sophonie, I, 1), « la parole du Seigneur fut adressée » (Zach., I, 1), etc.

La prophétie apparaît parfois comme une vision. Certains livres ne sont que la transcription de ce qu’ont vu les prophètes : « Malheur accablant qu’a vu Habacuc, le prophète » (Habacuc, I, 1). Le titre de certains livres inspirés le rappelle aussi : « livre de la vision de Nahum l’Elcéséen » (Nahum, I, 1). Le grand prophète Isaïe a vu le malheur accablant la Babylone. Il énonce dans ses discours la ruine des ennemis de Dieu. La vision divine peut aussi provenir d’un songe. « Écoutez mes paroles : si quelqu’un parmi vous est prophète du Seigneur, je lui apparaîtrai dans la vision, ou je lui parlerai en songe. » (Nombre, XII, 5).

La prophétie peut être suggérée par la simple vue d’objets. Dieu demande ainsi à Jérémie de dire ce qu’il voit. « Je vois une verge qui veille » (Jér., I, 11), « une marmite bouillante, et de sa face venant de la face de l’aquilon » (Jér., I, 13). Et à partir des noms qui désignent ces objets, Dieu lui révèle sa Parole. « Tu as bien vu, parce que je veillerai sur ma parole afin que je l’accomplisse. » (Jér., I, 12), « c’est de l’aquilon que se déploiera le mal sur tous les habitants de la terre » (Jér., I, 14). La prophétie s’appuie parfois sur des jeux de mots, parfois difficiles à traduire. Les noms mêmes annoncent l’avenir. Le fils d’Osée est ainsi appelée « Jezrahel », « parce que encore un peu de temps, et je visiterai le sang de Jezrahel sur la maison  de Jéhu, et je ferai cesser le royaume de la maison d’Israël. »(Osée, I, 4). « Jezrahel » signifie en effet « Dieu exterminera ».

Le Prophète peut ne pas transmettre la Parole de Dieu uniquement par des paroles. Elles peuvent être accompagnées d’actes symboliques qui annoncent un événement. Isaïe marche nu-pieds et dévêtu, comme un captif, durant trois ans pour symboliser le sort qui attend l’Égypte et Kouch. Pour symboliser la destruction de Juda, Jérémie jette dans l’Euphrate une ceinture que le fleuve détériore en quelque temps. Ézéchiel se coupe la barbe et les cheveux et les partage en touffes qui indiquent le sort de Jérusalem. Osée se marie avec une prostituée : « Va, prends pour toi une femme de fornications, et des enfants de fornications ; parce que forniquant la terre forniquera en se séparant du Seigneur. » (Osée, I, 3).

Enfin, la connaissance surnaturelle de l’avenir ne se réduit pas à des paroles prophétiques dans la Sainte Bible. Des faits, des éléments de la Loi et du culte sous l’Ancienne Alliance ont été considérés comme des figures de ce qui a été depuis réalisé. Ce n’est pas à proprement parler des prophéties mais en un certain sens les figures ont une valeur prophétique. L’accomplissement de ce qu’ils signifiaient prenne véritablement sens au moment de leur réalisation. Il n’est pas rare que des prophètes renvoient à ces éléments pour mieux éclairer leurs paroles. L’« agneau de Dieu » utilisé par Isaïe pour désigner le Messie souffrant renvoie évidemment à son sacrifice dans le culte de la Loi. 

Les prophéties et les figures manifestent ainsi une cohérence extraordinaire de la Sainte Écriture, Livre rédigé, rappelons-nous, pendant des siècles par de nombreux auteurs bien différents. Elles reflètent une idée continue, une volonté réfléchie, un plan divin.

« Nous avons la parole plus ferme des prophètes, à laquelle vous vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour se lève dans vos cœurs ; sachant avant tout que nulle prophétie de l’Écriture ne s’explique par une interprétation particulière. Car ce n’est pas par la volonté des hommes que la prophétie n’a jamais été apportée ; mais c’est inspiré par l’Esprit Saint, qu’ont parlé les saints hommes de Dieu. » (II. Pier., I, 19-21).







Notes et références
[1]
Pie IX, Syllabus, 8 décembre 1864, §I, 7, denz. 2907.
[2] André Motte, « Aspects du prophétisme grec », Prophéties et Oracles, vol. II : en Égypte et en Grèce. Supplément au Cahier Évangile 89, Paris, Cerf, 1994 cité dans La prophétie chrétienne d’après le Nouveau Testament : l’état de la question, Timothée Minard, pasteur de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France, mai 2013
[3] Voir Dictionnaire Théologique Catholique, article « prophétie ». Ou encore Dictionnaire de la Bible, André-Marie Gérard, article « Prophétisme », Bouquins, Robert Laffont, 1989.
[4] Saint Thomas d’Aquin.
[5] Cicéron, De divin, 1, II cité dans Manuel d’Apologétique, abbé A. Boulenger, n°173, 1928.
[6] Dictionnaire Théologique Catholique, article « prophétie ».
[7] David E. AUNE, Prophecy in Early Christianity and the Ancient Mediterranean World, Grand Rapids, Eerdmans, 1983 cité dans La prophétie chrétienne d’après le Nouveau Testament : l’état de la question, Timothée Minard.
[8] A. Neher, Prophètes et prophéties, Payot, collection Petites Bibliothèques Payot, 2004 dans Connaissance des Pères de l’Église, Judaïsme et christianisme dans les commentaires patristiques des Prophètes, n°133, Les sources hébraïques des commentaires patristiques des Prophètes, Marie-Anne Vannier mars 2014,.
[9] Sainte Thomas d’Aquin, Commentaire sur Isaïe, chapitre 1, traduction des moines de l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault.
[10] 1er Concile de Vatican, constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 24 avril 1870, chap.3, denz. 3009.
[11] Saint Pie X, Motu Proprio Sacrorum antistitum, 1er septembre 2910, Denz. 3539.
[12] 1er Concile de Vatican, Dei Filius, chap.3, denz. 3009.
[13] Saint Pie X, Motu Proprio Sacrorum antistitum, Denz. 3539.
[14] Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre IV, 20, 5, tard. par Adelin Rousseau, cerf, 2001.

mercredi 3 juin 2015

L'égalitarisme, source de violence et de médiocrité

Les deux jeunes filles regardent le magistrat. L’une a vingt ans, l’autre légèrement plus. Elles sont là pour être jugées d’infractions, de vols et d’incendie. La plus jeune connaît sa première affaire judiciaire en tant qu’accusée, la seconde est bien connue de la justice pour les mêmes méfaits. Leur passé est plutôt triste. L’une a vécu dans une famille de désolation : alcoolisme,  violence, délinquance, etc. Un tel passé laisse forcément des traces. Sous tutelle, elle est suivie par un psychologue. Étrangement affaiblie, impassible, elle écoute son passé et les faits qui lui sont reprochés. Son esprit est ailleurs. Les médicaments probablement... L’autre délaissée par des parents indignes a grandi dans une famille d’accueil, de faibles conditions sociales. Elle a grandi, nourrie de frustrations et de colère. Décontractée derrière la barre, silencieuse, elle écoute le magistrat. Au moment des faits, ces jeunes filles étaient logées dans des foyers, chacune dans un studio. Elles sont nourries et vêtues gratuitement. Il leur est aussi donné de l’argent de poche. Pourquoi avez-vous commis cet incendie ? Leur demande le magistrat. Leur déposition est claire. Il la lit à l’assemblée : « ils avaient tout et nous, nous n’avions rien, nous voulions nous venger »… 

Nous voudrions rapprocher cette histoire véridique avec un événement d’actualité. Nous voudrions en effet évoquer la réforme[1] des collèges dans l’éducation nationale. Elle a pour but de combattre les échecs scolaires qui feraient accentuer les inégalités. Les échecs s’expliqueraient en particulier par le décalage qui s’est creusé entre une société toujours en effervescence et une école plutôt ennuyeuse. Par conséquent, afin d’éveiller leur esprit, il est demandé de la rendre plus distrayante, notamment par des cours interdisciplinaires. Puis, pour éviter que les écarts entre les élèves se creusent, on élimine les formations soi-disant élitistes et on rend optionnels les cours savants et inutiles comme le latin ou le grec[2]. Soyons sans crainte. Ceux qui auront les moyens de placer leurs enfants dans des écoles sérieuses et valorisantes le feront sans scrupules, creusant encore plus les inégalités décriées.


Avec cette réforme et les autres qui l’ont précédée, probablement par les mêmes mains, une nouvelle école se dessine. 

D'une part, l’école n’est plus le lieu de l’effort et du travail, ce qui conduit inévitablement à la superficialité des connaissances acquises et à la perte du goût de l’effort [3]. L’école ne construit plus, elle informe, elle amuse comme la télévision. Bientôt, le professeur ou l’instituteur ne sera plus qu’un animateur et non un enseignant. Google le remplacera peut-être. 




D'autre part, l’école est le lieu où on tente d’effacer les différences entre les élèves au mépris même de leur personnalité et de leurs dons. On en vient à rejeter l’idée même que des enfants aient plus de facilités que d’autres. L’école ne transmet plus ni culture ni repère. A quoi bon connaître les grands moments qui ont fait la France ? A quoi bon l’histoire chronologique ? Enfin, on refuse que l’effort soit discriminant ! Car effectivement c’est devant l’effort que l’homme se révèle tel qu’il est, c’est-à-dire différent des autres. Pour que tous puissent sortir de l’école avec les mêmes chances, on abaisse nécessairement les exigences, on rabaisse le regard de l’élève, on refuse d’élever les élèves au sens propre du terme.

Pourquoi avons-nous rapproché cette histoire des jeunes filles qui détruisent la paix d’une famille par vengeance et cette réforme qui dénature l’école ? Dans le premier cas, nous voyons deux personnes entièrement assistées par l’État qui jalousent la richesse et le bonheur apparents d’une famille plutôt aisée au point de la frapper durement. Dans le second cas, on fustige l’excellence et l’élitisme, c’est-à-dire les différences que donnent surtout l’intelligence et la volonté. Qui ne voit pas dans ces exemples le refus des différences jusqu'à vouloir détruire l’autre ?

L’égalitarisme que nous voyons appliquer et louer conduit nécessairement à la violence. Il accentue la frustration des « faibles » et des « malheureux ». Il stigmatise l’autre, le « chanceux », le « riche », le « bienheureux ». Il aiguise la jalousie et l’envie.

L’égalitarisme est profondément inhumain au sens où il est une négation de ce que nous sommes, c’est-à-dire des êtres doués d’un corps et d’une âme uniques, doués d’une personnalité avec ses faiblesses et ses forces, doués d’une culture et d’une histoire. Nous sommes avant tout des personnes et non des individus. En un mot, nous sommes tous différents les uns des autres mais sans qu’il y ait une hiérarchie de valeur dans ces différences, sans qu’il y ait nécessairement des oppositions ou des injustices. Il est naturel que l’un soit plus intelligent ou habile que l’autre. Il est normal que l’un soit mieux payé que l’autre. Le but de l’école est justement de permettre à chacun de vivre libre avec ces différences, c’est-à-dire de se connaître et de connaître le monde dans lequel il vit, d’accepter tel qu’il est et de s’insérer dans la société en lui apportant le meilleur de lui-même. Le but de l’État est de faire vivre ces différences pour le bien commun. Mais comment faire comprendre cela à ceux qui ont leur regard sans-cesse rabaissé vers le matériel et dont les sens et les émotions sont excités à longueur de journée ? Comment élever le regard des hommes quand ils sont constamment ramenés à des oppositions ? Comment faire comprendre cela à des hommes qui n’ont aucune croyance en Dieu ?

Devant Dieu, tous sont égaux. Mieux encore, devant Dieu, chacun est jugé selon les dons et les grâces qu’il a reçues. Et chacun reçoit ce dont il a besoin pour son bien. Que voulons-nous choisir ? L’égalitarisme ou la justice et l’équité ? L’un apporte la violence, l’autre, la paix.




Notes et références

[1] Nous avons lu les différents documents de l’éducation nationale liés aux réformes du collège et des programmes. Nous sommes impressionnés par l’ampleur des changements, leur niveau d’abstraction et de complexité et les contradictions qu’elles comportent. Elles sont vouées à l’échec et aboutira nécessairement à une déstructuration encore plus grande du système scolaire. Voir http://www.education.gouv.fr/cid88073/mieux-apprendre-pour-mieux-reussir-les-points-cles-du-college-2016.html.
[2] Le but de cette option n’est pas d’apprendre le latin et le grec comme le sont actuellement les cours facultatifs mais d'être informé de la culture latine ou grecque. Cette apprentissage est même impossible puisqu'une option dans le nouveau programme est réduite dans le temps et à quelques cours ? 
[3] Les réformateurs pensent qu’en distrayant les enfants, l’école leur donnera le goût de l’effort !