" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


samedi 7 avril 2018

La Cité de Dieu et la cité terrestre


En cette triste fin de mois d’août 410, un monde s’écroule avec fracas. Une nouvelle terrible sème l’émoi dans tout l’Empire. L’invincible Rome, celle qui domine le monde depuis des siècles, vient d’être pillée par les barbares. La ville éternelle est dévastée, outragée, violentée, pendant de longues journées. La catastrophe bouleverse aussi profondément les âmes. Elles entendent encore ces hommes d’Église qui voient dans le succès de l’Empire et dans la paix romaine la main toute puissante de la Providence, ou encore la récompense des vertus religieuses de l’Empereur. La chute de Rome et l’impuissance des légions retombent ainsi sur la religion chrétienne et sur l’Église qui, associées aux pouvoirs, en deviennent les coupables tout désignés. « C’est sous des princes chrétiens, pratiquant de leur mieux la religion chrétienne que de si grands malheurs sont arrivés à Rome. »[1] Les païens font retomber la faute sur la religion chrétienne et en appellent au retour de la religion de leurs pères. Les chrétiens peu affermis en accusent aussi l’Église.

De l’Afrique du Nord, Saint Augustin entend leurs objections. Mais au lieu de gémir en accusations, il use de ce drame pour mieux percer les intentions insondables de Dieu. Il dépasse cet événement, il pressent l’avenir. L’histoire ne doit pas déconcerter les esprits. Elle doit au contraire les éclairer. La chute de Rome n’est pas la fin du monde. Un nouveau monde doit être construit.

Pour leur répondre, Saint Augustin écrit un véritable chef d’œuvre : La Cité de Dieu. Dans cet ouvrage puissant, profondément chrétien, il embrasse tous les aspects de la vie humaine. C’est « un livre qui est un des monuments de l’esprit. C’est à la fois une philosophie de l’histoire, une théorie de l’État et de la vie sociale, un précis des rapports entre le spirituel et le temporel ; c’est, en même temps, une sorte d’art de vivre dans des heures de détresse, un manuel de consolation. »[2] Dans ses Confessions, il étudie l’âme, dans La Cité de Dieu, c’est l’humanité qui est l’objet de sa pensée, l’humanité dans le cadre de son histoire. C’est pourquoi de manière inéluctable, examinant l’homme dans son passé en tant qu’être social, Saint Augustin en vient à parler de l’État et à définir ses rapports avec le spirituel. C’est sans-doute le premier ouvrage qui traite de ces sujets de manière si approfondie et large. C’est pourquoi les pensées et la doctrine qu’il défend dépassent les faits de son temps et ont joué un rôle important dans l’histoire des relations entre l’Église et l’État. La Cité de Dieu en devient ainsi une référence…

La Cité de Dieu et la cité terrestre, deux principes contraires

Sur la terre, s’il existe une multitude de nations différentes et divisées, « il n’existe toutefois que deux sociétés humaines, ou, pour les appeler du nom que leur donne l’Écriture, deux cités. L’une est la cité des hommes qui veulent vivre en paix selon la chair ; l’autre, celle des hommes qui veulent vivre en paix selon l’esprit ; et quand les désirs de part et d’autre sont accomplis, chacune à sa manière est en paix. » (Livre XIV, I) Deux principes de vie distinguent ainsi les hommes et les répartit entre deux cités. Saint Augustin précise ensuite ce qu’il entend par « vivre selon la chair », c’est-à-dire selon l’homme, et « vivre selon l’esprit ». Les hommes vivant selon l’homme recherchent la gloire en eux-mêmes. Ils marchent la tête haute, emplis d’orgueil. Les hommes vivant selon l’esprit recherchent celle de Dieu, voyant en Lui la source de leur gloire. Les deux principes de vie partagent ainsi les hommes.


Dans une page magnifique et célèbre, Saint Augustin nous donne ces mots sublimes : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de Dieu. L’une se glorifie de soi, et l’autre dans le Seigneur. » (Livre XIV, XXVIII) La cité terrestre est dominée par la passion de dominer, aimant sa propre force. La Cité de Dieu est celle des citoyens unis par la charité, celle des serviteurs mettant en pratique les commandements de Dieu, voyant en Lui la source de leur force. Ainsi, les sages vivant dans la cité terrestre, vivant selon l’homme, ne recherchent que les biens en eux-mêmes, biens du corps et de l’âme, « dominés par l’orgueil qui exalte dans leur propre sagesse ». « Au sein de la cité divine, l’unique sagesse de l’homme est la piété, qui fonde le culte légitime du vrai Dieu, et en assure la récompense dans la société des saints, où les hommes sont réunis aux anges afin que Dieu soit tout en tous. » (Livre XV, XXVIII).

L’amour de Dieu et l’amour de soi n’étant pas conciliables, les deux cités sont radicalement opposées et adversaires. Elles sont « rivales », nous dit Saint Augustin à plusieurs reprises. Il n’est pas possible de vivre selon l’homme et selon Dieu. L’histoire est donc le lieu où les deux cités s’affrontent. La Cité de Dieu rassemble ceux qui vivent selon Dieu, la cité terrestre, ceux qui vivent selon l’homme pour posséder et dominer. Le but de toute civilisation est alors de rapprocher l’homme de la Cité de Dieu pour qu’au jour de sa mort, il puisse être citoyen du ciel. « Tous les citoyens de la cité vivant selon l’homme, et non selon Dieu, sont réprouvés. » (Livre XVI, X). Ainsi la cité terrestre n’a pas pour vocation de conduire l’homme vers son bonheur éternel. Saint Augustin distingue ainsi deux Cités et deux principes de vie, dont l’un conduit au bonheur éternel et l’autre à la réprobation.

Deux cités mêlées dans une même histoire mais au dessein différent

Ainsi tout en étant distinctes, les deux Cités se développent dans le même monde et dans le même temps, mêlées et compénétrées. Les deux cités sont « mêlées ici-bas depuis l’origine jusqu’à la fin » (Livre, XVIII, LIII). Cependant, il n’est pas possible d’appartenir en même temps aux deux cités tant les principes qui les animent sont forts différents comme nous l’avons déjà souligné. En outre, si nul ne peut appartenir aux deux cités, ceux qui sont ennemis peuvent devenir amis. Rien n’est figé jusqu’au dernier jour. La Cité de Dieu « doit se souvenir que parmi ses ennemis mêmes se cachent ses futurs citoyens. » (L, I, 35) Cependant, l’effort de chacun est de passer du terrestre au céleste. À la fin des temps, le mélange des deux cités cessera pour toujours.

Si la Cité de Dieu réside dans ce monde, mêlée à la cité terrestre, elle demeure comme en exile, comme étrangère à ce monde ou « voyageuse sur cette terre » (Livre, XVIII, LIII) « en tant qu’elle appartient à l’humanité. » (Livre, XVIII, I) Ainsi elle ne peut prétendre à aucune réalisation parfaite en ce monde. Si la cité terrestre est dans ce monde, voué à succomber et à vivre des drames, la Cité de Dieu y réside donc comme pèlerin. Ainsi les deux cités sont objet des mêmes jouissances et des mêmes maux. Mais à la fin du temps, chacune atteindra sa fin. Par le jugement, elles seront séparées. La victoire est alors assurée pour la Cité de Dieu.

Saint Augustin définit la fin de chaque cité. Chacune cherche la paix mais celle-ci est perçue différemment. La Cité de Dieu recherche la paix éternelle, c’est-à-dire « la paix dans la vie éternelle » ou « la vie éternelle dans la paix » (Livre XIX, XI). La cité terrestre recherche la paix terrestre dans les biens et les avantages de la vie temporelle. « La cité terrestre, qui ne vit pas de la foi, aspire à la paix terrestre ; et c’est là le but qu’elle assigne à l’union de l’autorité et de la soumission entre citoyens, qu’il y ait, quant aux intérêts de cette vie mortelle, un certain concert des volontés. » (Livre XIX, XVII) Or la véritable paix est la paix céleste. Elle est « ordre et concorde suprême dans la jouissance de Dieu. » (Livre XIX, XVII) La Cité de Dieu détient déjà ici-bas la paix céleste.

Tant qu’elle est mêlée à la cité terrestre, la Cité de Dieu use de la paix terrestre mais elle n’use de cette paix que par nécessité « en attendant que la mortalité passe à qui une telle paix est nécessaire. » (Livre XIX, XVII) Les citoyens de la Cité de Dieu usent les biens temporels et de la paix que donne la cité terrestre, « en ce qui touche aux intérêts de la nature mortelle, autant que la piété est sauve et que la religion le permet » (Livre XIX, XVII). Ainsi la Cité de Dieu est mêlée à la cité terrestre en bonne intelligence. « Aussi, tant qu’elle prolonge au sein de la cité terrestre, la vie captive, pour ainsi dire, de son pèlerinage, […] ; soumise aux lois de la terre qui disposent des intérêts temporels, elle obéit sans hésiter, et, comme la mortalité leur est commune, elle veut maintenir entre elle et sa rivale, la bonne intelligence en ce qui touche leurs mortelles destinées. » (Livre XIX, XVII)

L’État et l’Église

L’État est une des préoccupations de Saint Augustin. Après avoir étudié la famille puis la patrie, il en parle longuement. Il pose d’abord une affirmation essentielle : l’État n’est pas la fin suprême. Le chrétien n’est pas d’abord ou seulement un citoyen. Il nous rappelle le principe qui doit guider les pensées et les actions de l’homme, principe admirablement rappelé par Notre Seigneur Jésus-Christ : « tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton âme, de toutes tes forces, et tu aimeras le prochain comme toi-même. » L’État doit donc permettre à l’homme d’atteindre la Cité de Dieu. Le premier des commandements doit donc être appliqué en toute chose, y compris au niveau de l’État. Cela signifie clairement : primauté du spirituel, exigence de la charité entre les hommes, primat de la personne sur toutes valeurs et toutes nécessités.

L’État n’est pas en dehors des principes chrétiens. S’il est légitime, puisqu’il est voulu par Dieu, il devient alors illégitime si ses principes ne sont pas conformes à ce double commandement. La tâche première d’un souverain, répète Saint Augustin comme les Pères de l’Église qui l’ont précédé, est de faire régner la justice, la vraie justice, la justice selon Notre Seigneur Jésus-Christ. « Sans la justice, les royaumes sont-ils autre chose que de grandes associations de brigandage ? » Ainsi ceux qui exercent l’autorité pour faire régner la charité entre les hommes en vue de leur bonheur éternel doivent être obéis. Mais s’ils sont iniques, l’obéissance n’est plus possible.

L’homme n’est pas fait pour être seulement membre d’un l’État. Tout homme a en effet une vocation divine. Il est destiné à la Cité de Dieu. Saint Augustin semble considérer l’Église comme l’incarnation terrestre de la Cité de Dieu. Elle cherche à hisser le chrétien vers le ciel. Elle est toute orientée vers ses fins spirituelles. Mais comme les deux cités sont mêlées ici-bas, l’Église est inévitablement en relation avec l’État. Or l’État relève de la cité terrestre. L’esprit qui les anime et leur fin sont donc différents. Si dans la pratique, ils peuvent collaborer, ils sont opposés substantiellement. Mais chargée d’assurer le salut des fidèles, l’Église possède des droits irrécusables. Plus encore, elle a le secret et la garde de la justice et la charité selon le Christ. Comme l’État est légitime dans la mesure où il sert ces vertus, il s’ensuit que l’Église détient un droit de surveillance sur l’État.

Enfin, selon Saint Augustin, l’Église a droit à une aide et à une protection de la part de l’État. Cependant, cette protection a des limites, celles de la charité et de la justice. Ainsi l’Église ne peut s’appuyer sur le bras de César même si elle peut réclamer son soutien lorsque la paix sociale est troublée, la loi insultée, l’ordre public compromis.

Ainsi dominé par les vertus chrétiennes et par le sens éminent du réel, Saint Augustin expose les principes qui doivent guider l’État et ses rapports avec l’Église. Les pouvoirs de l’État ont une limite. Il ne dispose pas en lui-même ses propres principes.

Au Ve siècle, au moment où l’Empire d’Occident s’effondre et où l’Empereur dans la future Byzance ne cesse de s’accaparer de tous les pouvoirs comme ses illustres prédécesseurs, Saint Augustin dessine une nouvelle société, fondée sur de nouveaux rapports entre l’Église et l’État. Il est tourné vers l’avenir. Il sent naître une nouvelle civilisation ou plutôt une nouvelle forme de civilisation.

L’influence de Saint Augustin

La pensée de Saint Augustin sur les relations entre l’Église et l’État n’est pas une nouveauté. Elle ne peut surprendre ceux qui entendent les Pères de l’Église qui l’ont précédé comme Saint Ambroise. Le Pape Gélase Ier rappelle aussi les mêmes principes. Elle est ainsi conforme à l’enseignement de l’Église. Sa nouveauté réside dans sa structure et sa cohérence, dans son ampleur et sa profondeur. La Cité de Dieu est ainsi un texte de référence, d’une grande richesse. Il est sans aucun doute le livre de chevet de Saint Grégoire le Grand et peut-être de Charlemagne...

Or, n’oublions pas le contexte dans lequel Saint Augustin écrit son ouvrage. C’est un temps où un monde disparaît en Occident et un autre doit être construit. Une nouvelle forme de pouvoir doit être mise en place. Ainsi La Cité de Dieu va inspirer plus ou moins ceux qui devront élever la nouvelle société. Cependant, la pensée de Saint Augustin sera, aux dires des commentateurs, mal interprétée ou encore partiellement reprise. « C’est moins cette rigoureuse distinction de deux cités que retiendra la postérité que l’aspiration à une unité de civilisation qui sera nourrie par la méditation de son œuvre. Pendant près de quinze siècles, on lira La Cité de Dieu pour inspirer la fondation d’une cité chrétienne sur la terre »[3]. Cette critique vise en fait la politique menée par les Papes au Moyen-âge, notamment à partir de Grégoire VII., ou encore la prétention des Papes de vouloir diriger les empereurs et les rois.

Selon les mêmes commentateurs, les lecteurs de Saint Augustin ont fait l’amalgame entre cité et pouvoir. La cité de Dieu est ainsi confondue au pouvoir spirituel, la cité terrestre au pouvoir temporel. La cité terrestre finit par être confondue à la cité politique, c’est-à-dire à l’Empire ou aux royaumes, la Cité de Dieu à l’Église. Ainsi selon cette lecture erronée, disent-ils, on insiste sur la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. La tentation est alors grande pour l’Église de vouloir absorber le pouvoir des rois, conçu tout entier à son service. Il n’existe plus alors deux cités, mais une seule comme le décrit le cistercien Othon de Freysing, vers 1150, dans sa chronique intitulée Des deux cités : « Jusqu’ici j’ai écrit l’histoire de deux cités ; mais puisque non seulement tous les peuples mais tous les empereurs, sauf un petit nombre, ont été catholiques et soumis à l’orthodoxie, il me semble avoir écrit l’histoire, non de deux cités, mais virtuellement d’une seule, que je nomme l’Église. Car bien que les élus et les réprouvés se trouvent dans la même maison, je ne peux plus dire que ces cités soient deux, comme j’ai fait précédemment ; je dois dire qu’elles n’en forment proprement qu’une seule, bien que le grain y soit mêlé avec la paille. »[4] La prétention des Papes et leur volonté de soumettre les pouvoirs politiques au temps du Moyen-âge viendrait donc d’une interprétation erronée de La Cité de Dieu.

Notre jugement est plus nuancé. Lorsque le Pape Gélase écrit sa lettre à l’empereur pour dénoncer les abus du pouvoir dont il est témoin, il ne fait que reprendre l’enseignement de ces prédécesseurs comme nous l’avons vu dans nos deux précédents articles[5]. Le Pape réagit pour défendre la liberté de l’Église et son rôle auprès des puissances temporelles qui interviennent dans les affaires de l’Église et abusent de leur autorité. C’est donc en réaction d’évènements que le Pape rappelle les limites du pouvoir temporel et sa légitimité selon une doctrine fidèle à l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ et des Apôtres. La pensée de Saint Augustin n’en est ni la cause ni le justificatif.

En outre, l’histoire conduit les hommes d’Église à prendre des responsabilités sans qu’ils ne cherchent à appliquer une doctrine. Ils sont pris dans les événements et réagissent à la situation comme des hommes conscients de leurs devoirs. Lorsque les autorités romaines se montrent défaillantes au moment de la chute de Rome et de l’invasion de l’Empire d’Occident, les évêques apparaissent alors comme les seuls capables de ramener l’ordre et de soutenir la population livrée à elle-même. Ainsi, par la force des choses, ils assument un rôle politique et interviennent auprès des autorités du moment dans des domaines purement temporels. Ce n’est pas l’esprit de la cité terrestre qui les conduit à assumer de telles responsabilités. Ce sont des hommes d’Église qui vont bâtir une nouvelle civilisation en collaboration avec les pouvoirs temporels, confirmant ainsi la vision de Saint Augustin.

Conclusion

Lorsque le pouvoir spirituel est fortement mêlé au pouvoir temporel, la question de leur rapport devient plus aigüe. La pensée de Saint Augustin apparaît alors comme un guide ou un objet de méditation, surtout lorsque le pouvoir temporel voudra soumettre le pouvoir spirituel. Plus ou moins bien entendue, elle inspirera alors les grandes idées sur les droits et les devoirs des autorités politiques ainsi que sur les rapports de l’Église et de l’État. Toute réflexion sur ces sujets n’évitera pas alors La Cité de Dieu

Comme tout chef d’œuvre, La Cité de Dieu sera utilisée au-delà des intentions de son auteur. Nombreux seront ceux qui l’interpréteront pour justifier leur volonté de soumettre l’État à l’Église ou au contraire l’accuseront d’être l’auteur d’une telle prétention. Saint Augustin sera aussi accusé d’être l’auteur d’une doctrine théocratique. Parfois, on utilisera le terme d’augustinisme politique comme une injure. Derrière ces pensées et ces mots, se trouve en fait une conception des rapports de l’Église et de l’État telle qu’elle existait au Moyen-âge. Certains veulent la revoir revivre, d’autres la rejettent ou encore en usent pour accuser l’Église de vouloir soumettre la société. Les principes chrétiens qui devraient régler les relations entre les pouvoirs spirituel et politique sont ainsi remis en question au travers des débats.

À la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, en un temps où les tensions entre l’Église et l’État sont tendues, la pensée de Saint Augustin devient de nouveau l’enjeu de nombreux débats ou encore un argument supplémentaire pour dénoncer la religion chrétienne. En dépit ou à cause des décisions du Concile de Vatican II, les rapports entre l’Église et l’État soulèvent en outre de nombreuses interrogations. La Cité de Dieu demeure ainsi un livre de référence, qui doit néanmoins être lu dans son contexte et au regard de l’enseignement de l’Église.


Notes et références
Les citations de La Cité de Dieu proviennent de La Cité de Dieu, trad. du latin Louis Moreau (1846), revue par Jean-Claude Eslin, en trois volumes, éditions du Seuil, 1994
[1] Marcellin, Lettre 136 à Saint Augustin, dans Introduction de La Cité de Dieu, Jean-Claude Eslin, volume I, éditions du Seuil, 1994. Marcellin est un haut fonctionnaire impérial chrétien.
[2] Daniel-Rops, L’Église des Temps barbares, I, Fayard, 1950.
[3] Jean-Claude Eslin, Introduction de La Cité de Dieu, volume I
[4] Othon de Freysing, Des deux cités dans Introduction de La Cité de Dieu, Jean-Claude Eslin, volume I.
[5] Émeraude, avril 2018, articles "Église et État aux premiers siècles sous l'Empire romain païen" et "Église et État au temps de l'Empire romain chrétien avant la chute de Rome".

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