" La pierre précieuse, voire de grand prix aux yeux de certains, qu'est l'émeraude, se voit insultée par un morceau de verre habilement truqué, s'il ne se rencontre personne qui soit capable de procéder à un examen et de démasquer la faute. Et lorsque de l'airain a été mêlé à l'argent, qui donc, s'il n'est connaisseur, pourra aisément le vérifier ? "(Saint Irénée, Contre les hérésies)


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dimanche 2 octobre 2022

Sainte Marie dans la Sainte Écriture

Les différents mouvements protestants s’opposent au culte marial et à la doctrine qu’enseigne l’Église sur Sainte Marie au point que leur opposition les distingue des catholiques et les identifie clairement. Avec force et une rare unanimité, ils refusent la place qu’elle occupe dans l’Église et sa doctrine, place qu’ils jugent excessive, inutile et dangereuse[1]. Pour justifier leur position, ils s’appuient notamment sur la Sainte Écriture et sur leur principe qui leur est cher[2]. C’est pourquoi nous allons justement nous pencher sur les textes sacrés pour entendre ce qu’elle nous révèle sur Sainte Marie.


L’Annonciation

Ouvrons donc les Évangiles pour y chercher la sainte Vierge. La première image qui s’impose, celle que tant d’artistes ont immortalisée, est celle d’une jeune fille « pleine de grâce » que l’ange salue et qui va murmurer les mots de son acceptation. La rencontre se déroule à Nazareth dans la Galilée. Seul Saint Luc nous décrit la scène de l’annonciation et nous rapporte le dialogue où la Vierge s’étonne des paroles d’un ange, si contraire à la loi de la nature, puis prononce dans une grande foi et une profonde humilité, son célèbre fiat. « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. »  (Luc, I,  38)

Comme nous l’avons déjà évoqué dans un de nos articles[3], la salutation nous renvoie à la promesse messianique d’Isaïe : « Et le prophète dit : Écoutez donc, maison de David : est-ce peu pour vous d’être fâcheux aux hommes, puisque vous êtes fâcheux même à mon Dieu ? À cause de cela le Seigneur Lui-même vous donnera un signe. Voilà que la vierge concevra et enfantera un fils, et son nom sera appelé Emmanuel. Il mangera du beurre et du miel, en sorte qu’il sache réprouver le mal, et choisir le bien. » (Isaïe, VII, 13-15) En effet, l’ange annonce à Sainte Marie qu’elle concevra un enfant. « Vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. » (Luc, I, 21) Or, elle s’étonne d’une telle annonce puisqu’elle ne connait point d’homme, c’est-à-dire qu’elle est vierge. L’ange lui révèle alors le mystère de l’Incarnation. « L’Esprit Saint surviendra  en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi la chose sainte qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. » (Luc, I, 35) Une juive ne peut ignorer le sens de ces paroles. La réponse de l’ange nous renvoie au Messie tant attendu. Elle nous révèle également que sa virginité sera préservée. Nous pouvons alors nous demander pourquoi elle est sujette à un si grand bienfait ? L’ange nous donne encore une  réponse : elle a « trouvé grâce devant Dieu » (Luc, I, 30).

Saint Matthieu évoque brièvement le mystère de l’Incarnation. « Il se trouve qu’elle avait conçu de l’Esprit Saint. » (Matthieu, I, 28). Il nous le précise pour nous raconter les réactions de Saint Joseph. Sainte Marie était déjà fiancée à Saint Joseph de la maison de David comme nous l’apprend encore Saint Luc. Les fiançailles juives ont un sens très proche de celui du mariage religieux. Ils en  confèrent tous les avantages, exception faite de la cohabitation. Pendant un an pour les vierges, un mois pour les veuves, la fiancée était placée sous la loi de celui à qui était promise. Les relations conjugales étaient en principe interdites. La fidélité était une obligation stricte dans cet état prénuptiale. L’infidélité était tenue pour adultère. Si elle était dénoncée par le fiancé, elle était alors condamnée à la suprême sentence, c’est-à-dire à la lapidation comme nous l’enseigne le Deutéronome (cf. XXII). Par conséquent, la grossesse de Sainte Marie durant ses fiançailles ne parait pas fautive ou scandaleux tant que Saint Joseph ne la dénonce pas.

Or Saint Joseph est un homme juste, c’est-à-dire fidèle aux commandements de Dieu. Constatant la grossesse de Sainte Marie et selon la loi divine, il devrait « la renvoyer » (Matthieu, I, 19) mais comme il ne veut point la diffamer, il veut « la renvoyer secrètement ». Mais, dans son sommeil, la voix d’un ange intervient pour le rassurer et lui révéler à son tour le mystère de l’Incarnation.  « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie, ta femme, car ce qui a été engendré en elle est du Saint Esprit ;  elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Matthieu, I, 20-21) C’est encore l’annonce du Messie, du Rédempteur… Ainsi « il ne l’avait point rencontrée, quand elle enfanta son fils premier-né, à qui elle donna le nom de Jésus. » (Matthieu, I, 25)

La Sainte Écriture nous révèle donc que Sainte Marie est bien celle annoncée par les promesses messianiques, notamment la prophétie d’Isaïe qui révèle qu’une Vierge doit donner naissance au Messie. Elle nous apprend aussi la raison qui explique son élection. Reprenons encore les mots qu’emploie l’ange quand il vient la saluer. Elle est « pleine de grâces » et « bénie entre toutes les femmes » (Luc, I, 8). Sa réaction aux révélations de l’ange manifeste aussi en elle une profonde douceur et une véritable humilité.

La Visitation

Saint Luc nous raconte ensuite la scène de la Visitation, c’est-à-dire la visite de Sainte Marie à sa cousine Sainte Elisabeth. Lors de  son apparition, l’ange lui avait en effet annoncé que sa parente avait conçu dans sa vieillesse, elle qu’on disait stérile. Dès cette annonce, elle part en hâte vers le pays des montagnes, vers une ville de Juda pour aider Élisabeth, alors enceinte de six mois. Elle n’hésite pas à venir l’aider.

Au moment même où elle salut Sainte Élisabeth, l’enfant qui repose dans ses entrailles, le futur Saint Jean-Baptiste, tressaillie dans son sein. « Remplie de l’Esprit-Saint », Sainte Élisabeth « s’écria d’une voix forte : vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. » (Luc, I, 42). Elle loue ensuite sa foi. « Bienheureuse vous qui avez cru » » (Luc, I, 45). Sainte Marie lui répond alors par de magnifiques paroles, que nous nommons couramment le Magnificat, qui rappellent d’éminents versets bibliques « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaillit d’allégresse en Dieu mon Seigneur. » (Luc, I, 46-47) La Sainte Vierge connait parfaitement les Saintes Écritures. Elle en est complètement imprégnée. Il est vrai que la connaissance et l’usage des textes saints sont des traits caractéristiques des juifs de cette époque.

L’Annonciation et la  Visitation sont les deux grandes scènes qui nous mettent en présence de Sainte Marie. Nous l’apercevons ensuite à Bethléem où elle donne naissance à Notre Seigneur Jésus-Christ mais sa présence reste discrète. Nous sommes surtout en présence de la Sainte Famille qui accueille les bergers et les mages, et fuie ensuite en Égypte pour éviter le massacre des innocents.

La présentation au Temple

Comme le veut la loi mosaïque, quarante jours après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, Saint Joseph et Sainte Marie montent à Jérusalem et se présentent au Temple, l’une pour se soumettre au rite de purification, l’autre pour offrir deux colombes ou tourterelles, offrandes des peu fortunés. En souvenir de la nuit où l’ange exterminateur avait frappé tous les nouveau-nés d’Égypte et épargné tous les premiers-nés des Hébreux, les premiers-nés, hors de la tribu de Lévi, étaient en effet offerts à Dieu puis rachetés aussitôt par une offrande. « Tout mâle couvrant un sein sera consacré au Seigneur. » (Luc, II, 23)

Conduit par le Saint Esprit, un vieillard nommé Siméon, qui attend « la consolation d’Israël » ou encore « la rédemption d’Israël », c’est-à-dire le salut messianique, rencontre Sainte Marie dans le parvis des femmes, une des cours du Temple. C’est là où se déroule la cérémonie de purification, devant la porte Nicanor, celle qui communique le parvis des femmes avec celui d’Israël. Au moment où il la voie, il chante et bénit Dieu d’avoir répondu à ses attentes. « Mes yeux n’ont plus rien à voir maintenant, puisqu’ils ont vu le salut, ce salut que vous avez préparé à la face de tous les peuples : lumière qui fer les nations de leur ténèbres, et gloire de votre peuple d’Israël. » (Luc, II, 29-31) Siméon proclame ainsi la venue du Messie en cet enfant, le sauveur de tous, juifs et gentils. Saint Joseph et Saint Marie sont dans l’admiration des paroles de ce vieillard. S’ils ne sont pas étonnés de l’annonce, ils sont néanmoins surpris qu’elle soit connue par d’autres.

Le cantique de Siméon ne s’arrête pas là. Le ton devient plus grave. Il s’adresse directement à Sainte Marie. Reprenant encore une prophétie d’Isaïe, il la prévient que son enfant est marqué et prédestiné pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, partageant le monde en deux clans, ceux qui refusent la lumière et ceux qui la reçoivent. Il sera un signe de contradiction, élevé très haut,  au regard de tous. La contradiction qu’il rencontrera et la souffrance qu’elle suppose auront leur contrecoup dans l’âme de Sainte Marie : « et vous-même, votre âme sera transpercée d’un glaive à deux tranchants. » (Luc, II, 35)

Anne, appelée la prophétesse, veuve et très avancée en âge, servant Dieu dans les jeûnes et les continuelles prières, survint et bénit à son tour le Seigneur. Elle « parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël. » (Luc, II, 37)

Le recouvrement de Jésus

Toujours fidèles aux prescriptions de la Loi, Saint Joseph et Sainte Marie se rendent avec Notre Seigneur Jésus-Christ au pèlerinage à Jérusalem pour la fête pascale. La fête terminée, les parents quittent la Ville Sainte, chacun dans un groupe différent de la caravane qui les ramène à Bethleem, chacun pensant que leur enfant accompagne l’autre. Or, celui-ci se trouve encore dans le Temple, interrogeant les sages. Mais, le soir venu, ne le voyant pas, ils le cherchent et ne Le trouvent pas. Le lendemain, ils rebroussent chemin et au troisième, ils Le retrouvent au Temple, assis par terre dans l’attitude d’un disciple, les sièges étant réservés aux docteurs. La Sainte Vierge s’étonne de l’apparente insouciance de leur enfant et exprime son inquiétude. « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà que votre père et moi, forts affligés, nous vous cherchons. » (Luc, II, 48).

Notre Seigneur leur répond avec simplicité par des paroles douces et affectueuses. « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ignoriez-vous qu’il  faut que je sois aux choses qui regardent mon Père ? » (Luc, II,  49) Il s’étonne en effet qu’ils puissent être anxieux alors que ce qu’ils savent de Lui devrait les rassurer. Sa réponse nous révèle qu’ils savent ce qu’Il est. Pourtant, selon la Sainte Écriture, ils « ne comprirent pas ce qu’Il leur disait. » (Luc, II, 50) Sans-doute, ils ne comprirent pas toute la réalité future, tout ce qu’Il allait accomplir…

Vingt ans après, la Sainte Vierge en est pleinement consciente. C’est elle qui Lui demande de faire son premier miracle public, inaugurant ainsi sa mission de Rédempteur. Et le Vendredi saint, jour ultime de la Passion, elle n’ignore plus rien des exigences effrayantes de son Père.

Les Noces de Cana

Aux noces de Cana, petite bourgade proche de Nazareth, Sainte Marie est la première à s’apercevoir de la détresse où vont se trouver ses hôtes. Le vin manque. Elle s’incline alors vers Notre Seigneur Jésus-Christ et lui dit simplement et tranquillement à voix basse : « ils n’ont plus de vin. » (Jean, II, 3). Cette formule montre combien elle connaît son Fils et Le respecte. Elle exprime surtout sa confiance et leur complicité. Notre Seigneur comprend en effet tout de suite les paroles de sa Mère. Si sa réponse nous semble à première vue dure et distante, alors qu’elle n’est ni un reproche, ni une réprimande, réels ou simulés[4], Il réalise ce qu’elle lui a demandé. Tout se passe en effet comme si le miracle était accordé. La Sainte Vierge n’a pourtant aucune hésitation. « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le » (Jean, II, 5), dit-elle à ceux qui servent. C’est donc par une demande de la Sainte Vierge que Notre Seigneur réalise son premier miracle et entre dans son ministère public.

Au pied de la Croix

Les Noces de Cana sont le dernier récit évangélique dans lequel la Sainte Vierge apparaît jusqu’à la crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et à cet instant suprême, au pied de la Croix, elle assiste à la mort sanglante de son Fils avec sa sœur ou plutôt sa belle-sœur Salomé, puis Marie de Cléophas,  mère de Saint Jacques dit le Mineur, et enfin  Marie-Madeleine.

L’apercevant auprès de Saint Jean, Notre Seigneur Jésus-Christ dit à sa Mère : « Femme, voilà votre  fils » et à son apôtre : « Voilà ta mère. » (Jean, XIX, 17). Saint  Marie est ainsi confiée au plus aimé de ses disciples. Comme nous l’avons déjà indiqué dans un autre article, le terme « femme », terme français plutôt froid et distant, traduit en français un mot araméen plutôt déférent et nuancé de tendresse.

La Sainte Écriture nous apprend enfin que « depuis cette heure-là, le disciple la prit avec lui. », ce qui signifie que Sainte Marie le suit jusqu’à Éphèse en Asie Mineure.

Dans les Actes des Apôtres (I, 14), Saint Luc évoque Sainte Marie, réunie avec les apôtres dans le Cénacle, persévérant dans la prière avant que le Saint Esprit ne descende sur eux le jour de la Pentecôte.

Sainte Marie, un personnage discrète dans les Évangiles

La discrétion du personnage de Marie est en étroit rapport avec la discrétion des textes sacrés qui nous parlent d’elle comme nous venons de le voir. Alors que la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ est rapportée par les quatre évangélistes, seul Saint Luc nous rapporte dans une certaine continuité les faits se rapportant à la Sainte Vierge, que confirme notamment Saint Matthieu puis Saint Jean. Les points qu’évoquent aussi les auteurs sacrés sont que Sainte Marie, vierge, a conçu du Saint Esprit et que son époux est Saint Joseph.

Faut-il en être surpris ? Les évangélistes cherchent surtout à témoigner de Notre Seigneur Jésus-Christ, les faits qui se rapportent à lui ainsi que ses paroles selon une intention particulière. Seul Saint Luc écrit son récit à partir de témoignages et d’enquêtes. Il le tient très certainement de Sainte Marie elle-même, qui, comme il le note, « conservait toutes ces choses en son cœur. » (Luc, II, 51). Plus porté davantage dans son évangile sur la spiritualité contrairement aux trois autres, Saint Jean mentionne les Noces de Cana, qui, sans être fondamentales, présentent des traits caractéristiques qu’il ne peut que souligner. Ensuite, Saint Jean était auprès de Sainte Marie après la crucifixion. Ce disciple bien-aimé a eu la force d’âme de ne pas quitter Notre Seigneur Jésus-Christ lors de son supplice. Saint Jean rapporte aussi quelques faits dont il a été témoin. Alors qu’elle était lumineuse dans les premières pages de l’Évangile selon Saint-Luc, elle réapparaît douloureuse au pied de la Croix comme l’avait prédit Simon…

Conclusion

Durant la vie publique de Notre Seigneur Jésus-Christ, Sainte Marie reste particulièrement absente. Certes, nous la devinons non loin de Lui plus que nous la voyons, peut-être mêlée à la foule ou perdue au milieu des premiers fidèles. Aucun texte ne nous renseigne sur ses sentiments ou sur sa vie avant l’Annonciation. Cependant, ses vertus de foi, d’humilité, de fidélité et de pureté se manifestent à travers les lignes de Saint Luc. Elles culminent au fur et à mesure que nous la découvrons au travers de sa maternité. Totalement absorbée dans son rôle dans la joie comme dans la peine, elle incarne la vertu de Mère par excellence. Mais elle sait aussi s’effacer devant son Fils, parfaitement soumise à la volonté divine, tout en étant de plus en plus soudée à Lui. Et se tenant au pied de la Croix, elle est encore bien présente avec une force d’âme et de l’espérance extraordinaire. Elle est encore là pour servir son Fils…

Mais au-delà de ces vertus qui méritent amplement notre vénération, Sainte Marie reste au centre d’un mystère, celui de l’Incarnation. En cet instant suprême, dans son fameux Fiat et par sa réponse, l’histoire de l’humanité est bouleversée. La promesse tant attendue est enfin réalisée. Une nouvelle alliance se réalise par elle. Et pour cela, Dieu se sert d’une jeune femme qui collabore pleinement à l’œuvre du salut par son obéissance, sa foi, d’une manière toute spéciale. Elle est devenue la Mère de Dieu…

Faut-il alors s’étonner de la présence discrète de Sainte Marie et donc du rôle important qu’elle occupe dans l’Église ? Ils nous renvoient en fait au mystère de la maternité divine de la Sainte Vierge et donc à celui de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui eux-aussi demeurent très discrets dans les Évangiles. Tout se déroule dans le silence d’une nuit, dans un village qui n’attire guère l’attention, sans bruit ni fanfare. Il est alors étonnant que ceux qui croient en sa maternité soient surpris du rôle de Sainte Marie en raison même de cette discrétion qui recouvre aussi bien la Sainte Vierge que le mystère de l’Incarnation ...

 

 

Notes et références

[1] Voir Émeraudeaoût 2021, article « Sainte Marie, point d''achoppement et signe de vérité ... Le protestantisme...».

[2] Voir Émeraude, février 2017, article « La doctrine de Luther ».

[3] Voir Émeraudeaoût 2015 article « La prophétie d'Isaïe : "la vierge concevra et enfantera un fils"».

[4] Voir Émeraude, août 2022, article « Sainte Marie, point d'achoppement et signe de vérité... Le protestantisme... »

dimanche 7 août 2022

Sainte Marie, point d''achoppement et signe de vérité ... Le protestantisme...

Notre essai apologétique se poursuit, certes moins régulièrement, mais avec la même volonté de défendre la foi et l’Église et d’aider les chrétiens à affermir leur foi tout en restant nous-mêmes fidèles. Par nos articles, nous essayons de mieux connaître les arguments qui semblent les remettre en cause puis de proposer des réponses pour les combattre. Tels sont ainsi et encore nos objectifs. Notre étude nous permet enfin de mieux approfondir notre piété et notre culture chrétiennes et de mieux connaître ce que nous avons embrassé depuis plus de vingt-cinq ans. En dépit de nombreux travaux qui nous détournent de nos articles, nous n’avons pas baissé notre arme…

Il est difficile de poursuivre notre essai apologétique sans porter notre regard sur Sainte Marie tant elle occupe de nos jours une place immense dans la piété et la culture chrétiennes. Nos prières ne cessent en effet de monter vers elle au grès des Ave Maria et nombreuses sont les fêtes qui la célèbrent dans le calendrier liturgique. L’art la magnifie aussi sous toutes les formes ravissantes possibles. Et dans de formules précises et inaltérables, elle fait l’objet de dogmes que l’Église nous demande de croire portant sur des mystères tels l’Immaculée Conception et l’Assomption. Parmi les saints, elle-seule a ce privilège…

Or, la place que la Sainte Vierge occupe dans l’Église est souvent reprochée ou contestée, y compris par des chrétiens. Le culte rendue à Sainte-Marie ainsi que la doctrine mariale, ou mariologie, font aussi l’objet de nombreuses critiques et erreurs de la part de ceux qui veulent remettre en cause le christianisme ou s’attaquer à l’Église. Athées, juifs, musulmans, hérétiques, protestants, rationalistes ou progressistes, nombreux sont ceux qui les récusent. Les uns parlent de mythes, d’idolâtrie ou encore de superstition quand d’autres y voient une piété excessive ou un infantilisme religieux. Dernièrement, forte de sa science, une théologienne n’hésitait pas à contester ses vertus et à lui retirer la place que l’Église lui accorde depuis des siècles.

Nous allons donc désormais nous pencher sur ces questions, ce qui nous permettra par ailleurs de mieux connaître la Sainte Vierge ainsi que la dévotion que nous lui devons, et de saisir les raisons de son importance dans la piété et le dogme catholiques. Notre étude commence par la position du protestantisme…

La place de Sainte Marie dans le catholicisme contraire au principe « Sola fide »

Le culte rendue à Sainte-Marie et la doctrine mariale sont les principaux points de divergence entre le catholicisme et le protestantisme. « Marie est l’expression la plus claire de « l’hérésie » catholique, elle est le type et le résumé de la doctrine de la coopération de la créature humaine à la rédemption, et, dès lors, elle est aussi la synthèse de la conception catholique de l’Église. »[1] Il est même courant d’entendre que les protestants ne croient pas en Sainte Marie contrairement aux catholiques. L’expression est néanmoins incorrecte puisque la plupart des protestants ne contestent pas sa réalité historique. Ils refusent néanmoins tout culte à son égard et toute dévotion mariale car ils les jugent inutiles ou erronés pour deux raisons principales.

Selon leur principe dit « sola fide »[2], c’est-à-dire « l’Écriture seule », principe selon lequel la foi repose essentiellement sur la Sainte Écriture, la plupart des mouvements protestants considèrent Sainte Marie comme un personnage secondaire, voire sans importance, en raison de sa place très restreinte dans les Évangiles et quasi-inexistante dans les Actes des Apôtres. Les épîtres ne l’évoquent pas non plus. Compte tenu de cette discrétion dans le Nouveau Testament et en raison de leur principe, ils ne lui donnent qu’une place mineure dans leur piété et leur enseignement. Pourtant, comme nous l’expliquerons dans la suite, les fondateurs des différents mouvements protestants ont tenu une position différente.

Les protestants refusent aussi de croire en son Immaculée Conception et en son Assomption puisque ces deux mystères, qui sont deux dogmes catholiques, ne sont pas fondés par la Sainte Écriture. Ils croient en sa virginité, même si certains la remettent en cause, n’y voyant qu’une parabole, et en sa maternité divine.

Une interprétation erronée de la Sainte Écriture

En outre, pour attester le rôle secondaire de la Sainte Vierge, les protestants se réfèrent aussi généralement à deux épisodes de l’Évangile.

Au cours d’un enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ, certainement charmée  par ce qu’elle vient d’entendre, une femme s’écrie au milieu de la foule : « Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles que vous avez sucées ! »  (Luc, XI, 27) Alors que les scribes et les pharisiens venaient de L’accuser d’agir au nom de Belzébuth, elle béatifie Notre Seigneur Jésus-Christ et sa Mère. La réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ semble pourtant la contredire : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » (Luc, XI, 28). En se référant à ce passage biblique, les protestants en concluent que les liens du sang ne confèrent aucun privilège à Sainte Marie. Pourtant, une telle interprétation ne concorde pas avec la scène prise dans sa totalité. Notre Seigneur Jésus-Christ venait en effet d’enseigner aux scribes et aux pharisiens que ce ne sont pas par nos privilèges que nous pouvons acquérir le bonheur et la richesse surnaturelle mais nos vertus, notre loyauté et notre fidélité pratique. L’exclamation de la femme Lui permet alors d’appuyer la doctrine qu’Il venait de défendre. Et ces vertus, cette fidélité, cette humilité, qui les a montrées avec éclat si ce n’est la Sainte Vierge ?

La seconde scène est celle des noces de Cana. Constatant le manque de vin et la gêne que cela va occasionner, Sainte Marie s’adresse affectueusement à Notre Seigneur Jésus-Christ pour qu’Il intervienne. Or, sa réponse est encore étonnante, voire très dure. « Quid mihi et tibi est, mulier ? ». Elle  peut se traduire par « Femme,  qu’importe à moi et à toi ? », ou encore plus communément  par « Femme, qu’y-a-t-il entre toi et moi ? » Cette réponse est alors reprise par des protestants pour s’opposer à la place qu’occupe Sainte Marie dans la mariologie catholique. Ils reprochent aux catholiques d’oublier justement l’abîme qui existe entre Notre Seigneur Jésus-Christ et Sainte Marie. Mais, de nouveau, il ne faut pas s’arrêter à cette seule réponse. Notre Seigneur Jésus-Christ rajoute en effet aussitôt : « Mon heure n’est pas encore arrivée. » Il a bien compris l’invitation de sa Mère, une  requête inspirée par la compassion, la foi et la confiance, une  requête discrète, mesurée et tendre. Il est alors difficile de voir dans la réponse de Notre Seigneur toute intention de reproche et de réprimande. Prenons plutôt ses paroles comme une leçon. Et n’oublions pas qu’elle a été accordée. En fait, la réponse est une formule assez courante dans la Sainte Écriture. Elle pourrait être traduite par « laissez-moi ». Le titre de « femme » n’était pas non plus dénué d’affection au temps de l’antiquité contrairement à notre époque. Sainte Marie sollicite un miracle de son Fils et, dans ce miracle une manifestation du Seigneur au monde. Sa requête est en fait une douce violence qui Lui est faite, et contre laquelle Il proteste filialement.

Contre la mariologie ? Ou une réaction identitaire ...

Selon des commentaires, y compris protestants, leur attitude à l’égard de Sainte Marie peut être perçue comme une réponse à ce qu’ils considèrent comme de la « mariolâtrie », c’est-à-dire à la piété excessive des catholiques à son égard. Les calvinistes « s’élèvent avec force contre toute tentative d’exalter Marie, d’établir un parallélisme entre elle et le Christ, comme aussi entre elle et l’Église, en lui conférant des titres, qui, à leurs yeux, la défigurent plus qu’ils n’attestent son vrai visage. »[3] Selon un pasteur luthérien [4], l’attitude critique des protestants serait récente et s’explique aussi par leur réaction à l’égard du développement de la mariologie catholique, très probablement pour mieux se démarquer des catholiques. Leurs critiques dateraient du XVIIIe siècle et du XIXe siècle.

Pourtant, attitude bien différente des fondateurs du protestantisme …

Cependant, les fondateurs des différents mouvements protestants[5] semblent plutôt donner une place élevée à Sainte Marie au point d’être favorables à la piété mariale.

Dans son Commentaire du Magnificat, Luther professe la maternité divine de Sainte Marie ainsi que sa virginité perpétuelle. Il insiste en particulier sur son humilité et l’action divine en elle. Au début et la fin de son commentaire, il fait naturellement appel à son intercession. Néanmoins, Luther s’éloigne de certaines pratiques catholiques qu’il juge excessives et supprime des fêtes, n’en gardant que trois fêtes mariales, celles de l’Annonciation, la Visitation et la Purification.

Écrite par son disciple Melanchthon, la Confession d’Augsbourg (1531) affirme que Sainte Marie prie pour l’Église et qu’elle est digne des plus grands honneurs mais prétend que tout appel à son intercession est dépourvu de sens puisqu’il rendrait le Christ inutile. En effet, il défend le caractère unique et suffisant de la médiation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Calvin est plus précis et catégorique. Tout en professant la virginité de Sainte Marie, il lui refuse tout hommage religieux bien que, comme tous les saints, elle mérite des louanges et des témoignages d’estime. Il semble que contrairement à Luther, il n’ait jamais utilisé le titre de « Mère de Dieu » pour désigner la Sainte Vierge, préférant plutôt « Mère du Seigneur » sans cependant remettre en cause sa maternité divine.

Enfin, Zwingle, autre grand « réformateur » du protestantisme, croit fermement en la virginité perpétuelle de Sainte Marie[6] et en son incorruptibilité. Il est même convaincu qu’« elle est élevée par Dieu au-dessus de toutes les créatures, des hommes ou anges bienheureux, dans la joie éternelle. »[7] Son affirmation est suffisamment claire pour donner à Sainte Marie une place particulièrement élevée dans la cour céleste. Cependant, il combat toute vénération religieuse qui s’attache à elle, toute invocation ou appel à son intercession. « Entre la doctrine zwinglienne qui tend à révérer Marie comme une créature excellente et à lui faire une place unique comme instrument dans la rédemption et la pratique qui lui dénie tout culte allant au-delà des honneurs rendus à son divin Fils et lui refuse toute invocation, il y a un hiatus. Mais ce hiatus n’est pas propre à Zwingli, on le retrouve aussi bien en théologie luthérienne. »[8]

Les premiers fondateurs du protestantisme sont donc dans une attitude ambigüe à l’égard de Sainte Marie. Tout en professant sa virginité et sa maternité divine conformément aux articles de foi définis par les premiers conciles, ce qui lui donne un rôle unique dans le mystère du salut et parmi les créatures de Dieu, ils la considèrent aussi comme un personnage secondaire, refusent de lui donner un rôle particulier dans notre salut, sauf comme modèle à suivre, et récusent toute dévotion mariale en raison de leurs propres doctrines. Leur position révèle une contradiction difficilement tenable.

Le principe de la médiation unique et universelle de Notre Seigneur Jésus-Christ

Le théologien protestant, Karl Barth et le pasteur Max Thurian attaquent la mariologie catholique parce qu’elle remet sérieusement en compte un des points centraux centraux de l'enseignement des protestants : la médiation unique de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Selon Barth, lorsque les protestants traitent de la maternité divine, ils ne l’affirment que par rapport à Notre Seigneur Jésus-Christ sans porter leur regard sur la Sainte Vierge. Or, Barth reproche aux catholiques de faire de ce mystère une réalité autonome au point que Sainte Marie n’est plus au service du dogme christologique. Barth va encore plus loin. Il reproche aussi à la dévotion mariale des catholiques de fortement souligner le rôle de Sainte Marie dans l’œuvre de la Rédemption au point de la considérer comme l’acte principal dans son consentement au message de l’annonciation. Enfin, toujours selon Barth, la mariologie catholique attribue à Sainte Marie une dignité et une autorité de l’Église que les protestants refusent. Ce serait le résultat du parallélisme traditionnel entre Sainte Marie et l’Église ainsi que les attributs que les catholiques accordent à Sainte Marie, identiques à ceux de l’Église. Finalement, Barth s’oppose à la mariologie catholique qui remet en cause la souveraineté unique de Dieu. « Jésus-Christ demeure le Seigneur » et « ni l’homme ni l’Église ne puissent s’en attribuer le moindre honneur ». La foi est « l’acceptation de l’unique médiateur, à côté duquel on ne peut en concevoir d’autre. » Sainte Marie ne peut donc y être associée ou participée. Son rôle n’a pas d’autre but que de jeter une lumière sur cette médiation unique et universelle. Ce n’est donc qu’un pur signe.

Sans être aussi excessif que lui, Max Thurian voit dans la mariologie catholique une remise en cause de l’authenticité de la médiation du Christ. Elle éloigne Notre Seigneur de la réalité humaine et donc de nous-mêmes. « Marie est devenue l’humanité du Christ, elle joue le rôle que l’humanité du Christ doit jouer pour notre salut. »[9] Cette attitude tendrait alors au docétisme. « Jésus-Christ est trop Dieu, son humanité est trop divinisée pour avoir quelque rapport réel avec la nôtre. La doctrine de la médiation du Christ reçoit là une grave atteinte. » Contrairement à Barth, Thurian considère que la doctrine de la médiation n’est pas abandonnée mais fortement affaiblie et modifiée puisque la médiation s’opère par le Christ mais en Sainte Marie.

Conclusions

Les protestants protestent contre la dévotion et la doctrine mariale catholiques, les considérant infondée par l’Écriture sainte, inutile et dangereuse. Certes, pour eux, Sainte Marie est un modèle de foi et de piété, témoin privilégié de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais selon leur enseignement, chaque chrétien n’a pas besoin de lui faire appel pour intercéder en sa faveur. Finalement, le protestant « ne prie pas Marie » comme « il ne fait pas d’invocation à des saints. »[10]

Leur attitude à l’égard de Sainte Marie paraît néanmoins fragile. Il est en effet bien difficile de récuser tout culte mariale tout en reconnaissant son importance et son rôle dans l’œuvre de la  Rédemption. La réduire à un modèle à imiter ne peut guère être satisfaisant. Les motifs bibliques que les protestants peuvent évoquer pour défendre leur position reflètent clairement une interprétation simpliste de la Sainte Écriture. Mais, ont-ils le choix ?

S’ils devaient rendre à la sainte Vierge une dévotion particulière et un rôle dans leur doctrine comme les catholiques, ils contrediraient les principes sur lesquels se sont élevés les mouvements protestants. Et pour subsister et se démarquer des catholiques, que peuvent-ils faire sinon réagir contre la mariologie catholique ? Pour toucher les chrétiens, peu passionnés par les querelles théologiques, et montrer leurs différences, ont-ils d''autres choix que s'attaquer au culte marial catholique au risque de se montrer contradictoires ? Par leur attitude à l’égard de la Sainte Vierge, ils ne défendent pas la foi mais eux-mêmes.  



Notes et références

[1] R. P. Jérôme Hamer, Mariologie et théologie protestante.

[2] Voir Émeraude, article « La doctrine de Luther », février 2017.

[3] Pasteur André Thomas, article Marie : points de vue catholiques et protestants, site Web La Croix, 11/07/2003, accédé le 20/06/2022.

[4] Albert Greiner (1918-2013), pasteur théologien et écrivain français.

[5] Voir notamment Mariologie et théologie protestante, R. P. Jérôme Hamer, O. P., Collège théologique, La Sarte-Huy (Belgique), janvier 1952, www.e-periodica.ch.

[6] Voir Zwingle, Expositio fidei, II, V.

[7] K. Federer, Zwingli und die Marienverehrung, dans Recherches sur Zwingli, Pollet J. V.-M., dans Revue des sciences religieuses, tome 28, fascicule 2, 1954.

[8] Pollet J. V.-M., Recherches sur Zwingli dans Revue des sciences religieuses, tome 28, fascicule 2, 1954.

[9] Thurian M., Le dogme de l'Assomption, dans Verbum Caro, 1951, t. V dans Mariologie et théologie protestante, R. P. Jérôme Hamer, O. P., Collège théologique, La Sarte-Huy (Belgique), janvier 1952, www.e-periodica.ch.

[10] Pasteur Jérémy Duval, Regard protestant sur Marie, conférence du 21 août 2014 à Berck.

dimanche 5 juin 2022

Châtiments et bénédictions

Dans des pages admirables, le Livre de Job apporte une réponse au problème du mal. Contre ses amis qui, au lieu de le consoler, aggrave son amertume et ses douleurs en justifiant les maux qui l’accablent par ses péchés, Job défend son innocence et proclame la rétribution des bons et des méchants dans l’au-delà. Une mauvaise interprétation de ses paroles pourrait alors faire croire que la justice divine ne s’appliquerait qu’après la mort et que le bien ou le mal que nous faisons ici-bas n’ont pas de conséquences ici-bas, ce qui rendrait alors bien inutiles nos prières et remettrait en cause la Providence divine. Si le jugement de Dieu après notre mort est une certitude, couronnant les bons et châtiant les mauvais, cela ne signifie pas que Dieu est insensible à ce qu’il se passe dans notre vie terrestre.

La justice divine à l’égard du peuple de Dieu et des hommes

Dès les premiers pages de la Sainte Écriture, Dieu châtie les hommes qui désobéissent à ses ordres ou commettent des péchés. Adam, Ève puis Caïn sont les premiers à subir la justice divine. Pour punir la prévarication généralisée des hommes, le déluge noie l’humanité comme Sodome et Gomorrhe sont anéantis en raison de leurs crimes. En raison de leur fidélité et de leurs vertus, Noé est sauvé de la punition divine comme la servante de Sodome. C’est parce qu’Abraham a obéi aux ordres divins allant jusqu’à vouloir sacrifier son unique fils qu’il est béni de Dieu et fait l’objet de la promesse divine.

Comme le raconte aussi la Sainte Écriture, le peuple élu connait la prospérité ou le malheur selon sa fidélité à l’égard de Dieu et de ses commandements. La victoire et le salut inespéré du roi d’Ézéchias contre les redoutables Assyriens ou la chute finale des rois impies de Juda manifestent la justice divine. L’obéissance à sa parole et la confiance en sa puissance quand tout semble perdu, quand la situation paraît désespérée apportent l’aide divine et la délivrance alors que le doute ou l’appui aux seules forces humaines sont sévèrement punis par la défaite et les larmes. L’infidélité ou l’abandon du véritable culte au profit des divinités étrangères causent la destruction du premier Temple de Jérusalem et le long et terrible exil d’un peuple déchu. Son bonheur comme son malheur dépendent ainsi de son attitude à l’égard de Dieu comme en témoigne la Sainte Écriture.

Ce qui est valable pour le peuple de Dieu l’est aussi pour les individus. La faute de David, les faiblesses de Salomon, l’idolâtrie d’Achab ou les crimes de son épouse Jézabel conduisent Dieu à les punir sévèrement selon la gravité de leurs péchés. Pour désigner la justice divine à l’encontre de leurs comportements, les auteurs sacrés emploient le terme de colère, non pour nous faire croire que Dieu puisse éprouver sentiment ou émotivité mais c’est une manière d’exprimer les effets de sa justice ici-bas.

Cependant, notons que les maux subis par l’homme sont les conséquences et les peines de ses péchés. Y aurait-il en effet autant de misère et de pauvreté si l’homme n’était pas aussi cupide ? Les catastrophes écologiques ne viendraient-elles pas de nos envies et de nos vanités ? Plus l’homme s’éloigne de Dieu, plus il court à sa perte. Et la plus grande misère est justement le silence de Dieu. Abandonné à lui-même, l’homme ne peut que souffrir…

Des peines sans surprise

Avant de châtier les coupables, Dieu les prévient clairement, en particulier au travers de ses prophètes qui leur annoncent les maux qui s’abattront sur eux à cause de leurs fautes ou de leurs crimes. Ils n’ignorent donc pas la cause de leurs malheurs. De même, les bienfaits qu’Il accorde relèvent clairement de Dieu comme récompense de vertus, de fidélité et d’obéissance. Tout n’arrive pas sans que nous puissions ignorer la main de Dieu…

Comme le révèle la Sainte Écriture, Dieu tient donc avec rigueur et constance ses engagements et ses promesses. Il encourage, récompense et épargne les hommes justes mais punit les peuples, les individus lorsqu’ils violent ses droits et ses commandements. La justice divine témoigne donc la fidélité de Dieu

La justice est l’un des caractères de Dieu. Connaissant toute chose, sachant même lire nos pensées et notre cœur, Il n’ignore pas nos intentions ni nos actions bonnes et mauvaises. D’une puissance infinie, Il accomplit parfaitement ce qu’Il veut, rien ne pouvant faire obstacle à ses desseins. Dieu est ainsi le Juste par excellence. Dans l’absolu, Il est le seul Juste…

La miséricorde divine

Cependant, Dieu n’est pas sourd au pardon et aux véritables repentances. Il pardonne ceux qui pleurent leur péché comme David au lendemain de son crime ou le peuple de Ninive après l’appel du prophète Jonas. Dieu est aussi Miséricordieux. La piété du roi Josias et ses œuvres réparent les impiétés de Manassé et sa folie. La justice divine n’est pas froide comme une sentence d’un tribunal d’hommes et de femmes qui tentent d’appliquer des lois selon des témoignages parfois peu sûrs et des jugements faillibles. Et avant que sa justice ne s’applique, Dieu avertit les coupables des événements qui vont le châtier et cherche à les ramener sur le bon chemin avant que cela ne soit trop tard. « Le Seigneur Dieu de leurs pères s’adressèrent à eux par l’entremise de ses envoyés, se levant durant la nuit et les avertissait chaque jour, parce qu’il ménageait son peuple et sa demeure. Mais eux se moquaient des envoyés de Dieu, faisant peu de cas de ses paroles et raillaient les prophéties, jusqu’à la fureur du Seigneur montât contre son peuple, et qu’il n’y eût aucun remède. » (II, Paralipomènes, XXXVI, 15-16).

La même justice, la même Providence

Il est parfois habituel d’opposer la justice de Notre Seigneur Jésus-Christ, plus clémente et plus douce, à celle de Dieu qui manifeste dans l’Ancien Testament, une justice, semble-t-il, plus terrifiante et d’une sévérité impitoyable au point que des esprits désorientés les ont opposés l’un contre l’autre dans un dualisme insupportable comme les Manichéens et les Cathares. Ce serait simplifier leurs œuvres et oublier leurs buts en vue de suivre un même plan qui nous paraît aujourd’hui d’une clarté évidente. Afin de sauver les pécheurs et les convertir, ne faut-il pas d’abord être intraitable avec le péché ? Pour attacher l’homme au vrai Dieu dans un monde où subsiste l’idolâtrie dominatrice, ne faut-il pas non plus insister sur la fidélité et l’obéissance au point de punir sans faiblesse ceux qui les négligent et les fourvoient ?

Si Notre Seigneur Jésus-Christ est d’une miséricorde infinie à l’égard des pécheurs, relevant les uns, soignant les autres, Il se révèle aussi comme juge, annonçant aux récalcitrants et aux hypocrites endurcis les peines auxquelles ils seront soumis. La destruction de Jérusalem en est la plus évidente. Sa colère est terrifiante à l’encontre des marchands du Temple et ses paroles sont dures à l’égard des pharisiens bornés. Si au sermon de la montagne, Il nous promet les béatitudes, dont le souvenir nous est si cher, Il n’oublie pas non plus les malédictions qui tomberont sur les méchants.

Pour le bien et le salut des âmes

Les maux ne s’expliquent pas uniquement par la nécessaire justice qui frappe les méchants et récompenses les bons. Comme le révèle l’histoire de Job, ce sont des épreuves qui enseignent davantage les vertus intérieures, qui, cachées aux yeux des hommes, éclatent dans la souffrance et les douleurs, faisant ainsi taire les calomnies et les médisances. L’exemple devient alors enseignement, souvent plus efficace que la parole.

Ils ne font pas que révéler ce qui est caché aux yeux des hommes. Les maux que l’homme subit est une occasion pour lui d’exercer sa patience et tant d’autres vertus, d’expier ses fautes et celles d’autrui, d’acquérir des mérites pour le salut éternel. Dans chaque bien, il y a finalement un bien à retirer, et c’est ce bien que Dieu a vu, un bien qui le concerne directement ou qui concerne d’autres, le bien d’un ensemble plus vaste. Notre regard est bien trop restreint et étroit pour percevoir le bien général et finalement la raison des maux que nous subissons.

La souffrance, le prix de notre salut

Enfin, comme nous l’enseigne Notre Seigneur Jésus-Christ de manière admirable, les souffrances et les douleurs concourent à notre salut pour expier nos péchés et nous purifier. Ils nous détachent des liens qui nous rattachent à la terre et qui nous empêchent de nous élever vers le ciel. Elles sont aussi inévitables dans un monde qui ne supporte guère les serviteurs de Dieu. Si le maître a fait l’objet de persécution, ses véritables disciples ne peuvent espérer l’éviter. Serait-il même juste que seul Notre Sauveur subissent outrages et coups ? Les épreuves douloureuses, qu’elles soient justes ou injustes, sont donc inévitables puisque notre existence est le lieu d’un combat et que tout combat implique souffrances et larmes.

Par ses paroles et plus encore par son exemple, Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné que la Croix n’était point un joug à rejeter ou à mépriser puisqu’elle est désormais la voie par laquelle nous pouvons obtenir la vie éternelle. Il ne s’agit donc plus de savoir s’il est juste ou non de subir des maux comme si nous méritions d’être l’objet de toutes les sollicitudes de Dieu mais de les supporter avec patience et de s’en servir pour davantage nous rapprocher de Dieu…

Conclusion

Il serait injuste de notre part d’accuser Dieu des peines et des douleurs que nous connaissons. Qui sommes-nous en effet pour Le juger quand l’abîme nous sépare de Lui ? Pourquoi devrions-nous être exempts des maux de la vie, nous qui sommes si misérables, inconstants et bien peu fidèles à ses enseignements ? Un simple regard sur nous-mêmes suffirait à nous faire rougir de notre vanité…

Au lieu de L’accuser, il serait en effet plus judicieux de nous examiner si nos péchés n’en sont pas la cause. Quand les hommes s’écartent si honteusement de la voie que Dieu leur a tracée, L’outrageant par des actes d’impiétés sans nombre et par une vie d’impureté, devons-nous nous étonner que des maux s’abattent sur eux ?

Enfin, au lieu de subir nos souffrances comme écrasés par le poids de nos maux, nous devrions plutôt les porter avec patience et résignation, le regard toujours tourné vers Dieu, avec confiance et foi en sa justice et en sa miséricorde, en son infinie bonté comme Notre Seigneur Jésus-Christ nous l’a enseigné par ses paroles et son exemple. Elles sont bénéfiques pour le salut de notre âme. Il faut parfois prendre le recul nécessaire pour y voir un moyen d’élévation et d’édification.

Cependant, quand Notre Seigneur Jésus-Christ s’approche d’un malheur, de la mort de Lazare ou du fils unique d’une veuve, Il n’est pas insensible aux douleurs. Lorsqu’Il  voit sa sœur Marie pleurer sa mort, « il frémit en son esprit et se troubla lui-même » (Jean, XI, 33) au point que les témoins y voient un signe. « Voyez comme il l’aimait ! » (Jean, XI, 36) La douleur appelle à la compassion. Au lieu de crier une colère inutile et injuste ou de discuter sur le problème du mal à celui qui l’éprouve, il est plutôt préférable d’accompagner ses larmes par les nôtres, de le soutenir et de lui apporter l’aide dont il a besoin. Job avait besoin de compassion et non d’injustes récriminations. C’est finalement dans les maux que nous vivons davantage la foi en Dieu…